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Preview VI Nations 2021 – l’enfer promis à l’Italie ?

Dans des conditions sanitaires encore floues, le traditionnel Tournoi des VI Nations va faire son retour le samedi 6 février prochain. À cette occasion, le CCS vous propose une présentation de chacun des participants à cette nouvelle édition qui s’annonce palpitante. On commence avec l’Italie, premier adversaire du XV de France. Objectif : éviter la cuillère de bois.

Le groupe

À la suite du Mondial 2019 et du départ de Conor O’Shea, la fédération italienne avait nommé Rob Howley à la tête de son équipe nationale. Suspendu 18 mois de toute activité liée au rugby pour avoir enfreint le règlement sur les paris et la corruption, il avait dû renoncer à sa nomination au profit de Franco Smith, qui devenait sélectionneur par intérim. Malgré une année 2020 catastrophique sur le plan comptable, le Sud-Africain – ancien ouvreur puis entraîneur du Benetton – s’est vu signifier qu’il resterait en poste jusqu’au 2023. Le groupe qui sera chargé de remporter la deuxième victoire de l’ère Smith (un succès sur tapis vert face aux Fidji) est le suivant :

Piliers gauches : Danilo Fischetti (Zebre), Daniele Rimpelli (Zebre), Cherif Traoré (Benetton).
Talonneurs : Luca Bigi (Zebre), Gianmarco Lucchesi (Benetton), Marco Manfredi (Zebre).
Piliers droits : Pietro Ceccarelli (Brive/FRA), Marco Riccioni (Benetton), Giosuè Zilocchi (Zebre).
2e lignes : Niccolò Cannone (Benetton), Riccardo Favretto (Mogliano), Marco Lazzaroni (Benetton), David Sisi (Zebre), Cristian Stoian (Fiamme Oro).
Flankers : Michele Lamaro (Benetton), Maxime Mbanda (Zebre), Sebastian Negri (Benetton).
N°8 : Johan Meyer (Zebre), Federico Ruzza (Benetton).
Demis de mêlée :
 Callum Braley (Benetton), Guglielmo Palazzani (Zebre), Stephen Varney (Gloucester/ENG).
Demis d’ouverture : Tommaso Allan (Benetton), Paolo Garbisi (Benetton).
Centres : Ignacio Brex (Benetton), Carlo Canna (Zebre), Federico Mori (Calvisano), Marco Zanon (Benetton).
Ailiers : Mattia Bellini (Zebre), Monty Ioane (Benetton), Luca Sperandio (Benetton).
Arrière : Jacopo Trulla (Calvisano).

Joueurs invités : Michelangelo Biondelli (demi d’ouverture, Zebre), Tommaso Boni (centre, Zebre), Renato Giammarioli (3e ligne, Zebre), Tommaso Menoncello (centre, Benetton), Marcello Violi (demi de mêlée, Zebre).

L’équipe type :

Ce sont de très jeunes italiens qui vont aborder ce Tournoi 2021. Seul l’ancien usapiste Tommaso Allan dépasse les 50 sélections, tandis que le cap des 30 capes n’est atteint que par trois autres joueurs : le capitaine Luca Bigi, Guglielmo Palazzani et Carlo Canna. Il leur incombera d’encadrer au mieux les Rimpelli, Manfredi, Favretto et Brex qui découvriront le niveau international. En convalescence, Marcello Violi pourrait intégrer le groupe en cours de compétition. Au rayon des absents, Jake Polledri est toujours indisponible après sa grave blessure au ligaments du genou droit contractée au cours de l’Autumn Nations Cup, à l’instar de son compère de la 3e ligne Braam Steyn. Le joueur phare de la sélection Matteo Minozzi manquera lui aussi à l’appel.

« Je veux être honnête avec Franco Smith et avec les fans italiens qui croient en moi : je suis fatigué physiquement et mentalement, trop pour vivre à nouveau deux mois dans une bulle sanitaire » a écrit l’arrière des Wasps dans un message publié sur Instagram. Ces forfaits s’ajoutent à ceux du centre Luca Morisi et de l’arrière Jayden Hayward, ainsi que du talonneur aux 107 sélections Leonardo Ghiraldini, qui a annoncé sa retraite internationale à 36 ans. Un temps pressenti pour pallier les nombreuses défaillances à son poste, Sergio Parisse n’a finalement pas été rappelé. « L’Italie est en train de prendre un nouveau chemin, avec un nouveau sélectionneur et un nouveau capitaine, et certaines dynamiques doivent être respectées et encouragées » a déclaré le Toulonnais dans la Gazzetta dello Sport. Ses adieux au public pourraient avoir lieu face à la Nouvelle-Zélande en novembre prochain.

Le joueur à suivre

Paolo Garbisi

Orphelin d’un 10 de classe mondiale depuis Diego Domínguez, le rugby transalpin pourrait avoir trouvé la perle rare en Paolo Garbisi. À 20 ans, le joueur du Benetton compte déjà 5 sélections, toutes obtenues en 2020. S’il est encore perfectible, le jeune Garbisi a déjà montré des aptitudes laissant présager un très bel avenir. Capitaine de la sélection U20 entre 2019 et 2020, il avait été le grand artisan des matches remportés devant l’Écosse et le Pays de Galles par les Azzurri. Entre-temps, l’ouvreur avait quitté le Petrarca Padoue pour le Benetton, et c’est avec seulement 2 matches de Pro14 à son actif qu’il a été convoqué par Franco Smith pour un déplacement à Dublin dans le cadre du Tournoi des VI Nations terminé exceptionnellement en automne. Dans la défaite (50-17), le gaucher s’est révélé en inscrivant 12 points dont cet essai sensationnel :

Coup d’œil, prise d’initiative, accélération, feinte de passe, plongeon. Note artistique : 10/10.

Séduisant en Irlande, Garbisi a été reconduit pour la réception du XV de la Rose et a donc eu la chance d’affronter le fougueux Owen Farrell, son idole : « Quand j’étais petit, dès que j’ai commencé à jouer, j’aimais beaucoup Dan Carter. Je regardais ses vidéos et ses matches. Puis, dès l’âge de 14 ou 15 ans, j’ai toujours été inspiré par Farrell. Ce sont les deux joueurs qui m’ont le plus inspiré et que je continue d’observer encore aujourd’hui. Jusqu’à récemment, je ne faisais rien d’autre que regarder les vidéos et les matches de Farrell alors jouer contre lui, c’était vraiment émouvant pour moi » confiait-il à World Rugby. Associé à Callum Braley (photo) ou à Stephen Varney, Paolo Garbisi aura les clés du jeu italien cet hiver et sera assurément l’un des joueurs à suivre de ce Tournoi.

La dynamique

Elle n’est pas bonne. Et c’est un euphémisme. L’Italie reste sur 27 revers consécutifs dans le Tournoi des VI Nations depuis son succès en Écosse (19-22) en 2015. 5 cuillères de bois d’affilée.

Les résultats de l’Italie en 2020 :

Tournoi des 6 Nations – 01/02 – Galles 42-0 Italie
Tournoi des 6 Nations – 09/02 – France 35-22 Italie
Tournoi des 6 Nations – 22/02 – Italie 0-17 Écosse
Tournoi des 6 Nations – 24/10 – Irlande 50-17 Italie
Tournoi des 6 Nations – 31/10 – Italie 5-34 Angleterre
Autumn Nations Cup — 14/11 – Italie 17-28 Écosse
Autumn Nations Cup — 21/11 – Italie 28-0 Fidji
Autumn Nations Cup — 28/11 – France 36-5 Italie
Autumn Nations Cup — 05/12 – Galles 38-18 Italie

Bilan : 1 victoire sur tapis vert, 7 défaites.

Globalement dominée par ses adversaires dans tous les secteurs du jeu, l’Italie a néanmoins fait preuve de cohérence depuis la prise de fonction de Franco Smith, qui a donné le pouvoir à la nouvelle génération. Emmenée par le capitaine Luca Bigi, dont les qualités de leader sont reconnues unanimement, l’Italie, à défaut de contrôler les débats, a fait preuve d’une solidarité sans faille. Une vertu symbolisée notamment par Maxime Mbanda, infatigable plaqueur-gratteur. La 3e ligne qu’il a formé avec Sebastian Negri et l’excellent Jake Polledri a donné satisfaction. Derrière, le centre Zanon (23 ans, 4 sélections) s’est mis en évidence cet automne en jouant toujours dans l’avancée tandis que Stephen Varney (19 ans, 3 sélections) a fait de belles entrées, apportant de l’enthousiasme à une équipe qui en avait bien besoin.

Si trop peu de joueurs ont le niveau international, la nouvelle génération ne manque pas de talent mais, pour la mettre dans les meilleures dispositions, Franco Smith doit proposer un système adapté au rugby moderne. Par exemple, l’utilisation de Carlo Canna en cinq-huitième n’est pas forcément convaincante. Très complet techniquement, Canna n’a sans doute pas les qualités athlétiques pour répondre aux exigences du niveau international au centre du terrain. Intéressant en 10, il est titularisé par défaut à un poste sinistré qui n’est peut-être pas le sien.

Les attentes

Le programme réservé à l’Italie pour ce Tournoi 2021. (source : L’Équipe)

Alors, que peut-on attendre de la Squadra Azzurra en 2021 ? Le sélectionneur Franco Smith a fait des choix forts. Malgré la crise de résultats, il a fait le pari de faire confiance en l’avenir, quitte à se priver de joueurs plus compétitifs comme Sergio Parisse. Mais qu’avaient-il à gagner ? Avec ou sans Parisse, les Italiens ne remporteront pas le Tournoi. Alors, s’ils désirent gagner le respect des autres sélections nationales, ce sera peut-être avec une nouvelle équipe. Franco Smith semble déterminé à construire une ossature basée sur la génération dorée qui a triomphé de l’Angleterre en U18 puis de l’Écosse et du Pays de Galles en U20. Si Braley et Palazzani ont plus d’expérience, la blessure de Violi est peut-être l’occasion d’installer Varney à la mêlée pour épauler Garbisi et former une charnière pleine de promesses.

Du haut de ses 26 ans et 19 sélections, Federico Ruzza fait presque figure d’ancien et pourtant, son potentiel reste à concrétiser. Capable d’évoluer à tous les postes du 4 au 8, il doit encore trouver sa place et le forfait de Polledri pourrait lui permettre de s’imposer au centre de la 3e ligne grâce à ses qualités de porteur de balle, de finisseur et sa capacité à jouer après contact. Dans l’esprit du staff, on imagine cependant que Johan Meyer part avec une longueur d’avance. Derrière l’inamovible Bigi, on sera curieux d’observer Lucchesi (20 ans, 2 sélections) et Manfredi (23 ans, première convocation). Le premier cité est un grand espoir au talon. Enfin, si les difficultés de Canna au centre se confirment, on pourrait assister à la prise de pouvoir de Federico Mori (20 ans, 5 sélections), dont on dit le plus grand bien de l’autre côté des Alpes.

Franco Smith au Stade de France, le 8 février dernier (image : Icon Sport)

Franco Smith : « Les deux rencontres de Pro14 à Parme et à Trévise (entre Benetton et Zebre, les 2 et 9 janvier, ndlr) nous ont donné des indications utiles pour commencer le cap d’entraînement à Rome de la meilleure façon possible en vue du début du Six Nations 2021. Nous avons un groupe uni et fort qui aidera à intégrer les nouveaux joueurs. À partir de dimanche (le 31, ndlr), avec l’arrivée des joueurs libérés par les franchises, l’effectif sera complet et nous poursuivrons la préparation du match contre la France. »

En termes de résultats, que peut raisonnablement espérer la sélection transalpine ? Le déplacement à Twickenham semble hors de portée. Va-t-elle alors faire trébucher la France à Rome, comme en 2011 et 2013 ? Rien n’est moins sûr. Pour l’ouverture du Tournoi, les Bleus devraient mettre un point d’honneur à débuter la compétition de la meilleure des manières. Dernière victime de l’Italie, l’Écosse peut-elle à nouveau tomber dans le piège ? En net progrès ces dernières années et à domicile, on peine à l’imaginer. Si le Pays de Galles et l’Irlande n’ont jamais paru si faibles ces dix dernières années, ils disposent de joueurs suffisamment décisifs et expérimentés pour venir à bout des Italiens.

Le pronostic du CCS :

Cette équipe d’Italie rajeunie peut surprendre du monde, mais l’écart de niveau individuel est trop important pour espérer rivaliser à ce niveau. Diminuée par les absences de Polledri et Minozzi, ses deux meilleurs éléments, l’enjeu sera avant tout de poser les bases d’un avenir meilleur.

Consensus : 6e.

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