Foot Ligue 1

Anthony Racioppi, l’ange s’est envolé

« L’ange s’est envolé, Greg Coupet …. » Ces quelques mots? ayant marqué les fans de football des années 2000, ont une tout autre résonnance aujourd’hui. Greg Coupet, désormais entraîneur des gardiens, a quitté l’OL, pour se rendre en Bourgogne, au DFCO. Dans ses valises, l’ancien n°1 Lyonnais a emmené son protégé, Anthony Racioppi. Le portier Suisse s’est lui aussi envolé, s’éloignant du nid « OL ». Bien lui en a pris, tant il commence à performer au stade Gaston Gérard.

Crédits photo de couverture : Mayline Linard / DFCO

Avant-propos: nous remercions Benoît Tissier, rédacteur en chef de Main Opposée, média spécialisé sur ce poste si particulier du gardien de but, d’avoir répondu à nos questions, et d’avoir pu échanger plus largement au sein d’une discussion passionnante.

Des quelques gones ayant quitté le club, Racioppi était sûrement celui que les supporters estimaient le moins. Aux côtés de Kalulu, Gouiri, où même Solet, l’ex 3e gardien du club décide, lui aussi, d’aller chercher du temps de jeu. Loin du Rhône. « C’était le moment de prendre mon envol, de sortir de ma zone de confort. » En Bourgogne, il démarre la saison dans la peau du numéro 2. Le Béninois Saturnin Allagbé, débauché des Chamois Niortais, est dans la peau du titulaire. Avec 2 buts encaissés par match en moyenne, 1 clean sheet sur 4 matchs et seulement 60% d’arrêts, l’ex Chamois ne satisfait pas l’encadrement dijonnais. Résultat, au soir de la 11e journée, Racioppi est promu titulaire. Pour le meilleur et pour le pire.

Des débuts chaotiques, mais avec personnalité

Son premier match, disputé contre le FC Metz, est couronné de réussite : un pénalty repoussé à la 7e minute, et un point de pris sur la pelouse de Saint-Symphorien. Un but encaissé dans ce match terminé 1-1, mais bien moins ridicule que celui encaissé lors du match suivant, face au RC Lens. En voulant relancer au pied, le Suisse tente de dribbler Arnaud Kalimuendo. Mais l’attaquant prêté par le PSG arrive à contrer le dégagement du portier dijonnais. Défaite 1-0, mais cette action n’est pas anodine. Par cette prise de risque, Racioppi démontre plusieurs choses. D’abord, qu’il a cette qualité de pied, vantée par ses formateurs, qu’il n’est pas effrayé d’être la base de la construction de son équipe. Mais aussi, et surtout, sa confiance en soi. Benoît Tissier, rédacteur en chef de Main Opposée, média dédié aux gardiens, confirme: « Il fait preuve d’une grande stabilité émotionnelle. Sa boulette ne l’a pas atteint, et il a continué à reprendre ses responsabilités au pied par la suite. Il est vraiment très juste tactiquement, balle au pied. »

Et cette confiance en soi le caractérise. Pas surprenant pour quelqu’un ayant Le loup de Wall Street comme film préféré. Il confiait par exemple à l’OLTV au moment de constituer son onze de rêve:  » Je vais me mettre moi ! Parce que …je m’aime bien (rires). Mon 11 de rêve, je fais partie de mon 11 de rêve.  » Confiant donc, comme Jordan Belfort, le personnage principal du film de Scorsese, mais aussi ambitieux que l’homme d’affaires Américain. « Je me suis lancé dans cette aventure à Dijon avec plein d’ambitions. A l’OL, j’avais les capacités, mais j’avais un bon Anthony Lopes en place, je pense que c’était assez compliqué de le bouger […] Ce qui m’a manqué c’est du temps. Si j’étais resté quelques années de plus, j’aurais pu m’imposer […]. »

Dans le sillage de Grégory Coupet

« Rudi a cherché d’entrée à s’imposer sans dialoguer. Un exemple parmi d’autres, dès qu’il est arrivé, il m’a dit : Hors de question que le troisième gardien soit là lors des veilles de match. Je lui ai répondu que ce numéro trois, Anthony Racioppi, était prévu pour être numéro 2 et que, s’il faisait ça, il me le « tuait » sportivement. »

Grégory Coupet sur son départ de l’Olympique Lyonnais.

Des deux gardiens arrivés en Bourgogne cet été, nul n’a fait plus de bruit que l’arrivée de leur entraîneur, le charismatique Grégory Coupet. L’ex-portier de l’OL a débarqué en Bourgogne, lassé de sa relation avec Rudi Garcia. « Il m’a dit: hors de question que le troisième gardien soit là lors des veilles de match. Je lui ai répondu que ce numéro 3, Anthony Racioppi, était prévu pour être numéro 2. Et que, s’il faisait ça, il me le « tuait » sportivement. » confiait l’homme aux 34 sélections en équipe de France dans les colonnes du Parisien. Du coup, dès son arrivée, il pousse pour l’arrivée de son poulain Suisse, qu’il louait souvent à l’entraînement et dans la presse lorsqu’il était encore à l’OL.

Racioppi sous l’ange attentif de Coupet, dans leur période OL. (Crédits : Le Progrès)

« Ce qui a influé sur ma décision, c’est Grégory Coupet. Il m’a vraiment convaincu sur le fait qu’on allait continuer à travailler ensemble et qu’il allait tout faire pour faire de moi un gardien de haut niveau. » a récemment déclaré le longiligne Suisse. Des propos qui font écho a une interview donnée en 2017 au site de l’OL:  » C’est un truc de fou d’être entraîné par lui. Je ne pensais pas qu’un tel gardien m’entraînerait un jour. Je suis vraiment heureux. C’était une de mes idoles avec Buffon. » Et le mariage semble marcher : depuis sa titularisation à Metz, Dijon est la meilleure défense du championnat, avec 9 buts encaissés en 11 matchs. Mieux encore, de dernier du championnat, Dijon a gagné 2 places au classement, se classant même 12e de L1 si l’on prend en compte les 10 derniers matchs. S’il n’est pas le seul protagoniste de ce regain de forme, il n’y est sûrement pas étranger.

Meilleur gardien d’Europe statistiquement?

C’est très simple : aujourd’hui, Racioppi est le gardien, dans les 5 grands championnats, évitant le plus de buts à son équipe. Avec un différentiel PSxG-GA/90 de +0,37, il se place devant Keylor Navas et Emiliano Martinez(+0,34), mais aussi Jan Oblak (+0,33). En gros, à chaque match, le Suisse empêche 0,37 buts de rentrer. Cette statistique, bien développée par Ismaël Haffoud pour Coparena, mesure la qualité d’un tir via sa vitesse, son effet, et sa position finale dans la cage. Par conséquent, elle prend en compte la difficulté, pour le gardien, d’effectuer un arrêt.

Il faut cependant recontextualiser cette stat: Anthony Racioppi subit beaucoup de tir (Dijon en a subi 84 depuis le début de la saison, Paris 58.) Mais qu’importe, sa performance dans une équipe de deuxième moitié de tableau est à souligner: avec 83% d’arrêts, il se place juste derrière Oblak et Navas (encore eux) dans les 5 grands championnats. Et dans la même veine, il se place 3e de Ligue 1 en buts encaissés/90, alors même qu’il a une défense beaucoup moins fiable que beaucoup de gardiens dans le championnat. Mais comment se matérialise tout ce charabia statistique sur le terrain?

Détente, appuis et envergure

Premièrement, petit fait: lors des 3 pénaltys qu’il a subi cette saison, il a toujours plongé du bon côté. Contre Nice, il encaisse le pénalty alors même qu’il avait touché le ballon. Une bonne lecture de la direction donnée par le bodylanguage du tireur, qu’il couple avec ses qualités techniques et physiques. Déjà, celui qui se faisait appeler Raciop’ à l’OL est grand. 1m88, dans la moyenne des gardiens, mais qu’il couple avec une détente et une explosivité sûrement travaillée avec Coupet (culminant à 1,81m, sa détente était l’une de ses principales qualités). Benoît Tissier ajoute d’ailleurs que les fins de séance de Coupet sont souvent des exercices de puissance, de détente (D’après les extraits d’entraînement publié par le DFCO sur leurs réseaux sociaux).

Grosse détente donc, mais pas seulement. Son envergure est assez impressionnante, et il le sait. En racontant son pénalty arrêté, il soufflait par exemple : « J’étais confiant, dans ma tête j’étais sûr de l’arrêter. Ça s’est passé comme ça, j’en suis heureux. J’ai essayé de bouger histoire de lui montrer que la cage est petite. » Ce que confirme Benoît Tissier, en soulignant sa lecture de la volonté de l’attaquant. « Il est toujours bien orienté dans l’espace. Il maîtrise également la technique de la croix, à la Neuer, qui est assez développé chez les gardiens Suisse.« 

Sur ces extraits, on aperçoit le travail de Racioppi sur le fait de bloquer une grande partie de la cage. D’ailleurs, on aperçoit aussi une rapidité à se coucher, à attraper le ballon au sol. Et ça, c’est la conséquence d’un travail plus profond : sa capacité d’appuis. Le droitier est toujours à l’affût, avec une fréquence très élevée d’appuis, lui permettant de toujours se placer et se déplacer en fonction de l’attaquant adverse.

Néanmoins , à seulement 22 ans, l’international espoir Suisse a encore des défauts à régler. Son entraîneur préféré, Greg Coupet, le sait: « Anthony doit encore travailler son jeu au pied pour être plus précis. […] Il a un énorme potentiel, de l’envergure mais il lui faut encore montrer plus d’agressivité. » Et si l’on veut être encore plus pointilleux, on pourrait aussi souligner une petite difficulté à capter le ballon, ou une légère tendance à le repousser dans les mauvaises zones. En étant aussi jeune, Benoît Tissier rajoute « Il peut encore progresser sur tout, vraiment tout, même les aspects ou il est déjà bon. Notamment les directions de ses contrôles balle au pied, ou il pourrait faire moins de touches, gagner du temps. » Qu’importe, Anthony est un gros bosseur, et a surtout une immense capacité mentale. Coupet encore: « Dans sa faculté à ne pas subir la pression, il me fait penser à Fabien Barthez. » On aime la comparaison, mais on ne lui souhaite pas le même destin capillaire.

En quittant son club formateur, le n°1 Dijonnais a pris la bonne décision. Sans remords : « C’est sûr que j’aurais aimé prouver et m’imposer là-bas. Après, c’était un peu plus compliqué, j’ai bien travaillé toutes ces années pour m’épanouir ailleurs« . En travaillant, en faisant confiance à son formateur, et en prenant les bonnes décisions, Raciop’ progresse. Et ça fait juste plaisir à voir, en espérant que ça dure. Dans tous les cas, le jugement est formel : l’ange s’est envolé.

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