Auto / Moto Formule 1

Romain Grosjean, le perdant admirable

Le 22 octobre dernier, l’écurie Haas a annoncé la fin de l’aventure avec son désormais ex-pilote Romain Grosjean. Sauf retournement de situation extraordinaire, il ne roulera plus en F1. Cela ne signifie pas pour autant que Romain arrête la course automobile, mais le meilleur est assurément derrière lui. Il est donc temps de rendre hommage à celui qui a fièrement représenté la France en F1 durant presque dix ans.

Romain Grosjean naît le 17 avril 1986 à Genève en Suisse. Il grandit au sein d’une famille sportive. Son arrière-grand-père fut un champion de bobsleigh suisse et son grand-père, Fernand Grosjean, champion de ski. Son père, un avocat, est un grand passionné de course automobile et soutient son fils dès ses débuts, aussi bien sportivement que financièrement, jusqu’à son accession en F3 en 2006. Il faut savoir que la première passion de Romain fut le vélo, mais peu après ses dix ans – à la suite de l’achat d’un kart par son père -, il se met en quête de faire de la compétition de karting à l’âge de 14 ans, nous sommes alors en 2000.

Romain Grosjean sur un podium après une course de karting au début des années 2000. (kartmag.fr)

Une ascension progressive

Ses premiers pas sont bons, malgré le retard qu’il peut accuser vis-à-vis de ses concurrents. En effet, débuter la compétition à son âge peut être un frein lorsqu’on sait qu’il faut commencer tôt pour aspirer à une longue et belle carrière, mais il y a des exceptions, comme Romain Grosjean. Dès 2003, à 17 ans donc, il passe à l’étape supérieure en roulant au volant d’une monoplace. Il intègre un championnat ressemblant à l’antichambre du championnat suisse de Formule Renault 2.0. Résultat, dix courses, dix victoires, dix poles positions, dix meilleurs tours, dix podiums et un premier titre acquis logiquement au terme de la saison.

En 2004, il continue son ascension en prenant part au championnat de France de Formule Renault 2.0. Grosjean apprend timidement, mais la saison suivante, sa progression est exponentielle puisqu’il remporte ce même championnat en gagnant 10 des 16 courses au programme. Il a alors vingt ans et deux académies de développement s’intéressent fortement à lui. Il s’agit de Redbull et Renault. Seul hic, il est Suisse, mais possède la double nationalité. Renault le recrute à une condition : rouler sous les couleurs françaises. C’est ce qu’il fait et c’est pour cela que Romain Grosjean représente la France sur les pistes, grâce aux origines françaises de sa mère Marie-Hélène Brandt.

En 2006 et 2007, il concourt en Formule 3 Euro Series et comme pour le championnat précédent, après une saison de rodage, il est sacré champion l’année suivante. Romain Grosjean semble être un pilote qui a besoin de prendre ses marques, connaître son environnement, pour performer. Pour la saison 2008, il grimpe encore un échelon et accède à la F2, appelé GP2 Series à ce moment-là. Cette fois-ci, il surprend et gagne d’emblée. Son écurie, ART Grand Prix, est réputée pour prendre sous son aile de jeunes pilotes prometteurs afin de les faire progresser. Il finit 4e d’une promotion remportée par un Italien répondant au nom de Giorgio Pantano. Mais notre Français ne s’arrête pas là, car il se classe premier à l’issue du GP2 Series Asia durant cette même saison. Enfin, dans le même temps, grâce à son intégration au sein de l’académie Renault, il devient pilote essayeur de l’écurie française de F1.

Romain Grosjean fêtant son titre de champion de GP2 en 2011. (snaplap.net)

La saison 2009 constitue le premier véritable tournant de sa carrière, car Renault le propulse troisième pilote. Parallèlement, jusqu’en août, Romain Grosjean poursuit son apprentissage au sein du team Barwa Adax en GP2 et pointe à la deuxième place du championnat derrière Nico Hülkenberg. Cependant, un événement va tout changer : le Crashgate. Ce scandale, bien connu des fans de F1, met en cause le directeur de l’écurie Flavio Briatore et le deuxième pilote : Nelson Piquet Jr. Grosjean est son remplaçant et arrive au sein d’un team en crise. Ses débuts en F1 sont difficiles et le pilote français se retrouve en situation d’échec.

Grosjean vient de faire face à une situation très compliquée et en pâtit. Sa saison 2010 commence mal, car il se retrouve sans baquet, ni en F1, ni en GP2. Il multiplie alors plusieurs expériences automobiles dont quelques courses en championnat de tourisme. Finalement, il parvient à retourner en GP2 et en 2011 vient la consécration : il devient champion de GP2 Series avec l’écurie DAMS. Son aventure en F1 peut alors véritablement commencer.

Un pilote de F1 en quête perpétuelle de victoire

Ses premières années en F1, Romain Grosjean les a passé à chasser la victoire, noble objectif évidemment, mais malheureusement, il n’a jamais atteint le Graal. Malgré de nombreux podiums, 10 pour être précis, le pilote français n’a jamais réussi à monter sur la plus haute marche. Pourtant, ses deux premières saisons avec Lotus furent sûrement ses deux plus belles années en Formule 1. Les occasions furent nombreuses, notamment sur plusieurs courses durant lesquelles il a fini sur le podium. Nous y reviendrons, mais Grosjean a évidemment joui de malchances par moment et il fait partie de ceux qui ont vu leur carrière se jouer sur quelques minutes voire peut-être secondes.

Avant d’aborder les choses qui fâchent, revenons donc sur ses résultats. Romain Grosjean en F1, c’est 179 courses, 1 seul meilleur tour en course et 10 podiums donc. Si l’on regarde de plus près, il est entré 59 fois dans les points, a abandonné 50 fois et inscrit 391 points. Son meilleur classement final au championnat fut atteint à l’issue de la saison 2013. Il avait alors marqué 132 points terminant ainsi 7e derrière Nico Rosberg. La suite fut moins glorieuse, puisque Romain Grosjean n’a jamais vu les planètes s’aligner en sa faveur, en témoignent ses futures voitures – notamment celles de Haas qui ne pouvaient pas lui permettre de jouer régulièrement le podium -, mais aussi ses écuries. À partir de 2014, Lotus a périclité et Romain s’est retrouvé chez Haas F1 Team en 2016. Depuis, il a tenté, tant bien que mal, de rentrer dans les points. Il y est parvenu 24 fois, moins que lorsqu’il roulait pour Lotus donc – 35 fois entre 2012 et 2015.

Romain Grosjean remerciant son écurie le 7 juillet 2013 sur le podium du Nürburgring après sa 3e place. (lotusproactive.wordpress.com)

Pourquoi Romain Grosjean fut-il un perdant admirable ? Tout simplement, car il fait partie de cette caste de pilote à détenir plusieurs tristes records, et admirable, car il a fait preuve de beaucoup de courage et d’abnégation tout au long de sa carrière. Tout d’abord, il est 4e d’une liste de pilotes à avoir disputé le plus de courses sans en avoir gagné une de toute l’histoire de la F1. Devant lui, il y a un certain Nico Hülkenberg. Il est le deuxième pilote de l’histoire à avoir disputé le plus de courses sans n’avoir réussi à décrocher une pôle position. Sa meilleure place sur la grille fut une deuxième place et le premier de ce classement n’est autre que Sergio Pérez. Il est le 4e pilote à avoir effectué le plus de podiums sans gagner une course, le premier étant Nick Heidfeld avec 13 podiums. Il est le deuxième pilote à avoir engrangé le plus de points sans gagner une course, seul Hülkenberg fait pire. Enfin, il est le 10e pilote d’une liste à avoir mené le plus de tours sans gagner une course – Romain étant à 40 et le premier Chris Amon est à 183.

Romain Grosjean fait indubitablement partie de ces pilotes de F1 malchanceux qui auraient mérité une victoire. Mais le sort en a voulu autrement et le pilote français restera dans la mémoire pour d’autres accomplissements.

Ses faits marquants

Son premier podium :

Revenons à une époque où Romain Grosjean était le pilote français en vogue. Nous sommes au début de la saison 2012 et il peine à trouver ses marques, abandonnant par deux fois lors des deux premières courses de la saison alors qu’en Australie, il s’était hissé jusqu’en Q3 pour se placer 3e de la grille de départ, signant un beau retour en F1. En Chine il finit 6e après être parti 10e sur la grille.

Oh le beau podium… (maxf1.net)

Une semaine plus tard, il fait encore mieux à Bahreïn, en se plaçant 7e à l’issue des qualifications. Son départ est très bon puisqu’il lui suffit que de quelques tours pour pointer à la deuxième place derrière Sebastian Vettel. Au 23e tour, Räikkönen dépasse son coéquipier. Grosjean est donc troisième, place qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de la course, signant ainsi le premier podium de sa carrière. Cette course fut un élément déclencheur pour lui, car il prit conscience qu’il était au volant d’une voiture compétitive, capable peut-être de lui offrir une victoire…

Le tournant de sa carrière ? :

Son père, Christian Grosjean, le dit lui-même, ce 24 juin 2012, les portes de la victoire se sont ouvertes à Romain. Mais l’histoire en fut autrement et il dû abandonner pour un souci d’alternateur. Revenons un peu en arrière, deux semaines exactement. Au Canada, Grosjean décroche son meilleur résultat en carrière, il grimpe sur la deuxième marche du podium, terminant derrière Lewis Hamilton pour 2 petites secondes. Ce jour-là, Romain fut étincelant. On se dit alors que sa victoire n’est qu’une question de temps et que le GP d’Europe sur le circuit urbain de Valence, est peut-être fait pour lui.

« Cette année-là, il aurait dû gagner au moins deux Grands Prix. À Valence, par exemple, où un composant électrique casse alors qu’il a devant lui seulement Alonso, dont les pneus sont complètement usés. S’il gagne un Grand Prix dès sa première année, l’histoire s’écrit différemment. »

Christian Grosjean pour Ouest-France en décembre dernier.

Il se qualifie à la 4e place et aborde la course avec sérénité. Dès le départ, le pilote français dépasse Maldonado. Huit tours plus tard, il prend le dessus sur Hamilton. Il est alors deuxième derrière Vettel, place qu’il va conserver jusqu’au 33e tour. Alonso le dépasse, mais quelques minutes plus tard, le leader allemand abandonne. Grosjean se retrouve de nouveau deuxième. À ce moment précis, l’avantage est au français, car ses pneus sont moins usés et revenir sur Alonso n’est qu’une question de temps. Malheureusement, il abandonne avant et il voit ses chances de victoire s’envoler. Un premier coup du sort pour notre pilote franco-suisse.

Son accident à Spa :

Nous ne pouvons pas aborder la carrière de Romain Grosjean, sans oublier son terrible accident lors du départ de Grand Prix de Belgique 2012. Tous les fans de F1 connaissent cette histoire, donc tâchons de prendre un peu de recul. Nous savons maintenant que Romain Grosjean a ouvert sa boite de Pandore. Cet accident provoqua chez lui un sentiment irréversible, celui d’un manque de confiance qui l’a poursuit jusqu’à la fin. Il n’y a pas seulement l’aspect sportif, mais aussi mental, car on sait qu’il a souffert de cet événement aux yeux du paddock. Il a dû résister aux moqueries, même plusieurs années après. Il a dû aussi faire face aux nombreuses critiques des supporters. Cet événement constitue assurément un véritable bouleversement dans sa carrière. Nous avons même tendance à croire qu’il ne s’en est peut-être jamais remis…

Une magnifique fin de saison 2013 :

Une saison plus tard et nous voici en Corée du Sud. C’est le début de sa plus belle série statistique : trois podiums de suite puis une quatrième place à Abu Dhabi et une deuxième place à Austin aux Etats-Unis. Mais la course qui nous intéresse le plus est celle du Japon. Pourquoi ? Car il en a mené une partie, 26 tours pour être précis. Malheureusement pour lui, les Redbull furent plus fortes ce dimanche-là et Grosjean n’a pas su tenir le rythme sur la fin de course. Plus largement, on se souviendra de cette série de Grands Prix comme d’une parenthèse enchantée, celle où Romain fut de nouveau très près de la victoire, sans jamais y parvenir.

Le miracle de Sakhir :

Est-ce que ce dimanche 29 novembre 2020 ne fut-il pas finalement son jour le plus glorieux ? Il me semble qu’il nous a tous donné une leçon de vie en réusissisant à s’extirper bravement de sa monoplace au bord de la piste. Et il n’y a pas grand chose à rajouter, car nous savons ce qu’il s’est passé, nous avons tous eu incroyablement peur devant notre télévision. Cette fois-ci, le destin fut avec lui, l’aidant à décrocher sûrement la plus belle victoire de sa carrière. Un succès humain, qui nous rappelle à tous que le sport paraît parfois tant subtil…

Quel avenir ?

Ces dernières semaines, les rumeurs se sont multipliées sur son futur. Grosjean aimerait continuer dans le sport automobile afin de découvrir d’autres disciplines, mais lesquelles ? Les médias parlent de la Formule E, de l’endurance ou encore d’IndyCar. La première option serait étrange lorsqu’on sait que cette discipline présente plusieurs points communs avec la F1. Quant à l’endurance, cela serait peut-être une bonne idée, car Romain Grosjean devrait pouvoir trouver un bon baquet pour les 24H du Mans et le voir concourir dans ce genre de course est réellement intriguant. Enfin, l’IndyCar semble également une destination moins plausible, au vu de son âge et de son potentiel de réussite. Quoi qu’il en soit, nous nous réjouissons d’avance de le voir s’aventurer vers de nouveaux horizons, lui qui a sûrement besoin de changer d’air depuis pas mal de temps.

Peut-être le début d’une nouvelle vie pour Romain Grosjean ? (fr.sports.yahoo.com)

Romain Grosjean fut un exemple de longévité, il est le troisième pilote français à avoir disputé le plus de Grands Prix derrière Jean Alesi et Alain Prost. Malheureusement, il n’a pas rencontré autant de succès que ses glorieux ainés et on se souviendra de lui comme un pilote qui est certainement passé à côté de son destin…

(Photo de couverture : foxsports.com)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :