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La longue descente aux enfers du Valencia CF

L’année 2021 commence et depuis quelque temps déjà, Valence connaît des jours sombres. Marasme économique, ventes de joueurs, un stade qui n’arrive pas. Comment un club six fois champion d’Espagne, deux fois vice-champion d’Europe en est arrivé à terminer 9e la saison passée et se bat, cette saison, pour ne pas tomber dans la zone rouge ? Explication en 3 actes.

Acte 1. Le piège du Nou Mestalla

Tout allait bien à Valence à l’été 2004. Le soleil brillait, les Valencianos venaient d’être sacrés champions d’Espagne avec cinq points d’avance sur le FC Barcelone. La saison 2004-2005 commençait sous les meilleurs hospices. Mais quelques nuages viennent ternir cette bonne période. Jaime Ortí, alors président, présente le 5 octobre sa démission. Une décision « logique, mais précipité » selon AS.

Le siège revient à Juan Bautista Soler, entrepreneur immobilier, qui avait racheté, quelques mois plus tôt, les actions de l’ancien président Fransisco Roig (1994-1997) pour permettre au club de retrouver une certaine sérénité économique. C’est dans ses mains que Valence va connaître ses premières grosses difficultés. Juan Soler a de grandes ambitions, mais surtout les yeux plus gros que le ventre. 

En 2006, il rend publique son ambition de vendre l’ancien écrin pour construire le « Nou Mestalla ». Passer de 57 000 places à 75 000 sièges afin d’accueillir la finale de la Ligue des Champions. Le projet débute en 2007, mais l’éclatement de la bulle immobilière met un coup de frein à l’ambition de Juan Soler. En 2009, le projet est arrêté pour une durée indéterminée. Coup dur. 

En même temps, Valence recrute énormément sur le marché des transferts, et à des prix beaucoup trop élevés pour ce qu’ils peuvent s’offrir. En 2006, Joaquin Sanchez arrive pour 25 millions d’euros. Il devient le transfert le plus cher de l’histoire du club. L’année suivante, Ever Banega et Manuel Fernandes débarquent pour un montant total de 36 millions d’euros. 

Juan Soler

Oui, mais voilà. À force de vivre au-dessus de ses moyens, on finit par s’en mordre les doigts. En 2009, Valence n’est plus rentable. Sur les cinq années passées, les dépenses sont supérieures de 300 millions d’euros aux recettes. Cet été-là, la Valencia CF Foundation (organisation à but non-lucratif dont la fonction est de promouvoir le patrimoine historique du Valencia Football Club) prend de l’importance quand elle décroche un prêt à hauteur de 240 millions d’euros de la Bancaja pour sauver le club de la faillite. À ce moment-là, l’organisation détient 72 % du club. 

Un plan de viabilité est alors pensé avec, notamment, la réduction de la masse salariale de 30 % (elle est de 112 millions d’euros par an). Mais la mesure phare est la campagne d’augmentation de capital de 92,4 millions d’euros qui est lancée. Des actions, à 48 euros l’unité, sont alors vendues. Mais ni ces dernières, ni la vente des joueurs ne suffisent à compenser le trou béant des finances du club. Un second prêt est alors contracté : de 200 millions d’euros cette fois. Il permettra, en principe, de terminer le nouveau stade. Un objectif primordial puisque les propriétaires espèrent une augmentation des revenus de 40 millions d’euros par an grâce à ce dernier.

La dette du club s’élève alors à 547 millions d’euros, mais la Valencia CF Foundation a un plan : rembourser 110 millions dès la première année, en 2010. Ils tablent sur une perte de 84 millions d’euros en 2011, mais le nouveau stade leur permettra de rembourser plus de 280 millions d’euros en 2021. En principe. 

Acte 2. Une vente inéluctable

Les années 2010 commencent par une vente massive des joueurs phares. Après Raul Albiol parti à l’été 2009, c’est au tour de David Silva et David Villa de quitter Valence l’été suivant. En 2011, Juan Mata et Joaquin Sanchez changent de cap. Puis, en 2012, Jordi Alba et Pablo Hernandez quittent les Ches. 

Pour autant, et malgré le manque d’expérience qui peut parfois régner sur le terrain, les Valencianos, jouent les compétitions européennes. L’année 2021 marque un nouveau tournant. Au terme d’une saison réussie (3e de Liga, demi-finale d’Europa League), Unai Emery n’est pas prolongé. Le président, Manuel Llorente engage Mauricio Pellegrino, alors novice en la matière. Problème, la signature s’est faite dans le dos du conseil d’administration et de la direction sportive. Lui ne fera que six mois sur le banc avant de se faire remercier. Depuis, onze entraîneurs se sont succédé à Valence. En huit ans seulement. 

Manuel Llorente.

Sur le plan économique, la dette n’a pas pu être remboursée entièrement, malgré les efforts consentis par le club. Le gouvernement valencien, en tant que garant, est intervenu, payant une partie des intérêts de la dette et imposant un refinancement de la dette. La Generalitat impose 11 administrateurs pour observer chaque décision du Conseil. Manuel Llorente refuse et n’a d’autres choix que de démissionner. « En larmes [mais] avec la conscience d’un travail bien fait » dira-t-il.

Amadeo Salvo prend la suite et propose un plan de refinancement. Refusé par la Bancaja. La vente du club devient de plus en plus primordiale. Amadeo Salvo présente l’intérêt de Peter Lim, milliardaire singapourien. Offre refusée par la Bancaja. Dans un premier temps. Une commission composée de Valencia CF, de la Foundation VCF, de la Bancaja et de la Generalitat, est alors créée pour gérer la vente. Sept offres arrivent sur la table, dont celle de Peter Lim. Cette fois, elle sera acceptée. 

Acte 3. L’ère Lim

En 2014, le club change de main. L’homme d’affaire a un seul objectif : ramener Valence sur le devant de la scène européenne. L’équipe est reformée, un nouveau coach (Nuno Espirito Santo) arrive, sur les conseils de Jorge Mendes. Adidas arrive comme nouvel équipementier, et sur le terrain, les résultats sont au rendez-vous. Les arrivées d’Otamendi, de Mustafi permettent de retrouver une certaine stabilité défensive. 

Si le milliardaire a injecté plusieurs dizaines de millions d’euros dans le club, il fait du despotisme en plaçant la direction sportive de Valence entre les mains d’Anil Murthy, ancien diplomate singapourien. Il gère le club comme il gère une entreprise. Et c’est sûrement ça le problème.

Dans un club où la chauve-souris est l’emblème, l’ombre du petit animal nocturne ressemble à s’y méprendre à celle de Jorge Mendes. Ce dernier contrôle tout, et rare sont les entraîneurs qui arrivent au club sans l’aval du Portugais. 

Peter Lim, crédit : Sports Valencia

Le « Champions Project » de Lim ne prend pas auprès des supporters. Ces derniers sont même perdus. Difficile de comprendre quand le futur de ton club est décidé à l’autre bout de la planète. Pourtant, le calme revient plus ou moins quand Marcelino prend les rênes de l’équipe. Une période qui ne durera pas longtemps. Le technicien espagnol se fait licencier. Personne ne comprend trop pourquoi. 
C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour les supporters. Pour les joueurs aussi d’ailleurs. Capitaine de l’équipe, Dani Parejo prend position pour Marcelino et tient tête à sa direction. Les « Peter, va-t-en » deviennent de plus en plus réguliers au stade. Et le geste d’Anil Murthy demandant aux supporters de se taire va rompre définitivement la relation. S’il s’excuse, le mal est fait. Les médias ne sont plus les bienvenus au centre d’entraînement. 

La crise est de retour, et la Covid-19 ne va faire qu’empirer les choses. Les médias annoncent que « l’ensemble des joueurs sont à vendre ». La vente de Francis Coquelin et Dani Parejo ne permettent pas de voir le bout du tunnel. Les salaires ne sont plus payés. Les joueurs reçoivent des reconnaissances de dettes, qu’ils refusent. 

Cette saison, ce n’est pas mieux. Le club végète dans la seconde partie du classement. Les espoirs de jouer l’Europe la saison prochaine se sont envolés, les importants revenus de ces mêmes compétitions avec. Cela fait bien longtemps que les Valencianos n’ont pas vu de ciel bleu. À moins que le vent ne tourne, les gros nuages noirs risquent de rester encore un peu au-dessus de Mestalla. 

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