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Stuart Hogg : Le Boss final dans les Highlands

Sans aucun doute, aucun, Stuart Hogg fait partie de ces joueurs racés, de ces tronches du rugby qui vous marque une époque, une équipe, une sélection. Il est le savant mélange de talent, de classe et combat qui fait tant soulever les foules. Depuis 2012, il fait partie du XV du Chardon avec lequel il peine à gagner un titre. D’abord jeune pépite à lustrer, puis joueur cadre et confirmé pour enfin finir capitaine respectable et respecté, Stuart a connu une longue aventure avec sa sélection. Il finit aujourd’hui à 28 ans ce qui sera probablement sa dernière mue pour atteindre les sommets avec sa nation qu’il aime tant. Décryptage de cette ultime transformation.

Le Maître du fond de terrain :

Une maxime bien connue nous rappelle que « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient ». Dans le cas de Stuart Hogg, sur le terrain, ce n’est pas compliqué outre mesure, le joueur est un arrière des plus naturels. Le fond du terrain est son royaume et depuis ses premières heures en rugby, il a su comment exploiter cet espace en sa faveur, pour briller.  

Stuart Hogg a battu 15 défenseurs dans les deux premiers matchs du VI Nations 2021. Il est aussi premier pour les franchissements [6] et en mètres parcourus [264]

Stuart Hogg est un relanceur de ballon hors pair. On le connaît en premier lieu pour cela d’ailleurs. Depuis maintenant presque 10 ans il émerveille par ses relances vives, puissantes et qui prennent à défaut les rideaux défensifs. Avec ses crochets dévastateurs et ses accélérations incessantes, Hogg est capable d’enflammer un match en un battement de cils. Et aujourd’hui à 28 ans, il semble être plus fort que jamais dans cet exercice. Grâce, notamment, à l’expérience engrangée qui lui permet de lire les failles dans une défense en ligne après un coup de pied de dégagement adverse.

Relance de Stuart Hogg, sous pression, qui remet dans l’avancée son équipe. Match contre l’Angleterre lors de la première journée du VI Nations 2021

Néanmoins, sur ses premières années d’activité, on a trop souvent vu l’arrière écossais relancer à tour de bras, même à outrance. Une overdose pour les supporters du XV du chardon mais, un bénéfice pour toutes les défenses qui faisaient face à Stuart. En effet, rien qu’en se resserrant, en fermant les espaces, Hogg était annihilé puisque incapable d’amener un brin de variation dans son jeu. Pourtant, sur les « rares » ballons qu’il jouait au pied, on sentait déjà du travail dans la technique de frappe, mais aussi dans la lecture des espaces ouverts dans le fond du terrain adverse. Cette apathie dans le jeu au pied écossais des années 2010 pouvait s’expliquer par la retraite internationale de Chris Paterson en 2011. Le système écossais n’a pas trouvé comment contrebalancé ce départ tout de suite et a préféré s’appuyer sur les qualités naturelles de relanceur de Hogg pendant longtemps plutôt que de se servir de lui pour donner de l’oxygène à son équipe par les airs.

Aujourd’hui en 2021, cette époque est révolue. Gregor Townsend demande moins à Stuart Hogg de relancer (dans ce rugby moderne que certains osent appeler rugby de dépossession) et a contrario lui ordonne de se servir de sa longueur au pied, tout cela grâce notamment à un paquet d’avant plus performant que dans le passé. Hogg en est devenu que meilleur depuis ce moment. Comme depuis ses débuts, intelligent dans son placement, il s’offre le choix de relancer si sa première lecture le lui permet ou bien de dégager simplement mais toujours efficacement. Dans ce secteur de jeu, Stuart est le 15 parfait, il a les qualités physiques et techniques pour répondre à chaque situation et sa sagesse et son intelligence lui permettent de prendre la majorité du temps les meilleures décisions possibles.

Un Capitanat enfin digéré :

Stuart Hogg est devenu le capitaine du XV du Chardon lors du tournoi des VI Nations 2020, l’an dernier. Cette décision a divisé au sein des communautés de supporters écossaises, comme nous le rapporte Antoine Vauthey (@A_Vauthey sur Twitter) supporter de l’Écosse, mais surtout créateur du site pro14fr.com « Son Leadership a assez divisé les fans entre ceux qui disaient qu’il était trop loin du jeu en tant qu’arrière et ceux qui disent que c’est le meilleur joueur de l’équipe et qu’il sera donc écouté des arbitres. » Ces bruits de couloirs ont résonné et ont atteint Stuart Hogg qui a alors connu un coup de moins bien dans son jeu. L’ancien meilleur joueur des tournois 2016 et 2017 a déçu en 2020, notamment avec ce malheureux ballon échappé sur la ligne contre l’Irlande, mais aussi avec la gestion du cas Finn Russell dans le vestiaire.

Cependant lors de l’Autumn Nations Cup et en ce début de Tournoi 2021, c’est un tout autre Stuart Hogg qui se présente sur les terrains et devant les médias. Souriant, assumé, le néo-capitaine semble être libéré du poids de sa nouvelle fonction. En témoigne son activité plus présente lors des dialogues avec l’arbitre en match. Mais aussi les mots envers ses coéquipiers avant et après les rencontres. Hogg a mis un an à devenir un bon capitaine. Il semble prêt pour continuer sur sa lancée.

Pour arriver à un tel résultat, Stuart Hogg est passé par plusieurs phases. Mais surtout, par une grande remise en question lors du confinement et de l’arrêt des matchs. Une situation presque salvatrice pour lui, qui lui a permis de se recentrer sur le plus important : être heureux. Il confiait à la BBC : « Début 2020, je recevais des messages agressifs partout où je regardais, du journal aux réseaux sociaux. […] Pendant le confinement je me suis dit qu’il me restait seulement quatre ou cinq années de rugby. Je ne vais plus écouter les gens. Je vais continuer à jouer comme je le veux, profiter de mon rugby, m’amuser jusqu’au bout et tous les messages de haine je ne les lirais plus ».

« Je n’ai pas accès à mes réseaux sociaux, ce qui est formidable »

Stuart Hogg à propos des messages véhéments à son encontre sur les réseaux sociaux.

Une aventure anglaise triomphante :

Stuart Hogg sous le maillot des Chiefs de Exeter (crédit photo : dailymail.com)

En 9 ans de carrière avec les Glasgow Warriors, Stuart Hogg n’a remporté qu’un seul trophée, en 2015 quand le championnat « écossais » s’appelait encore le Pro12. Une armoire à trophée bien vide donc pour un joueur de sa trempe. En 2019, Hogg s’envole pour le sud de l’Angleterre à Exeter, une équipe imposante de la Premiership (champion 2017). En seulement une saison là-bas, il va alors tripler son nombre de titres, ajoutant un championnat anglais et une coupe d’Europe à son palmarès. Le choix s’avère donc payant sur le plan sportif.

Si l’on regarde l’effectif du XV écossais pour ce VI Nations 2021, un détail saute aux yeux, la composition type est composée à 80 % de joueurs évoluant dans le Pro14. Les exceptions sont : le seconde ligne Jonny Gray (Exeter lui aussi), le demi d’ouverture Finn Russell (Racing) et donc Stuart Hogg (Cameron Redpath et Chris Harris les deux 12 lors des deux premières rencontre du VI Nations 2021 joue aussi en Angleterre, ndlr.). Cerise sur le gâteau, les deux meilleurs joueurs de l’Ecosse en ce début de tournoi sont sans nul doute les deux qui évoluent en Angleterre.

« Les deux joueurs partis de Glasgow pour Exeter (Hogg et Gray, ndlr.) sont monstrueux depuis le début du tournoi. Ils ont peut-être la potion magique en Angleterre. »

Antoine Vauthey (@A_Vauthey) créateur de pro14fr.com

La potion magique pourrait effectivement être une explication rationnelle au niveau de jeu proposé par Hogg. Mais l’ancien centre écossais Alan Tait a une autre explication sur le sujet « Exeter n’est pas une de ces équipes qui jouent la domination territoriale et qui s’appuient seulement sur ses avants. Exeter joue sur un rythme soutenu, […] Ils se construisent avec des joueurs qui s’intègre vraiment bien dans leur jeu, un jeu un peu comme celui des Écossais. ». Les performances en sélections de Hogg seraient donc liées avec celles en club, les deux systèmes montrant de réelles similitudes. En effet s’entraîner toute l’année à un rugby que l’on ne quitte pas lorsque l’on se retrouve en sélection donne un avantage non-négligeable pour la préparation et lors des rencontres internationales. Stuart Hogg peut donc toute l’année travailler un rugby qui lui correspond, devenir toujours plus performant sous les ballons hauts, dans le jeu courant en apportant le surnombre dans la ligne, mais aussi à la finition des actions et même à l’animation en qualité de premier attaquant. Toutes ces choses, Hogg les faisaient très bien avant, il les fait encore mieux maintenant.

Vous l’aurez donc compris, Stuart Hogg a fait un excellent choix en rejoignant Exeter, que ce soit pour le style de jeu travaillé ou pour apprendre aussi à gagner des titres en club, devenir un « winner », avant de répéter le schéma en sélection. En un an en Angleterre, l’arrière a grandi exponentiellement, chose rare pour un joueur de 28 ans.

Pour voir encore plus loin :

Le portrait est dressé. Stuart Hogg est aujourd’hui un peu plus encore l’un des meilleurs joueurs à son poste. Sa mue s’est achevée et il est maintenant capable de relancer, de distiller les ballons au pied, de lire le jeu, de faire constamment les bons choix, de participer à l’animation offensive, d’apporter intelligemment le surnombre dans le jeu courant, d’être un excellent dernier défenseur, d’être un leader sur et en dehors du terrain… Bref, Stuart Hogg est très complet et pourrait amener ce XV du chardon très loin dans son sillage dans un futur proche. Existe-t-il seulement des aspects de son jeu encore à améliorer ? Probablement est-il encore un peu trop « pompier de service » à vouloir faire gagner son équipe seul dans des fins de matchs tendues. On l’attend toujours un peu plus pour s’imposer à côté de l’arbitre et recadré ses coéquipiers quand les choses vont mal. Et lui doit encore se canaliser sur certaines phases de jeu. Mais vraiment, Hogg n’est pas loin de ce qu’il s’est fait de mieux dans l’histoire du rugby à son poste, à lui de mettre tout le monde d’accord pour finir tout en haut du classement.

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