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Brive le vent de l’hiver

Le temps est moche, le ciel est gris, et le CA Brive remporte un troisième succès consécutif en Top 14. Pourtant, conclure que les Brivistes sont toujours déplaisants à regarder ou que ce sont des « gagne-petits » serait une erreur. Projet amibitieux, retour des cadres, force de caractère, les raisons de ce rebond des Coujoux sont multiples.

Un projet ambitieux mais cohérent

Comme un symbole, la semaine précédant le match contre Agen, qui allait lancer une série de trois victoires en Top 14, le CAB inaugurait son centre de performance au Stadium. A l’image du RCT, le président briviste Simon Gillham souhaite mettre ses joueurs dans les meilleures conditions possibles afin d’obtenir des résultats. Présent au club depuis 2007, et président depuis 2016, le Britannique est ambitieux, mais il a su se montrer lucide dans sa gestion de la crise du Covid-19. Il a pu négocier une baisse des salaires avec les joueurs et les membres du staff corrézien.

Simon Gillham, président du CA Brive depuis 2016. © Crédit photo : DIARMID COURREGES AFP or licensors

Tandis que Joe Ravouvou débarquait au Pays Basque, et Gabriel Ibitoye à Agen, le CA Brive se montrait beaucoup plus timide que ses concurrents au maintien sur le marché des transferts. Les Brivistes ont enregistré seulement six arrivées (Pietro Ceccarelli, Florian Dufour, Brandon Nansen, Wesley Douglas, Valentin Tirefort et Setariki Tuicuvu), et prolongé leurs cadres Saïd Hirèche, Otar Giorgadze, Seva Galala, Stuart Olding et Axel Muller. Un moindre mal qui vient compenser le départ d’une dizaine de joueurs à l’intersaison. Dans la cité gaillarde, on s’inscrit dans la continuité, par choix peut-être, mais par nécessité sans doute. La baisse des partenariats ou encore les matchs à huis clos entraînent de nombreuses pertes, la direction a dû faire des sacrifices pour ne pas mettre en péril le futur du club corrézien. Malgré tous les efforts, le président Simon Gillham reste lucide et sait qu’il sera compliqué de joindre les deux bouts. Il annonçait en juin dernier que le club devrait terminer cette saison déficitaire. D’un point de vue sportif, le CAB entame cette année 2021 à la neuvième place du classement. Si la dernière place du classement, synonyme de descente directe en Pro D2, semble promise aux Agenais, rien n’est joué en ce qui concerne la place de barragiste. Avec les matchs en retard, le classement des concurrents au maintien est susceptible d’être bouleversé. Le Castres Olympique, la Section Paloise et l’Aviron Bayonnais devraient être les principaux concurrents des Brivistes pour se maintenir en Top 14.

Retours gagnants

Lorsque l’on évoque les clubs impactés par les doublons, le Stade Toulousain, le Racing 92 ou encore le MHR sont sans doute les premiers clubs qui vous viennent à l’esprit. Pourtant, le CAB a fait partie de ces clubs les plus affaiblis lors des joutes internationales. Sept joueurs brivistes étaient convoqués par leur équipe nationale l’automne dernier : Pietro Ceccarelli (Italie) ; Otar Giorgadze, Vasil Lobzhanidze, Tedo Abzhandadze (Géorgie) ; Mesake Doge, Kitione Kamikamica, Setariki Tuicuvu (Fidji). Même si tous ces éléments ne sont pas des titulaires indiscutables, être privé de sept joueurs pendant près d’un mois, c’est une vraie épine dans le pied du CAB.

Les Brivistes avaient réalisé un bon début de saison avec deux victoires à domicile face à Bayonne et Pau, et un bonus défensif récupéré à Bordeaux. Cette bonne dynamique a été stoppée par une défaite à domicile face à Toulouse (16-36). Les blessures et les suspensions ont handicapé le CAB dès le mois d’octobre. A cela se sont ajoutées ensuite les absences des internationaux, les Coujoux n’avaient pas l’effectif nécessaire afin d’être compétitif durant cette période. Fin novembre, les Corréziens viennent de subir six revers de suite en Top 14, dont trois défaites à la maison, notamment face au Racing dans les derniers instants de la rencontre.

Pourtant, ce n’est pas la panique à Brive, les très mauvais résultats du SUA permettent d’appréhender cette mauvaise passe avec un peu plus de sérénité, il n’y a pas d’urgence. Comme un signe du destin, le staff briviste enregistre de nombreux retours avant de se rendre à Agen. Outre le retour des internationaux, Mitch Lees revient de suspension et Stuart Olding a fait son retour de blessure. Malgré les défaites face au Racing et à La Rochelle, les Brivistes ont montré un joli visage. Le renfort des joueurs ayant participé à l’Autumn Nations Cup va finalement apporter le dernier ingrédient manquant au CAB pour regôuter à la victoire à Agen le 5 décembre dernier.

Made in CAB

Le CA Brive a cette étiquette d’équipe rugueuse et accrocheuse qui lui colle à la peau. Les trois derniers matchs en Top 14, et l’arrivée de l’hiver viennent confirmer que les Brivistes ont une identité sur laquelle ils savent s’appuyer. Il y a des traditions qui perdurent à Brive. Titou Lamaison, David Arrieta, Andy Goode, Maxime Petitjean, Gaëtan Germain, et désormais Thomas Laranjeira, les Coujoux ont toujours su s’appuyer sur des solides buteurs. Ce ne sont pas les supporters du SUA qui diront le contraire. Avec quatre pénalités, Laranjeira est venu punir les Agenais trop indisciplinés et récompenser les efforts de ses coéquipiers. Il scelle la victoire briviste à la 73e minute grâce à un drop, privant même Agen du bonus défensif (6-15). Un match disputé avec de mauvaises conditions météo et donc peu de jeu déployé. Mais une victoire chez un concurrent direct au maintien est un excellent résultat l’essentiel est là. La bonne nouvelle, outre la victoire, c’est une mêlée quelque peu retrouvée, alors que le CAB était chahuté dans ce secteur de jeu depuis le début de la saison.

Après cette victoire, les Brivistes ont enchaîné avec deux matchs de Challenge Cup, qui ont permis d’offrir du temps de jeu aux joueurs qui n’en ont pas trop et de faire souffler certains cadres. Les deux défaites face aux Tigres de Leicester (39-17) et aux Zèbres de Parme (16-18) sont anecdotiques. Les Corréziens devaient se reconcentrer sur l’objectif principal, le Top 14, et ce match reporté en semaine à Castres le 22 décembre dernier. Les Brivistes sont menés 21-6 à la pause, mais Saïd Hirèche prend la parole à la mi-temps et sonne la révolte. Ne jamais vendre la peau du Corrézien avant de l’avoir tué, le CO qui tenait une victoire bonifiée à la pause va encaisser un 19-3 en seconde mi-temps et devra se contenter du bonus défensif. Emmenés par leur capitaine, les Coujoux ont su réagir et faire preuve de caractère pour renverser la situation.

Pas le temps de profiter du foie gras et du tourtou pour Noël, deux jours plus tard le LOU se déplaçait à Brive avec l’ambition de dévorer les Corréziens. Dans des conditions hivernales, avec de la neige est un ballon humide, c’est un match âpre qui s’est disputé. Rapidement privés de Lobzhanidze, Nico Lee et Thomas Laranjeira, le staff briviste a dû improviser. Le 3ème ligne Kamikamica est repositionné au centre, Enzo Hervé prend le but et inscrit les 12 points de son équipe. Une nouvelle fois, le CAB se retrouve dans une position inconfortable, mais va s’appuyer sur la force de caractère qu’on lui connait pour l’emporter dans la douleur face à des Lyonnais trop brouillons (12-8). C’est une troisième victoire de suite pour le CAB.

Un ancien 9 pour faire du neuf

Héritage des Vosloo, Méla, ou plus récemment Mignardi, les Coujoux ont entretenu une image d’équipe rugueuse. Les leaders du pack Mitch Lees et Saïd Hirèche s’inscrivent dans cette lignée, ils sont d’une grande importance dans le dispositif du CAB. Mais les Brivistes savent aussi se faire des passes, les demis de mêlée Vasil Lobzhanidze, mais surtout Julien Blanc, n’hésitent pas à accélérer le jeu, à dynamiser, et écarter les ballons pour mettre en difficulté les défenses adverses. Cette philosophie est favorisée par les choix du staff et notamment ceux de l’ancien demi de mêlée Jean-Baptiste Péjoine, entraîneur des arrières depuis 2017. Le replacement de l’ouvreur irlandais Stuart Olding en tant que premier centre est un exemple parfait de cette volonté de produire du jeu. A l’image de l’essai inscrit par Axel Muller, bien servi par Stuart Olding, le salut des Brivistes est passé par le jeu à Castres, même en infériorité numérique.

Les Muller, Blanc, Jurand, Buliruarua sont là pour faire des différences derrière et percer le premier rideau, mais le joueur-clé de la ligne arrière constituée par J-B Péjoine, c’est le trois-quart-centre sud-africain Nico Lee. Il est rassurant dans le secteur défensif d’un point de vue individuel ou collectif, il apporte de la sérénité. Souvent très juste ballon en main, il est capable d’aller défier la défense adverse ou de servir ses coéquipiers dans d’excellentes conditions. En position d’attaquant ou de défenseur, il cherche constamment à mettre son équipe dans l’avancée.

Finalement, le plus gros casse-tête pour Péjoine chaque week-end, c’est de choisir numéro 9, un poste qu’il connaît très bien pourtant. Il faut dire que la concurrence est rude entre Vasil Lobzhanidze et Julien Blanc. Le géorgien, très propre, bon gestionnaire avec un bon jeu au pied se rapproche de ce que savait faire Jean-Baptiste Péjoine. Julien Blanc quant à lui, passé par l’équipe de France à 7, est plutôt dynamiteur. Il a pour habitude de prendre de nombreuses initiatives afin de faire avancer son équipe. Passe au pied, pénalité jouée rapidement, départ au ras du ruck, il ne manque pas d’idée quand il s’agit de faire des différences. Remplaçant le week-end dernier, le futur joueur du RCT, a encore su se montrer performant et pourrait bien se retrouver titulaire à Paris.

Le match face à Lyon le week-end dernier a laissé des traces, avec les sorties sur blessures de Nico Lee et Thomas Laranjeira notamment. Olding et Lobzhanidze semblaient également accuser le coup. L’enchaînement des matchs commence à se faire ressentir sur les organismes en cette période de fêtes. L’hiver semble réussir aux Brivistes, mais seront-ils capables, même diminués, d’aller chercher un quatrième succès de rang face au Stade Français le dimanche 3 janvier prochain?

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