NFL Sport US

Kansas City Chiefs – Tampa Bay Buccaneers : une force irrésistible contre un objet immobile

La semaine 12 de cette saison 2020 nous avait offert un des ces affrontements avant-coureurs, dont le niveau de jeu pouvait légitimement laisser présager des retrouvailles en fin de saison. Les Chiefs avaient contrôlé la majeure partie de la rencontre, jusqu’à mener 27-10 dans le dernier quart-temps, avant que les Buccaneers n’inscrivent une paire de touchdowns pour réduire le score à 27-24. Ils n’ont plus perdu depuis, enchaînant quatre victoires en saison régulière et trois autres en playoffs. Les Chiefs n’ont plus connu la défaite avec Patrick Mahomes depuis la semaine 5 contre les Raiders. Les voilà de nouveau face à face pour le plus grand match de tous. 

Plus qu’un titre de champion, il semble qu’une suprématie mythologique soit en jeu ce dimanche. Le plus grand quarterback de tous les temps contre le plus grand quarterback du moment. Oui, les Chiefs affrontent les Buccaneers. Oui, Tom Brady et Patrick Mahomes ne seront jamais sur le terrain en même temps. Mais ce Super Bowl fait résonner les légendes narratives des méandres du sport américain.

Que faudra-t-il au Chiefs pour réaliser le premier back-to-back depuis 2004 ? Comment les Buccaneers peuvent-ils renverser la montagne ? Éléments de réponse.

Courir ou ne pas courir, telle est la question

Andy Reid et Eric Bienemy le savent mieux que quiconque : chaque ballon en dehors des mains de leur quarterback extraterrestre est un soulagement pour la défense adverse. Depuis que Patrick Mahomes est le quarterback titulaire des Chiefs, aucune autre équipe ne lance plus la balle sur les deux premières tentatives. Aucune autre équipe ne s’en rapproche, en fait. 

Depuis 2018, les Chiefs lancent la balle sur 64,5% de leurs premières et deuxièmes tentatives. Lors du premier match contre les Buccaneers cette saison, ils avaient lancé sur 69,2% de leurs actions. Clyde Edwards-Helaire avait couru 11 fois pour 37 yards et Le’Veon Bell 5 fois pour 22 yards.

Le système des Chiefs repose sur le run-pass option, qui laisse libre choix au quarterback de passer la balle ou laisser son running back courir en fonction de ce qu’il voit se développer. Mahomes, lui, est particulièrement gourmand avec ses décisions et opte souvent pour la passe, même lorsque la course semble pertinente. Avis à tous les jeunes quarterbacks : ne faîtes pas ça chez vous. Mahomes et ses receveurs ont le talent pour s’en sortir, personne d’autre.

Il n’en reste que le run-pass option fait de la course une constante menace et les Buccaneers devront composer avec. Andy Reid est le coach offensif le plus influent du XXIe siècle, il ne se contentera pas de reproduire le schéma du match de saison régulière sans y apporter un élément de surprise. Nulle doute que les actions de run-pass option seront servies, la sauce les accompagnant sera un facteur déterminant.

Aliens vs. Predators

En finale de conférence contre les Bills, Patrick Mahomes a – une nouvelle fois – paru au-dessus du lot, en total contrôle de ses passes, de son attaque et des éléments. Que ce soit avec ses jambes pour éviter la pression, son bras pour délivrer des ballons véloces et précis, ou bien sa tête pour identifier les couvertures adverses avant le snap et agir dans le timing adéquat. 

Mais l’explosivité offensive des Chiefs va au-delà encore de leur passeur. Il faudra arrêter ses cibles préférentielles : Travis Kelce et Tyreek Hill. En semaine 12, Mahomes a complété 21 de ses 23 passes en leur direction pour 351 yards. Et pourtant, Todd Bowles, le coordinateur défensif des Buccaneers, ne s’était pas fait avoir à proposer du marquage individuel à outrance. Tampa Bay n’était en man que sur neuf des 50 actions de passe des Chiefs. Neuf fois de trop contre Mahomes, qui a complété six passes pour 113 yards dans cette configuration.

Éliminer totalement la couverture individuelle rendrait la défense trop prévisible. Todd Bowles pourra y intégrer des variations, en gardant deux joueurs profonds dans le backfield, de manière à ce que l’un d’eux apporte son aide lorsque Kelce ou Hill est visé. Ce précepte, la Cover-7, avait parfaitement fonctionné lors du meilleur match de la saison des Buccaneers, contre les Packers et Davante Adams, en semaine 6 de la saison régulière. 

Dans ce jeu d’échecs, une relative maîtrise de Kelce et Hill forcerait Mahomes à faire confiance à ses autres receveurs. Sammy Watkins, blessé depuis la semaine 16 mais de retour pour le Super Bowl, Mecole Hardman, Nick Keizer et même Le’Veon Bell seraient amenés à jouer des rôles prépondérants face aux couvertures individuelles.

Pour les Buccaneers, tout commence, passe et s’arrête avec leur pass rush. Leur front seven, qui sort de deux prestations majuscules contre les Saints et les Packers, sera la principale aide à la secondary pour lutter contre l’armada de Kansas City.

La capitale de Tamalou

Et cela tombe bien pour eux, la ligne offensive des Chiefs, déjà bancale, devra faire sans son tackle gauche Eric Fisher, qui s’est rompu le tendon d’Achille au tour précédent. Mitchell Schwartz n’a plus joué depuis sa blessure au dos en semaine 6. Seuls deux des cinq linemen titulaires en début de saison seront alignés dimanche, dont le guard Andrew Wylie qui jouera tackle pour l’occasion. 

Rien de bien nouveau pour les Chiefs qui ont déjà dû remplacer leur guard Laurent Duvernay-Tardif, qui a fait l’impasse sur la saison, et Kelechi Osemele, blessé aux deux genoux au mois d’octobre. Contre les Bills, Mike Remmers avait compensé la sortie d’Eric Fisher en passant du côté gauche de la ligne, Wylie prenant sa place à droite et Sefen Wisniewski faisant son entrée en guard droit.

Du côté des Buccaneers, ce sont les deux safety titulaires, Antonie Winfield Jr. et Jordan Whitehead, qui sont sortis prématurément en finale de conférence. Les deux défenseurs et Antonio Brown ont été indisponibles ou limités pendant les deux semaines de préparation avant le Super Bowl. Quand bien même ils seraient rétablis à temps, leur condition physique sera loin d’être optimale et, à n’en pas douter, un point d’emphase pour les Chiefs.

Au royaume des quarterbacks, mais pas que…

Contre une secondary diminuée, Tyreek Hill aura certainement à l’esprit de reproduire sa performance sensationnelle de la première rencontre entre les deux équipes. Il avait produit le meilleur match d’un receveur cette saison avec 13 réceptions sur 15 targets, pour 269 yards et trois touchdowns.

Sa simple présence sur le terrain crée des ouvertures pour ses coéquipiers. Si les Buccaneers ne parviennent pas à le contenir en Cover-7, leur backfield pourrait rapidement ressembler à un champ de guerre bombardé par l’armée du Missouri. 

Travis Kelce avait lui aussi brillé contre Tampa Bay en saison régulière avec 8 réceptions pour 82 yards. Le matchup contre la meilleure paire de linebackers de la ligue, Lavonte David et Devin White, sera également une clé de la rencontre. 

En parlant de la défense des Buccaneers, les matches de Shaquil Barrett et Jason Pierre-Paul seront certainement les facteurs déterminant le nombre de points qu’inscriront les Chiefs. Todd Bowles n’a jamais eu peur d’appeler des blitz, bien au contraire. Contre la ligne offensive B de Kansas City, il pourrait toutefois se contenter de laisser ses deux pass rushers aller au mastic sans aide supplémentaire. Leur réputation est à la hauteur de leur talent et n’est plus à faire. Que personne ne soit surpris si l’un d’eux est élu MVP de la rencontre en cas de victoire des Buccaneers.

Tom Brady-Steve Spagnolo, comme on se retrouve

La ligne statistique de Tom Brady lors du premier match entre Kansas City et Tampa Bay n’était pas ridicule (27/41, 345 yards, trois touchdowns, deux interceptions), mais elle était bien plus flatteuse que la réalité de la partie. Le coordinateur défensif des Chiefs, Steve Spagnuolo, avait sorti le grand jeu, limitant les Buccaneers à un touchdown sur leur huit premiers drives.

Spagnuolo, comme son homologue des Buccaneers, est un adepte de la pression. Tom Brady avait un EPA (Expected points added per play) de 0,23 contre des pressions à quatre ou moins cette saison, la 6e meilleure marque de la ligue. Contre des pressions à cinq ou plus, 0,1, soit seulement la 19e marque. Brady a eu du mal toute la saison face au blitz, et la semaine 12 n’a pas dérogé à la règle. Ses deux interceptions étaient intervenues après des pressions agressives des Chiefs. 

Aussi fun Playoffs Fournette soit-il à la course, il devra être particulièrement attentif dans le jeu de passe et la protection de son quarterback. Idem pour Ronald Jones. La dernière interception de Brady en finale de conférence était le résultat d’un block raté de Fournette.

On suppose une play-action initialement appelée par les Buccaneers avant que Brady ne se ravise, sans que Fournette ne s’en rende compte. Les Packers n’ont pas capitalisé sur l’erreur, les Chiefs s’en donneront à cœur joie. Spagnuolo s’occupera lui de les provoquer en ciblant Fournette et Jones dans ses appels de jeu, entre autres choses qu’il concoctera. Il est absolument illisible depuis le début des playoffs. Sa bataille cérébrale contre Brady sera jouissive et nous rappellera aux joutes entre Patriots et Giants lors des Super Bowls XLII et LIV.

Bruce Arians, l’amour du risque

À 43 ans, Tom Brady est le quarterback qui a lancé le plus de passes de 20 yards ou plus cette saison.

Au-delà de l’incroyable prouesse physique, voyez-y là l’agressivité notoire de Bruce Arians. Si on a pu douter de leur mariage au cours de la saison, il s’avère qu’ils n’étaient fait que pour s’entendre. Arians a trouvé en Brady le quarterback qui réalise ses fantasmes artificiers sans que cela ne se transforme en charité chrétienne pour l’équipe adverse.

Andrew Luck, Carson Palmer et Jameis Winston ont tous lancé énormément d’interceptions sous Arians, pas Brady. Il n’a lancé que 17 passes susceptibles d’être interceptées, selon Pro Football Focus, soit 2,2% de ses tentatives.

Par rapport à Luck, Palmer et Winston, Brady se distingue par ses rapides prises de décision. Malgré la grande proportion de passes en profondeur, il a réussi à lancer ses passes 2,42 secondes en moyenne après le snap, le 6e temps le plus rapide de la ligue. Toujours selon Pro Football Focus, aucun quarterback n’a lancé aussi vite lors de sa première années avec Bruce Arians. La défense antimissile des Chiefs se doit d’être au rendez-vous.

Back-to-back

Cette rencontre est le paradoxe de la force irrésistible : que se passe-t-il lorsqu’elle rencontre un objet immobile ? Je parie qu’elle l’emportera. Chiefs, 31. Buccaneers, 24.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :