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Strade Bianche, la nouvelle star

Ce samedi 06 mars s’élancera en Toscane la 15ème édition des Strade Bianche. Course relativement jeune, elle s’impose de plus en plus comme une date incontournable du calendrier World Tour. De par son parcours propice au spectacle. De par son casting 5 étoiles qui ouvre le marbre de son palmarès aux plus grands noms du cyclisme mondial. Et enfin, de par la théâtralisation épique des performances de ces derniers qui se dessinent derrière un épais voile de poussière blanche. Présentations avec la nouvelle coqueluche qui porte le gravier blanc des routes toscanes toujours plus haut dans le paysage cycliste international.

UN PARCOURS SPECTACULAIRE

Les Strade Bianche sont une course de début de saison qui occupe les premiers jours du mois de mars. L’an dernier, pandémie oblige, elle a eu lieu en Août. Elle était la première course World Tour dans la phase de relance qui suivait le confinement planétaire.

Née en 2007 sous le nom de Monte Paschi Eroica Pro, elle devint ensuite la Monte Paschi Strade Bianche avant de finalement être nommée tout simplement « Strade Bianche » depuis 2012. Elle fête ainsi cette année son quinzième anniversaire qu’elle célébrera à Sienne, comme il en est de tradition. La cité toscane sera à la fois ville-départ et -arrivée, et accueillera les héros du macadam qui, petit à petit, en écrivent la légende.

Profil des Strade Bianche 2021 – Source : 3bikes.fr

Niveau profil, pas de longs cols interminables mais jamais vraiment à plat non plus. Le terrain toscan offre un parcours vallonné et usant. Dur dès le départ. Dur au milieu. Et dur vers la fin, aussi. Pas beaucoup de bouts horizontaux pour « reposer les cannes » sur les 184km de course qui les ramèneront vers Sienne où, en juge de paix, se dressera la côte finale aux pourcentages sévères – 500m à 12,4% de moyenne, avec un passage à 16%.

Mais ce qui fait la spécificité de la classique italienne – et qui lui vaut ce nom de Strade Bianche, Les Routes Blanches – ce sont ses chemins de terre, ces sections en gravier sur lesquelles devront évoluer les coureurs. On en dénombre 11, pour un total de 63km soit plus du tiers du parcours pris dans son entièreté. Des secteurs non bitumés qui, par conditions sèches, soulèvent une épaisse poussière blanche sous les coups de pédale acharnés des coureurs qui les empruntent. Donnant à l’épreuve transalpine un aspect résolument spectaculaire et télégénique.

Des secteurs qui déroulent leurs graviers sur des portions par ailleurs pas plates pour un sou. Si on ne devait en retenir qu’un, on pourrait citer le secteur 8. Situé à 54km de l’arrivée, il est particulièrement stratégique, long (11,5km) et propose une succession de descentes et de montées raides dans les collines toscanes. Asciano, Monte Sante Marie, Torre a Castello avant d’en sortir à Croce di Camesecca. Comme le veut la formule « la course ne se gagne pas là, mais elle peut se perdre ».

Le parcours des Strade Bianche 2021 – Source : 3bikes.fr

Si on voulait s’essayer au jeu des comparaisons glorieuses, la classique italienne serait alors une sorte de mix entre Liège (pour le profil vallonné) et Roubaix (pour les sections pavées) mais à la sauce gravier italien… La distance en moins, loin des monuments flirtant avec les 260km de course. Mais avec tout ce qu’il faut pour séduire coureurs comme spectateurs. Et vous savez quoi ? Elle ne s’en fait pas prier.

UN PALMARÈS CINQ ÉTOILES

Au fil des ans, depuis la fin des années 2000, cette course nouvelle a donc gagné ses lettres de noblesse. Cela, notamment, grâce à des vainqueurs de renom. Et à des scénarios de course laissant la part belle au spectacle. Le profil de l’épreuve garantit en effet aux coursiers de pouvoir se faire la guerre comme il se doit sur ces routes aussi terreuses que convoitées.

Dès 2008, lors de sa deuxième année d’existence on pouvait noter la victoire d’un Fabian Cancellara dans la force de l’âge. Quand il raccrochera ses pédaliers, trois ans plus tard, le coureur helvète affichera même trois Strade Bianche à son compteur. Comme pour Paris-Roubaix. Et le Tour des Flandres. Sur une course de moindre importance, certes. Mais avec une cote à la hausse. Gagnant en 2008, 2012 puis 2016, Fabian aura sûrement aidé à la croissance de la course, l’entourant de son aura protectrice (et médiatique). Veillant sur son développement avec force bienveillance. L’ambassadeur parfait pour développer sa marque et s’attirer en retour convoitises, regards et courtisans.

Strade Bianche 2016 – Trek Factory Racing, victoire de Cancellara à Sienne, sa troisième.

Après Kolobnev qui inaugura en 2007 le palmarès de la nouvelle venue, outre le Suisse, on a pu voir des coureurs tels que Kwiatkowski – par deux fois – Benoot, Stybar ou encore Philippe Gilbert décrocher la timbale toscane. Excusez du peu. Dans la droite lignée de ces illustres prédécesseurs, les deux derniers vainqueurs ne sont pas non plus frappés du sceau de l’anonymat. En 2019, Julian Alaphilippe, devenu depuis homme arc-en-ciel. Et l’an dernier, Wout Van Aert, nouvel épouvantail à adversaires, à l’aise partout et doté d’un appétit insatiable.

SIENNE, ITALIE – 1er Août 2021 : peloton de poussière sur les 14ème Strade Bianche en 2020 (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

Une course qui, on le voit, s’est souvent offerte à des champions du monde – en titre ou non. Philippe Gilbert. Michal Kwiatkowski. Alaf. Belles têtes de gondole. Quoi de mieux pour donner un écho mondial à une course émergente sur le plateau international ? Si on s’attarde d’ailleurs sur les places d’honneur, on trouvera là-aussi des champions du monde avec Valverde par exemple, classé deux fois troisième. Ou Peter Sagan, qui se hissa à deux reprises sur la deuxième marche du podium. On y trouve encore d’autres coureurs majeurs avec les Bardet (2ème), Van Avermaet (deux fois second), Wout Van Aert à nouveau (deux fois troisième avant de l’emporter en 2020) ou Jakob Fuglsang (2ème en 2019) que les qualités naturelles destinent à briller sur ce genre de terrain.

UN CASTING HOLLYWOODIEN

Une épreuve devenue donc en peu de temps une classique très en vogue dans l’imaginaire du peloton et de ses suiveurs. La classique de la poussière qui, paradoxalement, dépoussière un calendrier de courses dont beaucoup sont centenaires ou a minima créées à l’après-guerre dans l’euphorie d’un monde enfin libéré d’un hiver sanglant.

Une fois encore, cette année, le plateau sera relevé. Un casting de blockbuster hollywoodien pour porter, avec envie et énergie, ce nouvel opus tant attendu de la série toscane. Une production des studios World Tour que Netflix et Amazon Prime doivent commencer à nous envier vivement.

Wout Van Aer émergeant de l’un des nuages de poussière qui sont l’ADN de l’épreuve des Strade Bianche.

Tout d’abord le nouveau prince de Belgique sera là pour défendre son titre. Wout Van Aert, après une saison d’hiver active et chargée sur le circuit cyclo-cross, reviendra sur la course italienne et visera, forcément, la victoire. Sur ces routes qui, mieux qu’aucune autre, lui offrent une transition en douceur depuis les sentiers boueux vers le bitume de la route. Un entre-deux idéal, alternant portions-goudron et chemins de terre, où il entendra poser la première brique dans l’édification de sa saison 2021, sur laquelle il lorgne avec une ambition débordante.

L’un n’étant jamais trop loin de l’autre, le second favori sera sans surprise notre Julian Alaphilippe national. Victime de 6 crevaisons l’an dernier, le sort s’était acharné et l’avait empêché de défendre ses chances à la régulière face à ce cher Wout. Une victoire partout. Ex-aequo la balle au centre pour les deux derniers à avoir inscrit leur nom dans les tablettes. Le champion du monde 2020 viendra ainsi, tout d’arc-en-ciel vêtu, pour ferrailler avec le vice-champion du monde à Imola. Vainqueur 2019. Face à vainqueur 2020. Entre un champion du monde et son dauphin. On achète, non ? Sans escompter du résultat, espérons juste que le sort – même s’il est partie intégrante de la vie du cycliste, et de la vie tout court – nous laisse cette fois le loisir de juger sur pièce. Et que le meilleur gagne.

Julian Alaphilippe avait été malheureux sur les Strade Bianche 2020. Victime de 6 crevaisons, il n’avait pas pu pesé ni même espéré – STRADE BIANCHE 2020, 1er Août – SIENNE (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

Le meilleur, peut-être aussi qu’il faudra le chercher ailleurs tant la belle toscane ne manque pas de prétendants cette année. Et des beaux partis, qui plus est. Tout d’abord, souvent aperçu en compagnie de Alaf et WVA en fin de saison dernière, Mathieu Van der Poel (Alpecin) sera également au départ. À nouveau champion du monde de cyclo-cross fin janvier, et avec la manière, on n’a peu de doutes sur son état de forme. Et on s’en pourlèche les babines par avance. Orpheline de Bardet, l’équipe AG2R Citroën pourra quant à elle compter sur Greg Van Avermaet – déjà deuxième en 2015 et 2017 comme évoqué plus haut – et recruté à l’intersaison précisément dans ce but. Romain Bardet, justement, sera lui-aussi présent, pour sa deuxième course de la saison, mais sous ses nouvelles couleurs de la DSM. Tiesj Benoot prenant le départ de Paris-Nice ce week-end, il incarnera l’option numéro un. Il sera intéressant de voir où il se situe par rapport à la concurrence. Face à eux ils retrouveront deux coureurs qui, à 22 ans à peine, portent déjà l’étiquette de vainqueur du Tour de France : Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) et Egan Bernal (Ineos-Grenadiers). Ils ont les qualités pour s’épanouir autour de Sienne. Le jeune prodige colombien du team anglais sera par ailleurs accompagné d’un autre petit Mozart à deux-roues qui nous arrive du cyclo-cross – et oui, encore un : Tom Pidcock. Quand on voit le succès récent d’autres cyclo-crossmen, on gardera un œil curieux sur lui. Dans la même équipe aussi – surtout, peut-être – Michal Kwiatkowski, double vainqueur sur les Strade, et jamais bien loin. Tim Wellens, sur le podium en 2017, portera les espoirs de la Lotto Soudal. Pendant que d’autres coureurs comme Michael Woods – transfuge d’Israel Start-Up Nation, et très en vue sur le Tour des Alpes Maritimes et du Var – ou Jakob Fuglsang (Astana) seront eux-aussi à surveiller. La FDJ a montré de son côté de belles choses en ce début de saison et tentera de bien figurer avec des Küng, Madouas ou Rudy Molard. Enfin, du haut de ses 119 ans, Alejandro Valverde prendra le départ pour la 97ème fois … et on ne peut jamais complètement l’oublier.

La classique des Strade Bianche nous revient donc en cette année 2021, à une date plus habituelle, et avec un parterre de stars qui semble se relever d’année en année. Celle que de plus en plus on présente comme le « sixième monument » des classiques a su s’extraire des denses nappes de poussières pour se faire une place au soleil. Elle a conquis les coureurs autant qu’eux l’ont conquise. Wout Van Aert comme Julian Alaphilippe l’ont ainsi décrite récemment comme « l’une des plus belles courses au monde ». Une belle histoire d’amour de plus en train de naître entre le vélo et l’Italie. Puissent-ils convoler longtemps en justes noces. Longue vie aux jeunes mariés et rendez-vous ce samedi 06 mars au départ de Sienne.

(2 commentaires)

  1. Cette course mérite tout l’intérêt quelle suscite, renouveau, palmarès, parcours, coureur engagé mais elle est encore plus sublimé par la magnifique plume de l’article.

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