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Las Vegas Raiders: Gus Bradley peut-il sauver la défense?

La saison 2020 des Raiders n’est pas une saison à oublier, loin s’en faut. De nombreux signes positifs émergent dans la baie. Derek Carr continue sa renaissance sous la houlette de Jon Gruden, qui de son côté semble de plus en plus en phase avec son vestiaire. Son effectif s’est étoffé ces dernières années et a vu certains playmakers émerger cette année, à l’image de Darren Waller, Josh Jacobs et Nelson Agholor. Un playcalling efficace a permis à l’unité offensive de poser des problèmes partout où elle est passée. Pourtant, si l’équipe termine la saison avec un terne bilan de 8-8, il ne faut pas regarder plus loin que de l’autre côté du ballon. Alors que l’attaque a permis aux Raiders d’être dangereux dans beaucoup de matchs, la défense leur en a fait perdre tout autant. A tel point que Paul Guenther a été remercié avant même la fin de saison, laissant espérer aux fans du Silver & Black un avenir meilleur. Fast forward de quelques semaines, et voilà que débarque le Gus. Fraîchement parti de Los Angeles, Gus Bradley ne tardera pas à trouver un point de chute à quelques kilomètres. Il se présente avec un schéma de jeu éprouvé en NFL, avec pour principal challenge de redresser la barre pour une unité jusqu’ici en manque de repères. Pourquoi ça a coincé cette année? Pourquoi ça pourrait marcher en 2021? Comment s’y prendre? Eléments de réponse ci-dessous!

2020, le fiasco à la sauce Guenther

Avant toute chose, passons par un état de l’art de la défense made in Las Vegas, cuvée 2020. On retrouve chez les Raiders une certaine propension à jouer avec 2 Safeties dans le fond du terrain, que ce soit dans des schémas de Cover 2, Cover 4 ou Cover 2 man. Paul Guenther varie beaucoup les schémas de couvertures mais reste friand de la Cover 4 (ou Quarters). Utile pour verrouiller les passes en profondeur, mais aussi pallier le manque de talent de ses safeties, la Cover 4 reste cependant un schéma défensif poreux dans certaines zones et demande beaucoup de lecture de la part des joueurs. Pas forcément le genre d’appels qu’on privilégierait lorsqu’on sait que Damon Arnette, Trayvon Mullen et Jonathan Abram découvrent encore la grande ligue.

Un autre problème à prendre en compte se trouve dans un simple calcul mathématique. Si on ajoute un joueur derrière, on en a un de moins devant. Un avantage numérique pour l’attaque, qui pourra vraisemblablement bloquer tous les défenseurs à proximité lors d’une course. Une citation pour bien résumer cette situation:

Je dis à ma ligne offensive que si la défense joue avec 2 safeties dans la partie profonde du terrain, c’est comme vous cracher à la gueule – c’est de l’irrespect envers votre jeu de course

Herb Hand, alors coach de Ligne Offensive à l’université de Penn State

Jouer avec 2 S en profondeur est pourtant de plus en plus populaire en NFL, le jeu de passe étant bien plus dangereux que le jeu de course. L’un de ses grands utilisateurs cette saison, l’ancien DC des Rams Brandon Staley l’expliquait ainsi: “il est plus facile de gagner 1 fois 50 yards à la passe que 10 fois 5 yards à la course”. Seulement, Staley a coaché un front 4 dominant qui a pu permettre d’alléger le nombre de joueurs dans la “boîte”. A Las Vegas, pas d’Aaron Donald, et même pas de Michael Brockers pour perturber les bloqueurs adverses. Seul Jonathan Hankins s’est montré dans un front seven qui a, outre mesure, bu la tasse de A à Z. 

Selon Football Outsiders, les Raiders sont (et de loin) la pire défense contre la course de 2020. La faute, en partie, à un front 7 en manque de talent et de repère. Malgré le développement attendu chez Clellin Ferell et Maxx Crosby ainsi que les renforts de Maliek Collins, Corey Littleton, Carl Nassib et Nick Kwiatkowski (Free Agency) auxquels on ajoutera le trade pour Raekwon McMillan, les Raiders n’ont cessé de souffrir dans les tranchées. Résultat: semaine après semaine, ces derniers ont déroulé le tapis rouge au sol à leurs adversaires. 

2nd & 3, les Raiders éloignent 2 S de la Ligne d’engagement.
Les Bills choisissent une course et ont autant de bloqueurs que de défenseurs à bloquer.
Aucun défenseur ne se défait de son bloc. Résultat: Singletary ne sera touché qu’après 4 yards sur un simple power run. Gain de 8y sans aucun problème.

La défense aérienne, en revanche, s’en est mieux sortie, si on considère la médiocrité comme une réussite (ce qui est clairement le cas chez les pirates en défense). Leur DVOA contre la passe n’est que 21/32, un chiffre somme toute satisfaisant quand on sait les lacunes au poste de S précédemment évoquées. Véritable bouc émissaire cette saison, le pass rush rend également une copie dans la moyenne, pointant en 16e position du Team Pass Rush Win Rate chez ESPN notamment (42%). Un compartiment du jeu qui donne finalement satisfaction et donne un premier motif d’espoir pour l’avenir.

Avec (tout de même) de grosses lacunes sur le front de la défense ainsi que sur la couverture, on en viendrait presque à dédouaner le chef d’orchestre de ce désastre. Et pourtant, si l’ami Paul n’est plus de l’aventure, c’est parce qu’il ne s’est jamais montré à la hauteur de son poste. 

Ses appels défensifs complexes et parfois incohérents ont à de nombreuses reprises causé des erreurs coûteuses de placement chez ses défenseurs, complètement paralysés par la charge mentale et toutes les informations à traiter pendant chaque action. Citons par exemple Corey Littleton, grosse acquisition en FA en provenance de Los Angeles au sortir d’une excellente saison 2019, qui a complètement sombré à Las Vegas car perdu au milieu de la défense. Les jeunes joueurs, Damon Arnette et John Abram pour commencer, se sont retrouvés dans des rôles qui n’allaient pas du tout avec leurs qualités. 

Et c’est peut-être là le principal échec de Guenther, l’incapacité à créer un schéma cohérent et pensé pour ses joueurs. Les jeunes ne sont pas développés, les vétérans pas intégrés, et au final c’est une unité entière qui a coulé en 2020.

Gus Bradley, le dogmatique?

Lors de l’annonce du recrutement de Gus Bradley dans le Nevada, les fans Noirs et Argents n’ont eu qu’un mot et un chiffre dans la tête: Cover 3. Si la défense 2020 des Raiders n’a eu de cesse d’alterner les schémas de défense, toujours plus tordus les uns que les autres, la version 2021 devrait représenter une vraie cassure à ce niveau.

Gus Bradley est en effet un des plus grands adeptes de la défense dite “Cover 3” implémentée par le staff de Pete Caroll lors de la légendaire saison 2013 des Seattle Seahawks et de leur fameuse “Legion of Boom”. Une défense qu’il a ensuite prêché à Jacksonville puis à Los Angeles, avant d’atterrir à Las Vegas. Ce système tranche complètement avec celui de Guenther puisqu’il repose sur un schéma simple et répété à outrance sur chaque down. Passons par un rapide récapitulatif de ce schéma qui est devenu une référence dans la ligue ces dernières années.

Le terme « Cover 3 » signifie qu’en cas de passe, 3 joueurs sont responsables de la portion profonde du terrain. Dans la version socle de Pete Caroll, ces trois joueurs seront le Free Safety et les deux Cornerbacks extérieurs. Ces deux CB sont cependant alignés en press au départ de l’action pour déranger au maximum leur vis-à-vis. 

Le schéma de Pete Caroll s’articule également sur un front seven en 4-3, un élément souhaité par Jon Gruden au moment de choisir son coordinateur défensif. Sur le schéma ci-dessus, on voit que le 3ème LB sera souvent remplacé par un troisième CB (ou Nickelback) comme l’a été Desmond King pour Bradley chez les Chargers. Le Strong Safety pourra également jouer plus proche de la ligne d’engagement, un vrai plus pour un joueur comme Jonathan Abram qui y sera bien plus à l’aise.

Tout le schéma tactique de Bradley s’articule autour de ces principes quasi inamovibles. Ce style de défense qui fait désormais partie des meubles dans le paysage NFL actuel est connu de tous les coachs, offensifs comme défensifs. Et c’est bien là le paradoxe pour Caroll et ses disciples. Si le schéma est très bien construit et éprouvé, les attaques ne le connaissent que trop bien désormais. Pour peu que le coach adverse appelle une combinaison de routes adaptée, et que le QB lise bien l’action, cette défense peut rapidement se trouver dans l’embarras. En réalité, au fur et à mesure que les attaques NFL ont trouvé des points faibles dans cette défense, les partisans de la Cover 3 ont également su trouver des réponses tactiques afin d’ajuster leur personnel. Bradley, lui-même, admet vouloir utiliser plus de couverture sur l’homme selon la situation, par exemple. 

Le schéma a quelque peu évolué pour s’adapter au fil des saisons et durer en NFL, mais le principe reste le même: des tâches simples qui permettent aux joueurs d’exprimer leur talent en jouant libérés. On en vient, selon moi, au point le plus important concernant l’arrivée de Bradley. J’ai déjà évoqué dans la partie précédente le gros point noir du mandat de Guenther: un schéma compliqué et qui ne laisse pas les joueurs progresser ou jouer “full speed”. Si le schéma de Bradley n’est pas parfait, il propose clairement le meilleur moyen pour ce groupe jeune et inexpérimenté de  se concentrer sur les fondamentaux et de faire parler leur talent. 

Malgré ce qui a été dit précédemment, je ne pense pas que ce groupe soit mauvais intrinsèquement. Ce n’est pas le meilleur 11 de la ligue, loin de là, mais ce n’est pas non plus le pire. Des ajustements dans l’effectif seront faits, mais si Bradley arrive à ressortir le meilleur de Corey Littleton, Jonathan Abram ou encore la paire Mullen-Arnette, la base est déjà présente pour construire une unité sérieuse.

Quels ajouts pour faire la différence?

Au final, les Raiders ont juste besoin de joueurs qui font la différence. Ou au moins de playmaking. Peu de sacks, peu de fumbles, peu d’interceptions, 2020 a été une vraie disette pour la défense Noire et Argentée. Mike Mayock a donc carte blanche pour renouveler son groupe. Ceci étant dit, pourquoi ne pas vous proposer une vision personnelle des chantiers à entreprendre? En ce qui me concerne, je vois deux positions à améliorer d’urgence pour que Bradley puisse instaurer son schéma en toute sérénité: Safety et Defensive Line. 

En ce qui concerne les LB, il sera impératif de remettre ce groupe sur pied, mais le talent est là, les investissements ont été faits, et LB est très certainement la position en défense sur laquelle il ne faut pas trop s’attarder (cf: Rams, Los Angeles, 2020). Le groupe est moyen voire bon s’il fonctionne correctement, on saura largement s’en contenter. Du côté des CB, je serai le premier à applaudir si Jon Gruden parvient à attirer Richard Sherman à Sin City. CB emblématique de l’originel Legion of Boom, il apporterait leadership et talent à l’escouade. Sinon? J’avoue aimer le duo Arnette-Mullen. Les deux sont talentueux et j’ai hâte de les voir dans un rôle de press qui leur convient beaucoup mieux.

L’un des reproches principaux que vous entendrez sur la Cover 3, c’est qu’elle ne peut pas fonctionner sans un pass rush performant. Plus précisément, c’est une défense qui blitz très peu, et devient dépendante des performances du front 4. Je ne cache pas ma sympathie pour Clelin Ferell (que j’aimais beaucoup à sa sortie de Clemson), mais son duo avec Maxx Crosby n’offre pas les garanties nécessaires à un pass rush constant. Et ce ne sont pas Carl Nassib et Arden Key qui vont changer la donne. Pourtant, je pense que le problème vient plutôt de l’intérieur. Maurice Hurst n’a pas confirmé les hautes attentes placées en lui au début de sa carrière et Jonathan Hankins reste avant tout un run stopper. Maliek Collins, de son côté, reste plus un role player qu’un titulaire en puissance. Derrière, c’est littéralement le néant, puisque les Raiders n’ont que 3 (!!) DT sur le roster.

A l’autre bout du terrain, la situation des S mérite une refonte complète. On laissera le bénéfice du doute à Jonathan Abram, et le nouveau système lui fera sûrement du bien. Un rôle à la Keanu Neal semble taillé pour lui. Pour assurer la couverture en profondeur, en revanche, impensable de démarrer une saison avec Nick Harris ou Jeff Heath comme FS. Lamarcus Joyner a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait jouer ce rôle, mais jamais chez les Raiders. Après deux saisons décevantes, il sera très certainement coupé pour éclaircir la situation financière chez les pirates. 

Les Raiders entament l’exercice 2021 avec un cap space resserré, mais peuvent facilement alléger leur masse salariale en arrêtant les frais sur certains gros contrats. Côté Free Agency, le groupe de Safeties sera le plus intéressant. Comme évoqué plus tôt, le Front Office devrait être à la recherche d’un Free Safety pur, capable de couvrir une grande partie du terrain en qualité de “centerfielder”. Et si Marcus Williams, Anthony Harris ou John Johnson s’avèrent trop coûteux, Vegas pourra se rabattre sur une option plus abordable comme Malik Hooker ou Duron Harmon avant de regarder en direction d’un Trevon Moerhig (TCU) ou d’un Richie Grant (UCF) lors de la Draft. 

Il sera sûrement plus compliqué de renforcer les tranchées. De l’avis général, il s’agit du gros point faible de la draft 2021. Il faudra pour Mayock avoir le nez creux pour repérer les bonnes pépites lors du deuxième jour. Seul Christian Barmore d’Alabama semble faire l’unanimité au premier tour. Derrière, Dayvion Nixon d’Iowa ou Levi Onwuzurike de Washington comptent parmi les options au deuxième tour, avec tout deux un profil intéressant dans la pénétration. Ils restent cependant plus des potentiels bruts que des joueurs prêts à produire dès le premier jour. En Free Agency, difficile de voir le front office sortir les liasses pour attirer Leonard Williams après la saison que ce dernier a sorti. La liste des potentielles bonnes affaires (à inclure dans une rotation) inclut: Shelby Harris, Ndamukong Suh, Tyson Alualuh ou Deatrich Wise. Quoi qu’il en soit, il faudra attirer plusieurs joueurs plutôt que chercher un seul joueur pour changer la situation. Ajouter un autre DE et décaler Clelin Ferell sur l’intérieur lors des passing downs sera également une solution à étudier. Si aucune option ne semble se dégager, c’est aussi parce qu’il y en existe beaucoup pour Mike Mayock. A lui de donner à cette défense les bons éléments pour qu’elle se trouve une vraie identité.

Le chantier défensif est énorme à Las Vegas. La défense n’a donné satisfaction dans aucun compartiment du jeu l’année dernière. Si une partie de l’échec revient à Mike Mayock pour avoir construit un groupe trop jeune et en manque de playmakers, les errances schématiques de Paul Guenther n’ont rien arrangé. Il serait cependant malhonnête de tout jeter à la poubelle et il faudra surtout pouvoir assurer une meilleure maîtrise des fondamentaux pour revenir à un niveau acceptable. Le manque de “big plays” mais également le trop grand nombre de plaquages ratés ont contribué aux mauvaises performances collectives. L’arrivée de Gus Bradley va dans ce sens, ne promet pas une défense fantaisiste mais fonctionnelle, sérieuse et appliquée. Et si on écoute les plaintes des supporters des Raiders, cela serait déjà une grande réussite.

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