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Le Canadien de Montréal : c’est grave docteur ?

Suite au licenciement de Claude Julien et de Kirk Muller, la promotion de Dominique Ducharme au poste d’entraîneur-chef et d’Alex Burrows en tant qu’assistant provoque un tas d’incertitudes quant à la suite des évènements au sein du CH. Après (encore) un début de saison performant, l’équipe est (encore) repartie dans ses travers. Une redondance de problèmes à Montréal qui n’est pas d’aujourd’hui et fait grincer les dents des partisans. Direction le Québec pour faire le point !

AU REVOIR JULIEN, BONJOUR DUCHARME

C’était à prévoir, voir inévitable, après un début de saison tonitruant, le CH est retombé dans ses travers. D’un bilan de 18 points en 12 matchs (8-2-2) très prometteur après une victoire déjà poussive contre les Sénateurs le 6 février dernier, le Canadien affiche désormais un total de 23 points (9-6-5) et une quatrième place dans la Division Nord Scotia. Et effectivement, lorsque l’on on fait les comptes sur les trois dernières semaines c’est un préoccupant total de 5 points en 8 rencontres (1-4-3) depuis le 10 février ce qui a donc valu la place de Claude Julien et Kirk Muller.

Marc Bergevin a fait un choix, sera t’il payant? Seul l’avenir nous le dira – Source: Hockey30

Lors de la conférence de presse de merdredi dernier, Marc Bergevin a expliqué sa prise de décision surprenante. A savoir qu’il a quand même choisi de garder Luke Richardson et Stéphane Waite afin de ne pas effectuer trop de changements et de tout chambouler le coaching staff.

« Je l’avais dit au camp d’entraînement, on a élevé les attentes cette année, c’est du sérieux. Je m’attends à virer le bateau de bord. […] L’effort a toujours été là. Ça prouve que Claude n’a pas perdu son vestiaire. Mais j’ai vu une équipe qui était perdue, qui manquait un peu de sens de direction. Ce sont des choses qui arrivent dans le sport professionnel, que le message ne passe plus après un certain temps »

Bergevin a refusé de pointer du doigt certains de ses joueurs et de faire le procès de telle ou telle performance individuelle. Bien entendu on pense à Carey Price qui n’est pas au meilleur de sa forme ainsi que l’inefficacité offensive Phillip Danault ou bien l’indiscipline de Ben Chiarot mais aucune transaction n’est à prévoir du côté du Tricolore :

« On n’a pas de joueurs comme McDavid, Matthews ou MacKinnon et on en n’aura pas non plus. On a ce qu’on a, mais on a une très bonne équipe avec de l’équilibre. »

Le DG de Montréal a rappelé aussi les objectifs que la direction a fixé en début de saison et nous apprend qu’il est parti voir le vestiaire afin de prendre la température et de faire passer son message.

« J’ai été clair : la barre est haute et j’ai confiance en eux. Mais tous les joueurs ont besoin d’en donner plus encore. Pour avoir une équipe de premier plan, il faut parfois accomplir des choses qui ne sont pas plaisantes, mais il faut être prêt à le faire pour atteindre ce que l’on souhaite. Je crois que Dominique fera en sorte que tout le monde sera sur la même longueur d’onde »

Dominique Ducharme est donc élu à la tête de l’équipe jusqu’à la fin de saison accompagné d’Alex Burrows qui arrive du Rocket de Laval. Ce dernier a eu quelques jeunes de l’équipe sous ses ordres dont Jesperi Kotkaniemi lors de son passage la dernière saison.

« […] Quarantaine ou non, Dom était mon homme depuis que j’ai pris la décision. La raison, c’est que Dom est un entraîneur de la nouvelle génération. Il arrive de loin, il a connu du succès dans le junior et avec Équipe Canada Junior. Une nouvelle voix, voilà ce dont l’équipe a besoin à mes yeux. Il est aussi un bon communicateur et, selon ce que j’ai vu, c’est souvent la chose que les joueurs recherchent »

Dominique Ducharme – Source: RDS

Ancien entraîneur-chef et directeur général des Voltigeurs de Drummondville, Dominique Ducharme a du pain sur la planche mais a les idées claires, se sent prêt et confiant pour relever ce premier défi dans la grande Ligue :

«On veut établir un plan clair. On a encore beaucoup de travail à faire. On va se donner des objectifs. On va y aller graduellement. Je connais les joueurs et ils me connaissent. J’ai gagné leur respect. On est tous dans le même bateau; on veut tous la même chose. On va maintenant s’assurer qu’on pousse tous dans la même direction, à l’intérieur d’un même plan»

Les partisans attendent toutefois une première victoire sous le règne de Ducharme, les deux défaites à Winnipeg n’ayant pas permis de remettre les joueurs dans le droit chemin. Néanmoins la rencontre d’hier soir a clairement montré du mieux dans le jeu et les efforts ont été fourni.

DISCIPLINE ET CONFIANCE : LES AXES DE TRAVAIL

« Je sais ce qu’on peut accomplir. Évidemment, nos unités spéciales doivent être bien plus efficaces. On perdait de l’élan, on avait l’air d’une équipe qui n’était pas synchronisée. Dans notre territoire, on court trop après notre queue. Quand on joue à notre mieux, on récupère les rondelles et on attaque rapidement. Notre fiche à domicile n’est vraiment pas bonne et on est l’une des équipes les plus punies de la LNH, c’est une autre chose à corriger dès que possible »

Marc Bergevin

La discipline est un facteur des contre-performances de la franchise ces derniers temps. En effet le Canadien est une des équipes les plus pénalisées de la ligue et Ben Chiarot caracole à la première place, devant des joueurs tels que Tyler Myers, Brady Tkachuk ou Antoine Roussel, passant le plus de temps en prison avec 39 minutes ! Le problème est que le CH se trouve à la 22ème place de la ligue en infériorité numérique (76,3%) et c’est une relation de cause à effet directe qui se créé : trop de pénalités, trop de situations à 4 contre 5 et une fois sur quatre, la rondelle fini au fond du filet de Price ou Allen. Difficile de construire un plan de jeu solide dans ces cas précis.

Ben Chiarot s’accroche avec Matthew Tkachuk, ça peut se comprendre – Source: Montréal Gazette

Certes le hockey est un sport qui demande de la volonté et une certaine agressivité mais il y a une limite entre une faute dite intelligente et une autre évitable qui sanctionne toute l’équipe. Il est clair que Chiarot est l’image de l’indiscipline montréalaise cette saison, et, à 29 ans, à lui de montrer la voix à suivre aux plus jeunes tels que Alexander Romanov, Brett Kulak ou Victor Mete. Son duo avec le capitaine Shea Weber se cherche encore cette saison et est éclipsé par celui de Jeff Petry – Joel Edmundsson. Lorsque ces derniers ont une fiche ± de +11 pour Petry et +18 pour Edmundsson, Weber et Chiarot ne sont qu’à -1, les seuls en négatif de l’effectif entier.

Une constatation simple qui saute aux yeux est que le Canadien ne joue pas bien. Il est évident que Carey Price est en plein doute, contre-performe mais il n’est pas le seul responsable des mauvais résultats. Phillip Danault nous apprend qu’il y a un manque d’énergie, de caractère (d’investissement ?) lors de certains matchs :

« Je ne sais pas. Il y a des matchs où… Je ne sais pas. Il faut jouer avec intensité pendant 60 minutes. […] Il faut être plus forts. Il faut trouver cette énergie en nous. Il faut plus de chien, il faut être plus affamés dans tous les aspects du jeu. Ça reste un travail d’équipe. Il ne faut pas descendre trop bas non plus dans la négativité. »

Phillip Danault

Phillip Danault est également au centre des critiques. Le québécois sera en fin de contrat à la fin de la saison et beaucoup lui reproche son manque d’efficacité devant le but. On peut comprendre que pour un centre de premier trio le fait de n’avoir marqué qu’un seul but lors de ses 37 derniers matchs est frappant, sachant qu’il évolue avec Tomas Tatar et Brendan Gallagher, mais Bergevin en « attend plus de lui ». Il est l’un des meilleurs attaquants défenseurs de la ligue, ce pourquoi il est souvent aligné face aux meilleurs trios adverses, mais il en faut plus. On peut observer qu’il n’a lancé que 26 fois vers le filet en 20 rencontres et évolue très peu au plus près du but. Trop peu pour permettre à la défense adverse de se focaliser plus sur lui.

Phillip Danault est attendu au tournant par les partisans – Source: La Presse

Avec un faible taux de 46,7 % de mises en jeu gagnées, le CH est dans les bas fonds de la ligue à la 28ème place. Les deux centres expérimentés que sont Philipp Danault et Jake Evans sont respectivement à 50,6 et 51,5 % de réussite mais le talon d’Achille se trouve chez les deux jeunes Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi. Le finlandais est à 45,1 % ce qui est très moyen alors que Nick Suzuki n’est qu’à un faible 42,8 % et moins de 40 % lors des dernières rencontres. Il a annoncé dernièrement qu’il devait mieux jouer et nous attendons une réaction car son trio avec Jonathan Drouin et Josh Anderson peut s’avérer létal très régulièrement. Ces problèmes provoquent une possession du palet supérieure aux adversaires qui ont plus d’occasions de mettre en place leur jeu et du coup de d’avoir des situations de lancer plus nombreuses. Un exemple lors des deux confrontations contre Ottawa où les deux fois les Sénateurs ont lancé 39 fois en direction de Price (avec une prolongation à chaque fois). Cependant Marc Bergevin reste confiant tant à la progression de ses jeunes talents :

« [Kotkaniemi] est parmi les 10 joueurs les plus jeunes de la Ligue nationale. Il connaîtra encore des difficultés lors de son développement. Mais il est sur la bonne voie. Il joue à une position difficile. Les centres ont de grandes responsabilités. Le jeu en zone défensive, en zone neutre, en attaque… Les mises en jeu… Il continue d’apprendre. Mais nous croyons qu’il grandit de la bonne manière. »

Marc Bergevin

Shea Weber a réagit au licenciement de son désormais ex-entraîneur et nous apprend que ce sont les joueurs qui doivent porter le blâme de son départ :

« C’est toujours difficile. Personne ne veut voir ça. C’est un environnement d’affaires très difficile. Au bout du compte, les résultats font foi de tout. Nous, les joueurs, avons le sentiment que c’est notre faute parce que nous ne faisons pas le travail correctement. »

Shea Weber

Shea Weber souhaite garder un état d’esprit positif – Source: RDS

Néanmoins il est positif dans son discours et garde de l’espoir pour l’avenir de cette saison :

« J’estime maintenant que nous avons franchi le stade de la frustration. Il reste encore beaucoup de pain sur la planche et nous devrons faire tourner le vent très rapidement. Nous n’avons pas le choix avec les matchs qui s’enchaînent, mais nous sommes sur la bonne voie. Il y a de l’espoir. Nous faisons de bonnes choses, mais il en reste d’autres à peaufiner.»

Shea Weber

QUAND PRICE COGITE, LE CH S’AGITE

Carey Price est dans le doute, dans une nouvelle crise de confiance. Depuis cette série de défaite, il n’est que l’ombre du champion qu’il est. Avec un bilan de 5 victoires pour 4 défaites et 3 en prolongations le concernant, Price concède en moyenne sur la saison 3,13 buts à 88,8 %. Des chiffres qui ne trompent pas et qui reflètent le mauvais passage du gardien mais aussi en re-regardant les images de match, un sentiment qu’il est fréquemment laisser en pâture aux attaquants adverses comme nous l’explique Jonathan Drouin :

« Carey n’est peut-être pas à son mieux, mais on ne l’aide pas. Il y a des tic-tac-toe et des buts où il ne peut rien faire. À Ottawa, il avait sauvé plusieurs buts. C’est à nous aussi de donner moins de chances de qualité. L’aider à recevoir des tirs faciles. Il y a trop de jeux avec lesquels peu importe qui serait le gardien, l’arrêt serait dur à réaliser. »

Jonathan Drouin

Carey Price dans le doute et c’est toute une organisation qui vacille – Source: David Kirouac/Icon Sportswire via Getty Images

Laissé au repos dans la défaite d’hier soir à Winnipeg, Carey Price a expliqué son mal-être lors de la rencontre précédente contre Ottawa et 6 buts encaissés :

« Je réfléchis trop. […] J’essaie de trouver ce qui ne fonctionne pas. »

Carey Price

Un temps sur le banc et des séances plus soutenues avec Stéphane Waite peuvent lui permettre de retrouver ses repères, de libérer un peu la pression et de mettre en avant son compère Jake Allen qui, de son côté, réalise une saison convaincante.

En effet Allen n’alloue que 2,12 buts par match à 92,9 %, des chiffres vraiment bons pour un soi-disant gardien remplaçant. Avec la 15ème défense de la ligue à 2,90 buts encaissés, le CH doit stopper l’hémorragie récente qui a fait gonfler les chiffres et Jake Allen peut être une de ces solutions. Malgré le gros contrat de Price à 10,5 millions de $ par saison jusqu’en 2025-2026, il est dans la logique de mettre devant le filet le gardien le plus confiant, celui qui diffuse au mieux de la sérénité sur la glace et en ce moment c’est Jake Allen.

Jake Allen est plus qu’un suppléant – Source: TheScore

Pour répondre à la question : est-ce grave docteur ? Non bien entendu mais avec une saison courte de 56 matchs, le doute n’est pas permis et le Canadien se doit de retrouver rapidement de l’allant car les concurrents directs aux Séries ne vont pas les attendre. Les Leafs caracolent déjà en tête de la division et les Oilers et Jets ne lâcheront rien, de même que les Flames. Au final, si la crise se prolonge, ce pourrait être une triste cinquième place qui se profilerait et une nouvelle absence en Séries éliminatoires. Aux joueurs, en tant que professionnels, de retrouver cette énergie car, nous l’avons bien vu, Tyler Toffoli et Jeff Petry ne vont pas pouvoir sur-performer tout au long de la saison, soyons réalistes. Les résultats reviendront par le travail, la communication entre joueurs, l’entre-aide, l’envie de se faire encore plus mal pour ses coéquipiers. Les Canadiens l’ont déjà fait en début de saison, il ne tient qu’à eux de retrouver cette synergie collective.

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