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La décennie 1960 en NFL : Fuuuuusion !

Petit retour hebdomadaire sur les acteurs et les évènements qui ont fait de chacune des décennies de l’histoire de la NFL des périodes uniques de son évolution. Aujourd’hui, les années 1960, quand une simple idée a débouché sur une révolution.

Le 1er janvier 1961, il y a près de soixante ans jour pour jour, les Houston Oilers affrontaient les Los Angeles Chargers lors de la toute première finale de l’American Football League. La rencontre, symbolique à bien des égards, ne marque pas seulement la fin de la saison inaugurale de la nouvelle organisation. Elle est également le point de départ de l’une des décennies les plus importantes du football professionnel aux États-Unis.

Les 1960 en résumé :

Le 11 octobre 1959, la NFL est en deuil. Bert Bell, historique membre du cercle des propriétaires et dernier commissaire de la ligue en date, s’effondre dans les tribunes d’un match opposant les Eagles et les Steelers à Philadelphie. Empreint de stress et de soucis de santé depuis son arrivée en haut de la hiérarchie quatorze ans plus tôt, le patriarche ne survit pas à cette énième crise cardiaque. Pour la première fois depuis 1945, l’organisation de football doit alors être chamboulée par l’arrivée d’un nouveau président, et ce, au pire des moments.

En effet, un an seulement après la consécration du Greatest Game ever Played de 1958, la NFL voit son hégémonie sportive se fissurer légèrement. Alors que les propriétaires refusaient les demandes massives d’étendre la ligue au-delà des douze équipes déjà existantes, de plus en plus d’investisseurs repartaient frustrés de leurs rencontres avec les instances de l’association. Parmi eux, Lamar Hunt, un riche héritier pétrolier qui avait pour objectif d’offrir à sa ville natale de Dallas une franchise de football professionnel, bien plus organisée que les Texans qui n’avaient fait qu’un court passage dans la cour des grands en 1952.

C’est pendant le voyage qui le ramenait dans le Lone State qu’Hunt eut l’idée la plus brillante de sa vie :

« Si autant d’investisseurs venus des quatre coins du pays repartent bredouilles de leurs rencontres avec la NFL, pourquoi ne pas aller voir ces gens-là et fonder notre propre ligue ensemble ? »

En l’espace de quelques heures, Lamar Hunt organise tout dans son esprit. Le nombre de franchises, la construction du calendrier, les accords télévisés nécessaires, les villes indispensables, les moyens de promotion, le stratagème de draft, les étapes à suivre pour éviter une faillite rapide. Absolument tout.

Affiche de promotion pour la toute nouvelle American Football League

En 1960, alors que la NFL accueille le jeune manager des Rams Pete Rozelle comme nouveau commissaire, le monde du football est déjà tourné vers cette nouvelle attraction mise sur pied en un an seulement par Lamar Hunt et un groupe de sept autres propriétaires : l’American Football League. Une quatrième version de la ligue crée pour la première fois en 1926, qui dévoile alors huit franchises inédites :

  • –          Les Dallas Texans
  • –          Les Houston Oilers
  • –          Les Los Angeles Chargers
  • –          Les New York Titans
  • –          Les Oakland Raiders
  • –          Les Denver Broncos
  • –          Les Boston Patriots
  • –          Les Buffalo Bills

La NFL a beau essayer de mettre des bâtons dans les roues de leurs rivaux d’entrée de jeu en créant deux nouvelles franchises à Minnesota (les Vikings) et à Dallas (les Cowboys), rien n’y fait. Hunt et sa bande ne reculent devant rien et commencent leur grande aventure tant bien que mal.

Au milieu de la décennie, l’organisation de Pete Rozelle se trouve alors dans l’une des situations les plus délicates de son histoire. Non seulement l’AFL a réussi à tenir financièrement malgré plusieurs déménagements de franchise (les Chargers à San Diego et les Texans à Kansas City), mais elle est également parvenue à devenir presque aussi populaire que la ligue originelle. Portée par des tacticiens géniaux et des stars incontestées sur le terrain, elle propose aux spectateurs un jeu haut en couleur et des actions plus folles les unes que les autres. Si bien qu’en 1966, la NFL n’a plus le choix. Pour espérer survivre, elle est obligée de proposer à sa concurrente une fusion sans concessions qui regrouperait l’ensemble des équipes professionnelles en une seule entité.

Les propriétaires AFL sont aux anges. S’ils avaient fait un travail monstrueux pour maintenir à flot leurs franchises aussi longtemps, chacun d’entre eux savait qu’ils ne pourraient jamais prospérer sans une intégration complète dans la National Football League.

Pete Rozelle, commissaire de la NFL unifiée

À la fin du printemps, le contrat est signé. Les deux associations s’associent sous le nom de NFL et divisent leur nouvelle ligue en deux conférences : l’AFC, composée des anciennes franchises AFL en plus des Browns, Steelers et Colts, et la NFC, formée par les équipes restantes.

Les deux conférences joueraient de manière séparée jusqu’en 1970 et enverraient leurs champions respectifs dans une grande finale annuelle : le Super Bowl.

À la fin de la décennie 1960, la NFL trouve ainsi la recette qui fera son succès jusqu’à aujourd’hui : une organisation regroupant un large panel de franchise et un évènement au sommet comme conclusion de chaque saison. À l’aube des années 1970, le monde du football aura bel et bien évité la catastrophe et, mieux encore, il aura consolidé son statut de passe-temps préféré des Américains.

L’équipe de la décennie : Les Green Bay Packers

Si les nouvelles équipes de l’AFL sont adulées par tous les fans de l’époque, la franchise la plus emblématique des années 1960 reste sans conteste les Green Bay Packers.

À l’opposé du jeu innovant et spectaculaire de la jeune organisation, la formation du Wisconsin, dirigée par l’ancien coordinateur des Giants Vince Lombardi, se concentre sur des tactiques simplissimes, mais terriblement efficaces, et surclasse la compétition pendant huit longues années.

Un an après avoir perdu leur première finale contre les Eagles, les Packers reviennent plus forts que jamais en 1961 et entament leur grande épopée avec une victoire écrasante 37 à 0 contre New York.

À partir de ce moment-là, la formation menée par le Runningback Paul Hornung et le Quaterback Bart Starr devient tout simplement injouable : un deuxième titre consécutif en 1962, puis le dernier three-peat de l’histoire de la NFL avec trois titres d’affilée entre 1965 et 1967.

Bart Starr, Quaterback des Green Bay Packers, en plein drop-back (Photo by James Flores/Getty Images)

Si Green Bay ne se remettra pas du départ à la retraite de Lombardi suite à ce dernier sacre, le bilan total de 96-34 sous les ordres du tacticien sera de loin le meilleur des années 1960 et rapportera cinq nouvelles bagues à la franchise la plus titrée de tous les temps.

Le joueur offensif de la décennie : Jim Brown

Jamais dans l’histoire de la NFL un joueur n’aura été plus dominant que James Nathaniel Brown dans les années 1960. En effet, si la ligue de football avait déjà accueilli un bon nombre de superstars depuis sa création quarante ans plus tôt, le Runningback de Cleveland est certainement le premier Superman à avoir posé un crampon sur un rectangle vert.

Fort de son gabarit exceptionnel pour la position (1m88 et 105 kg), d’une vitesse de pointe hors du commun et d’une explosivité ahurissante, Brown a tout simplement écrasé tous les défenseurs qui ont osé se présenter devant lui.

Dès son année rookie en 1957, il est le meilleur coureur que la ligue n’a jamais connu et rafle toutes les distinctions possibles (Rookie de l’année, leader à la course, leader en touchdown, MVP), tout en menant les Browns jusqu’en finale du championnat.

Les huit saisons suivantes, seront tout aussi impressionnantes : trois titres de MVP, un nouveau sacre pour Cleveland en 1962, un total de 12 000 yards en neuf saisons seulement, une pointe à 1 863 unités en quatorze rencontres seulement, une moyenne de 5,1 yards par portée et, surtout, une empreinte qui restera gravée dans l’esprit de tous les fans de football jusqu’à la nuit des temps.

Le joueur défensif de la décennie : Dick Butkus

Plus impressionnant qu’un grizzly et plus effrayant qu’un taureau en pleine charge, Dick Butkus est certainement le Linebacker le plus influent de l’histoire de la NFL.

Doté d’une vitesse complètement ahurissante pour un joueur de son gabarit (1m91 et 111 kg, soit bien au-dessus de la plupart des Defensive Tackle de l’époque), le défenseur de Chicago est le premier joueur du second rideau à maîtriser aussi bien la couverture de passe que les plaquages dévastateurs contre la course. Si bien que pour les générations futures, il deviendra le Linebacker modèle par excellence.

« À chaque échauffement d’avant match, je faisais tourner en boucle dans ma tête les choses qui me rendaient fou et je me défoulais ensuite sur le terrain. Chaque fois que je voyais un adversaire rire, je m’imaginais qu’il se moquait de moi ou des Bears pour m’énerver encore plus. »

Dick Butkus

Pour faire simple, quel que soit le jour, il n’était jamais conseillé de se retrouver en face de la bête, sous peine de voir sa carrière disparaitre aussi vite que les espoirs des fans des Lions en saison régulière.

Le coach de la décennie : Vince Lombardi

Vingt.

C’est le nombre d’années qu’aura dû attendre Vince Lombardi avant de décrocher sa toute première opportunité comme Head Coach d’une équipe de football. Alors évidemment, lorsque le coordinateur offensif de génie pose ses valises dans le Wisconsin pour la première fois en 1959, il ne perd pas une seule seconde avant de construire l’une des plus grandes dynasties de tous les temps.

Avec une philosophie de jeu centrée sur des actions efficaces et sur une dimension physique particulièrement développée, le tacticien obtient le titre de coach de l’année dès sa première année, mène son équipe en finale dès sa deuxième et remporte le titre dès sa troisième.

De là, on ne l’arrêtera plus : 73 % de victoires sur l’ensemble de sa carrière (deuxième meilleure marque de l’histoire), 90 % de victoires en playoffs et cinq bagues de champions pour couronner le tout.

Vince Lombardi, porté en triomphe par son équipe.

S’il n’a pas influé sur le jeu autant que certains de ses contemporains, Lombardi restera à tout jamais le vainqueur par excellence. Une réputation confirmée par ses paires qui n’hésiteront pas une seule seconde avant de renommer le trophée du Super Bowl en son nom juste après sa mort en 1970.

La tactique de la décennie : La Packers Sweep

Quoi de mieux pour symboliser les années 1960 que la tactique fétiche de Lombardi ?

Une simple action de course extérieure qui change le Runningback en une véritable star escortée par les gardes du corps les plus efficaces du monde : la ligne de Green Bay.

Le schéma ne paye peut-être pas de mine comme ça, mais il aura permis aux Packers de remporter leurs deux premiers sacres depuis 1944, et aux Runningbacks Paul Hornung et Jim Taylor de décrocher les deux premiers titres de MVP décernés par l’Associated Press en 1961 et 1962. 

Le match de la décennie : Super Bowl III

« Nous allons gagner, je le garantis »

Joe Namath

Si les mots de Joe Namath, prononcés en amont du Super Bowl III, font désormais office de devise pour les fans des Jets, la déclaration du Quaterback de New York avait été prise à l’époque comme la plus grande plaisanterie de la décennie.

En effet, en 1969, alors la NFL et l’AFL avaient fusionné depuis déjà deux ans, la ligue de Pete Rozelle était encore largement supérieure aux yeux des aficionados. Lors des deux premiers Super Bowl, les Packers de Lombardi avaient montré un niveau exceptionnel sur le terrain, et à chaque fois, l’évènement le plus attendu de l’année s’était rapidement transformé en une humiliation publique des jeunes équipes AFC.

Alors évidemment lorsque, une semaine plus tard, le numéro 12 des vert et blanc sort du terrain en pointant le doigt vers le ciel après avoir terrassé les Colts, considérés comme l’une des meilleures équipes de l’histoire, la surprise est totale dans le monde du football.

Qu’importe les déclarations de Rozelle, qui menaçait de modifier le système de playoffs pour permettre à deux franchises NFL de se rencontrer en finale, New York, complète ainsi le plus gros upset de l’histoire de la National Football League et permet au Super Bowl de garder sa forme originale. Pour le bonheur de tous.

Le changement de règle de la décennie : Les conditions de fusion.

En 1966, lorsque le président des Cowboys Tex Schramm et le fondateur de l’AFL Lamar Hunt se rencontrent en secret pour préparer une trêve définitive entre les ligues rivales, les deux hommes s’accordent sur un bon nombre de points qui façonneront la NFL moderne :

  • La confirmation de Pete Rozelle comme commissaire de la grande ligue
  • Un match pour le titre organisé entre les vainqueurs des deux ligues dès la saison 1966.
  • La conservation de toutes les franchises
  • La création de deux nouvelles franchises en 1968 (les Bengals et les Saints)
  • Des matchs de présaison interligue dès 1967.
  • Un calendrier commun à partir de 1970.
  • La séparation de la ligue en deux conférences (American et National)
  • La séparation des deux conférences en trois divisions chacune
  • L’intégration d’une quatrième équipe dite « de wild-card » pour les playoffs dans chaque conférence
  • Une draft commune dès janvier 1967.

Le 8 juin, le contrat est ratifié par les deux parties, la NFL que l’on connait aujourd’hui est née.

L’action de la décennie : Le Sneak

31 décembre 1967, -26 degrés sur le thermomètre, grande finale de la NFL dans l’emblématique Lambeau Field de Green Bay.

À 16 tics de la fin du match, seulement trois points séparent les Dallas Cowboys des Green Bay Packers. Et seulement un petit yard sépare les hommes de Vince Lombardi d’un touchdown salvateur synonyme de troisième sacre consécutif.

Juste avant une troisième tentative importantissime, le coach légendaire appelle un ultime temps mort. « Il faut tenter une passe, pense-t-il, en cas d’échec, l’horloge s’arrêterait et un simple coup de pied pourrait accrocher la prolongation. »

Mais le Quaterback Bart Starr n’est pas de cet avis. Pour lui, les Linemen offensifs n’arriveraient pas à assurer une protection suffisante à cause des masses de verglas qui recouvrent le terrain et qui les font glisser depuis soixante minutes. « Très bien, alors cours, lui ordonne Lombardi, cours et rentrons chez nous par pitié ! »

Bart Starr (numéro 15), viens d’offrir le titre NFL à ses Green Bay Packers

Le reste appartient à l’histoire. L’ultime plongeon de Bart Starr atterrira bien dans l’en-but des Cowboys, et les Packers concluront alors le dernier three-peat de l’histoire de la NFL en remportant le Ice-Bowl, à jamais l’évènement sportif de plus froid de tous les temps.

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