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Eintracht Frankfurt : Des aigles en quête des étoiles

Si les aigles de l’Eintracht ne sont pas au sommet de la Bundesliga, la formation entraînée par Adi Hutter a profité des difficultés de Dortmund ou du Bayer Leverkusen pour s’installer dans le top 4 du championnat allemand. Cette dernière est sur une excellente dynamique avec 9 victoires et un nul lors des 10 dernières journées. En pleine bourre, le club de Francfort se montre impressionnant avec un André Silva exceptionnel depuis le début de saison et auteur de 18 réalisations. Ajoutons que l’Eintracht s’est récemment renforcé en se faisant prêter Luka Jović, qui avait connu un très bon passage à Francfort avant son départ pour le Real Madrid. Suffisant pour rêver d’atteindre les étoiles en se qualifiant en Ligue des Champions ? Focus !

De Chelsea à la Ligue des Champions ?

Invincible depuis 11 matches, l’Eintracht est l’équipe en forme de BuLi en 2021. Avec 8 victoires sur 9 rencontres en championnat depuis le nouvel an, les hommes d’Adi Hütter ont réussi un bond improbable qui les porte au pied du podium. La semaine passée, les Francfortois ont d’ailleurs fait forte impression en s’imposant face au Bayern (2-1). Tout sauf une surprise pour un club qui a réussi à se pérenniser dans le haut du tableau en Bundesliga. Il y a deux saisons, ils avaient enthousiasmé l’Europe en accédant au dernier carré de l’Europa League, ne cédant qu’aux tirs au but face à Chelsea, le futur vainqueur. Finalement, l’Eintracht Francfort a payé cher ses efforts réalisés sur la scène européenne. Après la confrontation perdu contre le club londonien, le pensionnaire de Bundesliga a terminé le championnat avec trois revers consécutifs. Les 13 buts encaissés en trois matchs ont fait mal. 

Le 3-5-2, tactique utilisé par Adi Hütter depuis son arrivée en 2018, a permis à l’Eintracht d’accrocher une demi-finale d’Europa League en 2019. À la manière de Nagelsmann, le coach autrichien impose ses idées de jeu. (source : DFL pour la saison 2018/19)

Ils ont surtout empêché cette équipe longtemps séduisante de se qualifier pour la Ligue des Champions. Cette désillusion a provoqué le départ de nombreux cadres. Les leaders du secteur offensif, Luka Jovic, Sebastian Haller et Ante Rebic ont rejoint des clubs plus huppés (Real Madrid, West Ham et le Milan AC). La saison passée fût plus compliquée. Malgré une nouvelle qualification européenne, marquée par l’élimination de Strasbourg en barrage, le chambardement dans l’effectif (arrivée de Joveljic, Silva, Dost, Sow, Kohr, Rode, Durm, Trapp) a eu raison des ambitions des Aigles. Ceux-ci passant l’essentiel de la saison 2019-2020 dans la seconde moitié du classement de la Bundesliga, terminant avec la douzième défense, malgré une attaque au rendez-vous (un seul but de différence avec la saison précédente mais douze buts encaissés supplémentaires). Toutes compétitions confondues, Francfort n’a terminé que 10 de ses 54 matchs sans encaisser de but.

Pour comprendre, aussi, pourquoi Francfort en est là, il convient de mentionner le projet du directeur sportif Fredi Bobic. L’ancien international allemand, arrivé en 2016, essaie d’asseoir son club. Tout l’argent n’est pas réinvesti dans les transferts et les salaires. Le sportif est très important, c’est le moteur bien sûr, mais il y a les actifs immobiliers, les infrastructures, le standing. Plutôt que de garder absolument ses meilleurs joueurs, à qui il ne pouvait pas apporter les perspectives financières suffisantes, il a essayé de valoriser l’excellent parcours en Ligue Europa par des ventes conséquentes (environ 110 millions obtenus grâce aux ventes de Jovic et Haller).

Adi Hütter en chef d’orchestre

Dès lors, cette saison, le coach autrichien Adi Hütter a enfin pu stabiliser son projet de jeu et ses idées. Homme de défi, celui qui commencé sa vie d’entraîneur dans son pays natal, au Red Bull Salzbourg où il a remporté le doublé lors de la saison 2014/15 – sa seule campagne en charge – avant un passage de trois ans chez les Young Boys à Berne qui s’est terminé par un premier titre de champion de Suisse en 32 ans, n’a pas renié ses principes dans la difficulté. Face aux Bavarois, l’Eintracht a su conserver son avantage en s’appuyant sur les hommes forts de son 3-4-2-1, inchangé depuis 3 ans. En soutien de la pointe, Kamada (19 duels remportés sur 31) et Younes ont été à la baguette et décisifs. Sur son côté gauche Kostic a multiplié les centres, avec un Luka Jovic de retour dans la Hesse pour les recevoir. Son arrivée au mercato permet de faire souffler André Silva, blessé et auteur de 18 pions. Pour le reste, l’équipe presse fort et gagne beaucoup de duels. Hinteregger est là pour ça en charnière centrale, bien épaulé par l’habile Evan N’Dicka.

Face au Bayern, durant le première période notamment, Francfort a maintenu son système en 3-2-4-1 de manière compact et très haut (Hinteregger en n°13 se plaçant près du rond central) pour presser fort les bavarois et récupérer le ballon en position favorable. Preuve de sa réussite, le positionnement bas des joueurs de Munich (Lewandowski se plaçant très près du rond central également) (source : DFB)

Comme démontré par le Youtuber et analyste Isma sur sa chaine « 11 contre 11 », le système en 3-4-1-2 ou 3-4-2-1, similaire à celui de Franck Haise à Lens ou celui de Gasperini à l’Atalanta, cherche à orienter très haut le porteur de balle adverse en utilisant la ligne de touche comme un handicap. L’ensemble du bloc suit le pressing avec de fortes responsabilités individuelles pour garder son joueur. Si jamais le pressing fonctionne et force l’adversaire à utiliser un long ballon pour se dégager, l’Eintracht est la meilleure équipe de Bundesliga au duel aérien. Cette tactique a considérablement gêné le Bayern qui s’est alors replié sur ses individualités pour revenir dans le match. Ainsi, 71 % des offensives bavaroises sont passés par la droite et vers Leroy Sané en priorité, ce dernier ayant été le joueur le plus pressé par les Francfortois (53 situations de pressing). Le bloc équipe très compact en phase défensive et très élargie en phase offensive, a fait la différence.

Un bloc équipe bien huilé..

Réaliste avec 286 tirs (7ème position) pour 45 buts (soit un ratio de 20 % de réussite, le 2ème en Allemagne), l’attaque est le point fort de Francfort. Elle a d’ailleurs marqué au moins deux fois lors de ses 11 derniers matches, égalant un record établi en 1977. L’Eintracht peut jongler avec une ligne offensive très aboutie, où la star actuelle de l’équipe, André Silva, est le deuxième meilleur réalisateur de Bundesliga derrière Lewandowski mais devant Haaland. Excellent tireur de pénalty (7 réussis sur 7 tentés cette saison), il tourne également à 1 buts tous les deux matchs dans le jeu, ce qui était déjà le cas l’an passé. Il a un profil très complet et est capable de finir les actions du gauche, du droit et de la tête (son point fort avec 48 % de duel gagné). C’est un vrai poisson dans la surface de réparation, puisque toutes ses réalisations y ont été inscrites. C’est un joueur très sélectif dans ses choix (ratio de 20 % de réussite au tir avec 74 tentatives), il est également capable de créer pour les autres (19 occasions créées et une implication dans 45 % des buts de l’Eintracht). Son duo avec le revenant Luka Jovic s’annonce prometteur pour la fin de la saison, Silva prenant le rôle qu’occupait Sebastien Haller en 2018/19.

Contre le Bayern, Francfort a multiplié les situations de but en profitant de la polyvalence de son jeu et de ses profils offensifs pour marquer deux buts et prendre un avantage décisif dès la première période (source : DFL)

A ces côtés, l’apport de Filip Kostic en piston gauche, est indéniable. Correct défensivement grâce à son gabarit et surtout sa vitesse, il se présente surtout comme une machine à déborder (284 duels remportés l’an passé) et à centrer (140 en 2019/20, 1er en Bundesliga), capable de faire la différence dans l’axe grâce à une très grosse frappe de balle : 5 buts et 10 passes décisives minimum depuis deux saisons. En n°10 Daichi Kamada, joue simplement et efficacement pour les autres, il est notamment létal sur les centres à ras de terre en retrait. Il a l’œil pour trouver la bonne passe, et le pied pour l’exécuter parfaitement que ce soit sur du jeu long ou sur des remises courtes. Son comparse, Amin Younes n’est pas en reste, ses trois buts et deux passes en font le 3ème élément le plus décisif de l’équipe. Sa qualité technique permet de faire la différence dans les petits espaces. Alternant jeu court (via les milieux de terrain : Hasebe, Rode, Sow) ou jeu long (via les défenseur centraux), le jeu offensif de l’Eintracht est imprévisible et efficace quelque soit la situation.

.. mais qui s’expose

Martin Hinteregger est l’un des points centraux de ce système. Son gabarit puissant (248 duels remportés avec 60 % au tacle), sa capacité de jeu aérien (8 buts l’an passé dont 4 de la tête sur corner offensif) et sa patte gauche qu’il utilise comme un Quarterback utilise son bras pour envoyer des longues passes en profondeur (83,63 % de passe réussie), en visant notamment André Silva, sont des atouts primordiaux pour maintenir l’équilibre entre la ligne offensive et défensive. En effet, la ligne des trois défenseurs centraux n’hésite pas à dédoubler pour aller faire le débordement, à l’image de Sheffield United la saison passée, créant par conséquent le surnombre dans le camp adverse. N’Dicka est celui qui le fait le plus régulièrement.

Le défenseur autrichien Martin Hinteregger est l’un des éléments indispensables de la défense francfortoise. Costaud dans les duels, il sait également se montrer important en phase offensive grâce à sa qualité de passe ou en plaçant sa tête sur corner. La saison passée, il a été le défenseur centrale le plus décisif d’Europe avec 8 buts.

Lorsque ce mouvement est enclenché, le défenseur central français reste souvent aux avant-postes jusqu’à ce que l’action se termine. Exerçant le pressing rapidement dès la perte de balle. Pour les accompagner, Hasebe, bien que milieu défensif de formation, peut occuper ce rôle de stabilisateur défensif, surtout avec le départ en Janvier d’Abraham. Si son physique ne lui permet pas d’être aussi important dans le domaine aérien comme ses comparses, il compense en étant un vrai facilitateur en prenant beaucoup de responsabilité en construisant depuis l’arrière. Conséquence, malgré la 5ème défense du pays, celle-ci reste perméable. L’Eintracht n’a réussi que trois clean sheets au cours de la saison. Certes très offensive et agressive (2ème équipe la plus sanctionnée du championnat en cartons), cette tactique reste viable tant que l’attaque se montre réaliste.

Les Aigles en tant qu’équipe profitent de leur meilleure campagne de Bundesliga en près de trois décennies avec 42 points en 23 journées. La Ligue des champions, Francfort y pense et pourra se bagarrer avec Wolfsburg, Leverkusen et Dortmund pour décrocher son ticket. Pour cela, elle devra s’appuyer sur son attaque prolifique et ses individualités essentielles : Hinteregger, Silva, Kostic notamment. Sans la League Europa a gérer cette fois, l’Eintracht peut croire en ses rêves, et pourquoi pas titiller un passé lointain mais glorieux qui l’a vu atteindre la finale de la Coupe des Clubs Champions en 1960 ou gagner une Coupe de l’UEFA en 1980.

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