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NHL – Le dernier titre des Leafs

George Armstrong, ancien capitaine de Toronto et multiple vainqueur de la Coupe Stanley, nous a quitté il y a deux semaines. De toute les franchises les plus titrées, les Maple Leafs se trouvent, avec 13 titres, juste derrière leurs ennemis intimes des Canadiens de Montréal. Ombre au tableau cependant le dernier titre remonte à 1967 ! 54 ans de pénurie, 54 années que les partisans souhaitent vaincre le signe indien, ce « Hillman Hex » qui dure encore de nos jours. Retour sur cette saison contrastée mais légendaire de l’équipe de hockey de la Ville Reine.

Farewell Mister George Armstrong

UN DÉBUT DE SAISON CONFLICTUEL

Après avoir réussi un triplé entre 1962 et 1964 les Maple Leafs restent sur deux échecs consécutifs en 1965 et 1966 face aux éternels rivaux des Canadiens de Montréal. La dernière élimination en séries s’est soldé par un balayage qui a semé le doute et la discorde au sein de la formation torontoise. Deux facteurs inquiètent les partisans : l’équipe vieillit et les relations entre les joueurs et George « Punch » Imlach, le directeur général et entraîneur, sont très tendues.

L’effectif est « expérimenté » effectivement, en repassant en revue les lignes on observe que les deux gardiens Terry Sawchuk et Johnny Bower ont respectivement déjà 37 et 42 ans. Six joueurs dépassent également les 36 ans : les défenseurs Allan Stanley (40), Tim Horton (37) et Marcel Pronovost (36) et les attaquants Red Kelly (39), Dick Gamble (38 mais ne jouera qu’un seul match de la saison) et George Armstrong le capitaine (36). Une équipe vieillissante qui manque de fraîcheur et de nouveaux venus pouvant amener un impact positif dans le vestiaire mais aussi une équipe en manque de cohésion sur la glace depuis quelques temps.

Punch Imlach sur le banc des Leafs – Crédits: Leafs Nation

Punch Imlach est un DG apprécié de la presse locale voir même adulé depuis que les Leafs sont parvenus à réaliser le triplé au début de la décennie mais il n’en est rien en interne. Beaucoup de joueurs majeurs ou prometteurs l’ont pris en grippe, tel que l’ailier Frank Mahovlich ou bien les jeunes Pete Stemkowski et Jim Pappin, lui reprochant entre autres une prise des mauvaises prises de décision lors des rencontres cruciales depuis plusieurs saisons ou bien un manque de temps de jeu sur la glace. En bon capitaine George Armstrong tente de redresser la barre et de ressouder le vestiaire pendant une série catastrophique de 10 défaites de rang entre le 15 janvier et le 8 février mais c’est un échec. Les Leafs subissent, entre autres, un 7-1 contre le Canadien de Montréal, un 6-2 contre les Red Wings de Detroit et un 5-1 face aux Black Hawks de Chicago qui finira largement premier de la poule. La crise est là et bien là.

Les Leafs affrontent les Black Hawks de Chicago – Crédits: HockeyGods

Dû à des problèmes de santé quelques jours après cette série de défaites, Imlach doit se retirer et les propriétaire Stafford Smythe et Harold Ballard font appel au renommé King Clancy pour palier à l’absence de son controversé directeur général. Le changement de dynamique est radical, Clancy laissant sa chance au trio Jim Pappin – Pete Stemkowski – Bob Pulford. L’équipe réalise un bilan de 7-1-1 pendant l’interim de Clancy et ne conclue la saison que par un bilan de 6-5-0 au retour de Punch Imlach. Tout un symbole.

UNE DEMI-FINALE CONTRE L’ARMADA DE CHICAGO

Les Maple Leafs se classent à la troisième position avec un bilan final de 75 points en 70 matchs (32-27-11) juste derrière le Canadien et à 19 points de leur futur adversaire en demi-finale et premier de la saison régulière les Black Hawks de Chicago (la liaison des deux mots « Black » et « Hawks » ne sera effectif qu’au début de la saison 1986/1987).

Source: Wikipedia

La formation de l’Illinois part largement favorite dans cette demi-finale de la Coupe Stanley 1967. Composée de joueurs tels que Stan Mikita, Bobby Hull, Phil Esposito ou le gardien Glenn Hall, cette équipe des Black Hawks est vouée à remporter le trophée qu’elle convoite depuis sa dernière victoire lors de la saison 1960/1961. Les deux premiers matchs se déroulent au Chicago Coliseum et les Leafs concèdent une défaite 5-2 au premier match mais remportent le second à la surprise générale 3-1. Retour en Ontario et bis repetita pour ce troisième affrontement qui voit Toronto l’emporter une nouvelle fois sur le score de 3-1 mais, Chicago, déterminé, répond du tac-au-tac et met la main sur le match 4 sur la marque de 4-3. A la sortie des deux affrontements au Maple Leafs Garden, la série est égale deux victoires partout.

Terry Sawchuk

Le cinquième match se présente comme (souvent) le match charnière de la série et les torontois remportent le match 4-2 malgré une grande frayeur pour leur gardien Terry Sawchuk qui restera K.O. au sol après avoir pris de plein fouet un Bobby Hull lancé à pleine vitesse. A défaut d’avoir fait voir plein d’étoiles au gardien bleu et blanc , ce sont bien les chicagoans qui sont groggy et le match 6 verra les joueurs de Toronto l’emporter sur le score de 3-1. A la surprise générale les Leafs se qualifient pour les finales de la Coupe Stanley !

UNE FINALE AU GOÛT DE REVANCHE

Qui d’autre que le Canadien de Montréal comme adversaire en finale ? Rivaux en temps normal les Leafs ont subi une élimination sur les deux dernières saisons en demi-finale par leurs voisins québécois et les deux dernières finales face à eux en 1959 et 1960 se sont soldées également par une victoire des Tricolores. Il faut savoir également que cette équipe de Montréal, composée de joueurs légendaires tels que Jean Béliveau, Yvan Cournoyer ou bien Henri Richard, sont les doubles tenants du titre de la Coupe Stanley. Cette équipe homogène et dominante présente cependant un point faible au niveau du gardien d’après Punch Imlach. En effet Gump Worsley vainqueur du trophée Vézina la saison précédente n’est pas dans une saison optimale et Rogie Vachon, 21 ans, devient la cible du DG des Leafs dans les médias. Punch Imlach met la pression et insinue que le jeune gardien n’a pas la carrure pour relever le défi d’une finale de Coupe Stanley.

Le premier match se joue un 20 avril au Forum et cela fait depuis le 8 mars que le Canadien n’a pas perdu un macth (12 victoires et 3 nuls). Les montréalais viennent de balayer les Rangers de New York 4-0 et les déclarations d’Imlach ne leur font ni chaud ni froid, victoire 6-2 et Terry Sawchuk ne peut contenir les attaques adverses et les trois buts de Henri Richard. Au second match de cette série Johnny Bower fait son retour devant le filet et diffuse de la confiance à toute son équipe en réussissant un blanchissage, victoire 3-0 dont deux buts en situation d’avantage numérique, simple et efficace. Il est temps de rentrer au Maple Leafs Garden et d’attaquer le troisième match. Cette rencontre est la plus disputée de la série car elle trouve son dénouement au bout de deux prolongations et un but salvateur de Bob Pulford qui permet aux joueurs de la Ville Reine de gagner 3-2 et de mener deux victoires à une. Le soufflet retombe au quatrième match et les Habs égalise la série grâce à une victoire sans appel de 6 à 2 dont un doublé de Jean Béliveau et un autre de Ralph Backstrom. Les partisans se mettent à douter, ces six buts encaisser viennent pile au moment où Johnny Bower s’est blessé et Terry Sawchuk n’a pas convaincu sur ce match.

George Armstrong avec la Coupe Stanley

Comme contre Chicago au tour précédent le cinquième match se trouve être la bascule de la série. Et comme au tour précédent les torontois se subliment et remportent le match 4-1 grâce aux buts de Jim Pappin, Marcel Pronovost, Dave Keon et Brian Conacher. Toe Blake, l’entraîneur du Canadien, tentera un coup de poker en retirant Rogie Vachon du filet et en mettant Gump Worsley mais rien n’y fera. Le match 6 est capital pour le CH, c’est un «must win » pour eux et espérer jouer un match décisif au Forum. Les Maple Leafs sont intraitables sur ce match, la victoire au match 5 leur a donné une énorme confiance et mènent 2-0 au début de la troisième période. Seul un but d’un ancien Leaf, Dick Duff, sème le doute mais le capitaine George Armstrong, tel un symbole, glisse la rondelle dans un filet déserté par Worsley dans les dernières secondes du match. Dave Keon remporte le trophée Conn Smythe et les Maple Leafs de Toronto sont de retour au sommet et resteront dans les annales comme les derniers vainqueurs de l’ère des « Originals Six ». Des milliers de personnes envahissent les rues de Toronto pour fêter leurs héros. S’ils savaient…

George Armstrong et le propriétaire Harold Ballard pendant la parade après le titre de 1967 – Crédits: Toronto Star

UNE TRISTE FIN

Beaucoup de changement surviennent après la fin de cette saison 1966/1967. Dès le mois de juin est reconnue par la ligue l’Association des joueurs de Ligue Nationale de Hockey ce qui a provoqué justement des tensions en amont entre Punch Imlach et ses joueurs. Le directeur général fait preuve d’un sens catastrophique de gestion d’effectif, en l’espace de deux années, il enverra Jim Pappin vers Chicago, il échangera Frank Mahovlic et Pete Stemkowski à Detroit. Six nouvelles équipes intègrent la Ligue pour la saison 1967/1968 : les Flyers de Philadelphie, les Kings de Los Angeles, les Blues de St. Louis, les North Stars du Minnesota, les Penguins de Pittsburgh et les Seals d’Oakland. A la fin de cette saison d’expansion, Imlach encore une fois fait preuve de condescendance envers le défenseur Larry Hillman qui, fou de rage lors des négociations de contrat, déclare que cette franchise ne gagnera plus jamais, ce que les gens appelle le « Hillman Hex ». A croire que ce « sort » a marché! Pour couronner le tout le dernier rescapé du titre de 1967, Dave Keon, sera en conflit perpétuel avec sa franchise jusqu’à son départ à la fin de la saison 1974/1975.

Dave Keon, vainqueur du trophée Conn Smythe en 1967 récompensant le joueur le plus utile des séries

Cerise sur le gâteau, des déboires financiers et des détournements d’argent enverront le propriétaire Harold Ballard un an en prison, l’autre propriétaire et fils de Conn Smyhte, Stafford Smythe y échappera car il décède en 1971. Ballard reviendra après sa période à l’ombre et dirigera l’équipe de 1972 à 1990 avec comme meilleur résultat une seule petite finale de conférence lors de la saison 1977/1978.

L’espoir est là cette année pour les partisans des Leafs, leur équipe portée par des joueurs de talent tels que Auston Matthews ou Mitch Marner fait figure de favorite dans la division canadienne. Espérons pour eux que la malédiction du « Hillman Hex » prenne fin un jour!

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