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Itw Michel Roche : « C’est pour eux l’occasion de replonger dans leur vie d’athlète »

La vie d’un sportif se résume souvent à une quête de performances. Elles sont scrutées par les supporters et rythment la vie du protagoniste. Mais dès lors que l’athlète arrête sa carrière et disparaît des écrans, que devient-il ? C’est cette question que Michel Roche s’est posée, en amoureux du ski et avant tout des « champions du cirque blanc ». Cet ancien communicant d’un grand groupe international se pose en humble serviteur d’un sport qui, pour lui, manque d’exposition. Le CCS s’est entretenu avec lui pour la sortie de son 1er livre : Après Ski.

Bonjour Michel, avant de parler de sujet du jour, votre livre, je pense qu’il est important de parler de la génese de votre projet qui est à la base un site internet. Pourquoi lancer Top Ski News ?

« A la base, mon projet était d’être présent sur les réseaux sociaux. Chronologiquement, j’ai investi Twitter, ensuite Linkedin, youtube et pour finir la création du site internet. Après ma carrière, je souhaitais pouvoir allier mes deux passions que sont la communication et la montagne. Top ski news, si on devait le résumer est une plateforme d’information digitale avec une approche éditoriale sur un thème bien précis : le ski alpin.

L’élément déclencheur a été l’accident de Michael Schumacher à Méribel. J’ai décidé de suivre les réactions concernant cet évènement dramatique sur twitter et j’ai été effaré du volume des tweets, ça passait d’un pays l’autre.

Dès lors, j’avais mon sujet, le ski alpin. Ma discipline, la communication. Et pour finir mon média, twitter et son instantanéité de la communication. »

Michel itw Adrien Théaux aux Finales de Soldeu en mars 2019

Federica Brignogne a été votre première itw, le grand Marcel Hirscher par la suite, Alexis Pinturault maintenant (et beaucoup d’autres entre temps). Comment accéder à ces athlètes quand on n’est pas du sérail du ski alpin ?

« C’est une vraie question que je me suis posée au début, car j’ai démarré d’une page blanche, 0 follower. J’écrivais pour ne pas être lu finalement, car j’étais peu suivi. J’ai donc essayé d’être imaginatif, différenciateur et innovant.

J’ai lancé une première formule que j’ai baptisée top Q&A (questions-réponses), en live avec un champion pendant 20-25min. Ça comportait un double intérêt : itw live d’un champion très connu (en plus du follow d’un sportif connu) et visibilité de son compte sur celui du champion. Il me fallait trouver le premier champion pour lancer l’expérience. J’ai contacté Federica Brignogne en septembre 2016 et elle a accepté. Sont venus par la suite plusieurs autres skieurs.

Mon premier essai avec Marcel Hirscher intervient avant Solden en octobre 2016, mais il ne souhaitait pas s’exprimer à ce moment. Etant très tenace, j’ai relancé plusieurs fois sans succès. Jusqu’en mars 2017. Marcel remporte son 6ème globe de cristal et j’arrive finalement à l’avoir le dimanche soir après la remise du trophée pour un live sur twitter.

« J’ai donc essayé d’être imaginatif, différenciateur et innovant « 

Pour Alexis Pinturault, je suis passé par le canal de la fédération par le biais du responsable média. Ça n’a pas été possible immédiatement, mais l’occasion s’est présentée un jour et j’ai pu le faire. Je me suis construit une grosse série d’itw, plus de 20 sur un peu plus d’un an, qui m’ont apporté beaucoup de visibilité. Celle dont je suis très content de l’avoir fait, c’est Tina Maze.

J’ai par la suite essayé de trouver systématiquement de nouvelles formules comme « 5 questions à ». Ça s’est développé et l’effet boule de neige a bien fonctionné. Je pense que les sportifs ont une certaine bienveillance envers moi en voyant que je mets en valeur le ski alpin sur mon compte twitter. Le fait que je ne sois pas du métier et pose des questions différentes de celles qu’ils peuvent avoir d’habitude a sûrement joué également. »

En parlant de nouveau formats permanent, l’idée de traiter du sujet reconversion (itw de sportif retraités sur l’après carrière) est venu par la suite. Quel a été l’élément déclencheur et comment avez-vous été accueilli par les sportifs ?

« En mars 2019, lors des finales de Soldeu, en Andorre, beaucoup de skieurs raccrochaient après la course. Thomas Fanara était l’un d’eux et il n’a pas pu finir son dernier géant à cause d’une chute. J’ai assisté à un grand moment d’émotion lors de son arrivée en zone mixte, le skieur était touché. Je me suis alors demandé ce que faisaient ses champions après leur carrière. Comment on bascule de ce monde un peu extraordinaire (vie très organisée par le staff d’année en année) à un monde ordinaire qu’est la vraie vie. Le jour où ils basculent, ça peut-être un choc. »

Une des itw sur la conversion d’un champion hors norme : Jason Lamy Chappuis

« J’ai donc voulu aller rencontrer ces champions. Je me suis baladé en Savoie et Haute-Savoie en parlant à des sportifs de disciplines différentes, avec des après-carrières différentes. Le tout organisé autour de 3 questions : « Pourquoi cette discipline ? Le moment mémorable de votre carrière ? / Étiez-vous préparé ou non à la retraite ? Comment ça s’est passé ? / Dites-moi ce que vous faites aujourd’hui. » Je me suis retrouvé avec mes 21 histoires en octobre en voyant que ça avait bien pris sur les réseaux sociaux.

Objectivement, j’ai eu des réponses positives très rapides lors de mes demandes. Pas pour tous, car certains n’avaient pas une super histoire à raconter avec notamment une reconversion difficile. J’aurai aimé avoir des champions qui me disent qu’ils étaient dans la difficulté. Ils m’ont très bien accueillit et je l’explique de deux façons :
– C’était pour eux l’occasion de replonger dans leur vie d’athlète en racontant des bons moments de ski.
– Valoriser leur nouvelle vie, ce qu’ils font et parler de leur nouveau business. »

« Je profite de l’occasion pour leur dire merci de m’avoir accueilli. »

On en vient au Livre. Pourquoi passer du format digital au recueil d’histoires ?

Sébastien Amiez

« Ce n’était pas l’idée de départ. Début 2020, vous m’auriez posé la question, ce n’était pas l’objectif. Le confinement est arrivé et j’avais plus de temps pour certaines activités. Je me suis replongé dans la lecture de certains livres (L’art de la vitesse de Bode Miller, Skieurs de Légende d’Alexandre Pasteur notamment). Puis le déclic est intervenu quand je me suis aperçu de la banque de données que j’avais.

J’ai d’abord fait des recherches, car je pensais que ce genre de livre sur la reconversion des champions du cirque blanc avait déjà été traité. Hormis quelques histoires ponctuelles, je n’ai pas vraiment trouvé une collection d’histoires. En avril, j’ai finalement décidé de franchir le cap. J’ai demandé à Alexandre Pasteur de faire la préface, ce qu’il a accepté et le livre est paru le 20 octobre. »

Perrine Pelen

Le grand public vibre souvent au rythme des performances des sportifs mais on les oublie très facilement. Votre livre s’adresse-t-il plus au public, qui pourrait redécouvrir des champions, ou aux futurs sportifs retraités qui se posent des questions ?

« Pour moi, le livre s’adresse à tout l’écosystème sport d’hiver. C’est difficile de définir la cible. Tous ceux qui sont intéressés par les sports d’hiver, tous ceux qui savent que dans le ski, on a des champions respectueux et humbles. Il y a aussi le thème de la reconversion qui est important et ça ne s’adresse pas qu’aux sportifs, mais aussi le monde de l’entreprise.

Une lectrice a par exemple été inspirée par le parcours de ses sportifs pour sa propre reconversion dans le monde de l’entreprise. Certains sportifs m’ont dit que le livre pouvait également leur donner des idées et d’autres auraient même aimé parler de leurs expériences en le lisant. »

Vous diriez que la plupart des athlètes rencontrés étaient bien préparés à l’après carrière ou certains se sont retrouvés face au vide ?

« Je dirai qu’une moitié était bien préparée et que pour l’autre, c’était plus compliqué. Comme un saut dans le vide. J’ai d’ailleurs entendu à plusieurs reprises qu’arrêter sa carrière de skieur était une petite mort. Il y a des cas très différents avec certains qui continuent leurs études pendant leur carrière (périodes de blessures) et qui sont bien sensibilisés à ce sujet d’après-carrière. Et d’autres qui ne pense pas du tout à ça et se retrouve sans trop savoir quoi faire quand ils arrêtent. »

Quel sportif, que vous n’avez encore pas pu itw, aimeriez-vous faire absolument ?

(long moment de réflexion)

« En après-carrière, j’aimerais beaucoup faire deux immenses championnes qui sont arrivées égalité aux JO de Sotchi en descente : Dominique Gisin, la Suissesse et Tina Maze, la Slovène. Ce podium, main dans la main, est pour moi une image marquante dans l’histoire du ski.

Mais mon rêve serait d’interviewer le vainqueur de la descente des championnats du monde de Courchevel en 2023. Je suis savoyard et j’aperçois la piste « l’Eclipse » de ma fenêtre donc se serait un rêve de pouvoir m’entretenir avec le vainqueur de cette descente. J’espère un Français. »

L’Eclipse : Longueur : 3.200 mètres, Altitude départ : 2.234 mètres (Sommet de la Loze) ,
Altitude arrivée : 1.300 mètres (Le Praz) ,Inclinaison moyenne : 30%

Quels sont vos objectifs à long terme que ce soit pour le livre (suivi des athlètes déjà itw) ou pour le site internet (visibilité) ?

« Mon leitmotiv, c’est la satisfaction de mon public. C’est ce qui va guider mon futur. Je peux avoir beaucoup d’interactivités avec les réseaux sociaux et notamment sur LinkedIn des compliments sur ma façon de faire vivre le ski. Si twitter la donnée est chiffrée et je vois le nombre de followers qui augmente (presque 10k followers, 5M de vues en 2020, +20% et déjà 1M de vue en janvier) et c’est une invitation à poursuivre dans cette voix. Même si je pense que ma ligne éditoriale est attractive, je bénéficie aussi cette année du fait que les compétitions se font à huis clos et que les suiveurs viennent plus volontiers sur les réseaux sociaux pour suivre les résultats. Mon objectif premier est de contribuer à la notoriété du ski alpin en emportant ma pierre à l’édifice, car ce sport mérite une meilleure exposition, surtout en cette période difficile que traversent les stations de ski. »

Johann Clarey le descendeur posant avec le livre de Michel

Le sport se vit aussi grâce à des passionnés comme Michel qui apportent une approche différente de certains médias. Dès qu’il lui sera possible de revenir aux bords des pistes, il pourra à nouveau s’entretenir avec les skieurs sur les étapes françaises mais aussi quelques étapes internationales. Il va continuer à nous faire vivre son amour du ski à travers ses différents supports digitaux Top Ski News et ainsi participer à son rayonnement.

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