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Stefanos Tsitsipas, alpha et oméga

Après une décevante saison 2020, Stefanos Tsitsipas doit faire de cette année celle du succès et de l’affirmation. Découvert par le grand public en 2017, Tsitsipas enchaîne depuis le bon et le moins bon. Son caractère, sa belle gueule et son tennis lui valent les regards les plus attentifs de la part de tous. Parfois tempétueux, le jeune tennisman grec est aujourd’hui un joueur du Top 10 mondial, mais il lui manque encore un succès notable : une victoire en Grand Chelem. Leader annoncé de la Next Gen, Stefanos Tsitsipas a toutes les armes pour arriver à ses fins. En 2021, il doit briller.

Son large sourire et ses longs cheveux blonds ne trompent pas. Stefanos Tsitsipas a tout pour être une icône. Dans son pays d’abord, car il est le premier joueur de tennis grec à intégrer le top 100 ATP. Mais internationalement aussi. Figure de proue de la fameuse Next Gen dont tout le monde parle lorsqu’est évoquée la succession au Big Three, il incarne le renouveau du tennis mondial. Venu déloger les anciens pensionnaires du top 10 mondial, Stefanos Tsitsipas est un futur vainqueur de Grand Chelem en puissance, au même titre que les Thiem (déjà vainqueur de l’US Open), Zverev, Medvedev et d’autres… Que l’on remarque en premier son physique avantageux ou son revers à une main, une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent. Du haut de son mètre quatre-vingt-treize et de ses vingt-deux printemps, le Grec dispose de qualités physiques naturelles. Grand et élancé, Stefanos Tsitsipas est un très bon serveur. Son jeu même repose sur sa capacité à bien servir. Lorsqu’il ne recule pas trop derrière sa ligne de fond de court, Tsitsipas peut faire parler ses velléités offensives et justifier sa place parmi les meilleurs mondiaux.

Le jeune Stefanos Tsitsipas, sur la terre battue parisienne en 2018 (Image : Roland-Garros)

Découvert en 2017 par le grand public, Stefanos Tsitsipas n’a pas mis longtemps à se faire remarquer. A peine arrivé sur le circuit professionnel, il se distinguait déjà, tant par ses résultats probants que par son comportement et ses sautes d’humeurs. A tout juste 19 ans, il entre dans le top 100 mondial et n’en ressortira pas. Dès lors, ses premiers succès commencent à arriver. Outre les tournois Challengers qu’il remporte au début de sa carrière, c’est rapidement sur les tournois ATP que le Grec est attendu. Annoncé comme l’un des joueurs à surveiller de près, il n’est pas souvent laissé de côté par les observateurs les plus aguerris du circuit mondial. Un succès face à Dominic Thiem, un autre face à David Goffin et le voilà lancé. Lors du Masters 1000 de Toronto, il écarte successivement Thiem, Djokovic, Zverev et Anderson. A même pas vingt ans, le petit se fait déjà les dents. La fougue de la jeunesse a ses vertus. Galvanisé par ces premiers mois intenses et prometteurs, Stefanos convertit enfin son potentiel et décroche à Stockholm le premier titre ATP de sa carrière. S’en suivront quatre autres jusqu’à aujourd’hui.

Au-delà des cinq titres ATP qu’il a conquis depuis le début de sa carrière, Stefanos Tsitsipas s’est également distingué en remportant les Next Gen ATP Finals, en 2018. Déjà en ce temps-là, il surpassait des garçons comme Andrey Rublev ou Alex De Minaur.

Déjà le meilleur joueur de l’histoire du tennis grec… à 22 ans. (Image : World Tennis USA)

Posons maintenant une question. Qu’est-ce qui donne à un match de tennis une tournure épique ? Plusieurs ingrédients, à coup sûr, mais lesquels ? Il faut évidemment deux adversaires de bon niveau, un cadre chaleureux, énergique, survolté ; il faut aussi un enjeu, du prestige. Jusqu’à présent, bon nombre de matchs remplissent ces critères, mais peu peuvent être qualifiés d’épiques. Car il manque une chose : une bonne dose de caractère. Ce caractère, Stefanos Tsitsipas n’en manque pas. Aujourd’hui encore, il reconnaît bien volontiers devoir encore travailler sur sa concentration et la canalisation de ses émotions. Mais comment ne pas s’enflammer devant la tempétueuse attitude du joueur grec lors de ses premières années ? Sur de sa force, le Grec se savait attendu au tournant. Capable du meilleur, il laissait systématiquement ses émotions le déborder lorsqu’arrivait l’heure du pire. Mais plutôt que de craquer subitement, Stefanos Tsitsipas se craquelle, se répare, puis s’énerve à nouveau, offrant ainsi aux gradins garnis et aux téléspectateurs un spectacle délicieux.

Un match en particulier illustre parfaitement cette facette du Grec. Nous sommes le dimanche 2 juin 2019. Porte d’Auteuil. Alors tête de série numéro 6, Stefanos Tsitsipas, premier Grec à accéder au quatrième tour de Roland depuis 1936, est opposé à Stan « The Man » Wawrinka. Les spectateurs du Court Suzanne Lenglen ne le savent pas encore mais ils vont assister à une rencontre dingue. Chacun leur tour, avec beaucoup de puissance, les deux joueurs démontrent tout leur talent. Un rien les sépare. Finalement, ils remportent 29 jeux chacun. Tsitsipas gagne 195 points quand Wawrinka n’en gagne qu’un de moins. Ils breakent 5 fois chacun. Mais c’est le Suisse qui l’emporte en cinq heures et neuf minutes : 7/6, 5/7, 6/4, 3/6, 8/6. Ce match fut un festival, un show, un instant de magie. Une partie d’une qualité rare donc, de laquelle le Grec sortit avec les honneurs mais terriblement meurtri. Abattu en conférence d’après-match, le Grec avait payé son inexpérience face à un taulier du circuit.

Une chose est sûre, même s’il est capable de s’énerver, d’extérioriser parfois à outrance ses émotions, Stefanos Tsitsipas ne lâche pas. Ce n’est pas dans son code. Valeureux et audacieux, il livrera toujours à ses adversaires le meilleur de lui-même. Lors de son quart de finale face à Rafael Nadal à l’Open d’Australie 2021, il a su se ressaisir après deux premières manches au cours desquelles l’Espagnol l’avait étouffé. Une renaissance que le Grec explique naturellement : « Ça aurait été bizarre que je sois stressé et énervé alors que j’étais à deux sets zéro contre moi. Cela n’aurait pas eu beaucoup de sens. Je devais être plus relax et juste ajuster certaines choses. […] J’ai réfléchi un peu, je me suis dit : « Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi cela ne fonctionne pas ? » Mais après, ça a décollé tout seul. Je n’ai pas eu vraiment trop à penser. » (L’Equipe.fr, 17/02/2021) Une force de caractère qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on squatte le Top 10 mondial depuis plusieurs années maintenant.

Stefanos Tsitsipas est-il déjà un champion ? Question légitime, à laquelle l’on serait tenté de répondre oui, une fois qu’un portrait si élogieux a été dressé. Toutefois, nuancer son propos et ses pensées est primordial, dans le sport comme partout ailleurs. Le prodige grec n’a jusque là remporté que cinq titres ATP. A titre de comparaison, Andrey Rublev a réalisé ce total en une année seulement, en 2020. Le dernier titre du Grec remonte au 17 février 2020, à Marseille. Hormis les ATP Finals de 2019, il n’a remporté que des ATP 250. Jamais il ne s’est imposé en ATP 500 ou en Masters 1000 ; il a en revanche échoué 7 fois en finale. En Grand Chelem, il ne s’est encore jamais hissé en finale. Comment lire ce bilan ? A 22 ans, Stefanos Tsitsipas a encore énormément de temps. Il n’en est qu’au début de sa carrière, et les obstacles auxquels il s’est heurté sont pour le moins renommés : Nadal, Federer, Djokovic, Thiem… Le pardon s’impose. Après une année 2020, certes tronquée, mais non moins manquée par le 6ème mondial, il se doit tout de même de rebondir en cette saison 2021. En sera-t-il capable ? Rien n’est moins sûr. Mais il devra prouver que ses efforts et ses progrès sont durables. Lui qui aime tant partager son quotidien avec ses fans, a tout pour réussir. Le circuit mondial a besoin de joueur comme lui. Un dynamiteur. Un showman. Un dieu grec ?

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