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Canal+, valeur sûre de l’univers F1

Depuis 2013, Canal+ fournit une couverture Formule 1 unique dans l‘histoire audiovisuelle française. La chaîne du groupe Bolloré propose depuis 8 saisons, 10 heures de direct uniquement consacré à la F1 chaque week-end de Grand Prix. Il faut rajouter à cela la retransmission intégrale des évènements de Formule 2 et Formule 3. Cette couverture est la plus fournie du monde francophone et elle permit d’attirer nombre de nouveaux téléspectateurs avec une progression de 27% du nombre moyen de personnes regardant les Grand Prix. Cette saison, la moyenne fut de 927 000 personnes devant chaque course avec un pic à 1,24 million pour suivre la victoire de Pierre Gasly à Monza.

Les équipes de Canal+ semblent avoir trouvé la recette du succès. Cette construction est réfléchie et les chiffres montrent qu’elle plaît aujourd’hui à un grand nombre de fan malgré quelques critiques récurrentes sur certains membres du projet.

Une équipe solide, connue et louée.

L’équipe Formule1 de Canal+ est la même depuis le début de l’aventure en 2013. Construite autour de la volonté d’exclusivité et d’immersion au plus près de la course, les équipes de Canal+ se sont appuyées sur des personnalités bien identifiables avec un rôle précis. Hors temps de pandémie, chaque intervenant connaît parfaitement son rôle ce qui donne un sentiment de clarté aux contenus proposés. Thomas Sénécal est le « monsieur loyal » de la monoplace sur la chaine cryptée. Il est celui qui reste à Paris et qui n’apporte pas d’expertise sportive à proprement parlé. Dans la capitale française il est accompagné la plupart du temps par Margot Laffite, l’animatrice en cheffe de Formula One l’émission de débrifing des courses. Elle est certes la meneuse de l’émission, mais elle apporte aussi une expertise et des analyses fréquemment, ce qui est tout à fait logique au regard de sa carrière de pilote professionnelle. En plateau elle est accompagnée par divers consultants comme Paul Belmondo, Loïc Duval ou Jean Alesi. Cette tendance à donner la parole à d’anciens pilotes est un marqueur important du projet Canal. En plus de cette équipe « parisienne » les hommes de « terrain » sont les personnages les plus importants du dispositif. En bord de piste le duo formé par Laurent Dupin et Franck Montagny offre un mélange alliant le journalisme classique à la fantaisie et l’expertise. L’ancien pilote Super Aguri est l’une des rares personnalité du monde du commentaire sportif à quasiment faire l’unanimité que ce soit par le public ou par ses pairs.

Car oui même si la composition de l’équipe F1 de la chaîne cryptée plaît tant aux fans qu’à ceux du monde de la monoplace, le projet a connu certaines critiques. Celui qui concentre le plus de reproches au sein de l’équipe de commentaire est certainement le consultant Jacques Villeneuve. Le Québécois présent depuis le début au commentaire en 2013 a subi de nombreuses critiques sur un engagement et une implication lors des week-ends de Grand Prix qui serait insuffisante en comparaison de celle de son compère au commentaire. Ces critiques ne sont pas totalement infondés, il est vrai que le champion du monde 1997 peut parfois paraître dépassé par la vitesse des informations dispensé par ses collègues. Cependant, le Canadien a montré de réels progrès avec les années derrière le micro. Cependant, selon les dires de son « pote » Julien Fébreau, Jacques Villeneuve ne mériterait pas ces critiques que ce soit par rapport à son niveau d’expertise. Il juge les critiques non pertinentes car la principale qualité du Canadien sont ses contacts dans le paddock ce qui n’est évidemment pas visible lors de son commentaire.

Enfin, Julien Fébreau, vedette du commentaire sportif (sur lequel nous reviendrons) fut parfois accompagner du quadruple champion du monde Alain Prost, loué par le public pour une science de la discipline unique. Le « professeur » n’est aujourd’hui plus derrière le micro de la chaine cryptée du fait de son travail de directeur non-exécutif de Renault F1 Team.

De gauche à droite: Julien Fébreau, Jean Alesi, Margot Laffite, Alain Prost et Thomas Sénécal lors du Grand Prix de Monaco 2018. (crédit: Canal+)

La force du projet de Canal+ en Formule 1, est sûrement qu’il a tout au long des 8 saisons couvertes tentés des expériences inédites.

Des concepts uniques

Depuis la saison 2013 et le retour de la Formule 1 sur Canal+, la chaîne a présenté des concepts d’émissions jamais vues dans l’univers audiovisuel francophone. Le groupe a par exemple décidé de confier le poste de consultant aux cotés de Julien Fébreau à Esteban Ocon lors du Grand Prix de Grande-Bretagne 2019 à Silverstone. Le Normand, alors troisième pilote de l’écurie Mercedes avait accueilli la proposition avec étonnement et avec des interrogations, il avait finalement accepté pour un résultat plus que satisfaisante pour une première derrière un micro.

La nouveauté qu’a apporté Canal+ par rapport à son prédécesseur TF1, est surtout ce qui entoure le monde de la F1. Les séances d’essais libre sont dorénavant commentées en direct et en intégralité. Au-delà de ces quelques 5 heures de Formule 1 supplémentaire, ce que Canal+ a rajouté à la retransmission de la discipline, ce sont tous les moments « à côté » de la course. En suivant le même raisonnement que pour le football dans les années 80-90 les chaînes du groupe Bolloré sont allés chercher les acteurs de la course bien avant le départ et longtemps après l’arrivée. Là où l’avant course n’excédait pas 10 minutes sur les antennes du groupe Bouygues, elle commence plusieurs heures voir plusieurs jours avant sur Canal+. L’émission La Grille réunissant toute l’équipe F1 de Canal+commence généralement une heure avant le départ et l’émission Rendez-vous au Premier virage en amont du week-end mettant en scène Julien Fébreau répondant à des abonnés se déroule dès le mercredi. Pour le débrief, l’émission Formula 1 de Margot Laffite se déroule jusqu’à une heure après le drapeau à damier. Jusqu’à la saison dernière, l’émission On Board retraçait la course uniquement en caméra embarquée et avec très peu de commentaires.

Franck Montagny, en bord de piste apporte lui un vrai plus à Canal en hésitant pas à se rapprocher au plus près des voitures et à décrypter le moindre effet du plus petit appendice aérodynamique de chaque monoplace. Il apporte aussi toute sa science de la piste lors de sa chronique « Le tour de Franck » lors de laquelle il décrypte les passages stratégiques et mythiques des circuits visités par la catégorie reine. Malgré quelques dérives comportementales liés à la cocaïne au début de son aventure avec la chaîne cryptée, l’ancien pilote a su regagner la confiance de ses dirigeants et est aujourd’hui pleinement intégrer dans le projet.

Produit à chaque fin de saison les résumés de saison, devenus des institutions depuis l’arrivée de Canal, reviennent sous la forme d’un film sur la saison passée, une première en France. Pour ces évènements, diffusés sur les chaînes Canal comme des productions cinématographiques, toutes les ressources de la rédaction F1 sont mises à contribution pour réaliser des documentaires complets, attendus et appréciés. Cette volonté d’inscrire la F1 dans les productions importantes du groupes fut confirmer par la création fin 2019 d’une chaîne dédiée.

L’affiche du film de la saison 2018 de F1 (crédit: canal+)

L’équipe et les concepts de Canal+ donnent à la retransmission de la Formule 1 un charme et une densité jamais vu en France. Cependant, sans Julien Fébreau il est certain qu’un nombre moins important de téléspectateur seraient devant leur télévision le dimanche pour les courses.

Julien Fébreau le taulier travailleur devenu figure de proue de la F1 made in Canal

Julien Fébreau est LA voix de la Formule 1 made in Canal. Présent depuis 2013 sur la chaîne cryptée, le breton n’était pas un inconnu des fans de Formule 1 quand il a commencé à commenter les courses à la télé. En effet il commentait déjà les Grand Prix à la radio entre 2005 et 2010 pour le compte de RMC puis pour celui d’Europe 1. Cependant c’est en arrivant sur Canal+ qu’il a pris une autre dimension, avec son fameux « montez le volume et rendez-vous au premier virage » inaugural il a su imposer un style « à l’ancienne ». Il reconnaît sans problème s’être inspiré de Thierry Gilardi et prône un style passionné mais distancié vis-à-vis des acteurs de la course pour se conserver une capacité à critiquer. Bien que lui aussi critiqué, Julien Fébreau suscite une adhésion à son style et ses répliques très forte en comparaison aux commentateurs « star » des autres sports majeurs.

Très présents sur les réseaux sociaux, le Rennais accepte volontiers la critique constructive, reconnaît ses erreurs et ses courses ratés. Son dernier tour d’anthologie à Monza a marqué les esprits des quelques 3 millions de personnes qui l’ont entendu en direct ou en différé. Cependant ce que l’ancien de l’Équipe retient de ce tour, n’est autre que l’erreur qu’il a faite en inversant les propriétés du phénomène d’aspiration à l’orée du dernier virage. Cependant son commentaire mythique au sortir de la parabolique s’est déjà installé au panthéon des commentateurs aux côtés des répliques de Thierry Gilardi ou de celles de Patrick Montel.

Même si son talent était déjà reconnu en dehors des frontières de la Formule 1 francophone, Julien Fébreau a vu sa popularité exploser avec son déjà mythique « accélères, accélères !! » adressé à Pierre Gasly pour la première victoire française depuis 24 ans 3 mois et 18 jours.

Canal+ semble s’inscrire dans la durée pour la retransmission de la Formule 1 en France. Les chiffres extrêmement encourageant de ces dernières années montrent que l’équipe de Thomas Sénécal a pris la bonne direction de développement. L’équipe F1 de Canal ne semble pas être du genre à se reposer sur ses acquis, la logique voudrait donc que de nouveaux concepts viennent étoffer le bouquet des productions sur la F1, à moins que la restriction budgétaire empêche l’arrivée de nouvelles créations importantes.

Et selon vous, que faudrait-il que les équipes de Canal fassent pour améliorer leur offre Formule 1 ?

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