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Pitso Mosimane, un entraîneur en vogue

Ce soir, 18h30, à Doha, le club égyptien d’Al-Ahly défie le club qatari d’Al-Duhail pour une place en demi-finale de Coupe du monde des clubs. Le gagnant aura alors l’honneur d’affronter le Bayern Munich dimanche, qui fait évidemment figure d’épouvantail. Pitso Mosimane et ses hommes en rêvent déjà. Mais avant ça, il va falloir passer le premier obstacle, celui de l’équipe du français Sabri Lamouchi, qualifiée en raison de son statut de pays hôte. Les Égyptiens d’Al-Ahly ont les moyens de passer et l’opportunité de jouer face à la meilleure équipe européenne de 2020, doit certainement les motiver pour ce premier tour. Objectif minimal, semble-t-il, pour cet entraîneur sud-africain méconnu, mais surtout ambitieux.

Pitso Mosimane est actuellement l’un des meilleurs entraîneurs du continent africain. À peine arrivé dans son nouveau club égyptien – le 2 octobre dernier -, qu’il remporte (déjà) un trophée majeur, celui de la Ligue des Champions de la CAF. C’était le 27 novembre 2020 face au rival éternel, le Zamalek. Un derby du Caire pour une finale continentale, ce n’était jamais arrivé, pourtant, la victoire n’a pas échappé au Ahly qui n’a jamais perdu contre cet adversaire dans cette compétition. Un sacre acquis en grande partie grâce à son nouvel entraîneur, le Sud-africain Pitso Mosimane.

Pitso Mosimane lors de son premier sacre continental avec le Mamelodi Sundowns en 2016 face au Zamalek (yahoo.com).

Ce succès est pour beaucoup, tout sauf une surprise puisqu’il est arrivé au Caire avec un très beau CV. Mosimane entraînait auparavant le Mamelodi Sundowns, le club basé à Pretoria est l’un des meilleurs clubs sud-africains. Cela ne l’a pas empêché de ramener une deuxième Ligue des Champions à son pays en 2016 et la première pour son club, après la finale perdue contre Al-Ahly en 2001. Il y a un certain passif entre ces deux clubs (le Sundows de Mosimane avait éliminé les Égyptiens en quarts de finale de la Ligue des Champions 2018-2019 après notamment une gifle 5-0 à l’aller, puis Al-Ahly s’était ensuite vengé un an plus tard, il y a presque un an donc, en battant les Sud-africains de Pretoria), voir Pitso Mosimane sur le banc du Ahly est peut-être un signe du destin.

Mosimane et Al-Ahly, un mariage parfait

Ces deux entités footballistiques devaient se rencontrer, car les deux se méritaient. Deux acteurs dominants du football africain. Le premier depuis quelques années, le second depuis presque toujours tant son palmarès parle pour lui. Al-Ahly fut élu club africain du XXe siècle en 2000, vivement 2100 donc. Recruter Pitso Mosimane était évident aux yeux du board du Ahly. C’était le moment, car l’entraîneur sud-africain devait franchir une étape dans sa carrière et le club du Caire représente une immense opportunité – peut-être même unique -, pour un technicien du continent africain.

Pitso Mosimane jouit actuellement d’une côte qui semble justifiée. Il est respecté et reconnu en Afrique comme un très bon tacticien aux influences européennes. Certains le voient même comme un Pep Guardiola africain, surnom qu’il ne s’approprie pas. Il préfère « Jingles » en hommage à un ancien joueur qu’il adorait. Toutefois, Mosimane sait s’inspirer des plus grands et est admiratif des plus grands coachs européens. Un entraîneur ouvert aux nouvelles méthodes, qu’elles soient footballistiques ou pédagogiques. Cela se voit dans chaque récit que l’on peut trouver sur lui, Pitso Mosimane incarne une certaine modernité, modernité qui manque peut-être à l’Afrique pour passer un cap. Lui en tout cas est là pour durer et asseoir sa domination sur le continent.

Pitso Mosimane à l’entraînement, en octobre 2020 (newsoneplace.com).

Il a fait ses preuves en Afrique du Sud. Ancien numéro 10, Pitso Mosimane joua dans son pays natal dans les années 80 avant de s’envoler pour la Grèce, puis la Belgique, avant de terminer sa carrière en 1997 au Qatar. Même s’il fut international au début des années 90, il est évidemment reconnu avant tout comme un très bon entraîneur dont la carrière est encore loin d’être terminée. À 56 ans – il est né le 26 juillet 1964 à Kagiso, tout près de Johannesbourg -, il entraîne depuis 2001 et Al-Ahly constitue sa quatrième expérience. Il a commencé au Supersport United de Pretoria puis est devenu adjoint des Bafana Bafana de 2007 à 2010 avant d’en devenir le sélectionneur durant deux ans. C’est alors qu’il rejoint le Mamelodi Sundows et écrit les plus belles pages de sa carrière. Il remporte cinq championnats en huit ans et obtient donc le sacre continental en 2016. Il était donc temps pour lui de rejoindre quelque chose d’encore plus grand.

Mosimane arrive donc début octobre dans le club d’Al-Ahly, alors que la saison n’est pas terminée. Même si le championnat est déjà acquis, le club du Caire est encore engagé en Ligue des Champions et en Coupe d’Egypte. Deux mois plus tard, les deux compétitions sont remportées et Pitso Mosimane a déjà conquis son monde. Ce succès s’explique en grande partie par son très bon management, sa science tactique – qui se rapproche du beau jeu, mais il sait s’adapter afin de gagner – et une confiance certaine de la part de ses dirigeants et joueurs à son égard. Depuis son arrivée, son équipe défend mieux, notamment, car elle réduit les espaces afin d’annihiler les offensives adverses. Une défense compacte, forçant l’opposant à écarter le jeu, pour une attaque séduisante, voici la recette magique du Sud-africain. Tout cela est rendu possible par un environnement sain. Le Ahly du Caire est un club qui travaille bien et Mosimane semble être leur homme providentiel.

La Coupe du monde des clubs comme vitrine ?

Après 21 matchs, Pitso Mosimane est toujours invaincu, mais pour combien de temps ? La compétition s’annonce compliquée, mais pas impossible pour un club ambitieux comme le Ahly. L’entraîneur sud-africain n’est pas venu au Qatar pour faire de la figuration et rêve secrètement, pour son équipe et lui, d’affronter le Bayern Munich en demi-finale. Une fantastique opportunité, aussi bien pour lui que ses joueurs, de briller aux yeux des observateurs européens. S’il passe l’obstacle des quarts, attendons-nous à une rencontre passionnante dimanche pour une place en finale.

Mosimane est venu en Egypte pour s’inscrire sur la durée, mais son ambition est évidente : rallier l’Europe à moyen ou long terme représente une certaine consécration. D’autant plus qu’il n’est pas inconnu aux yeux de certains dirigeants européens. Grâce à son passé de joueur et son expérience de formateur, la Belgique ou les Pays-Bas par exemple, pourraient lui permettre de rallier le Vieux Continent d’ici quelques années.

Pour l’instant, il est concentré sur ses objectifs avec son nouveau club du Ahly et espère marquer l’histoire du football africain, en allant le plus loin possible dans cette Coupe du monde des clubs 2020. Rendez-vous donc ce soir à 18h30, pour savoir si nous aurons le droit d’assister au duel Flick-Mosimane dans trois jours.

Un grand merci à Frank Simon, journaliste à France Football, qui a répondu à nos questions avec brio.

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