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Quel poste est le plus difficile à définir par les stats ?

Autrefois vues comme simple accessoire, les statistiques sont devenues depuis quelques années une part très importante dans le monde du foot. Elles sont devenues un moyen rationnel, parfois trop, de quantifier le talent d’un joueur, autant pour le surestimer que pour le critiquer. Qui n’a jamais vu une comparaison des buts et des passes pour comparer Ronaldo et Messi ? Les chiffres surpassent l’impression visuelle, comme un moyen dans ce monde (et ce sport) de plus en plus pragmatique d’ignorer ce que l’on voit. Car parfois, il est impossible de comparer des joueurs par les stats. Voire même souvent.

Les attaquants, machine à buts ?

Le poste le plus mis en avant en ce qui concerne les stats, c’est celui le plus en avant sur le terrain. C’est celui avec les chiffres les plus démocratisés et aussi les plus faciles d’accès : les buts, et accessoirement les passes décisives. Après tout, les meilleurs attaquants de l’histoire ne sont-ils pas aussi ceux qui ont les records de réalisations ? En plus ces dernières années ont vu la création et la lente démocratisation des expected goals. Ces nouveaux chiffres permettent de voir à quel point un joueur est un bon finisseur, mais aussi sa création d’occasions, la qualité de ses occasions … Bref, rien que pour parler des buts, l’éventail de stats pour l’attaquant est assez large.

Mais est-ce qu’au final ce ne serait pas trompeur ? Un avant-centre avec de nombreux buts marqués est utile, mais il doit s’inscrire dans un collectif. Si le joueur termine la saison à 20 buts, mais que toute son équipe n’en a marqué que 25, est-ce qu’il est réellement bon, ou juste le seul finisseur possible ? Et vole-t-il les occasions à ses coéquipiers ? Et l’inverse est aussi vrai. Un attaquant qui participe peu au jeu collectif et touche peu de ballons est regrettable, mais faut-il le critiquer quand il peut mettre au fond la moitié de ses ballons touchés dans la surface ? Et justement, un joueur, peu importe son poste, ne peut pas vraiment être critiqué s’il marque ou attire les défenseurs hors des zones de ses coéquipiers. Un attaquant n’a pas besoin de toucher le ballon au cours d’une action pour participer à un but.

Mauro Icardi, attaquant très peu présent dans le jeu mais finisseur redoutable (photo : footmercato)

Pour les stats plus « mineures », ou du moins plus ignorées la plupart du temps, c’est le plan tactique de l’équipe qui rentre en compte. Un attaquant qui ne presse pas sera vite considéré comme fainéant. Mais peut-être que c’est une consigne de l’entraîneur, soit pour économiser ses forces pour les zones de vérité, soit par choix d’un bloc bas et compact pour bloquer l’adversaire. Le nombre de tirs est faible ? Est-ce qu’il ne vaut pas tirer moins, mais mieux, pour cadrer et marquer ? Idem pour les duels aériens. Certains joueurs font figure de tour de contrôle et domine les airs des pelouses. Mais ce jeu aérien est provoqué. Les quatre équipes qui gagnent le moins de duels aériens en Europe sont le PSG, Nice, Naples et le FC Barcelone. Pourtant les attaquants de ces clubs sont loin de faire partie du bas du panier.

Les milieux, dépendants du collectif

L’argument de l’équipe entière vaut aussi pour les milieux de terrain. Métronomes et contrôleurs du tempo et du style d’un match, ils peuvent difficilement être quantifiés. Là aussi, les arguments du poste d’attaquant reviennent. Pour les milieux offensifs, moins que la finition, on s’attarde sur la création d’occasions. Mais quand on s’appuie sur un attaquant pivot qui s’occupe lui de faire la distribution, cela ne s’applique plus. Il existe aussi les joueurs qui peuvent rendre des chiffres affreux, mais avoir fait une superbe partie. Un des meilleurs exemples s’appelle Zinedine Zidane. Si l’on ne prend en compte que les stats, Zizou est un joueur moyen. Sa faible participation directe aux buts et son irrégularité sont d’ailleurs des éléments à débattre qui peuvent réduire le statut de légende du célèbre numéro 10, mais la rédaction ne s’y attardera pas pour des raisons évidentes de survie.

Zinedine Zidane, face au Brésil en 2006 (photo : CNews)

Le pendant moderne de Zidane plus bas sur le terrain, c’est Sergio Busquets. Même en cherchant un peu partout, difficile de dire en quoi le milieu catalan est nécessaire au FC Barcelone. Mais il l’est. Sans lui, le jeu n’est pas le même. Del Bosque disait de lui « Regardez le jeu vous ne voyez pas Busquets, regardez Busquets vous voyez tout le jeu ». Une phrase qui illustre tout le paradoxe des milieux défensifs.

En plus des stats précédemment citées, on attend des récupérateurs, déjà qu’ils récupèrent, mais aussi qu’il touchent le ballon. Mais est-ce qu’un milieu qui joue dans une équipe qui avoisine les 40% de possession peut être critiqué sur cet aspect ? Pas vraiment. Les passes réussies alors ? Non plus. Avec des passes latérales ou en retrait, le jeu ne progresse pas, mais le pourcentage de réussite oui. A l’inverse les longs ballons dans les airs ou les passes risquées sont forcément celles qui échouent le plus, mais chaque réussite participe à la victoire d’une équipe.

Un défenseur dans l’ombre doit-il être mis en lumière ?

Autant être clair dès le début : il est presque impossible de quantifier un défenseur. Déjà, plus que pour les autres postes, il fait partie d’un ensemble. La France l’a prouvé lors de ses deux Coupes du Monde, les attaquants peuvent la jouer plus solistes, mais pas la défense. Même d’un point de la ligne, 4 joueurs ne peuvent être responsables d’une défaite. La défense, c’est toute une équipe, pas ceux que l’on appelle les défenseurs. On parle de « pire défense » pour l’équipe qui encaisse le plus de buts, mais cela peut rarement être imputé à l’analyse individuelle. De la même manière, un latéral gauche ne peut pas être critiqué si la plupart des buts viennent de la droite. Petite parenthèse sur les joueurs de côté d’ailleurs ; quelle valeur donner à l’apport offensif ? De la même manière, est-ce qu’un latéral sans ajout à l’attaque n’est pas inutile ?

Le paradoxe d’un défenseur, c’est qu’on ne peut voir ce qu’il vaut que lorsqu’il est exposé. Sa mise en valeur dépend de l’adversaire. Une défense plus agile sera mise en difficulté par une équipe qui joue des longs ballons. Exemple, Nice lors de la saison 16/17, qui a concédé sa seule défaite en 22 matches contre le relégable Caen. A l’inverse, un grand joueur lent sera sans réponse face à un attaquant dribbleur qui le dépasse. Dans le même domaine, et comme dit plus haut, le style influe énormément. Un défenseur ne peut pas se mettre en valeur quand son équipe affiche 70% de possession et subit trois attaques par match.

Sergio Ramos, meilleur défenseur de sa génération, mais pas toujours propre (photo : Eurosport)

Une autre étrangeté du poste de défenseur, c’est qu’une stat négative peut cacher du positif. Un nombre élevé de fautes, cela peut aussi signifier que beaucoup d’actions adverses ont été coupées. Bien sûr, ce n’est pas le cas quand il s’agit d’un penalty. Les fautes, d’une manière générale, c’est très dur à expliquer. La preuve avec Sergio Ramos. L’Espagnol n’est pas connu pour être propre, et bat des records de cartons rouges. Pourtant, impossible de nier le fait que c’était il y a peu le meilleur défenseur du monde.

L’énigme du portier

Et si au final, le poste indéfinissable par les stats, ce serait plutôt le gardien ? Il combine en effet tous les défauts des autres postes. Beaucoup de buts encaissés ? Tout dépend d’un tas de facteurs. Si l’équipe entière défend mal et l’expose, un bon gardien peut sauver les meubles mais jamais tout. Les tirs arrêtés ? Pareil, cela dépend de tellement de choses. Si la défense ne laisse rien passer, pas de stat au compteur. Si l’adversaire ne cadre pas ou alors trop hors de portée, même Neuer ne pourrait rien y faire. L’utilisation xG, voire des PSxG (qui prend en compte uniquement la probabilité de marquer des tirs cadrés) n’aide pas davantage. Certains gardiens semblent meilleurs pour arrêter les penalties, mais c’est ignorer les facteurs « chance » et « adversaire » encore une fois. Et si l’on sort des stats spécifiques au gardien pour étudier par exemple la participation au jeu, et bien là encore, tout dépend de l’équipe. Toutes les interprétations des stats des portiers peuvent être contre-argumentées.

C’est assez ironique de se dire que le poste le plus ignoré, celui auquel on veut rarement jouer, et celui qui conserve le plus une certaine essence du foot. Celle de se dire qu’un joueur n’est pas définissable par une stat, par un chiffre. Ce quelque chose dans ce sport d’incompréhensible, imprévisible, impénétrable. Qu’un joueur est bon plus par une impression visuelle que par un fait irréfutable, gravé dans la roche. Celle aussi d’un sport collectif où l’on dépend avant tout du travail de ses coéquipiers. Un sport et un poste identiques : imprévisible et indéfinissable.

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