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La décennie 1980 en NFL : La guerre des étoiles.

Petit retour hebdomadaire sur les acteurs et les évènements qui ont fait de chacune des décennies de l’histoire de la NFL des périodes uniques de son évolution. Aujourd’hui, les années 1980, quand les étoiles ont brillé plus fort que jamais.

Le 10 janvier 1982, il y a maintenant 39 ans, les San Francisco 49ers se défaisaient, non pas sans mal, des grands Dallas Cowboys lors de la finale de conférence NFC. La rencontre, déjà considérée comme exceptionnelle à l’époque, prendra encore plus d’importance au fil des saisons, symbolisant parfaitement le passage de flambeau entre les 1970 et la nouvelle décennie 1980. Une période marquant un peu plus l’entrée du football dans l’ère moderne que l’on connait aujourd’hui.

Les 1980 s en résumé :

Suite au Super Bowl XV, lorsque la légendaire décennie 1970 s’achève par une ultime victoire des Oakland Raiders, beaucoup de grands joueurs NFL entrent dans les années 1980 avec un goût amer dans la bouche. Au cours des dix dernières années, la ligue de football avait été plus éclatante, plus spectaculaire et plus populaire que jamais, mais elle avait surtout été régie par quatre franchises extraordinaires certes, mais qui avaient projeté leur ombre sur tout le reste du paysage footballistique.

Ainsi, encore aujourd’hui, peu de gens pensent à Ken Anderson, Earl Campbell, Deacon Jones ou Alan Page lorsque les années 1970 sont évoquées. Et à une époque où les salaires et la crédibilité étaient encore dictés par la popularité, même certains des meilleurs joueurs de tous les temps avaient du mal à voir la vie en rose.

Heureusement, le début de la nouvelle décennie coïncide parfaitement avec le déclin de ces quatre géants. En AFC, Steelers et Raiders subissaient une violente gueule de bois en 1981, combinant pour un médiocre bilan de 15-17 pendant que les Dolphins s’effondraient au premier tour des playoffs. Et en NFC, les Dallas Cowboys voyaient leur rêve de titre couper court par la montée en puissance d’une jeune équipe de San Francisco. Pour la première fois de l’ère Super Bowl, les super-teams connaissaient une première phase d’obsolescence, laissant ainsi libre cours aux talents individuels d’entrer un peu plus dans la lumière.

Et quels talents ! Les années 1980 ne troquent pas de belles dynasties pour un niveau de jeu médiocre, bien au contraire. Les changements de règles de 1978 ayant donné un coup d’accélérateur certain au jeu offensif, c’est par dizaines que débarquent les attaquants géniaux, apportant avec eux un vent de fraicheur aux quatre coins du pays.

Eric Dickerson des Los Angeles Rams (AP Photo/Lennox McLendon, File)

En tête de gondole, ce sont les Quaterbacks qui brillent le plus : Joe Montana, Dan Marino, Dan Fouts, John Elway, Jim Kelly, tous deviendront rapidement le cœur de leurs équipes respectives et écraseront les records dans le jeu aérien sans le moindre mal.

Bien aidé par cette percée, le poste de receveur se verra également sublimé par les débuts de carrière de Jerry Rice, Steve Largent, Art Monk et autres James Lofton. Tout comme celui de Running Back avec Eric Dickerson, Marcus Allen et Bo Jackson.

En 1984, la NFL nouvelle génération signe d’ailleurs sa saison la plus spectaculaire. Dan Marino, MVP de l’année, devient le premier Quaterback de l’histoire à dépasser les 5 000 yards (5 084) et les 40 touchdowns (48). De son côté, Eric Dickerson continue sur la lancée de sa saison rookie en établissant le record absolu de yards en une seule saison (2 105). Et de son côté, Joe Montana mène les 49ers à l’une des saisons collectives les plus impressionnantes de l’histoire avec un record de 15 succès et un deuxième titre pour les 49ers.

Vous l’aurez compris, les années 1980 se conjuguent avec la fraicheur et le talent de ses jeunes étoiles. Mais aussi étonnant que cela paraitre, ce n’est pas l’insouciance qui permettra de gagner des titres lors de la décennie. Alors qu’ils avaient complètement disparu depuis près de quinze ans, ce sont les franchises historiques qui font un retour en force pour se partager cinq des dix bagues de champions disponibles.

Si l’adage « Defense Win Championship » est encore utilisé (parfois à tort) en 2020, il n’est jamais aussi vrai que pendant les années 80 tant les défenses des Bears (1985), Giants (1986 et 1990) et Redskins (1982 et 1987) auront écrasé leurs adversaires sur le chemin de la victoire.

Le LB des Bears Wally Chambers fait face à Phil Simms et ses Giants

Pour résumer, jeunes stars talentueuses, vielles franchises expérimentées…. et conflits en coulisses.

En effet, la décennie 80 rime également avec le retour des problèmes entre propriétaires, au sein de l’organisation. Si le football est désormais le sport le plus populaire aux États-Unis, certains patrons de franchises ne se gênent pas pour gratter le moindre billet vert disponible, parfois au détriment du collectif. Ainsi, Caroll Rosenbloom des Rams sera le premier à annoncer son départ de Los Angeles pour s’installer dans la ville d’Anaheim, Al Davis le suivra peu de temps après en délaissant Oakland au profit de la cité des anges, et Robert Irsay déplacera, sans prévenir, ses Colts vers Indianapolis.

Avec un succès porté par de nouveaux étendards, la NFL aura beaucoup gagné en termes d’influence dans les années 1980. Mais elle aura aussi perdu quelque chose qui faisait sa force depuis plus de soixante ans : sa solidarité interne.

L’équipe de la décennie : Les San Francisco 49ers

Si le passage des années 1970 aux années 80 met fin à la grande bataille des super-teams, elle n’éradique pas pour autant le concept de dynastie en NFL. Un bon Quarterback, un excellent coach, un peu de réussite au niveau recrutement, et chaque équipe peut prétendre à imposer son hégémonie sur les rectangles verts.

Ainsi, lorsqu’en 1981, Joe Montana émerge sur le devant la scène sous la direction d’un Bill Walsh particulièrement inspiré offensivement, le reste de la ligue comprend rapidement à quel point il sera dur de concurrencer avec les 49ers dans le futur proche.

Ajoutez à cela une draft parfaitement menée qui verra arriver le Safety Ronnie Lott et le duo de DB Eric Wright – Carlton Williamson, saupoudrez le tout de divers talents offensifs, et vous obtenez l’une des meilleures équipes de l’histoire.

13-3 en 1981, 15-1 en 1984, 10-6 en 1988, 14-2 en 1989. En tout, pas moins de quatre titres seront remportés par San Francisco sur l’ensemble de la décennie, le plus haut total de l’histoire à égalité avec les Steelers des années 1970. Que ce soit derrière les exploits de Montana, l’explosion de Jerry Rice à partir de 1985 ou la défense de fer portée par Lott et Charles Haley, les 49ers s’imposeront comme l’ennemi à abattre au sein de la conférence NFC.

Le joueur offensif de la décennie : Dan Marino

Ken Anderson, Dan Fouts, Fran Tarkenton, autant de joueurs qui, bien que brillant en leur temps, sont souvent oubliés aujourd’hui en raison du manque de titre NFL dans leur palmarès. Pourtant, malgré une seule apparition en finale et aucune bague à mettre sur son annulaire, personne n’a oublié le nom de Dan Marino.

Et pour cause, comment oublier un phénomène comme celui-ci ? Un an seulement après son arrivée en 1983 dans ce qui sera considéré comme la meilleure cuvée de Quarterback de tous les temps, la star des Dolphins révolutionnera en effet la manière de voir le poste roi en NFL. À grands coups de records et de performances incroyables, Marino va donner un aspect de playmaker encore jamais vu dans la grande ligue : 5 000 yards en une saison, 48 touchdowns, le tout à près de 60 % de complétions, il est un Quarterback du XXIe siècle avant l’heure.

Et si sa seule opportunité de remporter une bague est coupée court par les 49ers aux Super Bowl XIX, sa classe, sa release ultrarapide et son influence, elles, s’inscriront dans le temps pour toucher toutes les générations futures.

Le joueur défensif de la décennie : Lawrence Taylor

Trois titres de Joueur Défensif de l’année, un titre de MVP, deux bagues de champions, 10 nominations comme All-Pro, 56 fumbles forcés et plus de 132 sacks en carrière. Ça, c’est pour le côté chiffre.

Un moteur inépuisable, une silhouette plus qu’imposante (1m91 et 110 kg), un regard terrifiant, une puissance inégalable et l’impact d’un ouragan. Ça, c’est pour le côté style.

L’avant-gardisme en tant que Linebacker Extérieur dominant dans le Pass-Rush, la raison pour laquelle les Offensive Tackle sont le poste le plus important de la OLine et le modèle de toute une génération d’Edge Rusher. Ça, c’est pour le côté influence.

Lawrence Taylor (numéro 56) en plein dans son élément

Déterminer qui est le meilleur défenseur de l’histoire de la NFL est une quête subjective par essence. Mais il n’y a pas de hasard si le numéro 56 des New York Giants revient dans toutes les discussions de ce type. Lawrence Taylor était plus dominant que n’importe qui à son époque, et plus populaire que n’importe quel autre défenseur, 30 après sa retraite sportive.

Le coach de la décennie : Bill Walsh

De tout temps, les grands coachs NFL sont divisés en deux catégories : les meneurs d’hommes géniaux qui maitrisent toutes les facettes du rôle d’entraineurs, et les esprits tactiques brillants qui parviennent à révolutionner le sport grâce à de nouvelles manières de jouer.

Clairement affilié cette deuxième définition, Bill Walsh peut se vanter d’avoir inventer le football américain moderne. Aujourd’hui, chaque franchise de la ligue porte avec elle un bout de son ADN et appuie grandement ses plans de jeu offensifs sur son chef-d’œuvre : la West Coast Offense.

Mais ne résumer le grand chef d’orchestre californien qu’à la WCO serait une erreur. Pendant ses 10 saisons passées sur les bancs NFL, il aura fait des 49ers la franchise la plus stable de la ligue, totalisant un bilan de 92-59, accompagné de dix victoires en playoffs et de deux titres de Coach de l’année. 

La tactique de la décennie : La West Coast Offense

Jusque dans les années 1980, le jeu aérien en NFL pouvait être résumé en quatre étapes :

  • Faire un long dropback
  • Regarder au fond du terrain si un receveur était ouvert
  • Si oui, faire une longue passe
  • Sinon, faire une passe courte.

Ainsi, pendant des années et des années, la réussite dans les airs était bien plus liée à la capacité des receveurs de se démarquer et à celle du Quaterback de lancer des balles sur de longues distances, qu’à un aspect véritablement tactique.

Alors lorsque Bill Walsh arrive chez les Bengals en tant que coordinateur offensif au début des années 70, il est tout de suite confronté à un problème de taille : Cincinnati est très loin d’avoir un effectif des plus talentueux.

Pour tenter de porter son équipe vers la victoire, Walsh imagine alors un système de jeu axé sur les airs, qui créerait de la séparation entre les skill players et leurs vis-à-vis de manière artificielle. Centrée sur des passes courtes, rythmées, et envoyées dans la course des receveurs, la West Coast Offense est la première à utiliser des concepts de passes mobilisant tous les joueurs de l’attaque et agressant une partie précise du terrain.

Avec Joe Montana à la baguette, et bientôt Jerry Rice comme cible prioritaire, la W.C.O fait rapidement tourner les têtes de tous les coordinateurs défensifs de la ligue, et est ainsi reprise par toutes ses autres attaques.

Le match de la décennie : L’Epic in Miami

À l’issue de la saison 1981, les 49ers surclassent les Cincinnati Bengals lors du Super Bowl XVI et remportent leur premier titre historique. Pourtant, la rencontre la plus marquante de la série de playoffs cette année-là ne compte ni uniformes rouges ni casques tigrés : elle oppose les Chargers aux Dolphins en demi-finale de conférence.

Pourquoi la plus marquante ? Les réponses à cette question sont multiples :

Tout d’abord, parce qu’il s’agit de l’un des matchs de playoffs les plus chauds de l’histoire avec une température ambiante à 31 degrés (un 2 janvier pourtant !). Ensuite, parce que la rencontre mêle déferlante offensive, très belles actions défensives, un comeback de plus de 24 points de la part des Dolphins dans le deuxième quart temps et une victoire des Chargers après plus de 13 min de prolongations. Et enfin, parce que plus d’une dizaine de records ont été établis pendant la rencontre d’une intensité extrême. À tel point que la plupart des joueurs sont sortis du terrain exténués, tenant à peine sur leurs jambes.

« Je ne me suis jamais senti aussi proche de la mort avant aujourd’hui »  

Kellen Winslow, TE des San Diego Chargers

Surnommé le « Match que personne n’aurait dû perdre », l’Epic in Miami est sans aucun doute le meilleur match entre deux équipes non-finalistes de l’histoire de la ligue.

Le défi de la décennie : L’United States Football League

Et si je vous disais qu’avant de lui permettre de devenir président des États-Unis, avant de lui chuchoter de contester les résultats des élections et avant même de le faire entrer en politique, l’égo surdimensionné de Donald Trump avait sauvé la National Football League.

Revenons en 1983. À cette époque, la NFL voit l’United Football League, première grande rivale depuis quinze ans, apparaitre sur la scène footballistique aux États-Unis. Dans un premier temps, l’organisation mise sur pied par David Dixon n’a pas l’intention de concurrencer celle de Pete Rozelle à court terme. En programmant son calendrier au printemps et en laissant les meilleurs prospects rejoindre cette dernière, l’USFL à l’ambition de faire ses premiers pas dans son coin, loin des tranchées creusées lors des diverses batailles de ligue du passé.

Pour sa première saison, le nouveau championnat réussit d’ailleurs plutôt bien son pari. En l’espace de quelques mois, il a réuni plusieurs millions de fans dans ses stades et s’est déjà construit une petite notoriété chez les fans de football.

Mais tous les néo-propriétaires ne sont pas vraiment en phase avec ce rôle de « ligue secondaire » qu’endosse l’USFL. À commencer par Donald Trump, patron des New Jersey Generals, qui refuse absolument de faire profil bas et de tenir un statut de « petit frère de la NFL ».

En 1984, le futur locataire de la Maison-Blanche monte alors une insurrection au sein même de l’organisation et force un déplacement du calendrier à l’automne, synonyme de confrontation directe avec la ligue de Rozelle.

Donald Trump (à droite), participe à une conférence de presse de l’USFL.

Cette action aura un impact catastrophique sur le projet. Désormais engagée dans diverses batailles juridiques et salariales avec la NFL, l’USFL n’arrivera pas à tenir la cadence et fera faillite deux ans plus tard.

Avec quelques années de plus au printemps, l’association des années 80 aurait largement pu continuer sur sa lancée et concurrencer, à terme, la place de ligue numéro 1 aux États-Unis. Trump et sa fierté en auront voulu autrement.

L’action de la décennie : The Catch

Tout comme les Steelers dix ans avant eux, les 49ers ont vu leur grande dynastie être lancée par une action des plus iconiques :

Retour en 1981. Pour la troisième fois de leur histoire, les 49ers atteignent la finale de la conférence NFC. Et pour la troisième fois, ce sont les Cowboys du grand Tom Landry qui se présentent face à eux. Pour les fans de San Francisco, la tension est à son comble : depuis la fusion, c’est Dallas qui avait mis fin à chacune de leur participation en playoffs.

Pour les 57 premières minutes de la rencontre, l’effectif de Bill Walsh semble se diriger vers le même sort que ses prédécesseurs. L’attaque enchaîne turnover sur turnover et la défense commet erreur sur erreur.

Mais alors que les Cowboys laissent filer une opportunité de tuer le match en fin de quatrième quart temps, Joe Montana parvient à remonter le terrain une ultime fois et donne la chance à son équipe de passer devant sur le fil.

En troisième tentative et trois yards à parcourir, le Quarterback s’empare du ballon, échappe à la pression en sprintant vers la ligne de touche, et lance une prière dans le fond de l’en-but.

Il n’en faudra pas plus à Dwight Clark. Le receveur discret sort de nulle part et réussit à se saisir sur ballon avant de retomber de justesse dans la endzone. Score final 28-27. Les 49ers ont tué leur bête noire, leur grande histoire peut enfin commencer.

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