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Doit-on jouer les touches au pied au football?

Il y a quelques semaines, Arsène Wenger faisait rigoler une partie de la planète football en proposant de remplacer les touches à la main par des touches au pied. Une réflexion qui ne serait pas pour déplaire à son ancien joueur, Hector Bellerin. L’espagnol a, en effet, déjà commis 5 fautes sur des touches cette saison. Ce qui est déjà plus que n’importe quel autre joueur en PL depuis Serge Aurier en 2017/2018 avec 7. Sauf qu’on a pas encore passé la mi-saison… Alors, histoire de lui faciliter la vie, on a réfléchi à comment, et pourquoi, il faudrait révolutionner les touches.

Pas de surprise, la touche est la remise en jeu la plus fréquente : entre 2015 et 2018, environ 64 000 touches ont été effectuées en MLS par exemple. Ce qui donne une moyenne de 44/matchs sur ces 3 saisons, alors que la Premier League tourne à environ 47/matchs depuis sa création. Et pourtant, hormis quelques clubs (Brentford, Midtjylland, Liverpool) ayant fait appels aux services d’un spécialiste des touches, cet exercice reste amplement sous travaillé et sous évalué.

Essayer de gagner du temps

Sur les 90 minutes d’un match de football, seules 55 minutes sont réelement « jouées ». Les 35 minutes restantes sont dévouées aux arrêts de jeu, dont environ 7 minutes 30 consacrées aux touches. Ce qui en fait la deuxième remise en jeu la plus chronophage d’un match (derrière les coups francs). Dès lors, il faut se demander : si les touches étaient jouées au pied, gagnerait-on du temps ? En moyenne, une touche mets environ entre 8 et 15 secondes pour être effectuée. La jouer au pied pourrait accélérer un peu le processus, mais permettrait surtout d’accélérer le jeu en tant que tel via la circulation du ballon.

Rory Delap, légende de la touche. D’ailleurs, quand on tape son nom sur Google, une photo sur 2 correspond à une touche. (Crédits : Premier League)

En mettant le footballeur dans une situation qu’il connaît et maîtrise plus que tout (balle au pied), sa réflexion et sa prise de décision sont plus rapides. De même, la variété de la passe au pied lui permet de prendre une décision plus rapide en ne doutant pas de sa capacité à réussir cette passe. La passe au pied suivrait d’ailleurs l’évolution logique d’un foot qui va toujours plus vite : les joueurs sont toujours plus physiques, sont toujours plus capables de répéter les course. D’ailleurs, les jeux sans touches sont très prisés par les entraîneurs. Raphaël Cosmidis détaillait dans Coparena l’un des exercices de Marcelo Bielsa : le murder ball. Un match à 11v11 ou le ballon ne s’arrête jamais : dès qu’il sort, l’un des adjoints du coach le remet en jeu. Dans ce cas, remettre le ballon en jeu plus rapidement, et en donnant plus de vitesse au ballon, permettrait de se retrouver dans un système similaire aux transitions, dans une volonté de surprendre l’adversaire.

Garder la possession

« Dans ta moitié de terrain, tu devrais donc avoir la possibilité de jouer au pied. » Allons encore plus loin qu’Arsène Wenger, et imaginons ce que donnerait des touches au pied tout le long du terrain. Les touches comptent environ pour 5% des passes durant un match. Ce qui reste peu, mais conséquent. Avec des touches au pied, utiliser ces 5% permettraient de devenir encore plus dangereux. Parce que la touche est, premièrement, la remise en jeu la moins dangereuse. Mais aussi et surtout, elle n’est vraiment pas un avantage à la possession. En effet, les équipes gardent la possession environ 1 fois sur 2 seulement après une touche (passe ratée, contrôle raté, ou pressing efficace). Ce qui est relativement faible pour une remise en jeu censée avantager une équipe sur l’autre.

Comme c’est détaillé dans l’article ci-dessus sur les corners, les remises en jeu ne sont pas forcément exploitables en tant que tel. Le fait, par exemple, de jouer le corner à deux, permet de recréer un contexte favorable. En se remettant dans une situation de jeu plus connue, les joueurs sont plus à mêmes de se montrer dangereux, répétant un schéma connu. Et surtout, si la prise de décision et le processus de touches est accéléré, cela pourrait se montrer bénéfique. En effet, plus les touches sont effectuées rapidement, comme nous l’avons expliqué plus haut, plus les équipes conservent la possession. Si la touche est effectuée en 5 secondes, 70% de rétention, en 10 secondes 60%, et au dessus de 15 secondes 55% environ.

Futsal, exemple à suivre

« A cinq minutes de la fin, la touche pour toi doit être un avantage, mais de fait tu joues à neuf joueurs de champ contre dix. »

Arsène Wenger

En gardant la possession dans les pieds, la touche au pied faciliterait aussi la vie du receveur. Qui n’as jamais reçu une touche incontrôlable sur l’épaule ou dans les tibias ? Le pied reste la partie du corps la mieux maîtrisée par le footballeur, et un retour aux sources pourrait être bénéfique. C’est pour ça que la touche au pied existe déjà pour le futsal. Une variante du foot basée sur la vitesse, sur la technique, et où les touches permettent de varier le jeu. Il est facile d’imaginer les touches au pied de Robertson ou d’Alexander-Arnold par exemple, notamment en raison de leur qualité de passe longue.

L’Islande, une des seules nations qui regretterait les touches. (Crédits: Le Monde)

D’autant que le futsal possède une règle : la touche doit être jouée en moins de 4 secondes. Ce qui doit être une source d’inspiration si le football traditionnel venait à supprimer les touches telles qu’on les connaît. Sur grand terrain, les touches pourraient devenir un véritable laboratoire d’expérimentations. Appels, contre appels, création d’espaces, variétés des passes, temporisations ou non… Les possibilités sont quasiment infinies. Et comme le rappelle Arsène Wenger, si le joueur faisant la touche peut la faire au pied, il ne sort pas réellement du jeu comme il le fait actuellement. Et jouer à 10 contre 10, c’est quand même mieux.

Bon, si l’on a pas mal défendu l’idée de révolutionner les touches, il reste quand même un questionnement idéologique. Doit-on encore fluidifier et accélérer le foot ? Doit-on aller vers cette course à la vitesse et à la répétition des courses ? Et si les touches permettaient aussi au joueur de récupérer et de répéter les courses ailleurs? Mais d’un autre côté : doit-on se satisfaire d’une remise en jeu amplement sous-exploitée ? Parce qu’il est là le coeur du problème : après des décennies d’existence, personne -ou presque- ne semble se soucier des touches. Et il est peut-être temps de trouver une solution. A voir si on suivra l’avis d’Arsène Wenger ou non.

(1 commentaire)

  1. Jouer les touches au pied ?
    On se retrouverait avec des tas de corners ouverts et longues distances pour mettre la tête.
    Et donc une perte de jeu énorme.
    Cet article expose le contraire, que le jeu pourrait être rendu plus rapide. En prenant les stats des touches, mais pas des corners et des coups francs proches (en combien de temps est tiré un corner, le temps que les joueurs de tête de placent ?) et en comparant avec le futsal, pour lequel aucun corner ne se joue comme au Football…
    En outre, le joueur devant faire la touche devra bien récupérer un ballon à la main avant de le poser au sol pour la jouer au pied. Est-ce vraiment plus rapide ?
    Restera aussi à gérer les hors jeu (normalement, aucun sur remise en jeu, sauf à changer aussi cette règle). Donc potentiellement des joueurs à lancer en profondeur systématiquement, loin derrière la défense. Le jeu en sera forcément impacté.

    Sur corner, on peut jouer à 2 sans être trop inquiété car il y a une distance à respecter pour l’adversaire. Différent pour une touche. A priori impossible de changer cette règle sur l’ensemble du terrain, on ne va pas demander aux joueurs de reculer à chaque touche. Donc ce ne sera pas plus facile de jouer une touche au pied.

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