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Ligue 1 : Comment Niko Kovac a fait de Monaco un candidat au titre ?

Le club princier se déplace ce soir au Stade de la Meinau pour affronter le RC Strasbourg, avec pas mal de confiance. En effet, les hommes de Niko Kovac sont sur une excellente dynamique de 12 matchs sans la moindre défaite, avec 10 succès pour 2 nuls. Cet excellent passage a permis à Monaco de se replacer en 4e position et de pouvoir encore prétendre à la Ligue des Champions, voire au titre. Séduisante dans le jeu, efficace devant le but adverse, l’équipe de la Principauté est la formation la plus en forme de Ligue 1. Focus !

Une dynamique exceptionnelle

C’est avec une série de sept victoires consécutives (et même huit en y incluant la Coupe de France), que l’AS Monaco a démarré l’année civile 2021, une performance rare en Ligue 1 Uber Eats. C’est d’ailleurs une première depuis 72 ans et les 10 victoires du Stade de Reims lors de l’année civile 1949. Signe d’un Monaco enfin retrouvé après trois saisons en transition ? Cette série est en partie la réponse, puisque l’ASM n’a plus enchainé autant de succès depuis la série record de 16 victoires consécutives entre février et août 2017, la plus longue à ce jour dans l’élite du football français. Bousculé par Lorient (2-2), l’ASM s’en est sorti grâce à un doublé de Ben Yedder, qui a inscrit le but égalisateur dans les dernières secondes du match puis a réenclenché sa marche en avant avec une démonstration d’intention au Parc des Princes (0-2).

En difficulté en début de saison, Niko Kovac a su se réinventer : bilan, une équipe plus réaliste dans les deux surfaces et un rythme de champion (source : whoscored.com)

Les hommes de Kovac n’ont pas perdu d’énergie en Coupe d’Europe cette saison puisqu’ils n’étaient pas qualifiés. Ce week-end, les Monégasques ont totalement dominé Brest mais sont tombés sur un Larsonneur en état de grâce. Peu en réussite, Ben Yedder a été remplacé par Jovetic qui a changé le cours du match en marquant ce premier but si important. L’Allemand Kevin Volland a ensuite conclu le travail sur un nouveau service de Golovin, double passeur décisif également entré en jeu. La patte tactique de Niko Kovac se fait ressentir en Principauté. Le technicien croate s’adapte parfaitement à l’adversaire ou en cours de match comme il l’a fait dimanche dernier.

Une équipe offensivement inarrêtable

l’ASM se montre efficace face au but par rapport à la qualité de ses occasions. Pour 51,6 Expected Goals produits, Monaco a inscrit 56 buts. La raison ? L’optimisation des positions de frappe :

  • Distance moyenne des tirs la plus proche du but de L1 : 14,5 mètres (seulement 6 buts en dehors de la surface)
  • Plus haut pourcentage de tirs réalisés dans l’axe (73%)
  • 2e pourcentage de tirs dans la surface (61%)
  • 3e pourcentage de tirs dans les 6 m (10%)
  • Meilleur ratio tir/but (21 %) : 355 tirs pour 56 buts

Très fort devant, l’ASM encaisse tout de même énormément de buts, 37 buts en 27 matchs alors que Paris et Lille n’en ont encaissé que 17. Pour ce qui est de la solidité défensive, le ratio s’inverse d’ailleurs côté monégasque, avec ces 37 buts encaissés pour « seulement » 28,8 xG subis. Ce grand écart s’explique en bonne partie par les performances des gardiens monégasques. En utilisant les  »Post Shot Expected Goals« , c’est-à-dire la qualité des occasions se terminant par un tir cadré de l’adversaire, on se rend compte que les derniers remparts monégasques (Benjamin Lecomte, Vito Mannone et Radoslaw Majecki) en ont « coûté » presque 9 !

En revanche, s’il y a bien un domaine où l’AS Monaco rayonne, ce sont les coups de pied arrêtés, élément travaillé par Robert Kovac, frère et adjoint de Niko. Les hommes du coach Croate ont inscrit 16 buts suite à un coup franc ou un corner (soit 28% de leur total), alors que la moyenne du Championnat dépasse tout juste les 5. En lien, 7 joueurs ont frappé 10 corners ou + cette saison, une variabilité qui rend les combinaisons indétectables. Les défenseurs centraux (Disasi, Maripan et Badiashile), grâce à leur taille et leur capacité à gratter les 2nd ballons, ont un rôle primordiale dans cette réussite : 10 buts à eux trois. Ajoutez à cela 7 penaltys marqués et 2 coups francs directs transformés, et vous obtenez une menace majeure. Par ailleurs ils n’en ont encaissé que 8 dans le domaine. Le dernier quart d’heure est également favorable à l’ASM, qui a déjà inscrit 11 buts entre la 76e minute et le coup de sifflet final. Dans le même temps, l’équipe se montre imperméable dans les fins de rencontres, avec respectivement 4 buts encaissés en 27 journées.

Une équipe made in Bundesliga, optimisée pour marquer..

À son arrivée à Monaco, Niko Kovac avait promis un « football intense ». Jusqu’ici – et en partie à cause du profil des adversaires –, on voit surtout un jeu de position intelligent, équilibré, varié et bien exécuté techniquement, avec des nuances d’un match à l’autre. Semaine après semaine, l’animation offensive monégasque en 3-2-4-1 est toujours aussi intéressante à voir. Objectif de ce schéma : Relancer court (Badiashile affiche un taux de passe réussie de 83 %) et chercher dans les demi-espaces les relais intérieurs (Diop et Volland : deux joueurs créatifs) pour ensuite alimenter les excentrés (Caio Henrique et Aguilar : Monaco est l’une des équipes qui centre le plus), créant une supériorité sur la largeur et ouvrant des espaces pour alimenter le duo WBY/Volland (26 buts et 13 passes : Quand le premier occupe la pointe, le second décroche, à la manière d’un 9 et demi, et vice-versa).

Cette situation crée deux axes préférentiels (photo 1) : Badiashile -> Tchouaméni -> Diop -> Henrique et Maripan -> Fofana -> Volland -> Aguilar (peu de touche de balle et installation de triangles dans les espaces réduits, demandant une grosse qualité technique – photo 2). Niko Kovac a d’abord débuté la saison avec un 4-3-3 tourné vers la possession. Très vite, le Croate a fait évoluer son système en un 4-4-2 basé sur le pressing et le contre-pressing pour une meilleure assise défensive. Sans vrai 6, Kovac a donc associé Tchouaméni-Fofana en sacrifiant Fabregas. Les occasions concédées provenant d’un pressing collectif cassé par l’adversaire, qui efface les offensifs en une passe et se retrouve dans le camp de l’ASM. Derrière, le champ est libre et l’arrière-garde n’est pas la plus performante au marquage et dans les duels (exemple le plus notable, la défaite 4-1 contre Lyon – photo 4 ci-dessous)).

..et plus stable défensivement

L’ASM défend en 4-4-2 à plat et de manière agressive (2ème équipe la plus sanctionnée en carton). La doublette WBY/Volland se positionne souvent au-delà de la médiane pour permettre à l’ensemble du bloc de remonter. Sous l’impulsion des attaquants, le bloc équipe cherche à se positionner haut sur le terrain, en cherchant à orienter l’adversaire vers l’extérieur pour ainsi avoir plus de facilité à défendre le long de la ligne de touche (photo 5 ci dessous). Monaco agresse également le porteur à la perte du ballon avec une grosse densité. Ce contre-pressing souvent initié par WBY/Volland, bien accompagnés par le latéral/milieu qui vient combler l’espace pour couper les solutions et ainsi récupérer le ballon (où faire reculer le porteur). Preuve de son efficacité, Monaco possède la 2ème PPDA de l’élite (Passes adverses par action défensive dans le camp adverse).

Le double pivot Tchouaméni-Fofana, très orienté box-to-box, est le point clé de l’équilibre défensif du 4-4-2. Les deux milieux touchent bien moins de ballons dans le tiers adverse par rapport au 4-3-3 (15% depuis novembre contre 25%) et semblent plus à l’aise que dans un milieu à trois. Grâce à ce double pivot, Kovac renforce son axe avec un carré défensif Badiashile/Maripan/Tchouaméni/Fofana (renforcer par Disasi lors des matchs contre Paris et Brest) qui offre enfin l’équilibre tant recherché depuis le début de saison. Il permet surtout de minimiser les erreurs individuelles grâce à un carré compact.

Un effectif pléthorique et efficace

Si Monaco est la meilleure équipe de France en 2021 (28 points sur 30), elle le doit aussi à la qualité et l’impact des entrants en cours de match. En défense, le champion du monde 2018 Djibril Sidibé (12 titularisations en L1) et l’ex-Lillois Fodé Ballo-Touré (6) ne démarrent actuellement pas en défense. Auparavant, l’international chilien Guillermo Maripan (12 titularisation), le Brésilien Caio Henrique (15), Axel Disasi (17) et Ruben Aguilar (21), ont connu ce turnover. Sur le plan offensif, Stevan Jovetic, Cesc Fabregas et surtout Aleksandr Golovin, sont impliqués sur 11 buts (six buts et cinq passes décisives) depuis janvier.

« Chacun des 20 (joueurs) sur la feuille de match veut jouer. Voilà pourquoi j’ai toujours été favorable à la possibilité d’effectuer cinq changements. Je peux donner du temps de jeu à ceux qui méritent et montrent à l’entraînement. Ils poussent les titulaires à se surpasser, apportent une plus-value. Cela me pousse à réfléchir et me challenge en tant qu’entraîneur. Cela me plaît. »

Niko Kovac, entraineur monégasque

Avec quatre buts et six passes décisives en 393 minutes, le Russe est l’élément le plus décisif de l’élite. Depuis son retour de blessures en 2021, ses statistiques impressionnent (quatre buts, cinq passes en 290 minutes). Buteur victorieux à Grenoble en Coupe, Jovetic lui, a remis ça contre Brest. Avec quatre réalisations (trois en L1), il s’est installé dans un rôle de supersub (2 titularisations en 22 apparitions). Un système global qui assimile au mieux les différents profils d’un effectif pléthorique et qui tient compte des longues blessures (Ex : Golovin). La fatigue inhérente aux exigences tactiques soutenues de Kovac pousse ce dernier à toujours procéder aux cinq remplacements autorisés (une exception à Nice, quatre seulement). Il a eu recours à l’utilisation de 30 joueurs cette saison et ls ne sont d’ailleurs que deux (Aurélien Tchouaméni et Benoit Badiashile) à avoir disputé plus de 2000 minutes en Ligue 1 (soit au moins 83% du total).

Si L’ASM est encore perfectible, notamment défensivement malgré les progrès entrevus face à Paris et Brest avec une organisation défensive Disasi/Maripan/Badiashile/Tchouaméni/Fofana, mis en place par Kovac. Monaco devra confirmer ses progrès contre les « gros » (6/18 points pris face à Paris, Lille, Lyon, Marseille et Rennes lors de la phase aller), pour entrevoir la possibilité de coiffer tout le monde au poteau dans la quête du titre. Néanmoins, le travail que fournit Kovac depuis le début de saison, entre dégraissage d’un effectif pléthorique (avec Paul Mitchell), intégration des jeunes et mise en place de sa philosophie, sonne comme un air de renouveau pour l’ASM qui séduit et joue plus que jamais les premiers rôles, le match contre le PSG en est la preuve.

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