NFL Sport US

La décennie 1990 en NFL : La grande rénovation

Petit retour hebdomadaire sur les acteurs et les évènements qui ont fait de chacune des décennies de l’histoire de la NFL des périodes uniques de son évolution. Aujourd’hui, les années 1990, quand la NFL a changé de visage.

Le 20 janvier 1991, il y a 30 ans presque jour pour jour, les Giants surclassaient les 49ers sur le score de 15 à 13 en finale de conférence. La rencontre, qui permettra à la franchise new-yorkaise de remporter son deuxième Super Bowl une semaine plus tard, marque la fin définitive de la dynastie des 49ers de Joe Montana et, par la même occasion, l’entrée dans la décennie 1990, période de changements majeurs en coulisse et de comebacks d’exception.

Les 1990 s en résumé :

Le 23 mars 1989, seulement quelques semaines après le dernier Super Bowl remporté par Bill Walsh à la tête des 49ers, les propriétaires NFL font face à l’une des questions les plus difficiles qui soient.

Comment remplace-t-on le plus grand commissaire de l’histoire du sport américain ?

Ce jour-là, au cours de la réunion annuelle des dirigeants, Pete Rozelle avait en effet annoncé son départ à la retraite après 29 ans de bons et loyaux services, laissant la ligue de football dans un état de confusion.

            Depuis 1960, et sa nomination surprise, l’ancien manager des Rams avait été l’homme providentiel dans le monde du ballon ovale, faisant face à de multiples guerres de ligue, à deux grèves des joueurs, aux querelles d’égo incessantes entre propriétaires, aux scandales de paris truqués, aux questions sociales pour les joueurs, et même aux innombrables attaques en justice de la part d’Al Davis et ses Raiders. En somme, il avait été la pierre angulaire de l’organisation la plus florissante du monde et avait permis à la NFL de prendre la place de numéro 1 dans le cœur des Américains.

Alors forcément, lorsque l’ancien avocat Paul Tagliabue est choisi comme quatrième commissaire de la ligue, les attentes à ses égards sont au plus haut.

D’autant que la National Football League est à un tournant de son histoire au début des années 1990. En pleines négociations avec le syndicat des joueurs et emprise par une demi-douzaine de projets de déménagement de franchise, elle devrait être dirigée d’une main ferme pour éviter de se faire dépasser par les évènements.

Paul Tagliabue, quatrième commissaire de l’histoire de la NFL

Pour commencer, Tagliabue mise sur une résolution rapide du conflit avec la NFLPA. Alors que les joueurs syndiqués commençaient à faire valoir leurs droits de changer de franchise devant les magistrats, le nouveau président signe en 1992 un décret autorisant la Free Agency sans restriction pour tous les joueurs ayant déjà effectué quatre saisons dans la ligue.

Tout de suite, des dizaines de footballeurs profitent de leur nouvelle liberté et font exploser le marché des salaires : le QB Vinny Testaverde rejoint les Browns pour 24M de dollars, le RB Marcus Allen quitte les Raiders pour Kansas City, et le DE légendaire des Eagles Reggie White opte pour un nouveau départ du côté du Green Bay.

Alors que les bonnes équipes s’inscrivaient sur la durée grâce à leur capacité à garder tous leurs joueurs, la Free Agency marque la fin d’une époque en NFL. Désormais, il ne faudrait plus seulement faire de bonne draft, il faudrait redoubler d’efforts pour contenter toutes ses stars sous peine de les voir partir chez le plus offrant.

Une fois la question résolue, Paul Tagliabue s’attaque à un autre chantier de taille au milieu de la décennie : le déplacement des franchises.

Si les années 1980 avaient marqué le coup d’envoi d’une série de déménagement à travers le pays, menée par les Rams, Colts et Raiders, les nouvelles innovations dans les stades comme les loges luxueuses et très lucratives, faisaient saliver plus d’un propriétaire. Ces derniers n’hésitant pas à trahir leur fan-base pour pouvoir s’équiper d’installations plus adaptées à leur soif de revenus.

Ainsi, seulement douze ans après leur départ à Los Angeles, les Raiders font leur grand retour à Oakland dans un stade rénové. Ils sont rapidement suivis par les Rams qui quittent la côte ouest pour la première depuis 1946, pour s’installer à Saint-Louis, puis par les Oilers, délocalisés à Nashville pour devenir les Titans, et les Browns, qui changent leur nom en « Ravens » avant de prendre leurs marques dans le Maryland.

En 1995, Jaguars et Panthers rejoignent la NFL

Ajoutez à cela l’expansion de la ligue à deux nouvelles équipes : les Carolina Panthers et les Jacksonville Jaguars, et c’est plus d’un cinquième de la NFL qui se refait ainsi une beauté pendant la décennie 1990.

À l’aube de la saison 2000, c’est donc une ligue complètement transformée qui fait sa grande entrée dans le XXIe siècle. Mais portée par les exploits extraordinaires de John Elway, Barry Sanders ou encore Brett Favre sur le terrain, l’organisation de football n’a pas changé dans le fond. Grâce au travail de Paul Tagliabue et au niveau de jeu toujours plus impressionnant de ses stars, elle reste, sans conteste, la ligue sportive la plus puissante du monde.

L’équipe de la décennie : Les Dallas Cowboys

S’il y a une équipe qui a su profiter une dernière fois de l’absence de Free Agency pour dominer sur la durée, c’est bien les Dallas Cowboys.

Alors que la franchise de Dallas était redescendue sur terre au milieu des années 1980 après trente saisons au bilan positif, l’arrivée du nouveau propriétaire Jerry Jones avait sonné le retour en grande pompe de l’America’s Team.

Sans attendre, le magnat du pétrole avait parié sur son ancien coéquipier d’Arkansas Jimmy Johnson pour prendre en main l’équipe et n’avait pas hésité à transférer la star Herschel Walker pour pouvoir reconstruire l’effectif dans les meilleures conditions possibles.

Paris gagné. Avec le jeune Troy Aikman en tant que Quarterback, Michael Irvin en Receveur et Emmitt Smith comme homme à tout faire dans le backfield, Dallas ne met pas longtemps avant de tutoyer les sommets. Dès 1992, la conférence NFC est balayée et les Cowboys peuvent tranquillement décrocher leur troisième titre historique après une large victoire contre les Bills en finale. 

L’année suivante ? Même tarif. Emmitt Smith est élu MVP de la ligue après une saison à 1 486 yards et les Cowboys dominent à nouveau Buffalo sur la plus grande des scènes, imposant ainsi leur candidature comme « dynastie des années 1990 ».

Ce statut, Dallas l’atteindra définitivement en 1995 lorsque, suite à l’arrivée de Barry Switzer en tant que Head Coach et de Deion Sanders dans la Secondary, elle accrochera sa troisième bague en quatre en se défaisant de ses meilleurs ennemis de Pittsburgh au Super Bowl XXX.

Le joueur offensif de la décennie : Jerry Rice

Si vous trouvez un jour que la vie est injuste, pensez seulement aux 27 équipes NFL qui ont vu arriver Jerry Rice dans une équipe des 49ers déjà championne en titre en 1985.

Il faut dire qu’à l’époque, le jeune receveur n’est pas très populaire parmi les scouts NFL. Sa silhouette fine n’est pas pour rassurer les coachs, encore partisans d’un jeu plus physique que tactique, et sa seule expérience dans la petite université de Mississippi Valley n’impressionnait pas grand monde chez les pros.

Pourtant, Jerry Rice sera bel et bien une force de la nature extraordinaire pendant son incroyable carrière de 20 saisons. C’est simple, si les 49ers n’ont pas sombré suite au départ à la retraite de Bill Walsh, au transfert de Joe Montana et à celui de Ronnie Lott au début des années 1990, c’est parce qu’ils pouvaient encore compter sur le meilleur receveur de tous les temps.

22 895 yards gagnés en carrière, 197 touchdowns inscrits à la réception, trois bagues de champion et un titre de MVP du Super Bowl, les stats parlent d’elles même : jamais un joueur n’aura autant dominé sa position pendant les 100 ans d’histoire de la ligue.

Le joueur défensif de la décennie : Deion Sanders

Coéquipier de Jerry Rice le temps d’une courte saison 1994 (conclue par une victoire au Super Bowl), mais surtout grand rival de ce dernier sur les terrains, Deion Sanders est l’un des seuls Defensive Back pouvant postuler au titre de meilleur défenseur de tous les temps.

Arrivé en 1989 chez les Falcons après une carrière remarquable à Florida State, celui qu’on surnomme Primetime s’impose rapidement comme un Shutdown Cornerback au talent exceptionnel. Pendant cinq saisons, il alterne entre couverture parfaite sur les receveurs de la ligue et home-run dans le rang des Atlanta Braves de la MLB, devant ainsi le premier joueur à exceller dans les deux disciplines.

Il faudra cependant attendre 1994 et le début de la Free Agency avant de voir Sanders faire parler son talent pendant les playoffs. Fraichement débarqué chez les 49ers, le Cornerback sortira alors la meilleure saison de sa carrière avec six interceptions, trois touchdowns défensifs et le titre de défenseur de l’année, avant de remporter le premier titre de sa carrière en février 1995.

Deion Sanders célèbre un touchdown défensif sous les couleurs des 49ers en 1994.

Sacré une seconde fois chez les Cowboys un an plus tard, Sanders finira sa carrière dans le maryland entre Washington et Baltimore, quittant la NFL avec dix-sept saisons dans les jambes, et un paquet de souvenirs mémorables.

Le coach de la décennie : Marv Levy

Que retenir du passage de Marv Levy chez les Bills ? Que son équipe est devenue la seule franchise de l’histoire à avoir perdu quatre Super Bowl consécutifs ? Ou plutôt que son équipe est justement devenue la seule à atteindre quatre fois d’affiler la grande finale ?

Il est vrai que les légendes du football sont souvent jugées par leur capacité à gagner, particulièrement les coachs d’ailleurs, et que Buffalo a atteint le statut de loser ultime entre 1990 et 1993.

Mais remettons les choses dans leur contexte. Si Levy et ses hommes n’ont jamais réussi à aller jusqu’au bout, ils restent tout de même l’une des attaques les plus impressionnantes de l’histoire.

Avec les Hall of Famer Jim Kelly, Thurman Thomas et Andre Reed en attaque, Buffalo a été la première à évoluer principalement en situation de « Hurry-up Offense » (une cadence ultra rapide) tout au long de leurs matchs, empêchant les défenses adverses de s’adapter. Ainsi, grâce à leur capacité à marquer des points en un éclair et bien aidés par leur DE Bruce Smith, leader All-Time en nombre de sacks, les Bills de Marv Levy ont laissé une empreinte indélébile sur la décennie 1990.

Le match de la décennie : The Comeback

Comme on peut s’en douter, la route n’aura pas été simple pour que l’équipe de Buffalo atteigne quatre finales consécutives. Pour gagner neuf matchs de playoffs d’affilés dans la conférence AFC, il faut une bonne dose de talent, un peu de chance, et surtout.. un mental à toute épreuve.

La plus dure de ces épreuves, les hommes de Marv Levy la connaissent à la fin de la saison 1992. Alors qu’ils avaient été une fois de plus ultras dominants en saison régulière, le dernier match de décembre vient doucher les espoirs de la Bills Mafia partout dans le pays. Avec une lourde défaite 27 à 3 contre Houston, la franchise rouge et blanche perd sa première place de division pour la première fois en trois ans et doit se préparer à jouer une rencontre de Wild Cards contre les mêmes Oilers.

Pire encore, Jim Kelly, leader incontesté de l’équipe, est contraint de sortir sur blessure et son statut de titulaire est alors remis en cause pour le début des playoffs. Pour le début du mois de janvier, toutes les chances de titre se retrouvent alors dans les mains du futur coach des Colts : un jeune Frank Reich encore inexpérimenté au haut niveau.

Le jour J, la confrontation débute exactement de la manière imaginée par les analystes : les Bills n’arrivent pas à avancer en attaque, la défense prend rapidement l’eau, et avec un avantage de 35 à 3 au milieu du troisième quart temps, plus rien ne peut retenir les fans de Buffalo qui partent par centaines de l’enceinte du stade.

C’est ce moment exact que choisira Frank Reich pour mener le plus large comeback de l’histoire de la ligue. Un touchdown à la passe par-ci, un onside kick récupéré par-là, en moins de 25 min, les hommes de Marv Levy s’accrochent et rattrapent peu à peu leur gigantesque retard.

Quand le coup de sifflet final retentit, les fans des Oilers n’en croient pas leurs yeux. Le match, complètement acquis à leur équipe seulement quelques minutes plus tôt, est envoyé en prolongation : 38 à 38.   

Détruits psychologiquement, les joueurs de Houston ne pourront rien contre l’attaque des Bills qui avancera juste assez pour inscrire un dernier coup de pied libérateur. Plus jamais une équipe ne remontera plus de 30 points en playoffs : la grande épopée des Bills 1992 est lancée.

Le changement de règle de la décennie : La Free Agency

  • À partir de mars 1993, les joueurs dont le contrat se termine se verront attribuer le statut de Free Agent sans restriction et seront libres de signer avec n’importe quelle équipe s’ils ont effectué́ au moins quatre saisons dans la ligue.
  • Dans le cas où un joueur serait Free Agent à la fin de sa quatrième année (première fois comme Free Agent), son équipe sera en mesure d’exercer une « Qualifying Offer » sur lui. Dans ce cas, l’équipe en question devra offrir au joueur un contrat équivalent à l’offre la plus grande qu’il ait reçue d’une autre équipe.
  • Chaque année, les équipes peuvent placer une « Franchise Offer » sur l’un de ses joueurs pour l’empêcher de quitter le club. En contrepartie, le joueur serait compensé par un contrat d’un an très avantageux financièrement.

Rares sont les règles qui ont autant changé le paysage du football américain aux États-Unis. Alors que les joueurs avaient toujours été particulièrement restreints quant à leur liberté de changer de club ou de négocier des contrats à la hausse, l’instauration de la Free Agency en 1992 transforme la ligue en un véritable jeu de gestion.

Désormais, il ne suffit plus de bien drafter, il faut aussi savoir contrôler sa masse salariale et être le plus attractif possible pour attirer des stars dans son effectif. Sur le papier, c’est la fin des grandes dynasties.

Sur le papier seulement…  

L’action de la décennie : The Music City Miracle

On ne peut pas toujours être du bon côté de l’histoire en NFL. Les Bills l’ont appris à leurs dépens lors du premier match de playoffs 1999.

Ce jour-là, c’est à nouveau face à l’ancienne franchise de Houston, désormais surnommée « Tennessee Titans » que les hommes de Wade Phillips se préparent à jouer. Sept ans après The Comeback, Buffalo a à cœur de réitérer leur exploit, et pour les 59 premières minutes, le match semble en effet se diriger vers le même scénario.

Après une avance de 12 points prise par les Titans en première mi-temps, les Bills se rallient à nouveau derrière leur Quarterback et parviennent à renverser les probabilités en toute fin de rencontre. Avec 16 secondes à jouer, le kicker Steve Christie pense planter le dernier clou dans le cercueil des Titans en portant le score à 16-15 pour les visiteurs.

Mais c’est sans compter sur la Special Team de Tennessee. Sous les ordres de leur coach Jeff Fisher, les Titans se placent dans une formation un peu particulière, de manière à ce que ce soit l’un des bloqueurs qui récupère le ballon. Après l’avoir reçu, le Fullback Lorenzo Neal transmet alors le cuir au Tight End Frank Wychek… qui tente une longue passe latérale sur sa gauche juste avant de se faire plaquer par les joueurs de Buffalo.

À l’autre bout du lancer, le receveur Kevin Dyson n’a plus qu’à attraper le ballon et à le conduire sans problème jusqu’à la endzone blanche et bleue.

Le stade exulte. Pour la première fois de leur histoire, les Titans lancent une campagne de playoffs qui aboutira à une qualification au Super Bowl.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :