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Gabriel Lacroix : les bons moments d’une carrière à 100 à l’heure

Jeudi 25 février, aux alentours de 20h30, un post Instagram apparaît sur le compte de Gabriel Lacroix. Les mots sont forts, sincères, gonflés d’émotions pour lui comme pour les fans. Le couperet tombe, le trublion ailier rochelais annonce la fin de sa carrière. Le joueur de 27 ans s’en va tôt, beaucoup trop tôt, du monde du rugby professionnel. Après 3 ans de combat contre une grave blessure au genou, la marche était trop grande. Gabriel le savait, mais il a quand même essayé de la franchir, ce qu’une flopée de joueurs n’aurait même pas osé faire. Comme son jeu, cette carrière est allée vite, retenons, plutôt que cette fin, les actions de classe qui ont fait de Gabriel Lacroix, une pépite, un joueur respecté et une idole pour les supporters.

Les premiers pas en Pro à 18 ans

Gabriel Lacroix a passé son enfance entre la Haute-Garonne et le Gers. Après l’école de rugby à Lombez Samatan et un essai infructueux au Stade Toulousain, il rejoint les espoirs du FC Auch. C’est là que la connexion gersoise s’opère. Henry Broncan, plus connu sous son surnom du sorcier gersois, alors entraîneur du SC Albi, n’hésite pas à proposer un contrat professionnel à Gabriel Lacroix à tout juste 18 ans.

Le jeune ailier de poche ne manque pas cette occasion est part avec une conserve de foie gras et son casque du côté de la capitale tarnaise. Sa première année, il la passe sur le banc à apprendre le patois du coin et les combines de son entraîneur pour enfin gagner du temps de jeu. Lors de sa deuxième saison, il touche un peu plus le terrain, et le 16 février 2013, il marque son premier essai professionnel contre Aurillac à Jean Alric, déjà tout en vitesse et en franchissement !

Le premier essai professionnel de Gabriel Lacroix avec le SCAlbi (3’15 »)

C’est le début de l’ascension folle pour Gabriel. Il prend la place de titulaire indiscutable pendant les deux saisons suivantes, enfilant les feuilles de match comme les essais (57 matchs – 16 essais). Après 4 années passées dans le Tarn et dans l’antichambre du plus haut niveau national rugbystique, il était temps pour Gabriel de passer, une fois de plus, à la vitesse supérieure.

Le vent en poupe chez les maritimes

En 2015, Gabriel Lacroix quitte les contreforts de la Montagne Noire pour rejoindre la côte ouest. La Rochelle accueille donc un jeune de 22 ans mais avec déjà une expérience non-négligeable et surtout un joli tableau de chasse de chevilles cassées par ses appuis de feu. L’ailier est peut-être râblais (1m71), il n’en est que plus vif, il sera titulaire dès son arrivée en Charente-Maritime.

Les Bagnards découvrent alors un joueur aussi attachant sur le terrain par ses actions qu’en-dehors de par son caractère. La coqueluche des supporters est donc toute désignée, ce sera lui. Dans cette équipe jeune, qui monte en puissance et pleine d’ambition, Gabriel Lacroix est le finisseur hors pair, avec l’instinct du tueur qui vous crucifie le match. Le Stade Rochelais est applaudi par tout le monde, les médias vantent le jeu proposé, le public est élu le meilleur de France à maintes reprises, la gestion du club est saine… Une idylle semble débuter entre le rugby, La Rochelle et Gabriel Lacroix.

Le 1er janvier 2017, Gabriel Lacroix réalise l’une de ses performances majeures avec le Stade Rochelais. Contre le FC Grenoble au Stade Marcel-Deflandre, l’ailier va martyriser une équipe de rugby à lui tout seul depuis la première minute jusqu’à sa sortie à la 70ème. Son essai dans ce match, reflète parfaitement son jeu, tranchant, rapide, efficace. Sans décalage sur son aile, Lacroix se présente face à Xavier Mignot. Les deux ailiers sont physiquement différents, Mignot approche le mètre quatre-vingt-dix contre seulement 1m70 chez Gabriel. Pourtant le feu-follet maritime n’en fait pas cas, plante ses appuis à l’intérieur avant de repartir extérieur, un cadrage débordement absolument parfait et une accélération fatale pour déposer Chris Farrell (#13) plus tard, il finit en terre promise. Un exemple parmi ses 18 essais inscrits en Top14.

Un nom au Panthéon de l’équipe de France

Cela ne s’est pas joué à grand-chose, mais Gabriel Lacroix est bien un Bleu. Il a trusté une sélection contre le Japon le 25 novembre 2017. Pourtant, il avait aussi participé à un match de gala contre la Nouvelle-Zélande 11 jours plus tôt qui néanmoins, ne comptait pas comme une sélection.

Commençons crescendo et chronologiquement, contre les Blacks donc. Certes, les deux équipes étaient largement remaniées, et chez les Kiwis, aucun des titulaires habituels n’étaient sur le pré. Mais à l’aile de l’équipe française, il y avait une lumière, une étoile filante qui a retourné la tête des adversaires et des supporters du XV de France. Bien sûr cette comète c’était Gabriel Lacroix qui, ce jour-là, malgré la défaite finale, s’offrait le luxe d’inscrire un doublé contre la plus grande nation du rugby, dont une interception de 80 mètres, une belle chevauchée solitaire.

Et on arrive enfin, à LA sélection, celle contre les Japonais, et officielle cette fois. Celle qui permet à Gabriel Lacroix d’être sur les tablettes des sélectionnés, comme une reconnaissance in extremis de son travail à pourtant seulement 24 ans. Sa sélection, il la doit à son match remarqué contre le XV de la fougère, c’est une évidence, il est allé se la chercher seul.

Et une nouvelle fois, Gabriel va briller très fort sur la pelouse de la Défense Arena. Au terme d’un maul improductif français se finissant sur les 22 nippons, Serin éjecte pour Trinh-Duc qui ajuste une passe au pied millimétrée sur l’aile de Gabriel, comme une offrande. Le blond aux yeux bleus n’a plus qu’à déployer ses ailes pour finir en terre promise laissant l’arrière des cherry blossoms, Kotaro Matsushima, sur place. C’est le seul et unique essai officiel de Gabriel Lacroix en sélection pour son seul et unique match officiel. C’était le 25 novembre 2017 à la 49ème minute du match.

Nous ne parlerons pas de la blessure de Gabriel dans ce papier. Nous nous souviendrons des moments joyeux qu’il a pu apporter à tous les supporters d’Albi, de la Rochelle et du XV de France dans sa trop courte carrière. Pour finir, donc, permettez-moi de vous narrer un souvenir personnel. C’était un samedi après-midi à Toulouse, début de championnat et début de l’automne en 2015, à 16h il y avait un La Rochelle-Brive qui se jouait, le troisième match de Gabriel avec sa nouvelle équipe. En bon néo-toulousain, direction Chez Tonton pour regarder le match, entouré de bières et de jaunes. Il n’y avait pas beaucoup de monde au bar encore, en même temps qui regarde un La Rochelle-Brive en 2015 à Toulouse ? Le Top14 te découvrait encore et je te découvrais alors. À chaque ballon touché sur ton aile, La Rochelle avançait. À chaque ballon touché sur ton aile, la population un peu éméchée applaudissait. À chaque ballon touché sur ton aile, le barman rappelait « J’ai joué en cadet avec lui, il était déjà impressionnant, je ne comprends pas comment le Stade a pu laisser partir un mec aussi bon quand même. Non, je vous jure il est trop fort ce garçon, il va briller… ». À chaque ballon touché sur ton aile, personnellement, j’oubliais de supporter Brive.

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