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Villas-Boas : Les trois phases d’un OM irrégulier

Marseille vit un hiver compliqué. Il rappelle que l’actualité extra-sportive ne devrait pas masquer des performances devenues de plus en plus alarmantes pour les supporters. Elle est avant tout la conséquence d’un sportif fragilisé, où le départ de Villas-Boas interroge par son timing et son bilan. Ici, il n’y aura ni traitement ni réaction sur l’actualité mais un focus sur le sportif, ce en quoi la direction du club devrait s’inspirer. Retour sur l’OM version Villas-Boas.

Fini le temps des excuses pour Villas-Boas. Une série de huit mauvais matchs a fortement éloigné Marseille du podium, et ce contexte a fait apparaître des tensions sous-jacentes et déjà existantes, mais probablement masquées par des résultats jusque-là réguliers. Mais cette régularité ne lui aurait-elle pas fait défaut ? D’une part, elle a masqué les carences d’un football minimaliste et très longtemps conforté par les résultats. Autrement dit, jusqu’à décembre 2020, ses 85% de régularité en championnat n’ont que trop rarement provoqué une remise en question de ses choix et principes de jeu. D’autre part, il a ré-habitué les supporters à gagner, et donc augmenté leurs exigences.

Alors comment les chiffres sous-jacents expliquent-ils l’inversion des résultats ? Et pourquoi une saison engagée à 60% donne pourtant l’impression quelle est déjà terminée ? Le retour sur les 17 mois de Villas-Boas à Marseille décrit en réalité une histoire écrite en quatre phases.


Contenus et résultats

Le graphique ci-dessous représente la moyenne mobile des Expected Goals glissants sur 4 matchs (pénaltys et csc exclus) depuis son arrivée la saison dernière. Ici est annoté la première phase d’André Villas-Boas à l’Olympique de Marseille – début novembre à la trêve hivernale – qui marque le début d’une série impressionnante de régularité mais c’est la façon dont l’équipe a maitrisé ses matchs qui a été si intéressante.

Une utilisation des Expected Goals s’intéresse à l’équilibre d’une équipe et sa gestion des matchs selon ses ratios glissants. Ici, la corrélation est très forte entre les résultats et leurs contenus : glissant sur quatre matchs, l’OM a crée une séquence moyenne à hauteur de 1.14xG de plus que ses adversaires, le meilleur ratio sous Villas-Boas. La marge est confortable, et leurs buts attendus (xG) semblent représentatifs du réel puisque Marseille a inscrit un but tous les 1.1xG. Cela indique que l’équipe a été performante pour augmenter ses marges de victoires sans quelle ne soit particulièrement sure-performante offensivement.

Un contexte important de ces chiffres est la façon dont l’équipe a construit ses matchs. Ici, elle a ouvert le score sept fois sur huit. Ceci était crucial pour que cet OM contrôle les matchs à son rythme, et qui était plus à l’aise pour conserver un résultat que de courir après le score. Inversement, lorsque l’équipe a encaissé un but face à Lille, Lyon, Bordeaux et Nîmes, l’écart au score était déjà confortable. La construction de ces victoires nous amène au fait que l’efficacité défensive a été cruciale pour que Villas-Boas puisse imposer son rythme.

Cet OM s’est appuyé sur une défense bien mieux équilibrée que la naïveté qui caractérisait celle-ci sous Rudi Garcia. En creusant un peu plus loin, les buts encaissés attendus (xGA) par match (0.65) sont tout aussi représentatifs du réel (0,63 but encaissé par match). Cela démontre que l’OM a mené cette première phase selon les standards du modèle attendu, encaissant une séquence moyenne à 1.04xG pour un but concédé. Pour l’OM, ces chiffres sont très rassurants car la qualité sous-jacente des performances défensives s’est nettement améliorée par rapport au début de saison, lorsque l’OM concédait 1.47xG par match. Doit-on lier ces améliorations défensives à la propulsion de Boubacar Kamara au milieu de terrain ?


Inversion des performances

La deuxième phase présente une version minimaliste de l’OM et provoque une inversion totale des performances dès le mois de janvier 2020 : Rennes, Angers, Bordeaux et Saint-Etienne. Cette victoire à Saint-Etienne (0-2) symbolise parfaitement cet OM de la seconde phase : perte de maitrise dans le jeu mais une sure-efficacité des performances défensives et offensives.

Match en semaine, un froid glacial, bref, Marseille se déplaçait à Geoffroy-Guichard début février pour conserver son invincibilité (11 matchs sans défaite à ce moment). Résultat : 5 tirs estimés à 0.53xG et une victoire 0-2. On pouvait imaginer le scénario de la première phase, mais en 2020, Villas-Boas a enfermé son équipe dans des intentions minimalistes, voire restrictives, à l’image des pauvres 14 ballons touchés par les latéraux dans le tiers offensif. C’est particulièrement faible lorsque l’on parle d’une équipe qui a conservé le ballon 57% du temps, mais les positions moyennes des latéraux – en dessous de la ligne médiane – laissent imaginer que ces intentions étaient attendues.

En tout cas, cela se confirme pas l’avancée de la saison selon les Expected Goals. Ils indiquent que la régularité des résultats sur cette phase (87%) n’a pas toujours été lié aux performances de l’équipe. Paradoxalement, selon ces chiffres, Villas-Boas a conservé une constance dans les résultats de matchs qu’il ne maitrisait pas, et cette seconde phase marque principalement une sure-performance du modèle dans les deux surfaces. Naturellement, cette perte de maitrise dans le jeu se matérialise par une inversion des courbes du graphique et donc d’un ratio négatif des Expected Goals glissants sur quatre matchs. En d’autres termes, Marseille concédait 0.41xG de plus qu’il ne créait de chances de marquer.

Une première explication souligne une forte diminution des chances créées – de 1.79 à 0.92xG par match – ce qui montre à quel point l’équipe de Villas-Boas était particulièrement clinique dans cette seconde phase. Ainsi, on imagine que les marges de victoires auraient été plus grandes si l’OM avait tenté plus de tirs avec cette efficacité. En chiffres, cette efficacité correspond à un but tous les 0.76xG, mais si elle peut s’expliquer par une baisse de 49% des chances crées, des exemples significatifs ont notamment vu Dimitri Payet marquer des positions très difficiles à Saint-Etienne (0.06xG) et face à Toulouse (0.02xG).

Cette perte de maitrise globale dans le jeu nous amène à l’efficacité défensive. Bien qu’ils encaissent un taux de buts quasi similaire – soit 0.80 but encaissé par match contre 0.63 lors de la première phase – leurs chances d’encaisser des buts ont doublé – de 0.65 à 1.33xG concédés. Ces chiffres soulignent aussi à quel point Marseille était aussi efficace sans maitriser le jeu, se reposant sur un équilibre défensif qui devait forcer ses adversaires à des attaques de meilleures qualités. En chiffres, cela correspond à un but encaissé tous les 1.66xG.

Contrairement à fin 2019, l’ouverture du score – huit fois sur treize – était moins corrélée au résultat final. Les matchs contre Nîmes (victoire 2-3) et Amiens (match nul 2-2) avant l’arrêt du championnat vont dans ce sens puisqu’ils ont semblé perdre le contrôle de matchs qui paraissaient acquis. C’est aussi en améliorant ses chiffres défensifs qu’il a répondu après chacun de ses matchs très critiqués en Ligue des Champions cette saison. C’est comme cela qu’il a abordé des matchs aux performances insipides face à Strasbourg et Lorient notamment, continuant d’affecter le ratio glissant négatif (-0.41 sur l’ensemble) sur une période qui représente étroitement les premières fragilités d’André Villas-Boas.


Une maitrise peu efficace

Malgré la nouvelle inversion des courbes, la troisième phase n’est sans doute pas la meilleure. Elle n’est qu’une version d’une équipe définitivement irrégulière, mais la qualité sous-jacente des performances offensives est nettement améliorée.

Pendant cette phase, Villas-Boas s’est appuyé sur des intentions résolument plus offensives, qui marqueront le retour à une maitrise du jeu. Elle n’intervient que le 28 novembre 2020, lorsque l’on commence à comptabiliser les performances successives face à Nantes (3-1), Nîmes (0-2) et même Monaco (2-1). C’est également la période où l’OM a évité le ridicule en s’imposant face à l’Olympiakos (2-1). En d’autres termes, cette phase est le début d’un nouveau contexte pour André Villas-Boas, qui à ce moment-là, subi probablement un effet de récence après ses résultats et performances en Ligue des Champions.

Cette nouvelle inversion des courbes provoque un ratio glissant positif sur quatre matchs, où l’OM crée en moyenne une séquence de 0.68xG de plus que ses adversaires. Problème, si Villas-Boas retrouve des chiffres de performances plus décents aux objectifs de la saison, ils ne sont plus corrélée à la régularité de ses résultats qu’il a tant défendu. Effectivement, sa sixième défaite en championnat avec l’OM est en réalité un tournant de son bilan.

Rappelez-vous, huit jours avant Noël, l’OM débute son match à Rennes à l’image de ses derniers matchs. Finalement, tout bascule en treize minutes alors que Pape Gueye est expulsé après avoir lui-même ouvert le score. L’OM recule et s’incline « logiquement » par une incapacité à tenir quelques possessions en infériorité numérique, mais pourtant, les indicateurs attendus sont comparables aux rennais (1,24xG pour l’OM, 1.17 pour Rennes). La tendance – annoté sur le graphique – depuis ce match indique que sa sixième défaite en championnat avec l’OM est en réalité un tournant de son bilan. Après un cours retour à une maitrise dans le jeu, une nouvelle fois la cas face à Reims (1-1), tout s’écroule sur l’enchainement Dijon, Nîmes, Lens et Monaco.

En tout cas, cette courte phase démontre que le retour à la maitrise du jeu n’a pas pas toujours été corrélé aux résultats, contrairement à la première phase, et tous ces chiffres démontrent à quel point le bilan est particulièrement irrégulier. Réussite ou efficacité ? Bonne question. La réussite est une notion relativement factuelle, elle ne peut être qu’une interprétation, même avec les chiffres.

Au final, l’OM de Villas-Boas a largement dépassé les attentes en termes d’Expected Goals, qu’ils s’agissent de buts marqués (+ 2.94) ou de buts concédés (+9.94). On retiendra principalement son mandat par ses résultats, mais sur le jeu, son staff a énormément amélioré l’équilibre défensif. Plus précisément, les marseillais ont encaissé 0.8 but pour chaque xG. En d’autres termes, l’équipe a encaissé 20% de buts de moins que ce qu’avait anticipé le modèle. C’est très positif. Néanmoins, il n’a pas trouvé d’équilibre global, même si l’OM a quelques fois sur-performé offensivement grâce à un joueur parfois « hors normes » comme Dimitri Payet. Mais d’un autre côté, il est aussi sujet des premières tensions avec Villas-Boas, et qui constitue une autre piste, hors statistiques, d’un contexte devenu de plus en plus difficile.


Malgré cette fin malheureuse par ce contexte, et surtout mauvaise selon les chiffres et résultats, le départ d’André Villas-Boas interroge car il donne l’impression que la saison est déjà terminée. Lors des huit derniers matchs, il n’a remporté que 21% des points engagés, soit une seule victoire, deux nuls et cinq défaites. Entre son arrivée et son départ, le bilan d’André Villas-Boas s’est décrit en trois phases, le graphique d’évolution des Expected Goals les a démontré : Il y a une corrélation entre les résultats et les contenus, une inversion des performances en janvier 2020 et le retour à une maitrise peu efficace. Até logo André.

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