Foot Ligue 1

Romain Faivre, le bonbon Brestois

« Il a un truc que peu de joueurs ont : il brise les lignes. » L’ancien entraîneur de l’AS Monaco, Thierry Henry, résume très bien le profil rare de son ex-joueur, Romain Faivre. A la fois métronome et détonateur du Stade Brestois d’Olivier Dall’Oglio, le numéro 21 se fait remarquer pour ses bonnes performances. Le PSG, l’OL et Manchester United sont même venus aux renseignement cet hiver. Du coup, pour vous -et nous- faire plaisir, on a décidé de vous présenter le profil de l’international espoir Français.

Sa côte de popularité en Armorique et ailleurs ne cesse de grimper : il est déjà le joueur qui vend le plus de maillots au SB29. Pas mal pour un joueur ayant disputé (à ce jour) seulement 26 matchs de Ligue 1. Ce qui n’est que le début de l’aventure pour le joueur de 22 ans. Ses formateurs, amis, coéquipiers, entraîneurs, soulignent tous son ambition et sa volonté d’aller au plus haut niveau. « Romain, c’est un garçon qui veut rattraper le temps perdu à Monaco. Il veut avancer, il est ambitieux, il est sérieux, il bosse, il a des objectifs » déclarait par exemple il y a quelques semaines son entraîneur à son sujet.

« En ce moment, je change aussi ma façon de manger, j’essaye d’ajouter des choses à ma carrière, et ce n’est que le début. Il y a encore beaucoup d’éléments que je dois perfectionner. […]Je savais que j’avais les qualités, beaucoup de choses sont entrées en jeu, il y a eu les Espoirs aussi. J’espère ne pas m’arrêter là.« 

Romain Faivre

Sucré comme jamais

On l’a tous entendu, mais c’est une réalité qu’on ne peut occulter dans la construction du joueur qu’est Romain Faivre. Dernier d’une fratrie de footballeurs, il perfectionne sa qualité de dribble en raison de son âge.  » C’était un fin technicien, il a toujours eu cette culture du dribble. Petit, pour s’adapter, il a trouvé la culture de la feinte pour rivaliser face à des plus grands.» confie par exemple Lenny, l’un de ses grands frères. C’est ce qui marque directement notre rétine quand on le voit jouer : sa qualité de projection avec ballon, mise en valeur par la tactique d’Olliver d’All’Oglio. Rien de surprenant pour un joueur ayant comme idole Ronaldinho et Hatem Ben Arfa.

Romain Faivre est le quatrième joueur de Ligue 1 dans la stat « joueurs passés en dribblant » avec 69.

Le brestois est très souple, très agile. C’est grâce son poids léger qu’il est un poison permanent dans les duels. Dans le sport d’évitement qu’est le football, il brille par ses feintes de corps. Sa spéciale « je vais aller à droite » avant de gratifier l’adversaire d’un crochet extérieur gauche marche à quasiment tous les coups. Une technique provenant « du quartier où je tapais dans un ballon en bas de la maison avec mes amis. » selon l’intéressé, a toujours été sa force principale. L’un de ces anciens formateurs à Tours, Cyrille Carrière, dit par exemple : « Ce qui sert au haut niveau, c’est le sens du jeu et le jeu en contre-pied, et ça, il l’avait déjà. » Contre Bordeaux, c’est à la suite d’une course individuelle qu’il finira par inscrire son but. Esprit d’initiative, courage de briser les lignes, et caresse parfaite du ballon au moment d’effectuer un double contact pour effacer son vis à vis. Toute la qualité du joueur formé à Tours résumée en une action, lui qui est premier de Ligue 1 en chevauchées avec ballon, chevauchées avec ballon dans le dernier tiers et 2e en distance parcourue avec ballon.

Toutes ses qualités, son pied fort, sa qualité dans les petits espaces, ont rapidement poussé à la comparaison avec Ben Arfa. « Je me suis directement dit : il ressemble à Ben Arfa. Que ce soit physiquement parce qu’il a quelques airs dans le visage, mais aussi techniquement, parce que ce sont un peu les mêmes styles de footballeurs. » confie le gardien Brestois Gautier Larsonneur. Faivre, 3e en fautes provoquées en Ligue 1, était d’ailleurs surnommé « Hatem » a Monaco : » On l’appelait Hatem, en référence à Ben Arfa. Physiquement, il a la même tête. Niveau joueur, ils se ressemblent aussi.» confirme Jordy Gaspar. Une ressemblance qui s’accentue surtout sur le toucher de balle : comme le Bordelais, Faivre conduit le ballon du bout du pied, des orteils, alors que la grande majorité des joueurs conduisent avec le milieu du pied.

Acidulé au possible

« Son pied gauche, c’est une main.« 

Didier Jousse, formateur U13 de Romain Faivre.

Comme le dit l’intéressé, « une belle passe, ça peut être aussi beau qu’un dribble. » Et grâce à sa qualité de passe, il mets réellement les défenses en difficulté. Faivre est un excellent passeur, mais surtout : il sélectionne les bonnes zones. En scannant le terrain très rapidement, il sait ou attaquer. Ce qui lui donne toujours un temps d’avance, et laisse sa technique s’exprimer. « Son pied gauche, c’est une main. Dans l’équipe, c’est l’un des rares qui pouvait jouer court et long. Jouer long à 12 ans n’est pas à la portée de tous les enfants. Il pouvait aussi frapper de loin avec force et précision. » analyse Didier Jousse, l’un de ses formateurs. Et c’est en cela qu’il se distingue de beaucoup de meneurs de jeu : allier la technique au bon choix de zone, c’est meurtrier.

Memphis Depay. (Crédits : RMC Sport)

D’autant que Faivre est toujours en mouvement : en se démarquant, en décrochant constamment pour recevoir, il est un véritable poison. Désigné par les journalistes de BeIN Grande Bretagne comme « Brest creator in chief« , Faivre impressionne par les angles et la difficulté de certaines passes. Totalement maître de son pied gauche, il est aussi très bon sur coups de pied arrêtés, avec déjà un but marqué sur Coup Franc cette saison. Ses passes souvent incisives collent parfaitement au plan de jeu des Pirates, et au profil de meneur de jeu excentré de l’ex-Tourangeau. En repiquant dans l’axe, il devient influent sur toute la partie intérieure du terrain, laissant le soin d’occuper les ailes à ses latéraux. Très à l’aise dans les petits espaces, il n’hésite pas à venir demander le ballon dans des espaces à forte pression. Résistant à cette même pression, il s’illustre par sa capacité à fluidifier le jeu en s’extrayant de ces zones « compliquées » pour mettre ses coéquipiers dans certaines zones bien plus « simples ». Formé comme numéro 8 ou numéro 10, son coach pourrai d’ailleurs se servir des dernières qualités évoquées en le réaxant, comme il l’a fait face à Paris en l’utilisant comme second attaquant. Une piste de réflexion intéressante pour ODO, qui est en cheminement intellectuel constant pour maximiser les forces de son équipe.

Un zeste d’amertume

Mais le chemin est encore long pour le Brestois, qui doit encore gagner en consistance, en régularité. Et, qu’on le veuille ou non, en statistique. Mais il le sait : « Contre Nice, j’aurais pu marquer un ou deux buts. Sur tous les matchs, j’aurais pu être plus décisif. […] Je pourrais faire beaucoup plus que ça, j’ai encore une grosse marge de progression. Je dois encore améliorer beaucoup de choses, notamment mes statistiques.  » Pour se faire, il devra progresser sur certaines prises de décision et de choix de passes un peu hasardeux, notamment à l’approche de la surface. Mais aussi sur ses courses sans ballon : il a la tendance à toujours vouloir s’approcher du porteur de balle. Si ce n’est pas toujours négatif, il gagnerait à créer de l’espace autre part sur le terrain pour aider le collectif et être potentiellement moins sujet à la pression adverse.

99% de chances qu’il lâche des « pschit pschit » en conduisant le ballon. (Crédits: Top mercato)

Ce que confirme son coach : »Un garçon comme Romain Faivre devient de plus en plus complet, ça devient intéressant Il est capable de caresser le ballon et de le porter haut. Il est très technique mais il a encore une marge de progression dans les derniers mètres. » Cette exigence envers le franco-algérien peut cependant être nuancée : il reste 3e de Ligue 1 en passes clés (52) et cumule déjà 4,9 xAssists (6e de Ligue 1). S’il a, selon ses propres dires, « progressé sur le plan défensif », il peut encore progresser sur ce plan de son jeu (moins se jeter, anticiper un temps plus tôt). Quelques défauts corrigibles et légers si on les compare à ses qualités.

Faivre est au coeur de tout. Au coeur du projet de jeu, menant les transitions, au coeur de tous les mouvements. Mais aussi au coeur de toutes les discussions : sur son futur club déjà, mais aussi sur son choix de sélection. Courtisé par l’Algérie, il est encore éligible avec l’équipe de France Espoirs. Chacune des deux fédérations doit en tout cas tout faire pour séduire le 21 Brestois, qui n’est qu’au crépuscule de sa jeune carrière. Et qu’on aura la chance de déguster pendant encore de longues années. En espérant un potentiel plus complété que son alter ego, Hatem Ben Arfa.

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