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Hernán Crespo, un goût d’inachevé

Souvenir, souvenir… Dans la famille des joueurs de légende fin des années 90-début des années 2000, prenons Hernán Crespo. Attaquant élégant et terriblement efficace, Valdanito est un artiste errant, un nomade marquant de son empreinte chaque club pour lequel il a joué. Avoir Crespo dans son équipe est un gage de réussite offensive. En effet, partout où il est passé, l’attaquant argentin a été décisif. Devenu entraîneur en 2014, l’ex buteur de l’Albiceleste a effectué son retour dans l’actualité suite à sa victoire en Copa Sudamericana avec son club Defensa y Justicia ce samedi 23 janvier 2021. Un premimilaner titre continental pour le jeune coach et son club argentin, attraction de la compétition avec un jeu offensif flamboyant et déroutant, marque de fabrique d’Hernán. C’est donc l’occasion pour nous de remonter le temps et d’analyser la carrière de ce fantastique joueur qu’a été Hernán Crespo.

Hernán Jorge Crespo est né le 5 juillet 1975 à Florida. Il s’est fait connaître du côté de River Plate à partir de l’année 1994, à 19 ans, en s’imposant rapidement comme l’un des plus grands espoirs du foot argentin. Des débuts tonitruants, le jeune Argentin a, pendant trois saisons, affolé les compteurs avec 74 buts en 112 rencontres officielles. Il remporte même l’un des plus importants trophées de sa carrière avec River Plate, la Copa Libertadores en 1996. L’Argentin se montre décisif, offrant la victoire à son équipe avec un doublé lors du match retour de la finale contre América Cali. Auréolé ensuite du titre de meilleur buteur des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996 avec 9 buts en 13 matchs, Crespo transpire la confiance. Ce dernier a la cote en Italie, et s’apprête alors a traverser l’Atlantique pour rejoindre le « Vieux Continent ».

 « Je suis sûr que je vais réussir en Europe. J’ai une grande confiance en mes moyens et je suis très motivé. Quand je me couche le soir, je pense aux buts que je vais marquer, quand je me lève le matin j’y pense encore… ».

Hernán Crespo après la victoire de son River Plate en Copa Libertadores 1996.

Son aventure européenne

Arrivée à Parme lors de l’été 1996 pour vingt millions d’euros, le buteur argentin rejoint une magnifique équipe composée de grands joueurs comme Thuram, Buffon ou Cannavaro. Crespo poursuit la tradition des grands goleadors argentins comme Batistuta, traumatisé les défenses italiennes. En quatre ans, il marque plus de soixante buts en Série A, avec une pointe à 22 réalisations lors de la saison 1999-2000. Point d’orgue de son aventure parmesane, il remporte la Coupe UEFA en 1999. Inscrivant un but lors de la finale contre l’Olympique de Marseille (3-0 pour Parme), il est élu homme du match. Crespo pour l’exercice 2000-2001, signe à la Lazio championne en titre de Serie A, pour une somme record de 56 millions d’euros. Il s’adapte parfaitement à sa nouvelle équipe et réalise probablement sa plus belle saison en carrière devenant capocanoniere avec 26 buts. Mais les Romains peinent à confirmer et les résultats collectifs sont décevants. Valdanito quitte la capitale pour rejoindre l’Inter Milan en 2002. Il n’y reste qu’une saison, atteint le dernier carré de la Ligue des Champions et inscrit dans cette compétition 9 buts en 12 matchs.

Crespo sous le maillot Nerazurro lors de la saison 2002-2003. (Crédits : Inter.it)

Il s’envole alors pour un nouveau défi, Chelsea et la Premier League. Hernán effectue des débuts convaincants avec Ranieri malgré une forte concurrence. Mais l’arrivée de José Mourinho condamne son avenir en Angleterre, le coach portugais ne compte pas sur lui, préférant Drogba. Crespo veut jouer, et quoi de mieux qu’un retour en terre conquise, l’Italie. Il est prêté à l’AC Milan pour la saison 2004-2005, où il dispute sa seule finale de Ligue Des Champions. Et quelle finale.. L’attaquant argentin remplit parfaitement son rôle ce 25 mai 2005 lorsqu’il inscrit un doublé en première mi-temps de la finale face à Liverpool, cela permet à l’AC Milan de mener 3-0. Que dire de son second but, sur une délicieuse passe en profondeur du génial Kaka, Crespo fait un appel tranchant et punit la défense de Liverpool ainsi que Dudek d’un subtil ballon piqué extérieur du pied droit. Magique !

Mais Liverpool reviendra au score et remportera la compétition aux tirs au but dans ce que l’on surnomme « Le miracle d’Istanbul ». Finalement, il revient chez le rival Interiste pour trois saisons de 2006 à 2009, riche en succès collectif mais compliqué pour Crespo d’un point de vue individuel. Pour cause la forte concurrence encore une fois à son poste en la présence de Zlatan Ibrahimovic. Un passage au Genoa, un retour à Parme et une signature en Inde sont les dernières étapes de la carrière d’Hernán Crespo.

Crespo est une machine statistique, en 335 matches de championnat italien, il plante la bagatelle de 153 buts. Au total, il a disputé 86 rencontres européennes et marqué à 39 reprises. Partout où l’Argentin a joué, il n’a jamais déçu et il est adulé par les fans. Avec l’Argentine, Hernán occupe la troisième place au classement des meilleurs buteurs de l’histoire de l’Albiceleste avec 35 buts, derrière Lionel Messi (71) et Batistuta (54). Le point d’ombre de sa carrière est évidemment son armoire à trophée, il n’a jamais gagné avec sa sélection. Crespo a pourtant participé à trois Coupe du Monde, sur le banc en 1998 et 2002, titulaire dans l’envoûtante Albiceleste de 2006. Finaliste des Jeux olympiques de 1996 et finaliste de la Copa America en 2007, un titre avec son pays manque clairement à son palmarès. Car en club, mise à part la LDC, il a gagné dans chaque championnat où il a évolué : champion d’Argentine (River Plate), Angleterre (Chelsea) ou encore Italie (Inter Milan).

Un attaquant complet

Hernán Crespo incarne l’élégance des grands attaquants des années 2000. Il est une grande source d’inspiration pour de nombreux joueurs, dont un célèbre Argentin du nom de Lionel Messi. Ce dernier, encore à la Masia, lui demande son maillot en 2004, après un Barcelone-AC Milan en LDC et lui déclare son admiration. Zlatan Ibrahimovic, est un des autres joueurs influencés par cet attaquant complet, rapide, fort, élégant et spectaculaire qu’est Crespo.

“Quand je jouais à l’Ajax, tu étais déjà à l’Inter et tu étais Crespo. Un buteur.”

Zlatan Ibrahimovic

Valdanito est un phénomène de surface, c’est un pur avant-centre qui allie sens du placement et de l’anticipation. Il est doté d’une finition incroyable, un tueur doté d’un sang-froid inimaginable. Un profil physique classique (1m84 pour 81Kg) n’empêche pas Crespo d’être clairement au-dessus de la moyenne dans les duels physiques avec un équilibre à toute épreuve et dans les duels aériens, grâce à un timing et un jeu de tête redoutable. Plus à l’aise techniquement qu’on ne le pense, ambidextre, il excelle donc dans les remises, une-deux ou encore les déviations intelligentes. Pour tirer au maximum profit du potentiel de Crespo, il faut l’associer à un second attaquant : Saviola avec l’Argentine, Vieiri avec l’Inter par exemple. Mobile et intelligent collectivement, il se met au service de son équipe et apporte une réelle plus valu dans une tactique à deux attaquants. Au sommet de son art, on peut comparer Crespo à des joueurs comme Papin ou Trezeguet en France. Il possède une force mentale rare, sa plus grande qualité réside dans sa capacité à s’adapter. Passarella ancienne gloire de la Fiorentina et sélectionneur de l’Argentine (de 1994-1998) au début de la carrière internationale de Crespo le souligne déjà en 1996. « Je crois qu’Hernan peut s’imposer n’importe où. Il possède un grand opportunisme, un excellent physique et aussi une grande faculté à comprendre ce qu’on lui demande. On ne lui explique les choses qu’une fois ».

Crespo et Messi lors de la Coupe du Monde 2006. (Crédits : Wallpapers Cave)

Un homme qui aime les défis et la pression, un joueur de finale, toujours présent et décisif dans les grands moments. Malheureusement, collectivement, les résultats ne sont pas toujours au beau fixe. Même individuellement, on peut rester sur notre faim avec Crespo. C’est un talent extraordinaire qui n’a pas totalement éclos. Car l’Argentin a été bloqué en sélection par Batistuta pendant un long moment. Puis en club, il a été confronté à une très forte concurrence et n’a pas toujours réussi à s’imposer. Des blessures également lors de son premier passage à l’Inter par exemple l’ont freiné dans son évolution. De plus, Crespo ne voulait pas partir de l’Inter, et sa vente à Chelsea nous a surement privés de la fin du prime de ce super joueur. Une carrière qui se joue sur des détails, entre malchance et mauvais timing, il prend sa retraite dans un anonymat dérangeant.

Crespo, un entraîneur dans l’ère du temps

Crespo désormais entraîneur du club Defensa y Justicia. (Crédits : Foot Mercato)

Hernan Crespo est un passionné, un mordu de football. Il prend sa retraite en 2012 et passe directement ses diplômes d’entraîneur en Argentine. Ses premières expériences à Modena (Serie B) et Banfield (D1 Argentine) sont des échecs. Cela n’empêche, nous avons tout de même vu des esquisses d’idées plus qu’intéressantes de la part de l’inexpérimenté coach argentin. En janvier 2020, il devient l’entraîneur de Defensa y Justicia. Et depuis 1 an désormais, il dirige cette équipe avec style et résultat. Comme dit en introduction, Crespo et son club viennent de remporter leur premier trophée, la Copa Sudamericana, équivalent de la Ligue Europa en Europe. Le style de jeu du coach argentin a déjà séduit l’Amérique du Sud, un jeu offensif, de possession avec énormément de circuit de passe répété. Il fait partie des entraîneurs qui montent en Argentine. Un idéaliste, qui penche vers le guardiolisme plutôt que vers le cholismo. Crespo est totalement en phase avec son temps, très bon pédagogue, il entraîne comme il a joué. « Non, car j’ai toujours voulu que mon équipe, en tant que joueur ou entraîneur, ait du respect pour le ballon, l’arbitre, l’adversaire, le supporter, le jeu… Je veux être protagoniste. Je veux jouer dans le camp adverse, je veux des échanges. Je veux que mon équipe soit fidèle à ce qui nous a fait tomber amoureux de ce jeu étant petit. Et ça, c’est jouer au ballon. Se le passer, s’enlacer, marquer des buts… » s’exprime Crespo dans une interview pour France Football. Il veut une identité, et il semble l’avoir trouvé cette saison en Argentine. Defensa y Justicia est une équipe disciplinée lorsqu’elle n’a pas le ballon, par contre quand elle le récupère, Crespo demande de la créativité à ses joueurs offensifs.

« La construction passe par ordre et discipline, forcément, mais l’objectif c’est qu’ensuite, le talent s’exprime. »

Interview de Crespo France Football

L’ancien numéro 9 de l’Albiceleste rêve d’entraîner en Europe, même en Ligue 1. Il se montre très ambitieux pour sa carrière d’entraîneur, fidèle à ses idéaux et en continuité avec le joueur qu’il était.

Hernán Crespo est un joueur de légende, l’un des représentants de cette décennie 2000 dominé par les numéros 9. Une élégance rare, un buteur insatiable, et une reconnaissance sans faille en Argentine et en Italie. Cependant, il reste un petit arrière-goût d’amertume en pensant à la carrière de ce joueur, comme s’il avait pu ou aurait dû faire mieux. Désormais entraîneur, il semble s’épanouir dans son nouveau rôle. Son équipe a des résultats et lui a des ambitions personnelles élevées. Pour conclure, s’il continue sur cette lancée, l’Europe risque de lui tendre les bras dans très peu de temps. Hernán Crespo à la conquête de l’Europe épisode 2 ?

(Crédits photo de couverture : FrSerieA)

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