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Les talents de Pro D2, club par club (1/4)

Dans l’ombre du Top 14, terreau fertile de jeunes pépites auxquelles nous avons consacré une série d’articles, la Pro D2 s’impose comme un championnat dont le niveau moyen ne cesse de s’élever, grâce à la présence de techniciens de plus en plus compétents et d’un savant mélange de jeunesse et d’expérience. Nous allons nous attarder sur certains des talents de cette division et la première étape de ce tour de France nous emmène dans le Sud-Ouest, terre ô combien historique du rugby hexagonal ! (image : Icon Sport)

Biarritz : Lucas Peyresblanques, le talon de demain

En mai dernier, si les supporters biarrots étaient si heureux à l’annonce de la prolongation de Lucas Peyresblanques (photo) jusqu’en 2023, c’est pour une bonne raison. Habitués, ces dernières saisons, à voir leurs poulains céder aux sirènes du Top 14 (Alban Placines, Maxime Lucu, Alex Arrate, Théo Dachary, Kylan Hamdaoui…), ils voyaient un joueur formé au club décider de poursuivre l’aventure avec le club basque. En concurrence avec les expérimentés François Da Ros et Romain Ruffenach, lui aussi formé au club, Peyresblanques tire son épingle du jeu. Souvent utilisé comme impact player (2 titularisations en 11 matchs), le jeune talonneur prend de plus en plus d’importance dans le collectif du BO.

Les talonneurs, c’est plus ce que c’était…

En septembre dernier, François Da Ros présentait son jeune coéquipier dans les colonnes du Midi olympique : « Lucas, c’est un athlète ! C’est le talonneur moderne. Il a peut-être besoin, sur les bases que sont la mêlée et la touche, de prendre confiance et conscience de son potentiel ». Comme beaucoup de talonneurs révélés en Pro D2 ces dernières années (Etienne Fourcade, Gaëtan Barlot), Lucas Peyresblanques doit gagner en régularité sur les phases de conquête mais donne l’impression de progresser à chacune de ses apparitions. Fort (1,86 m, 91 kg), dynamique, il s’illustre par sa capacité à casser la ligne et se révèle être un finisseur efficace (déjà 9 essais en Pro D2), notamment derrière les ballons portés. À 23 ans, ce n’est qu’une question de temps avant que l’ancien international U20 ne découvre l’élite. Avec son club formateur ? L’histoire serait belle !

Mont-de-Marsan : Léo Coly, livraison en cours

L’ascension de Léo Coly est irrésistible : en décembre 2018, à 19 ans, il fait ses premiers pas en pro ; en février 2019, il est appelé pour le Tournoi des VI Nations U20 ; en juillet, il devient champion du monde avec les Bleuets. Contrairement à Alexandre de Nardi, son coéquipier en club, Coly était passé sous les radars. Arrivé à 18 ans dans un club professionnel, il n’avait pas connu les différentes sélections nationales. Si son éclosion a été tardive, elle fut immédiate. Depuis son titre mondial en U20, il a intégré la rotation montoise en n°9. Cette saison, il partage le poste avec Christophe Loustalot et Emmanuel Saubusse mais, au sein d’un collectif en difficulté sur le plan comptable, Léo Coly (11 matchs, 4 comme titulaire) est utilisé avec parcimonie par son staff. La responsabilité du but, qui lui était parfois confiée la saison dernière (64 points), ne l’est plus.

image : Archives Emilie Drouinaud

Néanmoins, un rayon de soleil est venu éclaircir la saison du véloce demi de mêlée. En janvier dernier, le XV de France l’a invité au rassemblement à Nice en vue du Tournoi des 6 Nations, en qualité de partenaire d’entraînement. Côtoyer le très haut niveau, aux côtés de ce qui se fait de mieux en France à son poste (Antoine Dupont, Baptiste Serin, le sélectionneur Fabien Galthié), on imagine que ce fut une expérience très positive. À un poste où l’expérience est primordiale, le potentiel de Léo Coly est plus qu’intéressant. Encore perfectible dans la gestion des temps forts et des temps faibles et dans son jeu au pied d’occupation, le demi de mêlée de poche (1,75 m, 73 kg) va continuer à progresser et à conserver l’enthousiasme et la joie de vivre qui le caractérisent.

Montauban : Jérôme Bosviel, en vert et contre tous

Si vous suivez la Pro D2, vous connaissez forcément Jérôme Bosviel. Depuis des années, il est une attraction de cette division dont il figure régulièrement parmi les meilleurs réalisateurs. Formé à Bergerac, révélé à Périgueux avant de porter les couleurs du LOU et de Bourgoin-Jallieu, l’ouvreur-arrière n’a jamais quitté l’antichambre de l’élite depuis le début de sa carrière professionnelle. Ses performances en championnat lui ont ouvert les portes de clubs de l’élite, dont il a toujours refusé les avances, et lui ont permis d’affronter la Géorgie avec les Baby Barbarians – sélection regroupant les meilleurs joueurs français de Pro D2 – en mai 2018, en compagnie de son coéquipier Maxime Mathy. Cette saison, il est encore le joueur phare d’une équipe de Montauban sur courant alternatif. Arrière en début de saison, Jérôme Bosviel est davantage utilisé à l’ouverture ces dernières semaines, et reste le buteur n°1 de sa formation.

image : Icon Sport

Lors de la 2e journée, il avait fait étalage de son mental face au Biarritz Olympique. Menés 21-30 à dix minutes du terme, les Sapiacains avaient pu compter sur la botte de Bosviel, auteur de 3 pénalités dans le money-time, pour s’imposer au bout du suspense (33-30). Attaquant né, joueur altruiste, instinctif, doté d’un coup de pied de mammouth, Bosviel fait le bonheur de Sapiac depuis 2016, et il le fera encore jusqu’en 2024, puisqu’il a récemment prolongé son bail. À 30 ans, il a fait le choix de tourner le dos, une fois de plus au Top 14. Il n’aura peut-être pas d’autre occasion mais ça, Jérôme Bosviel n’en a cure. À Montauban, il s’est rapproché de ses racines périgourdines, de sa famille, c’est ici qu’il raccrochera les crampons.

Colomiers : Anthony Coletta, à la pointe du combat

Formé à Brive, avec qui il a été champion de France espoirs, Anthony Coletta (31 ans) a passé 5 ans du côté de Dax avant de rejoindre Soyaux-Angoulème en 2017, puis Colomiers cette saison. Méconnu du grand public, il est pourtant l’un des joueurs les plus fiables et réguliers de Pro D2. Capable d’évoluer sur le flanc de la troisième ligne, le grand gaillard (1,95 m, 106 kg) joue majoritairement en 2e ligne, où son goût pour les tâches obscures s’exprime à merveille. Dans la cage ou un cran plus bas, les performances d’Anthony Coletta sont remarquées. 186 matchs de Pro D2, 119 comme titulaire, 10 essais, 11 cartons jaunes, aucun rouge. Quand on va aussi peu derrière la ligne qu’en commission de discipline, c’est difficile de faire la une des journaux, mais ceux qui connaissent ce joueur savent quelle est sa valeur.

 image : DDM, Michel Viala

Coletta fait valoir ses qualités de percussion le weekend et, tout au long de la semaine, fait profiter le vestiaire de son expérience, de son état d’esprit et de sa bonne humeur contagieuse. Débarqué à Colomiers en provenance de Soyaux-Angoulème, il ne lui a pas fallu longtemps pour s’intégrer après une fin d’aventure douloureuse en Charente. Pas en phase avec le nouveau projet du club, Anthony Coletta, qui était capitaine du SA XV, avait décidé, malgré trois années de contrat restantes, de faire ses valises. Pour des raisons familiales, il a choisi de se rapprocher de la région toulousaine et de rejoindre Colomiers, tout comme son coéquipier Aldric Lescure. Pour le plus grand bonheur des Columérins !

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