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La décennie 1970 en NFL : La bataille des dynasties.

Petit retour hebdomadaire sur les acteurs et les évènements qui ont fait de chacune des décennies de l’histoire de la NFL des périodes uniques de son évolution. Aujourd’hui, les années 1970, terre fertile pour les dynasties et les fémurs brisés.

Le 17 janvier, il y a près de 50 ans jour pour jour, les Baltimore Colts surclassaient les Dallas Cowboys lors du cinquième Super Bowl de l’histoire sur le court score de 16 à 13. Le match, qui coïncide avec la dernière apparition de Johnny Unitas au plus haut des niveaux, symbolise parfaitement l’entrée de la NFL dans la décennie 1970. En effet, dès l’année suivante, la ligue de football prendra une forme toute nouvelle : celle du terrain de jeu de quatre équipes particulières qui se disputeront à elles seules les dix trophées suivants. Fini l’hégémonie des anciens, place aux Dolphins, Steelers, Cowboys et Raiders !

Les 1970 s en résumé :

La NFL des années 1970, c’est avant tout une image de projecteurs qui s’allument sur une musique devenue mythique, un défilé d’actions plus impressionnantes les unes que les autres commenté par la voix légendaire d’Howard Cosell, et un logo, celui de la chaîne ABC, qui deviendra le plus populaire dans les foyers américains. Cette image nouvelle génération, empreinte de couleurs vives et de lumières particulières, c’est celle du Monday Night Football, émission ô combien importante dans l’histoire du football professionnel.

            En effet, avec son équipe de présentateurs inégalable et son format, ses ralentis spectaculaires et ses vidéos highlights à la mi-temps, le MNF ne tarde pas à bouleverser le paysage audiovisuel aux États-Unis. Alors que les programmes sportifs, jugés trop exclusifs des femmes, étaient fuis comme la peste par les créneaux du soir, l’émission mise sur pied par le commissaire de la ligue Pete Rozelle donne une nouvelle teinte éclatante aux matchs hebdomadaires et devient un show incontournable en l’espace de quelques mois seulement. Enfants, parents, grands-parents, tous n’attendent plus qu’une chose chaque semaine : le grand rendez-vous du lundi soir.

            Il faut dire que la NFL a de grands atouts à mettre en avant en ce début de décennie. La fusion avec l’ancienne AFL rivale est désormais actée, le nombre de franchises a crû jusqu’à 26 et le niveau affiché sur le terrain est plus qualitatif que jamais. Tour à tour, les franchises les plus appliquées mettent sur pieds des escouades ultras dominantes qui deviendront le centre de l’attention des fans et seront dotées de surnoms plus inspirés les uns que les autres.

Mais alors que le Fearsome Foursome des Rams et les Purple People Eaters des Vikings effrayent les Quaterbacks pendant toute la durée des saisons régulières, ce sont les équipes les plus complètes qui prennent le contrôle de l’organisation.

            D’abord, ce sont les Cowboys qui se démarquent les premiers. Mené par l’ancien coordinateur défensif des Giants Tom Landry, le club de Dallas s’appuie sur l’excellent passeur Roger Staubach pour conquérir le cœur des fans et obtenir le premier titre de l’histoire du Texas en 1971. Ensemble, le duo gagnera quinze matchs de playoffs pendant la décennie, accrochera un nouveau sacre en 1977 et obtiendra le surnom d’America’s Team si cher à la franchise.

            Ensuite, c’est au tour des Dolphins de faire entendre leur voix. Malheureux perdant des Super Bowl III et VI, le coach Don Shula rebondit en effet de la meilleure des manières en coachant son équipe jusqu’à un bilan parfait de 14-0 en saison régulière, sublimé par une victoire écrasante en finale contre Washington. Encore aujourd’hui, aucune autre formation n’a réussi à égaler la perfection des Dolphins de 1972. Porté par les exploits de Bob Griese, Larry Csonka et Paul Warfield en attaque, Miami ira même jusqu’à faire le doublé en 1973, concluant ainsi la période de deux ans la plus impressionnante de l’histoire.

Présents dans les matchs au sommet depuis le début de la décennie, les Oakland Raiders attendront jusqu’en 1976 pour voir leurs espoirs se transformer en titre pour la première fois. Avec un parfait rôle d’antagoniste parfois décrié par leurs adversaires, les joueurs de John Madden comptent dans leurs rangs certaines des plus grandes légendes de la ligue (le Quaterback Ken Stabler, le WR Fred Biletnikoff et le duo de Linemen Gene Upshaw -Art Shell entre autres) et restent l’une des équipes les plus talentueuses de tous les temps. Leur deuxième titre, obtenu en 1980, confirmera d’ailleurs cette réputation.

Pourtant, résumer les années 1970s à ses seules dynasties serait une erreur. Si la décennie a été dictée par le destin de ces équipes si particulières, elle compte également son lot de moments historiques. On retiendra notamment les débuts poussifs des Seahawks et Buccaneers, créés en 1976 (Tampa Bay débutera son histoire avec un record de 26 défaites consécutives), la première saison au-dessus des 2 000 yards à la course d’OJ Simpson en 1973, et les nombreux matchs légendaires aux surnoms géniaux dont voici une petite liste non exhaustive :

  • The Longest Game (Dolphins-Chiefs 1971)
  • The Immaculate Reception (Steelers-Raiders 1972)
  • The Sea of Hands (Dolphins-Raiders 1974)
  • The first Hail Mary (Cowboys-Vikings 1975)
  • The Ghost to the Post (Raiders-Colts 1977)
  • The Holly Roller (Raiders-Chargers 1978)
  • The Miracle at the Meadowlands (Eagles-Giants 1978)

Que ce soit en saison régulière ou en playoffs, jamais une décennie n’aura livré plus de moments inoubliables que les années 1970. Et pour les plus attentifs, vous noterez que nous n’avons même pas encore évoqué la plus grande équipe de la période, l’effectif le plus talentueux de l’histoire, l’une des plus grandes dynasties de tous les temps : les Pittsburgh Steelers.

L’équipe de la décennie : Les Pittsburgh Steelers

Il est difficile de trouver un angle d’attaque pour parler des Steelers des seventies tellement les exploits sont nombreux alors servons-nous de quelques chiffres :

Quatre. C’est le nombre de Super Bowls remportés par Pittsburgh entre 1974 et 1979. Dans toute l’histoire du championnat, c’est la seule franchise à avoir réalisé cette performance en six saisons ou moins.

Onze. C’est le nombre de Hall of Famer impliqué dans chacun de ces quatre titres. Allant du propriétaire Art Rooney au coach Chuck Noll en passant par Joe Greene, Terry Bradshaw ou Jack Lambert, le roster des Steelers était inimaginable.

Quarante. C’est le nombre de saisons consécutives sans victoire en playoffs avant le point de départ de la dynastie en 1972. C’est simple, depuis leur création en 1933, les Steelers avaient été la pire franchise de la NFL, et de loin.

Dominant du début à la fin de la décennie, aucune équipe ne symbolise les années 1970 mieux la franchise de Pittsburgh. Mais nous aurons le temps d’y revenir.

Le joueur offensif de la décennie : Walter Payton

Souvent, lorsque l’on pose la question « qui était votre modèle ? » aux meilleurs Runningbacks de ces dernières décennies, tous ont la même réponse : Walter Payton.

Que ce soit, Barry Sanders, Adrian Peterson ou les anonymes fans de NFL qui dépassent aujourd’hui la soixantaine, toutes les personnes qui ont régulièrement vu jouer la légende des Bears s’accordent pour dire que l’emblématique numéro 34 était l’arme offensive ultime.

À la fois solide dans le jeu de passe et inarrêtable au sol, Payton était un concentré de tout ce qui se faisait de mieux à l’époque au poste de coureur. Puissance, légèreté, capacité d’esquive, vitesse, détente, sa palette était certainement plus complète que n’importe quel joueur dans l’histoire.

Décédé en 1999 d’une maladie rare, il aura marqué à tout jamais la NFL par son jeu et par sa gentillesse en dehors des terrains.

Le joueur défensif de la décennie : Mean Joe Greene

Qu’on soit clair sur une chose, si les Steelers ont été si dominants dans les années 1970, c’est principalement grâce à leur défense. Alors il est vrai que Franco Harris, Terry Bradshaw ou Lynn Swann auront été exemplaires du côté de l’attaque sur l’ensemble de la décennie, mais sans le Steel Curtain, ces derniers auraient certainement bien plus de place dans leur armoire à trophée.

Le Steel Curtain, c’est cette défense de fer qui a un jour encaissé un total de 28 points en neuf rencontres (en 1976) et qui compte dans ses rangs deux des meilleurs Linebackers de l’histoire (Jack Ham et Jack Lambert) ainsi que l’un des tout meilleurs Cornerback (Mel Blount). Mais avant tout, c’est l’escouade portée par le seul et l’unique « Mean Joe » Greene.

Avoir l’adjectif « méchant » dans son surnom, ça classe déjà un bonhomme. Alors lorsque ce surnom est appuyé par la plus grande carrière de l’histoire pour un Defensive Tackle avec 8 sélections comme All-Pro, deux titres de Défenseur de l’année et près de 80 sacks, il n’y a plus grand-chose à ajouter.

Le coach de la décennie : Don Shula

Au cours de sa longue carrière en NFL, le coach de Miami a remporté 347 matchs. Pour ceux qui se le demanderaient, c’est évidemment le nombre le plus important depuis la création de la ligue en 1920. Mais quand bien même Don Shula en aurait gagné que dix-sept, les 17 consécutifs de la saison 1972, il aurait sa place dans cette catégorie.

Sans avoir un effectif aussi complet que celui des Steelers (bien qu’assez fourni tout de même), l’ancien élève de Paul Brown est parvenu à signer la seule saison parfaite de l’histoire de la ligue et à faire rentrer dans les annales une équipe de Miami vieille de sept ans seulement.

La tactique de la décennie : La Cover 2

Vous reprendriez bien un peu de Steel Curtain ?

Si Mean Joe Greene est le cœur de la défense des Steelers de l’époque, le jeune Linebacker Jack Lambert, repêché à la draft 1974, est certainement la clef de voute tactique de l’escouade de Chuck Noll. Pourvu de capacités physiques exceptionnelles et d’une vitesse hors norme, le jeune défenseur du second rideau est installé comme l’homme à tout faire d’une défense révolutionnaire : la cover 2.

Imaginé pour mettre l’accent sur un jeu physique, la Cover 2 missionne les deux Safety de l’équipe à l’arrière de la formation, compte sur la ligne défensive pour exercer une pression avec quatre joueurs seulement et place les cinq défenseurs restant dans des zones intermédiaires pour profiter de chaque petite erreur commise par les Quaterbacks adverses.

Les Cornerbacks couvrent le bord du terrain, les Linebacker extérieurs s’occupent des zones dites « Curl » et Jack Lambert… de tout le reste.

Le match de la décennie : Le Super Bowl XIII Cowboys-Steelers.

Pas de grande surprise ici. Lorsque les deux équipes les plus emblématiques de chaque conférence s’affrontent dans le plus grand des matchs, le résultat est sans appel.

Alors que les Steelers avaient remporté la première manche en 1975 avec une victoire 21 à 17 qui avait révélé le jeune receveur Lynn Swann, la franchise de Dallas avait à cœur de prendre sa revanche dans cette grande rivalité naissante.

C’est raté. Même avec une interception et deux fumble perdu par Terry Bradshaw en première mi-temps, les Cowboys ne parviennent pas à transformer leurs opportunités en points et font toujours la course en deuxième position lorsque le dernier quart temps commence.  

En fin de rencontre, le réveil tardif de Roger Staubach donnera un dernier élan d’espoir à toute la population du Texas, mais rien n’y fait. Bradshaw s’est déjà fait pardonner en lançant quatre touchdowns et l’ultime tentative du Captain Comeback de Dallas restera vaine.

Score final 35 à 31, il faudra attendre seize ans avant de voir revoir autant de points lors d’un Super Bowl.

Le changement de règle de la décennie : Les changements de 1978

Fearsome Foursome, Purple People Eaters, Steel Curtain, Doomsday Defense, s’il y a une décennie qui a mis à l’honneur les défenses dans l’histoire de la ligue, c’est bien les années 1970.

Seulement voilà, les propriétaires de franchises le savent, le fan moyen n’a que faire des sacks, interceptions et shutout par dizaine, le fan moyen a besoin de points. Et après une saison 1977 historiquement basse en termes de scoring, la ligue décide de prendre les choses en main.

Dorénavant, contacter un receveur avant que la balle arrive vers lui est interdit. Alors que les Cornerback ne se gênaient pas pour bousculer leurs opposants pendant toute la durée des actions, ces derniers sont désormais sanctionnés à chaque petit accrochage.

Du côté de la ligne offensive, les attaquants ont maintenant le droit d’ouvrir leurs mains lorsque celles-ci sont posées sur le corps d’un défenseur. Avant cela, impossible d’agripper ou de contrôler son vis-à-vis, les poings devaient être fermés.

Suite à ces règles, le jeu aérien explose. Le nombre de passes tentées par match atteint les 31,8 (contre moins de 25 un an plus tôt), Terry Bradshaw enchaîne sur deux saisons MVP consécutives et le football américain est transformé à tout jamais.

Le défi de la décennie : Les Oakland Raiders

Un article entier ne suffirait pas à décrire à quel point les Raiders étaient une douloureuse épine dans le pied de la ligue dans les années 1970, alors voici trois courtes anecdotes qui décrivent bien à quel point la franchise d’Oakland était haïe par toutes les personnes qui croisaient sa route.

  1. Chez les Raiders, la règle numéro 1 est : « il est encouragé de tricher ». Et évidemment, il n’y a pas de règle numéro 2. Alors chaque semaine, tous les coups étaient permis : de la colle sur les mains des receveurs, des plâtres glissés sous les bandages pour donner des coups d’avant-bras dévastateurs ou encore des pelouses inondées volontairement pour empêcher les Runningbacks adverses de trouver leurs appuis.
  • Après les années 1950, la décennie 70 est considérée comme la période la plus violente de l’histoire de la NFL. Chaque semaine, on ne comptait plus les os cassés, les commotions et les départs sur civière à travers tout le pays. Mais s’il y a une équipe qui se démarquait particulièrement dans l’art des coups bas, c’était bien les Raiders. En 1978, le Safety Jack Tatum cogne d’ailleurs si fort un receveur des Patriots que ce dernier finira sa vie tétraplégique. Le tout… lors d’un match de présaison.
  • N’ayant jamais digéré la fusion des deux ligues alors qu’il venait d’être élu commissaire de l’AFL, le propriétaire Al Davis fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre des bâtons dans les roues de Pete Rozelle. Ainsi, pendant la décennie, les Raiders porteront plainte contre la NFL pour tout et n’importe quoi, faisant subir à l’organisation de longues procédures judiciaires. La plus importante étant sans doute le départ forcé de la franchise à Los Angeles en 1982.
Le WR Fred Biletnikoff s’enduit de colle pour être sûr de ne rien laisser tomber.

L’action de la décennie : L’Immaculate Reception

Le premier titre remporté par les Steelers remonte à 1974. Pourtant, communément, on associe le point de départ de la grande dynastie de Pittsburgh deux ans plus tôt, lors d’un soir de décembre 1972.

À l’époque, la franchise noir et jaune n’a pas encore gagné le moindre match de playoffs depuis sa création en 1933. Malgré les efforts du propriétaire Art Rooney et la fidélité des habitants de Pennsylvanie, l’équipe avait connu désillusion sur désillusion… sur désillusion.

Puis vint l’Immaculate Reception. L’action la plus importante et plus inattendue de l’histoire de la NFL.

Alors que les Steelers faisaient face à une quatrième tentative en toute fin de rencontre, avec trois points de retard, Terry Bradshaw recule et lance une longue passe vers le milieu du terrain. Impuissant, le Quaterback ne peut qu’observer le Safety des Raiders Jack Tatum envoyer valser sa cible et, avec lui, les derniers espoirs de qualification.

Alors que le ballon est propulsé loin de l’impact, toutes les personnes présentes dans le stade croient à la fin de la rencontre. Toutes… sauf un. Depuis sa position de Runningback, le coureur Franco Harris a bien suivi l’action et parvient à se saisir du cuir de justesse à quelques centimètres du sol. La défense d’Oakland, aussi surprise que les fans, est dépassée. Et quelques dizaines de yards plus loin, Harris offrira à la ville de Pittsburgh la première grande victoire de son histoire et un moment fédérateur sur lequel la future dynastie posera ses premières pierres.

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