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Lewis Hamilton, de garnement du paddock à modèle pour toute une génération.

L’engagement politique de Lewis Hamilton n’est plus à démontrer. Le pilote anglais affiche sur ses réseaux sociaux ses nombreux combats. Sa volonté de changer la société a grandement influencé la Formule 1, milieu conservateur par excellence, qui est allé jusqu’à soutenir les combats pour plus d’égalité du mouvement LGBT+ et de Black Lives Matter.

Sa démarche est unique dans l’Histoire de la Formule 1, qui à l’inverse d’autres sports, n’a jamais connu de sportifs revendiquant des idées à travers l’exposition médiatique apportée par leur sport.

Un personnage égocentrique

Le septuple champion du monde anglais n’a pas toujours eu ses idées, ses engagements et son image actuelle. Le jeune Lewis était plutôt l’inverse de l’homme qu’est aujourd’hui le champion. Son évolution dans son engagement fut un long chemin. Lors de ses 10 premières saisons en Formule 1, l’Anglais cultivais une image de prodige, froid, excentrique et parfois très égocentrique et méprisant. En effet, le natif de Stevenage n’a jamais hésité à mettre en scène sa vie de jet setter sur ses réseaux sociaux notamment lors de sa relation avec la chanteuse Nicole Scherzinger où il aimait s’afficher en vacances dans des hôtels luxueux.

Les démesures du Britannique furent connues par le grand public au moment des multiples histoires autour de son jet privé. En effet Lewis Hamilton a acheté un jet privé en 2012 pour une somme avoisinant les 20 millions d’euros. Cependant l’enquête des Paradise Papers de 2017 révélera un montage financiers frauduleux fait par l’Anglais pour l’acquérir. Son comportement détonne dans le milieu de la Formule 1, ses dépenses folles dans ses vêtements ou ses chaussures ont le don d’agacer dans l’univers très conservateur de la Formule 1. La discipline a toujours connu des flambeurs comme James Hunt ou Juan Pablo Montoya, cependant sans jamais connaître une notoriété dépassant le monde de la Formule 1. Le seul « rebelle » du paddock qui a pu connaître une notoriété en dehors des circuits est le grand Ayrton Senna, idole de Lewis Hamilton. Cependant l’époque était très différente, les réseaux sociaux n’existaient pas et l’impact hors du monde de la Formule 1 du génie brésilien était donc limité.

Lewis Hamilton et son controversé Jet Privé. (crédit : Motorsport)

Le summum de l’extravagance et du manque de professionnalisme fut sûrement atteint lors de la saison la plus intense de sa carrière. Face à son pote Nico Rosberg, le Britannique a manqué de professionnalisme à de très nombreuses reprises, perdant ainsi un titre qu’il aurait largement pu remporter s’il s’était impliqué à la hauteur de son investissement qu’il fournit lors de ses sacres précédents.

2016, la défaite du déclic

La saison 2016 fut sûrement la plus intense de la carrière de Sir Lewis Hamilton sur le plan de la pression médiatique et de la critique de son comportement. Cette saison-là, l’anglais semble complètement désintéressé de la course au titre. Après deux titres de suite en dominant psychologiquement et sportivement son coéquipier, Lewis Hamilton entame sa saison avec pleins de confiance, un trop plein de confiance sans doute. Dès le début de la saison l’anglais semble peu concerné et il s’implique au minimum dans l’écurie Mercedes. Lors de la première édition du Grand Prix d’Europe à Bakou en Azerbaïdjan, l’Anglais commet une erreur au virage 9 en qualification, il brise ainsi son bras de suspension à la fin de la Q2, l’obligeant à partir de la dixième place. La course le lendemain est un désastre, l’Anglais se plain successivement de problèmes moteurs puis de problèmes de réglages et il suspecte même son équipe de lui préférer son coéquipier. Sauf que le Britannique ne souffre d’aucuns de ces maux, il n’est juste pas préparé. Il n’a fait aucun tour de reconnaissance à pied et ne s’est pas investi lors des réunions d’avant course. Le contraste est saisissant avec son coéquipier, quand Nico Rosberg fait tout pour perdre 500 grammes dans ses mollets pendant la pause estivale, Lewis Hamilton préfère Ibiza et ses folles soirées. L’Allemand est pleinement impliqué dans la conquête de son premier titre alors que le Britannique lui n’écoute que d’une oreille les briefings d’avant course.

Ce manque d’implication est vite remarqué dans le paddock et très vite les critiques pleuvent. Qu’à cela ne tienne, le triple champion du monde est persuadé qu’il est tellement supérieur à son coéquipier qu’il n’a pas besoin de travailler pour gagner. Cependant en fin de saison, c’est Nico Rosberg qui s’impose et le comportement du Britannique est conspué. Les médias se saisissent de cette occasion pour descendre ce « petit arrogant qui les a toujours méprisés » comme lors de la conférence de presse de Suzuka ou il préférait jouer sur son téléphone que de répondre aux questions des journalistes. Durant l’inter-saison Lewis Hamilton est bousculé par les médias qui jugent son manque d’implication comme une insulte à l’opportunité historique qu’il a de marquer l’histoire à bord d’une flèche d’argent ultra dominante. En interne chez Mercedes, Lewis est critiqué par ceux qui l’avaient toujours défendu, au cours de la saison précédente seul Niki Lauda avait critiqué publiquement son comportement. En cette inter-saison 2016-2017, ce sont Toto Wolff et Paddy Lowe qui demande à l’Anglais plus d’implication.

Lewis Hamilton en conférence de presse au Japon en 2016 préférant faire découvrir Snapchat au « vieux » Fernando Alonso que de répondre aux journalistes (crédit : Hindustam Times)

Le message sera plus qu’entendu par le Britannique. Cette défaite et surtout la nouvelle image qui lui colle à la peau, Lewis Hamilton va tout faire pour s’en défaire. La saison 2016 va changer le pilote mais aussi l’homme.

Le gamin devint un homme engagé

Quand Lewis Hamilton revient aux affaires en mars 2017 au Grand Prix d’Australie, le monde de la Formule 1 attend une réaction. Cette réaction sera spectaculaire ! Le Britannique est devenu un nouvel homme. Finis les coupes de cheveux extravagantes, finit les rapports distants avec la presse, finit la vie de jet setter exposé sur les réseaux sociaux, le jet privé vendu et les réunions sont désormais suivis religieusement par l’Anglais. Le pilote devient une machine de guerre imbattable, régulière et qui ne commet que très peu d’erreurs. Plus aucun pilote ne l’inquiétera vraiment dans une course au titre qu’il dominera outrageusement 4 saisons de suites. Cependant, cette facette de vainqueur boulimique ne surprend pas grand monde, le monde de la Formule 1 justifie ce changement par le fait que « sa défaite a fait mûrir le gamin ». Ce qui surprend en revanche c’est son radical changement de comportement et de mode de vie en dehors des paddocks. Dorénavant le Britannique veut être un modèle pour les gamins qui comme lui ont un rêve qu’ils pensent inaccessible. Ses réseaux sociaux seront désormais le lieu d’expression des causes qui lui tiennent à cœur. Son jet privé est remplacé par des publications en faveur de la préservation de l’environnement, il ira aider dans un refuge pour animaux en Australie après les incendies de janvier 2020, il devient végan et il déclare même avoir un bilan carbone neutre. Cet engagement écolo tient fortement à cœur à l’Anglais mais une cause dépasse toutes celles qu’il défend : Le mouvement Black Lives Matter, la lutte contre le racisme et les violences policières sont LE combat du citoyen Hamilton. Il publie, encourage, documente et manifeste dès qu’il le peut quand il s’agit de faire avancer l’égalité entre tous les êtres humains. Premier homme noir à prendre le départ d’un Grand Prix, il se sent investi d’une mission. Lui le gamin d’un quartier modeste de Stevenage a désormais une audience et il souhaite l’utiliser pleinement pour plus de justice. Il sait qu’il est un des sportifs les plus connus et influents, surtout il est LA figure de prou de la Formule 1 et de Mercedes, il pèsera de tout son poids pour que son écurie et sa discipline se mettent au diapason. Les Mercedes seront dorénavant noires en soutien au mouvement Black Lives Matter, chaque début de course est marqué par un moment de soutiens à BLM et toutes les voitures du paddock arborent un drapeau multicolore en soutiens aux luttes LGBT+. Ces actions ne seraient jamais arrivées sans l’influence du champion britannique.

La saison 2020 fut celle de l’engagement politique pour Lewis Hamilton qui entraîna avec lui tous le paddock (crédit : The Sun)

Lewis Hamilton est un icône qui dépasse le cadre de son sport, la première de l’histoire de la Formule 1 à utiliser son image à autre chose qu’à exclusivement remplir son compte en banque. Évidemment, il plane toujours au-dessus de ce genre de figure des accusations de récupérations mais il est impossible, au vu de son message radio à l’issue du Grand Prix de Turquie de croire que Lewis Hamilton n’est motivé que par le fait d’avoir une belle image. Son comportement est évidemment loin d’être parfait, cependant comme il permet une chose, que des milliers d’enfants croient en leur rêve, qu’ils ne pensent pas qu’à l’argent et que si jamais ils devaient devenir comme leur idole ils ont la responsabilité morale d’utiliser leur image pour défendre des causes justes.

L’évolution de Lewis Hamilton est celle du plus grand pilote de Formule 1 de tous les temps qui est passé de celui avec l’image d’un gamin dépassé par tous l’argent qui lui tomba dans les mains à celle d’un homme qui malgré des incohérences fait aujourd’hui son possible pour des causes qu’il juge juste. Si l’on devait résumer le septuple champion du monde Lewis Hamilton en une phrase ce serait avec la sienne : « les enfants croyez en vos rêves, mêmes impossibles car quand vous croyez que c’est impossible enfaîte c’est faisable ! ».

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