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Le Deportivo Alavés, chronique d’un club centenaire

Westfalenstadion de Dortmund. Mercredi 16 mai 2001. 20h45. Le Deportivo Alavés est à 90 minutes d’écrire la plus belle page de son histoire. En face, le Liverpool de Gérard Houiller, de Jamie Carragher, de Gary McAllister, de Michael Owen, de Steven Gerrard. Les Espagnols ne sont pas favoris, mais toute l’Espagne est derrière eux. Ils sont bien là, en finale, pour leur première participation à une compétition européenne. Le match part très fort, et les Espagnols sont menés 3-1 à la mi-temps. Il en faut plus pour les faire douter. En deux minutes seulement, ils reviennent à hauteur des Anglais par l’intermédiaire de Moreno (3-3 à la 49’). Puis une seconde fois grâce à un coup de tête de Cruijff à la 88’ minute (4-4), ce qui leur permet d’accrocher les prolongations. 

Les 30 minutes de plus leur seront fatales. Magno est expulsé à la 98’ pour un tacle non-maîtrisé. Huit minutes plus tard, c’est le capitaine, Antonio Karmona qui doit abandonner ses coéquipiers pour une faute d’antijeu sur Šmicer. Sur la touche, la moustache de José Manuel Esnal frétille. À raison. Sur ce même coup-franc, Geli trompe son propre gardien. But en or, Liverpool est sacré champion. Alavés est à terre.

100 ans d’histoire

Ce mercredi 16 mai 2001, les Basques ont failli écrire l’Histoire. Leur Histoire. Près de 10 ans plus tard, le 23 janvier 2021, le club soufflait sa centième bougie.  

Au commencement, le vélo

L’histoire du Deportivo Alavés, club basé à Vitoria-Gasteiz, dans le nord de l’Espagne, ne commence pourtant pas sur de la pelouse, mais sur du goudron. Au début du XXe siècle, la ville est plutôt tournée vers le cyclisme. Le football commence à faire une timide apparition à partir du 14 février 1909, lorsque l’Union Sportiva Alavesa fusionne avec la Ciclista Vitoriana. Des matchs sont alors organisés contre des équipes du coin, et en 1912, sous la présidence de Máximo Wadephul, le club grandit encore un peu plus grâce à l’ouverture d’une section patinage et l’augmentation du nombre de ses socios. 

À cette époque, pourtant, le football est déjà très important dans la région. Le Pays basque espagnol est considéré comme le berceau du football en Espagne. Le Club Vizcaya remporte la Coupe du Roi en 1902, le Racing Club Irún en 1913 puis en 1918 et 1924 sous le nom de Real Union de Irún, l’Arena de Getxo en 1919 et l’Athletic Bilbao en 1903, 1904, 1910, 1911, 1914, 1915, 1916, 1921, 1923. Le club a déjà beaucoup de retard sur ces adversaires.

Malgré les efforts, la ville n’arrive pas à faire émerger une entité 100 % football. Au début des années 1920, quelques associations commencent à voir le jour et tentent de devenir le porte-drapeau de Vitoria. Des associations sportives, des équipes universitaires et même des équipes militaires. Mais le Deportivo Alavés s’écrit encore ailleurs.

La naissance d’un club

L’ancêtre du club que nous connaissons aujourd’hui est le Sport Friend’s Club, association exclusivement composée d’étudiants, créée le 1er juillet 1920 sous la présidence de José Cabezas. Le club grandit et commence à établir sa popularité dans la région. Mais le 23 janvier 1921, après un match contre le Régiment de Cuenca, une réunion extraordinaire est convoquée. La cause : le nom jugé trop britannique du club. Un changement de direction et de statut est également au cœur des discussions. Le vote est sans appel : 15 pour, 4 non. Le Deportivo Alavés est né. Hilario Doroa Íñiguez en sera le premier président. 

Le Sport Friend’s Club (Crédit : glorioso.net)

A cette époque, le championnat espagnol n’existe pas encore. Le club évolue au sein de la Fédération Régionale du Nord et débute en troisième division pour la saison 1925/1926. Deux titres de champions plus tard, il accède à la première division, dans laquelle il retrouve le plus grand club de la région : l’Athletic Club. En 1927/1928, Alavés termine deuxième de championnat et se positionne donc comme un sérieux candidat à la Ligue que souhaite créer la RFEF. 

C’est finalement en seconde division que le Deportivo Alavés débute son histoire officielle avec le football national. Troisième au terme de leur première saison, la montée n’est qu’une question de temps. Un objectif rempli dès la saison suivante, en partie grâce à Jacinto Quincoces, un des meilleurs footballeurs espagnols de la période. Mais en interne, la sauce ne prend pas, faute à une mauvaise gestion. Évitée de justesse durant deux saisons, Alavés ne peut échapper à son destin et termine lanterne rouge de la saison 1932/1933, direction le deuxième échelon national. La vente de certains joueurs clefs, tels que Olarán et Ros au Valladolid Deportivo combiné aux recrutements ratés de certains joueurs coulent le club. Les supporters ne sont pas dupes et délaissent, petit à petit l’équipe, ce qui a des répercussions graves sur les finances. Le Deportivo ne peut même plus présenter une équipe complète au début de la saison 1934/1935.

Un match du Sport Friend’s Club en 1915 (Crédit : archives municipales)

Les années noires

Le président Luis Villanueva va alors travailler dur pour relancer le club. C’est grâce à lui que les Bleus et Blancs retrouvent les terrains dés 1935, dans le championnat amateur. La guerre civile espagnole paralyse toutes compétitions pendant plusieurs années. Alors que la guerre bat son plein, les compétitions reprennent peu à peu dans cette région éloignée du front. Le Deportivo Alavés fusionne avec le Club Deportivo Aurrerá en septembre 1939 et est invité par la fédération à rejoindre la Segunda Division. 

Pendant plusieurs années, le Deportivo Alavés va végéter entre la deuxième et troisième division. En 41/42 puis en 52/53, les Babazorros ne sont qu’à quelques points de disputer les play-offs d’ascension pour rejoindre l’élite. Ils réussissent en 1954, mais n’y restent que deux saisons. L’ascenseur entre la Segunda Division et les divisions inférieures reprend. Ils vont même jusqu’à être relégués en division régionale au terme d’une saison 1969/1970 plus que compliqué. 

Le renouveau du club 

Le début des années 90 sera l’occasion d’une grande restructuration du club, aussi bien dans les bureaux que sur le terrain. Une révolution qui va porter ses fruits. Alavés est sacré champions trois années consécutives mais n’est promu en Segunda Division A qu’en 1995, la faute à des sorties de route en play-offs. Il leur faudra moins de temps pour retrouver le toit du football espagnol : trois ans seulement et un titre en 97/98 synonyme de retour en Primera Division, plus de 40 ans après. 

Un maintien in-extrémis en 98/99 leur permettra de connaître ce qui est encore aujourd’hui, la plus belle réussite du club : une sixième place et une première qualification pour une compétition européenne, à deux points de la Champions League. La puissance de Cosmin Contra, la technique de Jordi Cruyff et le réalisme de Javi Moreno leur permettent d’éliminer Gaziantepspor, Lillestrom, Rosenborg, l’Inter Milan, le Rayo Vallecano et Kaiserslautern.

Mais chassez le naturel, il revient au galop. Le Derportivo Alavés a du mal s’inscrire durablement parmi les 20 meilleurs clubs du pays. L’arrivée, en 2004, de Dimitri Piterman, un Américain d’origine ukrainienne, à la tête du club va précipiter sa descente. Piterman avait besoin de tout contrôler, à tel point qu’il finit par s’asseoir sur le banc pour diriger l’équipe. Le divorce est consommé avec les supporters et Piterman est contraint de quitter le club en 2007, laissant à Alavés une dette de 23 millions d’euros. Après quatre saisons passées en 3e division, Alavés commence sa remontée pour atteindre la Liga BBVA en 2016/2017 pour ne plus jamais la quitter. Pour le moment.

Le parcours en championnat d’Alavés depuis la création de la Première Ligue espagnole (Crédit : Café Crème Sport).

S’inscrire dans le temps

Une réussite en partie due à Josean Querejeta, propriétaire du Saski Baskonia, le club de basket de la ville, et champion en titre de la Liga ACB. Il est arrivé à transposer le modèle de Baskonia à Alavés, leur permettant de jouer leur cinquième saison consécutive en Liga Santander, un record pour le club. Mais l’objectif est aujourd’hui de s’inscrire dans le temps.

Un objectif réalisable selon Mario P. Galindo, co-créateur du podcast El Trivote : « Cette année, Alavés fait partie d’un groupe qui va devoir se battre jusqu’à la fin de la saison. Je pense que Huesca et Elche seront relégués, ce sont les deux équipes avec le plus de carences. Pour la troisième place, ça se jouera entre Valladolid, Cádiz, Osasuna, Eibar et Alavés. Ca va être extrêmement tendu, mais Abelardo a l’habitude de se retrouver dans cette position. Il l’a déjà fait, avec Alavés et le Sporting Gijon ». Un avis partagé par ses collègues, Antía S. Aguado et Carlos Peralta : « le club a l’habitude de se battre en bas de tableau. S’ils font preuve de courage et d’abnégation, ils se sauveront ».

Une sérénité à trouver

Car sur le banc, le turnover est régulier. Depuis leur remontée en Liga, sept entraîneurs se sont succédé : Pellegrino, Zubeldía, De Biasi, Abelardo, Asier Garitano, López Muñiz, et Machín. « Trop de mouvements dénotent une instabilité au sein du club. Et cette instabilité conduit à de mauvais résultats. Au final, ça devient inévitablement un cercle vicieux » expliquent les membres du Trivote. Preuve en est avec le remplacement de Machín par Abelardo, le 12 janvier dernier. « Je pense qu’ils cherchaient à donner un coup de pouce à l’équipe. En 2017/2018, Abelardo avait pris l’équipe en position de lanterne rouge avec seulement 6 points après 14 journées. Ils avaient terminé 14e avec 47 unités » poursuivent-ils.

Sur le terrain, ce changement ne devrait pas bouleverser totalement le jeu d’Alavés. « Pablo Machín est un coach qui aime jouer en 3-5-2, mais qui a su passer en 4-4-2 devant les résultats décevants de son équipe. Abelardo applique le même système en insistant sur les ailes, en ayant un jeu direct, avec deux attaquants de pointe » indique Antía S. Aguado. La seule modification notable pour le moment est l’utilisation de Martin Aguirregabiria, qui est maintenant utilisé en tant qu’ailier.

Au vu des réussites précédentes, Abelardo a tout pour réussir. Carlos Peralta complète : « S’il parvient à transmettre son idée au groupe, Alavés peut adopter un tout nouveau visage. Il peut être l’homme révoltant qu’ils recherchaient ».

Abelardo lors de son premier passage à Alavés (crédit : MARCA)

Le secteur offensif doit faire ses preuves

« C’est assez étrange ce qui se passe cette saison, car Alavés a un bon duo devant avec Lucas Pérez et Joselu ; un duo certainement meilleur que celui de leurs principaux concurrents. La saison dernière, à eux deux, ils ont marqué 22 des 34 buts d’Alavés » commence Antía S. Aguado. Mais cette saison, c’est plus compliqué. S’ils arrivent à s’approcher de la surface adverse (195 tentatives en 22 matchs), ils manquent clairement de précision (26,2 % des frappes sont cadrées, le pire bilan de la ligue). Au total, Alavés ne score que 0,07 fois par tir, seuls 5 équipes font pire en Europe.

Si Machín n’a pas réussi à trouver la formule, Abelardo y arrivera peut-être. Car les qualités sont présentes. « Joselu est un grand attaquant, avec un bon jeu aérien, est un bon finisseur et arrive à jouer dos au but, poursuit-elle. A côté, Lucas Perez profite de l’espace laissé dans le dos grâce à sa vitesse, ce qui lui permet de se mettre en position de frappe. Mais ses nombreuses absences cette saison ne lui permettent pas de continuer sur sa lancée ». Deyverson, 10 titularisations cette année, pourra également dépanner. L’attaquant brésilien est un véritable combattant qui n’a pas peur d’aller au duel. Malheureusement, avec peu de réussite : il ne récupère la possession que pour un tiers de ses interventions.

Stade de Mendizorroza (Crédit : el Deportivo Alavés).

Une équipe hargneuse

Au contraire, derrière, ça tient la route. Grâce à Pacheco, notamment. Le gardien de but, à Alavés depuis six ans, réalise jusqu’ici une année solide, avec 67,1 % d’arrêts, 12e plus haut total en Liga cette saison. « Il a sauvé l’équipe à plusieurs reprises. Il est très bon sur sa ligne, il a d’excellents réflexes » analyse Carlos Peralta. Seul point noir de son jeu : il ne sort que très peu de sa surface de réparation (moins d’une sortie par match).

Pourtant, le jeu voudrait l’inverse. Si les deux défenseurs centraux (Laguardia et Lejeune) sont réputés solides, au sol et dans les airs (en moyenne 2 duels sur 3 remportés), les latéraux (Navarro et Duarte) aiment monter et aller presser, parfois dans les 30 derniers mètres adverse. Pour El Trivote, il s’agit du premier chantier sur lequel devrait se pencher le nouveau coach : « Pour son premier match avec Alavés, Abelardo s’est fait sortir en Copa del Rey par Almeria, 5-0. Lors du match suivant, ils perdent contre le Real Madrid et le coach a déclaré que l’animation défensive avait été bien en deçà de ce qu’il attendait« .

Alors pour compenser ce manque de concentration, Alavés compense par les coups. « C’est une équipe agressive, parfois trop agressive », rebondit Mario P. Galindo. Depuis le début de la saison, ils ont déjà pris 8 cartons rouges et 58 jaunes, ce qui en fait l’équipe la moins fair-play de Liga. Des expulsions qui ne les pénalisent pas autant qu’imaginé. Contre le FC Barcelone et Levante, ils conservent le match nul malgré le rouge de Jota Peleteiro et Méndez. Contre l’Athletic, ils réussissent à conserver leur avantage après la sortie de Duarte.

Battaglia se fait expulser lors du match contre la Real Sociedad, le 6 décembre 2020 (crédit : TyC Sports.)

Mario P. Galindo ne s’attend pas à une amélioration : « Toutes les équipes d’Abelardo se caractérisent par leur agressivité, leur intensité. Peut-être que dans un moment, nous serons surpris de voir ces chiffres augmenter à nouveau ».

A quoi s’attendre ?

« Je ne pense pas que ce soit une équipe capable d’avoir trop de possession et de dominer les jeux, explique El Trivote. Le seul joueur capable de diriger l’équipe est Tomás Pina, souvent accompagné de Battaglia, deux joueurs très élégants et efficaces dans leur travail défensif ». Mais le problème de l’équipe est qu’en jouant avec deux joueurs au milieu, ils se retrouvent souvent dépassés en nombre. Ce sont précisément ces espaces que de nombreux adversaires utilisent pour combiner. Mais Abelardo devrait continuer d’évoluer en 4-4-2, avec Méndez et Rioja sur les ailes. Un plan de jeu qui donnerait beaucoup d’importance aux milieux de terrain, leur permettant d’apporter le surnombre devant quitte à laisser des espaces derrière.

Les dossiers sont donc connus du côté de Vitoria, Abelardo a toutes les cartes en main pour réussir ce pour quoi il est venu : le maintien. L’efficacité offensive doit revenir, et ils devront être un peu plus solides derrière. S’ils ne sont pas victimes de trop de blessures et arrivent à limiter les sanctions (ils n’ont pas de profondeur de banc, même s’ils se sont renforcés cet hiver avec les arrivées de Pellistri et Córdoba), Alavés devrait pouvoir continuer l’aventure en Liga Santander pour une sixième saison consécutive.

Joyeux anniversaire Alavés.

(Crédit photo de couverture : el Deportivo Alavés)

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