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Léna Brocard, une première pour l’Histoire

A 20 ans, l’iséroise originaire du Vercors, Léna Brocard, est devenue la première française à participer à une Coupe du Monde de combiné nordique. Bien au-delà du résultat, et de sa belle 22e place, obtenue lors de cette manche d’ouverture à Ramsau am Dachstein (Autriche), elle a participé à écrire une des premières, et une des plus belles pages, que ce soit de sa discipline, ou de la lutte pour l’égalité hommes/femmes dans le sport. D’un parcours singulier qui fait sa force, à pionnière de son sport dans l’hexagone, découvrez le nouvel espoir féminin tricolore !

Un parcours atypique

« Je suis originaire du Vercors, j’ai commencé le saut à ski à l’âge de 14 ans, et c’est naturellement sous les conseils d’Etienne Gouy (ancien entraîneur de Jason Lamy-Chapuis et de la génération dorée, à ce moment là entraîneur au Comité du Dauphiné, que Léna retrouve maintenant en équipe de France A depuis son retour en 2019), que j’ai commencé le ski de fond quelques temps plus tard pour faire du combiné… Oui c’est tard (rires) ! »

« J’ai progressé rapidement et comblé mes lacunes, ce qui m’a permis de rejoindre le sport de haut niveau. Après avoir fait quatre lycées en quatre ans, j’ai migré vers le Jura pour pouvoir bénéficier des aménagements du pôle France. Et deux ans plus tard, me voilà première femme à entrer en équipe de France, pour représenter mon pays au niveau international. J’ai eu la chance de grandir et d’évoluer en même temps que ce sport, et c’est comme ça que cette belle histoire a commencé ! »

Premier retour sur les skis à Bessans, après l’interruption dû à la crise sanitaire.

Plus qu’une course

« C’était un très bel événement, aussi bien pour nous, les athlètes, qui nous entrainons toute l’année pour courir, que pour l’avancée de notre sport, ou tout simplement pour l’égalité hommes/ femmes. Je pense que c’était une étape nécessaire, et la Fédération Internationale de Ski (FIS) a cette envie de développer le combiné féminin et c’est une bonne chose ! La prochaine étape étant de rendre le combiné, mixte, aux Jeux Olympiques… ».

Le combiné nordique étant le dernier sport non-mixte présent aux Jeux Olympiques d’hiver. Après des JO de Paris en 2024 qui prônent la parité, la Fédération a bon espoir de voir sa demande acceptée pour les Jeux de Milan en 2026, 102 ans après les premiers à Chamonix, ou le combiné masculin était déjà présent.

« Je suis très fière de faire partie du début de cette belle histoire, avec ces femmes qui se battent pour l’avancée de ce sport ! ».

Une saison de lancement perturbée

« C’est compliqué… A l’origine, il devait y avoir quatre coupes du monde cette saison, comme c’est le début (ce nombre devrait augmenter progressivement au fil des années), mais à cause de la situation sanitaire elles ont toute été annulées les unes après les autres ». La Fédération va travailler pour tenter de replacer au moins une nouvelle manche de Coupe du Monde, avant les Championnats du Monde séniors à Oberstdorf (Allemagne) du 22 février au 7 mars, ou les femmes seront autorisées à courir pour la première fois.

« En attendant, je vais courir en Coupe Continentale, finalement ce sont les mêmes filles qui courent sur les deux circuits ». En janvier dernier, Léna avait décroché son meilleur résultat dans cette compétition, avec une 9e place à Rena (Norvège), avant de signer une magnifique 7e place aux Championnats du Monde juniors d’Oberwiesenthal (Allemagne).

« Mais la situation reste très délicate à gérer, surtout pour des petites nations comme la France, où je suis toute seule à m’aligner sur ces courses… »

La France a un écart à combler

Le combiné nordique féminin fait partie des rares disciplines ou la France est considérée comme une « petite » nation. Que ce soit au niveau des représentantes, des moyens, ou de l’ouverture au grand public, la France est en retard sur les nations scandinaves et les autres nations d’Europe centrale.   

 » En Norvège le combiné est retransmis sur leur « TF1 » (rires), alors qu’en France, ça reste un sport assez méconnu « 

« La plupart des pays ont des équipes avec de nombreuses filles, par exemple la Norvège ou c’est un sport qui est beaucoup plus développé qu’en France. Un exemple simple qui peut paraitre anodin, les filles apparaissent en photo sur leur bus de fartage, aux côtés des hommes, ça montre bien qu’elles occupent une place importante. Les grosses nations ont des moyens plus élevés, leurs athlètes font des résultats, et après c’est un cercle vertueux. Autre exemple parlant, en Norvège le combiné est retransmis sur leur « TF1 » (rires), alors qu’en France, ça reste un sport assez méconnu ». (En France les épreuves de coupe du monde sont diffusées sur Eurosport).

« Je suis bien consciente que, si je veux qu’on entende parler du combiné nordique féminin, il faut que je fasse des résultats, et je travaille dur pour ça ! »

Léna Brocard championne de France 2020

Un cas à part et des espoirs  

« Je m’entraîne avec les garçons depuis le mois de mai, je m’entends super bien avec eux, mais être la seule fille, c’est parfois difficile à porter. Je ne peux pas vraiment me situer, puis c’est moins motivant et drôle d’être toute seule (rires), alors venez faire du combiné ! Il y a d’autres filles qui font du combiné, mais ça reste malheureusement une minorité, et elles n’ont pas effectué les résultats nécessaires pour être prise en équipe de France. Malgré tout, je suis déjà très reconnaissante de ce qu’ils ont mis en place, et c’est aussi dans la différence que l’on fait sa force ».

Première, et seule fille à intégrer l’Equipe de France

« Côté objectif ? Je ne me pose aucune limite !« 

« Ça reste très difficile de vivre de ce sport, les soutiens financiers viennent des sponsors que l’on trouve, des bourses desquelles on peut bénéficier, comme la région, et des primes de courses. Mais en France, le sport de haut niveau, en tout cas le ski, coûte très cher… Je poursuis des études en parallèle, je suis bien consciente que le sport ne fera pas toute ma vie, ce sont vraiment des expériences uniques, mais il y a plein d’autres choses à côté ».

« Côté objectif ? Je ne me pose aucune limite ! Je pense que si je fais le job, le reste suivra. On verra ce que nous dis la suite de l’hiver, mais il y a plein de belles choses à faire ».

Léna Brocard sera donc à suivre sur les épreuves d’Eisenerz (Autriche), du 22 au 24 janvier, et Rena (Norvège), du 12 au 14 février, en Continental Cup, avant d’aller disputer les premiers Championnats du Monde séniors en Allemagne fin février. Le contexte difficile ainsi que la difficulté de vivre de son sport font de Léna une femme exceptionnelle qui ne recule pas devant la montagne qui se dresse devant elle. Au contraire, elle veut être un exemple et donner envie à d’autres femmes de la rejoindre dans cette belle aventure. Le CCS sera le premier supporter de la championne de France dans sa quête mondiale !

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