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IndyCar, futur, carrière : entretien exceptionnel avec Simon Pagenaud

Simon Pagenaud est l’invité exceptionnel du CCS. Avec Clément, Jimmy, Paul et Raphaël, il revient sur son actualité et sa préparation pour la saison à venir, sur les plus grands exploits de sa carrière, mais également sur son futur proche et moins proche. Il revient également sur les difficultés qu’il a pu rencontrer au cours de sa carrière. Entretien exhaustif avec l’un des meilleurs pilotes français de cette génération.

L’actu « chaude » c’est, malheureusement, le report de la saison, qu’est-ce que ça change pour vous de rouler sans spectateurs dans les gradins ?

« Ce qui était le plus frappant l’année dernière c’était les 500 Miles d’Indianapolis sans spectateurs. C’est une arène qui a tellement d’énergie d’habitude avec 350 000 spectateurs présents, des drapeaux qui volent partout, les gens qui sont debout et qui crient… c’est une ambiance incroyable. Honnêtement c’est la seule course qui permet de ressentir ce genre d’émotions grâce au public. L’année dernière, on avait pas le public, c’était triste et dommage, mais évidemment, c’était déjà bien qu’on puisse faire la course malgré tout. »

« Que ce soit en IndyCar, mais également en Nascar, ils se sont très bien organisés pour pouvoir avoir une compétition et on a eu un championnat presque complet l’année dernière avec 14 courses au lieu de 17 et un système qui a bien fonctionné, on a pas eu de pilote qui ont eu le COVID et très peu de cas dans le paddock. On repart un petit peu sur le même format cette année, malheureusement Saint-Petersburg en Floride ne sera pas la première course, qui était prévu début mars, elle sera mi-avril. Donc on débute à Barber qui est un circuit routier, le 11 avril [finalement ce sera le 16 avril]. »

« Ça change un petit peu les choses pour moi, car ça décale ma préparation physique et mentale qui était prévue pour démarrer le 9 mars et quand je pense à comment régler la voiture, comment discuter avec mon ingénieur, j’étais plus dans l’attente d’un circuit en ville qui a des réglages complètement différents d’un circuit routier. Ça change un petit peu les choses, mais on s’adapte et de toute façons aujourd’hui, je crois que pour tout le monde, il faut s’adapter. »

Votre préparation physique est décalée également, est-ce que vous continuez à l’usine à développer la voiture ou ça reste assez figé sur les réglages de l’année dernière ?

« Pour l’instant la seule séance d’essais que j’ai eu c’était l’année dernière, en novembre, le lendemain de Saint-Petersburg, on est allé à Barber… donc ça remonte. La dernière voiture que j’ai piloté, c’était la voiture des 24H de Daytona, la Cadillac, à part ça, j’ai la chance d’avoir un simulateur à la maison qui est bien développé et qui me permet de me préparer. »

« Malheureusement et heureusement, l’équipe Penske prend tellement de précaution pour éviter que l’on ait des cas [COVID] dans l’écurie que j’ai pas vraiment accès à l’écurie. Très honnêtement, en 2020, j’y suis allé deux fois il me semble, alors que j’habite à 20 minutes, mais on fait beaucoup de rendez-vous sur Zoom ou sur Teams pour préparer les séances d’essais, pour préparer les courses, mais c’est vrai qu’on a eu beaucoup moins d’essais l’année passée. Maintenant, on a une bonne compréhension de la voiture avec l’aéroscreen, donc l’écurie est en évolution constante, les gens de l’écurie sont là-bas toute l’année, toute la semaine et on continue d’évoluer. »

Justement, l’aéroscreen a été introduit la saison dernière, qu’est-ce que ça a changé lors des premières courses dans la voiture ?

« Le gros changement, c’est l’équilibre de la voiture. Ça a changé l’équilibre car ça a rajouté du poids sur l’avant de la voiture, ce qui la stabilise et lui rend un train avant moins mordant au milieu des virages par exemple. Donc on a une voiture qui tourne moins facilement au milieu des virages mais qui freine mieux, qui accélère mieux, c’est surprenant, mais comme on a pas eu d’essais c’était difficile de trouver les réglages rapidement et personnellement c’est quelque chose qui m’a beaucoup gêné, parce que j’aime beaucoup quand l’arrière tourne autour du virage, c’est quelque chose qu’on a pas réussi à trouver donc on est en train de développer ça. On a des idées et j’ai hâte qu’on ait une séance d’essais. »

« Honnêtement, il y a eu plusieurs périodes où j’ai pensé que le sport automobile allait s’arrêter et que j’allais sûrement revenir en France et faire un autre métier, très franchement j’y ai pensé plusieurs fois dans ma carrière… »

Pensez-vous que la voiture est plus compétitive et plus fiable qu’en 2020 ?

« Niveau fiabilité honnêtement, je ne me rappelle même pas la dernière fois avec Penske où j’ai eu des problèmes mécaniques tellement la voiture est bien préparée. Ça c’est le gros avantage des grosses équipes comme Penske, qui ont trois voitures identiques et préparées avec des pièces neuves à chaque courses. »

« Maintenant, on est en développement constant sur la voiture, que ce soit d’un point de vue aérodynamique, suspensions… Les suspensions c’est complètement libre en IndyCar, on a des amortisseurs que l’on peut développer librement, donc il y a beaucoup de travail sur les amortisseurs et je dirais qu’on est en constant développement pour ça. Niveau moteur, avec Chevrolet, on travaille de façon très proche pour essayer de continuer à aider le moteur sur les circuits en ville où on souffre le plus, mais sur les circuits type Speedway [circuit en « ovale »], on a un avantage par rapport à Honda ça on le sait, c’est l’avantage d’avoir un Chevrolet. »

Maintenant, on a plus envie de s’intéresser à vous, en tant que sportif et professionnel. On a l’impression que pour durer en IndyCar, c’est une sorte de « Way of life », c’est un état d’esprit d’être tous les jours professionnel, ma question est simple : comment on le devient ? Et comment on l’affine pour l’être encore plus ?

« Je pense que c’est une question d’opportunités, un peu comme tout métier, en fait. Il faut être là au bon moment, moi personnellement, je me suis battu. Honnêtement, il y a eu plusieurs périodes où j’ai pensé que le sport automobile allait s’arrêter et que j’allais sûrement revenir en France et faire un autre métier, très franchement j’y ai pensé plusieurs fois dans ma carrière… »

« Je me rappelle de début 2008 où c’était vraiment mal parti puisque j’avais aucun volant en avril, je me rappelle de 2005 où j’ai décidé de partir aux États-Unis parce qu’en Europe les portes étaient complètement bloquées vers la F1. C’est des décisions qu’il a fallu prendre, qui étaient osées puisqu’en 2006 je pars pour les États-Unis, en 2008 je décide de réorienter ma carrière vers l’endurance et à chaque fois que j’ai fait ça, ça a permis à ma carrière de repartir et de prendre une plus belle ascension encore donc je pense que j’ai eu un petit peu de chance dans mes décisions, je pense qu’il faut toujours un peu de chance dans la vie, j’ai eu de bonnes opportunités, mais j’ai travaillé jour et nuit et j’ai appelé les gens, je les ai ennuyés au téléphone pour qu’ils me donnent des opportunités, ça a marché. Mais c’est vrai que ça a été de longue haleine et sans relâche et encore aujourd’hui mon motto c’est : le travail paye… parfois je le fais un peu trop et des fois ça ne me sert pas forcément. Ma carrière ça a été ça, travailler beaucoup et espérer avoir un retour ensuite. »

« Le Dakar, oui peut-être […] Ce qui m’intéresse c’est le Rallye et quand les choses se ralentiront un peu, j’aimerais pouvoir me concentrer sur le Rallye de Monte-Carlo. »

Le sport auto se décline sous différentes formes, il y a beaucoup de disciplines, est-ce que vous vous imaginez aujourd’hui, à 36 ans, réfléchir à d’autres défis, d’autres disciplines ? Je pense notamment au Dakar qui s’est terminé il y a quelques jours. Est-ce que ça fait partie des disciplines qui vous intéresserez ?

« Pour l’instant, je suis très concentré sur l’IndyCar, il y a encore plein de choses que je souhaite accomplir. Pour moi-même très honnêtement, j’ai prouvé que je pouvais gagner le championnat, j’ai prouvé que je pouvais gagner les 500 Miles, mais pour moi-même, à l’intérieur… il y a des choses que je ne peux pas expliquer au public (rires), mais il y a des choses que je veux accomplir, qui sont très importantes à mes yeux. Et c’est en IndyCar parce que j’aime le type de compétition, maintenant, il est clair et je l’ai dit que les 24 Heures du Mans m’intéresse, je souhaite revenir après avoir finis deuxième en 2011, je souhaite tenter l’aventure pour remporter la victoire. »

« Donc on verra les opportunités qui viennent, mais il est clair que c’est très intéressant avec le nouveau règlement qui arrive et il y a de l’intérêt de la part de plusieurs constructeurs, c’est encore un peu tôt pour en parler. Le Dakar, oui peut-être, le sable j’y connais rien du tout très honnêtement. Ce qui m’intéresse c’est le Rallye et quand les choses se ralentiront un peu, j’aimerais pouvoir me concentrer sur le Rallye de Monte-Carlo. »

C’est marrant parce que c’est à l’inverse total. En Rallye on est sur des spéciales, ça va très vite et c’est très nerveux, comme en IndyCar, mais on est sur différentes surfaces, de la terre ou même de la glace comme en Finlande, on est vraiment à l’extrême opposé.

« C’est clair, mais j’ai toujours été passionné de Rallye avant tout. Au départ ma vraie passion c’est le Rallye et il se trouve que le circuit du Val de Vienne, s’est monté à côté de chez moi, Montmorillon. C’est un circuit en bitume et les opportunités ont démarré à partir du circuit du Val de Vienne, j’ai appris à piloter sur ce circuit malgré le fait que j’ai aussi beaucoup piloté sur terre et sur gravier… c’est une passion que je n’ai pas pu complètement assouvir. J’ai fait quelques Rallyes qui se sont très bien déroulés, mais ça sera pour plus tard et vraiment pour le plaisir, je sais pas si je serais doué ou pas, mais en tout cas je le ferais. »

On a parlé un peu des 24 Heures du Mans, est-ce qu’un jour gagner les 24 Heures du Mans avec une voiture du Team Penske, ça serait quelque chose d’envisageable ?

« Ça l’aurait été, malheureusement le programme d’endurance Penske s’est arrêté à la fin de l’année dernière. J’espérais énormément que cela puisse se faire, parce que Roger Penske a une passion pour Le Mans, auquel il a participé d’ailleurs en tant que pilote, et il sait à quel point je suis passionné par cette discipline aussi et ce que ça veut dire pour moi en tant que Français donc je sais que Roger Penske souhaiterait revenir au Mans un jour et j’espère, au niveau du timing, que ça pourra se faire, on verra. Mais très honnêtement, il n’y a rien pour l’instant… on croise les doigts. »

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