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Lisa Theresa Hauser écrit l’histoire de l’Autriche

A Oberhof, Lisa Theresa Hauser enchaine 3 podiums d’affilés. Puis elle s’impose sur l’individuel d’Antholz. Ce faisant, elle écrit une page de l’histoire du sport de son pays. En effet, jamais auparavant une femme n’avait enchaîné deux podiums en biathlon.

L’Autriche et le biathlon, une histoire compliquée.

Lorsque l’on pense à l’Autriche, on pense aux montagnes, et donc par conséquent au ski. Ainsi, il pourrait sembler logique que ce pays s’intéresse à tous les sports d’hiver. Il n’en est point. Si en Norvège c’est le ski nordique l’épreuve reine, celle que tous regardent, en Autriche, c’est le ski alpin. Marcel Hirscher et Annemarie Moser-Pröll ont dominé leur discipline durant des années. Et l’Autriche en général surdomine la discipline devant la Suisse et les Etats-Unis. Ils ont d’ailleurs remporté 34 des 108 gros globes, soit 31% de ceux-ci. A côté de cette discipline, le biathlon fait pâle figure et intéresse peu. Chez les hommes, quelques noms sortent du lot, mais aucun ne s’est imposé en coupe du monde. Le meilleur et unique podium lors de la course au gros globe a été réalisé par Christoph Summan en 2009-2010. Il avait alors été classé 2ème et avait remporté le petit globe de l’individuel. Depuis Simon Eder, Julian Eberhard et Dominik Landertinger (en retraite depuis 2020) ont collecté quelques victoires et flirté à plusieurs reprise avec le top 5 du général, mais rien de plus.

Chez les femmes, la situation est encore moins bonne. Depuis la création du biathlon, seule l’une d’entre elle a réussi à gagner une course Katharina Innerhofer sur le sprint de Pokjuka en 2014. Une victoire restée sans suite, elle ne montera plus jamais sur le podium par la suite. Et lorsque l’on remonte encore, Andrea Grossegger avait pris la troisième place lors des championnats du monde de Chamonix en 1984.

L’espoir de la nation ?

Le mois de janvier de Lisa Theresa Hauser arrive donc comme une petite révolution dans ce sport sous représenté dans son pays. La jeune femme qui n’avait encore jamais réussi à monter sur le podium depuis le début de sa carrière en coupe du monde en 2012, y a particulièrement brillé. A Oberhof, cette habituée des tops 10 depuis plusieurs années, mais aux résultats irréguliers, enchaine 3 podiums. Elle s’empare à chaque fois de la 3ème place : 2 fois en sprint, une fois en poursuite.

Elle ne s’arrête pas en chemin. Elle s’impose sur l’épreuve individuelle d’Antholz quelques jours plus tard avec la manière. Auteure d’un très beau 19/20 au tir, elle relègue la 2ème du jour à 43 secondes et la leader du général Tiril Eckhoff à presque 3 minutes. Le sur-lendemain, elle finit encore sur le podium. C’est la 3ème place de la mass-start qu’elle prend cette fois. Tous ces résultats sont des premières pour le pays qui n’a eu que 2 podiums dans son histoire.

« On rêvait d’une victoire en coupe du monde depuis si longtemps, et aujourd’hui, c’est simplement arrivé ici, à Antholz. »

Lisa Theresa Hauser après sa victoire sur l’individuelle d’Antholz

Ces résultats de janvier font d’elle un énorme espoir pour le futur de leur pays dans la discipline. De plus, avec une telle régularité dernièrement se pose la question de ses capacités. Aujourd’hui à la 5ème place de la coupe du monde, une place jamais atteinte dans le pays, elle semble être en capacité d’accrocher plus régulièrement des podiums.

Un rêve devient réalité. Quel jour magnifique !

En ouverture des championnats du monde à Pokljuka, elle participe d’ailleurs à la réussite du relai mixte autrichien aux côtés de Simon Eder, David Komatz et Dunja Zdoug. Une nouvelle fois, une page s’écrit. En finissant 2ème de la course derrière la Norvège et devant la Suède, c’est le meilleur résultat de l’Autriche sur la discipline aux championnats du monde.

Les autrichiens célébrant leur deuxième place en relais mixte aux championnats du monde de Pokljuka (IBU/Christian Manzoni)

Un bon en avant sur skis

Si les résultats des biathlètes sont parfois liés à leur niveau de tir, la moyenne de Hauser n’est pas plus haute en moyenne cette saison que les autres. Elle ne gagne pas non plus de temps sur le pas de tir. Partant sur des bases plutôt haute (88% de réussite en moyenne en carrière), sa problématique principale n’était pas le tir. Elle le dit d’ailleurs au Suddeutsche Zeitung après son 1er podium : « Je n’aurais jamais cru que je ferais mon premier podium en sprint. Je pensais plutôt que cela se passerait dans une course où nous tirons 4 fois. »

Le taux de réussite au tir depuis ses débuts en coupe du monde (RealBiathlon)

L’arrivée d’un binôme d’entraineurs allemands pour la saison 2020-2021 a changé une donne. Sous les conseils de Markus Fischer, frère de Fritz Fischer biathlète multi-médaillé allemand, elle progresse de 3% en rapidité sur ski. Cette saison, elle se place régulièrement dans le top 10 des temps de ski. Cela n’arrivait que très rarement les autres saisons.

« J’ai reçu beaucoup de nouvelles impulsions qui se sont apparemment faites sentir. »

Hauser au SuddeutscheZeitung

Et si le tir était déjà bon, le ski ne cesse de s’améliorer. Elle qui skiait environ 2% moins vite que la moyenne des 30 meilleures, se retrouve à skier 0.5% plus vite qu’elle cette saison.

Temps de ski en pourcentage par rapport à la moyenne du top 30 (RealBiathlon)

Et l’évolution au cours de la saison est notable. Depuis son premier podium, son niveau de tir semble se stabiliser au-dessus 90%, soit au-dessus de sa moyenne de la saison tournant à 87%. Le même phénomène est visible en ski avec des temps de plus en plus rapides en comparaison avec les temps moyens du top 30 à ski. Elle n’a en effet été qu’une seule fois plus lente que la moyenne suite à sa troisième place.

Lorsque l’on sort du côté purement sportif, Hauser dénote par son parcours atypique et sa réputation sur le circuit.

Une saison en solitaire

« J’ai le cœur léger. C’était après tout une décision courageuse. »

Lisa Theresa Hauser, en 2016, après un premier week-end de compétition qu’elle finit en 4ème position du classement général

En 2016, la fédération autrichienne nomme un nouvel entraineur à la tête de l’équipe, le norvégien Vegard Bitnes. Cette décision passe mal auprès de la jeune biathlète qui décide alors de faire ‘sécession’. En effet, un an avant les championnats du monde à domicile à Hochfilzen, elle n’apprécie pas le timing et les changements à effectuer comme elle le dit à l’époque « Bitnes a un système d’entraînement complètement différent. J’aurais dû tout changer, même si j’ai toujours bien concouru avec la façon dont je m’entraînais. Qui ferait ça ? Tout balancer avant des championnats du monde à domicile ? » Elle décide alors de s’entrainer auprès de Simon Eder, et sous les ordres de son père Alfred Eder, ancien biathlète et entraineur autrichien, et de son entraineuse depuis qu’elle était jeune Sandra Flunger. La décision de rester auprès de son entraineuse, mise de côté malgré des négociations par la fédération, est aussi courageuse que risquée.

« Quand quelqu’un ne veut pas prendre en compte [les structures que fournissent la fédération], parce qu’il pense qu’il peut être meilleur seul, il doit suivre sa voie seul. »

Reinhard Gösweinerr, entraineur de l’équipe autrichienne

Cette situation qu’accepte pour partie la fédération, celle-ci la laissant participer aux compétitions, s’avère payante. Le duo Simon Eder-Lisa Theresa Hauser remporte pour la première fois de l’histoire du pays une victoire en coupe du monde en relai mixte simple à Kontiolahti, à peine un an après le premier podium dans cette discipline, par le même binôme. En tout, le binôme montera 8 fois sur le podium depuis 2016, et se parera 2 fois d’or.

Simon Eder et Lisa Theresa Hauser après leur victoire sur le relais mixte simple de Konthiolahti en 2017 (NordicFocus)

A 23 ans, cette décision est courageuse. Pendant plusieurs mois, elle n’a pas son entraineur sur les compétitions mais concoure devant le regard de Vegard Bitnes. Sans soutien financier de la fédération, elle finance ses munitions ainsi que ses massages sur fonds propres ou à l’aide de sponsors. Pour les entrainements, elle participe à ceux de l’armée, dont elle est membre. Un choix qui n’est viable que sur une courte durée, elle finit par réintégrer l’équipe.

La reine du fair-play

Si Lisa Theresa Hauser remporte son premier trophée individuel en s’imposant à Antholz, ce n’est pas sa première distinction au niveau mondial. Elle remporte un trophée très symbolique en 2018 : le trophée du fair-play du sport allemand. Il lui est remis par l’association des journalistes sportifs allemands et le comité olympique allemand. Un trophée au goût amer car il récompense alors sa conduite lors d’une course qu’elle n’aura au final pas pu terminer. Marchant malencontreusement sur le bâton d’une adversaire et celui-ci tombant au sol, elle lui tend le sien. Elle chute par la suite dans une descente alors qu’elle n’a plus qu’un seul bâton et ne finit pas la course. Un vrai geste de fair-play suite à un simple fait de course.

« Malgré la compétition en cours, Lisa Theresa Hauser était seulement soucieuse que sa concurrente ne subisse pas de désavantage. »

Les membres du jury lors de la remise du prix

Les dernières courses de Lisa Theresa Hauser et sa capacité à rééditer des exploits sont d’excellentes nouvelles pour le biathlon autrichien. En plus d’avoir déjà écrit une page de l’histoire de son pays, elle pourrait la compléter dans le futur. Néanmoins, il est trop tôt pour savoir s’il s’agissait d’une passade ou si son premier podium l’a fait prendre confiance en elle et intégrer définitivement les toutes meilleures mondiales. Si c’était le cas, cela pourrait être le début d’une nouvelle ère pour le biathlon autrichien, voir mondial, avec une nouvelle athlète pouvant intégrer la course au gros globe dans le futur. A 27 ans, elle a encore de nombreuses années devant elle pour confirmer, ou non, son excellent début d’année 2021. Premiers éléments de réponse lors des championnats du monde dont les épreuves individuelles femmes débutent cet après-midi, où, si elle fait un podium, elle marquera une nouvelle fois le biathlon autrichien.

(Crédit photo titre : IBU/Christian Manzoni)

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