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Les latéraux faux-pieds, ou comment révolutionner le poste de latéral

Il y a encore quelques années, le latéral était le joueur le moins important de son équipe. Une vision partagée par beaucoup, mais qui a bien évolué depuis. Entre les latéraux offensifs et les latéraux intérieurs, ils sont désormais de véritables meneurs. L’importance de Robertson et d’Alexander-Arnold dans une équipe aussi importante que Liverpool a mis fin au débat. Mais comme le football est en perpétuel changement, on est pas à l’abri de voir ce poste évoluer, encore. Et pourquoi pas tendre, comme les ailiers, vers des latéraux droitiers à gauche et gauchers à droite.

Alors, oui, ce n’est pas une idée nouvelle. Un latéral droitier à gauche, ça a toujours existé. Pour autant, cette tendance ne s’est jamais imposée, et même lorsque ces latéraux faux-pieds performaient. Est-ce en raison d’un certain conservatisme ? Ou le signe que le latéral faux-pied performant est une exception ? Quoi qu’il en soit, la réflexion mérite d’être posée. Quels avantages peuvent êtres tirés par le fait d’avoir un latéral faux pied ? Pour autant, est-ce une solution viable et comment le transcrire dans le football d’aujourd’hui?

Possibilité de mieux défendre

Déjà, il faut le rappeler, le latéral est là pour défendre. Si on loue autant l’explosion d’Alphonso Davies au Bayern par exemple, c’est notamment en raison de son abatage défensif, peut-être autant que pour son allant offensif. La question est alors de savoir si le latéral serait désavantagé en ayant son mauvais pied du côté de la ligne de touche. Premièrement, la logique est de se dire que la ligne de touche est un défenseur en soi. Donc, avoir la ligne de touche sur son faux pied n’est pas une mauvaise chose. Deuxièmement, le fait de défendre vers son but avec son bon pied est aussi une réflexion très intéressante.

Arbeloa, droitier à gauche le temps de 90 minutes, afin de bloquer les rentrées de Messi dans l’axe du terrain. (Crédits: BeSoccer)

D’autant plus quand les ailiers faux pieds ou ailiers intérieurs ont tendance à se généraliser. En repiquant dans l’axe du terrain, avoir un latéral dont le pied fort se trouve dans l’axe du terrain permet de le contrer. Pour tacler, pour intercepter, pour reprendre un ballon mal contrôlé, etc. Une idée déjà mise en place à plusieurs moments (Croatie, Pologne à l’Euro 2016) mais où un événement a été plus marquant que les autres. En 2007, Rafa Benitez décide de réduire la zone d’influence de Messi, notamment « Privilégiant la diagonale vers l’intérieur du jeu » selon le coach Espagnol. Le latéral de Liverpool réussira le pari haut la main, Messi restant très en retrait par rapport à son niveau habituel.

Ballons rentrants

Alors oui, les exemples comme celui-ci restent de l’ordre de l’infiniment petit. Cependant, l’exemple d’Yvan Maçon, latéral gauche droitier de l’ASSE, fait office de référence récente. Brillant en début de saison avant de se blesser, le Guadeloupéen posait énormément de problèmes aux ailiers adverses par ce positionnement en faux pied. En défendant par le fameux 3/4 face, le latéral peut forcer l’ailier à devoir utiliser son mauvais pied, et donc, souvent, à se rediriger vers la ligne de touche. Mais le fait de jouer en faux pied permet aussi -et surtout- d’être encore plus intéressant dans les phases offensives.

Par la simple perspective d’avoir des ballons rentrants et non fuyants, l’importance d’avoir un latéral faux-pied est prépondérante. Que ce soit par la passe, ou, comme dans l’article ci-dessus, il est mentionné l’importance d’avoir des artilleurs capables de distiller les ballons de loin. Et logiquement, les trajectoires rentrantes sont plus dangereuses. Moins facilement interprétables, plus dirigée vers le but que les trajectoires fuyantes. Son pied fort étant dans l’axe du terrain, il peut aussi plus facilement rentrer pour frapper, comme Macon sur la vidéo ci-dessous, ou Jones, latéral droit droitier aligné à gauche contre Stoke en FA Cup il y a quelques semaines.

Asseoir sa possession

Cette idée d’assiéger l’équipe adverse est d’ailleurs très importante pour le latéral du football d’aujourd’hui. Puisque les latéraux se divisent, pour grossir le trait, en deux catégories. D’une part, les latéraux intérieurs, d’autre part, les latéraux offensifs chargés, surtout, de déborder, de centrer. Dans ce cas, être en faux pied n’est pas forcément une arme, puisqu’il faut du temps pour se remettre sur son bon pied afin de délivrer un bon centre. En revanche, pour les latéraux intérieurs, être en faux-pied peut être positif. Déjà, puisque le latéral intérieur est aussi amené à centrer, et qu’il a cet effet de surprise lorsqu’il déborde jusqu’au poteau de corner.

Ce qui a notamment été le cas du meilleur latéral gauche de City cette saison: Joao Cancelo. Le Portugais exemplifie parfaitement l’idée exprimée tout au long de cet article. En occupant le poste de latéral gauche, il évoluait à l’intérieur. De cette manière, il occupe les zones des milieux de terrain, permettant à tous les éléments offensifs de City de pouvoir évoluer plus haut. Par conséquent, cette position créé du surnombre, et donc un surnombre -aussi- à la récupération. Ce qui donne une donnée en plus afin de contrôler le ballon et le sans ballon. Dans les Cahiers du Football, Cristophe Kuchly écrivait il y a quelques années (à propos des ailiers faux-pieds): « Son bon pied étant orienté vers la ligne de touche, tout l’incite à s’écarter de ses partenaires. Une incohérence à l’heure d’un football ultra polyvalent, où chaque joueur se doit de pouvoir remplir plusieurs rôles, sauf à exceller dans le sien. » Le fait donc, d’avoir son bon pied à l’opposé de la ligne de touches, permet de se rapprocher de ses partenaires.

A un poste défini par le journaliste tacticien Jonathan Wilson définit comme « le plus important du football », la réflexion est toujours ouverte. Ce papier n’a pas vocation à détenir une vérité générale. Seulement de nourrir la réflexion au sein d’un foot en perpétuel mouvement. Car, pour toutes les raisons évoquées, le latéral faux pied permet peut-être, de changer son plan de jeu. En allant vers plus de possession, vers des trajectoires de centres plus compliquées, etc. Pour autant, on ne doit pas tendre vers une uniformisation. Les latéraux offensifs restent prépondérants : pourquoi se priver des montées (une nouvelle fois), de Robertson et Alexander Arnold? Aussi, quelles équipes possèdent assez de milieux capables de réaliser les mouvements de ceux de Guardiola ? Tout cela rentre dans le processus bien plus complet et complexe: le plan de jeu.

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