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Jules Segers : « Le plaisir de skier et ma détermination ont conditionné la suite »

Jules Segers est l’un des derniers arrivés sur des étapes de coupe du monde de ski alpin handisport. Avant une étape de coupe d’Europe cette semaine à Malbun (Liechtenstein), le membre du groupe Relève de l’équipe de France revient sur sa saison entre études et épreuves de coupe du monde, son apprentissage du ski dans sa station des Gets et ses espoirs futurs.

En janvier, il y a eu la reprise de la coupe du monde, dans quel état de forme étais-tu en y arrivant ?

« J’étais prêt car nous avons eu la chance de pouvoir nous entrainer tout l’automne sur les glaciers français et suisses. Ensuite pendant les vacances de Noël, j’ai pu m’entrainer également dans ma station des Gets qui a mis une piste à disposition des athlètes comme s’était autorisé par le gouvernement. Je remercie d’ailleurs grandement les équipes de la SAGETS (remontées mécaniques) pour leur soutien. »

Et quelles ont été tes sensations en course ?

« La coupe du monde à Veysonnaz s’est faite sur la célèbre Piste de l’Ours qui est très technique. Il faut vraiment prendre de l’expérience pour la maitriser. J’ai skié correctement mais en dessous de ce que je produis habituellement à l’entrainement. Sur cette tournée, mon meilleur résultat a été une 9ème place en slalom. »

Cette célèbre piste dans la station suisse de Veysonnaz a accueilli des épreuves de descente de la coupe du monde de ski alpin entre 1990 et 2004. Depuis 2010, elle est une étape de la coupe de monde de snowboard-cross et accueille régulièrement des épreuves européennes ou mondiales de handiski depuis 2018. Elle accueillera l’étape finale de la coupe du monde de snowboard et de ski cross les 20 et 21 mars 2021.

Tu as débuté très jeune sur le circuit coupe du monde avec une 1ère expérience en 2019, comment s’était déroulée ton intégration dans l’équipe ?

« Suite à de bons résultats en Coupe de France et en Coupe d’Europe, mon entraineur de l’équipe de France (qui s’occupe de moi au sein de la fédération) m’a proposé de participer à une épreuve de coupe du monde pour acquérir de l’expérience.

Je connaissais déjà les membres du groupe coupe du monde puisque l’on fait certaines courses ensemble, comme les championnats de France par exemple ainsi que des entrainements communs. Ils m’ont très bien accueilli et ont essayé de faire partager leur expérience pour que je me sente bien et en confiance. »

Jules Segers lors des finales des coupes du monde à Morzine en 2019

« Cela a permis de se mesurer aux meilleurs mondiaux sur le circuit coupe d’Europe. »

Cette année, tu concoures en coupe d’Europe et coupe du monde, quelles sont les différences principales entre coupe du monde et coupe d’Europe ?

« Dans une année classique, la coupe d’Europe est l’antichambre de la coupe du monde. C’est un passage obligé pour ensuite accéder à la coupe du monde. Les résultats en coupe d’Europe conditionnent l’accession aux épreuves de coupe du monde.

En cette période compliquée, beaucoup d’étapes de coupe du monde sont annulées et les athlètes qui courent sur les coupes du monde viennent donc aussi faire des coupes d’Europe pour ne pas perdre le rythme de prendre des départs.

Cela a été un avantage pour nous car cela a permis de se mesurer aux meilleurs mondiaux sur le circuit coupe d’Europe. »

Le contexte covid n’a pas eu un impact énorme sur la préparation de la saison. Le premier confinement avait entrainé une préparation physique avec des programmes donnés pour les entraineurs à un moment où les athlètes étaient normalement encore sur les skis, la saison se terminant en avril. Une situation qui aura empêché les skieurs d’avoir leur « vraie » coupure, avec un repos complet entre avril et fin mai.

Mais ils ont pu reprendre l’entrainement comme ils le faisaient d’ordinaire par du ski sur le glacier de Val d’Isère puis un programme estival à Tignes et aux Deux Alpes. Pendant le second confinement, ils se sont entrainés en Suisse. Mais malgré une préparation correcte, le covid a impacté la saison, et pas uniquement à cause des tests PCR à réaliser avant chaque course ou stage d’entrainement.

De quelle façon le contexte impacte la préparation des Jeux Paralympiques de Pékin de l’année prochaine ?

« Le Covid chamboule évidemment la saison, de nombreuses courses ont été annulées. Les championnats du monde ont été reportés en janvier 2022 ce qui va mettre 2 grosses compétitions avec les Jeux Olympiques la même année. Mais un athlète doit avoir la faculté de s’adapter à toutes les situations.

Je suis dans le groupe Relève, un groupe destiné à participer aux Jeux Paralympiques de Cortina en 2026. Il y a donc eu un impact réduit en ce qui me concerne sur la préparation des Jeux Paralympiques de Pékin en 2022. Cependant, je sais que je participerai normalement aux Championnats du monde l’année prochaine en vue d’une éventuelle option de sélection aux Jeux Paralympiques en 2022.

Cela dépendra de mes résultats aux championnats du monde, mais si sélection il y a, ce sera pour prendre de l’expérience pour les prochains Jeux de Cortina. »

La saison de ski alpin handisport a été fortement perturbée. Seules 3 étapes ont eu lieu et 3 coupes d’Europe. Les 1er championnats du monde handisport, prévus de longue date à Lillehammer (Norvège), ont été annulés dès le début de la saison. Ils devaient pour la première fois regrouper l’ensemble des disciplines sur un même lieu pour une quinzaine de compétition.

Il est à noter que certaines disciplines handisport ont vu leur coupe du monde être mise pratiquement à l’arrêt cette saison, le ski nordique et biathlon n’ont eu qu’une unique étape par exemple.

« En handisport, on ne peut malheureusement pas vivre de notre sport. »

En parallèle de ta carrière de sportif de haut-niveau, tu es en IUT informatique à Annecy. Est-ce que tu as déjà une idée de ce que tu voudrais faire dans le futur ?

« Alors je souhaiterais faire du développement de logiciel. J’aimerais pouvoir intégrer l’entreprise Somfy qui se situe près de chez moi. Et si possible, avoir un aménagement en tant que salarié afin que je puisse faire du ski et avoir un travail à côté, puisqu’en handisport, on ne peut malheureusement pas vivre de notre sport.

Je me dis aussi qu’allier le ski et l’informatique pourrait être intéressant, ça me plairait de créer des logiciels de chronométrage par exemple ! »

Médaillé d’argent aux Jeux Para européens de la Jeunesse à Czarnagora (Pologne) en 2020 (crédit photo : Adrian Stykowski/Polski Komitet Paraolimpijski)

Comment gère-t-on ses études et une carrière de sportif de haut niveau en parallèle ?

« C’est assez difficile mais il faut savoir ce que l’on veut dans la vie ! Je suis passionné de ski et de sport mais il faut aussi prévoir la suite. Il faut être rigoureux pour être performant que ce soit en ski ou ailleurs.

Le DUT Informatique n’est pas une filière aménagée à la base pour les sportifs de haut niveau. Mais comme je voulais à tout prix faire mes études dans cette filière, l’IUT d’Annecy que je ne peux que remercier, a travaillé sur un aménagement d’études spécifique pour moi. C’est à dire que j’ai le droit de faire la moitié des modules par année et ainsi passer mon diplôme en quatre ans au lieu de deux. »

L’IUT d’Annecy propose depuis plusieurs années des programmes aménagés pour les athlètes ou musiciens de haut-niveau. Pour les skieurs, c’est plus particulièrement la filière Technique de Commercialisation qu’a d’ailleurs suivi la championne de ski bosses Perrine Laffont.

Est-ce que tu peux expliquer ton handicap et de quelle façon il impacte ta vie de tous les jours ?

« Je suis né avec une paralysie de tout le côté droit (de la tête au pied). J’ai donc eu de nombreux rendez-vous médicaux depuis ma naissance, coordonnés par ma maman qui a été très présente pour mon suivi médical. J’ai par exemple, entre autres, deux à trois séances de kinésithérapie par semaine et cela depuis ma naissance. »

« Le ski est une culture chez nous et très jeune on apprend à aimer la magie de la glisse. »

Tu as commencé à skier avec ton père, est-ce que malgré la passion familiale pour cette discipline il y a eu des questionnements avant que tu en fasses au vue de ton handicap ?

« Le ski est un sport dangereux si l’on ne maitrise pas techniquement ce que l’on fait. J’ai commencé le ski à l’âge de 3 ans dans le jardin d’enfant comme tous les enfants des stations. Le ski est une culture chez nous et très jeune on apprend à aimer la magie de la glisse. C’est donc tout naturellement que j’ai commencé le ski, mis à part le fait qu’au début je n’arrivais pas à faire le mouvement pour pouvoir tourner des deux côtés. »

Lors des championnats de France à Peisey-Vallandry en 2020

Comment s’est déroulé l’apprentissage et la prise de confiance pour réussir par la suite à aller aussi loin dans ce sport ?

« L’apprentissage s’est déroulé de manière classique j’ai passé mes étoiles à l’ESF puis comme j’adorais le ski j’ai continué à skier avec passion et persévérance pour arriver à skier comme tout le monde. Le plaisir de skier et ma détermination ont conditionné la suite je pense.

Il faut savoir que je n’ai pas été beaucoup entrainé par mon père. Lorsque j’étais petit j’ai eu des entraineurs au club ESF, au ski club des Gets. J’ai effectué des courses au sein du circuit ESF ski tour en tant que valide et je me suis entrainé et je m’entraine toujours avec les valides quand je ne suis pas en stage avec le groupe France. »

Comment se déroulent les courses « amateurs » à partir de l’âge où commencent à se mettre en place des catégories handisport ?

« Ce ne sont pas vraiment des courses amateurs puisque c’est un circuit national (coupe de France) et c’est par là que sont repérés les athlètes pour intégrer l’équipe de France. Dans ce circuit il y a deux classements : un classement moins de 18 ans et un classement tout âge. »

« On ne considère pas un sportif handisport au même titre qu’un sportif valide. »

Comment est-ce que l’on vit «  l’invisibilité » de son sport au quotidien ?

« On n’a pas le choix c’est ainsi ! C’est triste à dire mais on ne considère pas un sportif handisport au même titre qu’un sportif valide. »

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour faire bouger les lignes et permettre à toutes les compétitions handisports d’être autant suivies que les autres ?

« Il faut donner de la médiatisation à l’handisport. Il y a quelques années les coupes du monde étaient retransmises sur Youtube mais les coûts étaient trop importants pour les organisateurs et ils avaient des difficultés à trouver des stations pour accueillir ces compétitions internationales. Mais il faut quand même dire que cela s’améliore grâce aux réseaux sociaux. »

Quand tu étais jeune, est-ce que tu avais un sportif « idole » auquel tu voulais ressembler ? Qui et pour quelles raisons ?

« Oui j’ai toujours admiré Victor Muffat Jeandet. J’adore cet athlète, pour son parcours sportif mais aussi pour le travail qu’il fournit pour être parmi les meilleurs, il ne lâche jamais rien. Et de plus nous sommes chez le même équipementier de skis Salomon. J’ai toujours suivi le ski valide à la télé et j’ai toujours été un grand supporter de l’équipe de France.

Je connaissais Yohann Taberlet aussi qui courait en Handisport et qui est du village d’à côté. »

Victor Muffat Jeandet est un membre de l’équipe de France de ski alpin depuis 2004 spécialisé dans les disciplines techniques (slalom et slalom géant). Il est médaillé olympique en combiné alpin en terminant 3ème de la discipline aux Jeux Olympiques de Pyeongchang.

Yohann Taberlet est un skieur de l’équipe de France de ski handisport en catégorie assis. Il a commencé sa carrière sur le tard suite à un accident de parapente à l’âge de 21 ans. Il est multiple médaillé aux championnats du monde.

« Et bien sûr maintenant, j’ai la chance de faire partie d’une des meilleures équipes mondiales en ski handisport avec Marie Bochet et Arthur Bauchet qui m’apportent beaucoup avec leur réussite, ils nous tirent vers le haut. »

Marie Bochet était la porte drapeau des Jeux Paralympiques de Pyeongchang. Elle règne sur la discipline depuis 2011. 8 fois championne olympique, 20 fois championne du monde et détentrice de 8 gros globes, elle possède l’un des plus beaux palmarès du sport français. Arthur Bauchet (20 ans) est l’un des gros espoirs de victoires françaises des Jeux de Pékin l’année prochaine après ses 4 deuxièmes places en 2018 et ses 5 titres de champion du monde obtenus depuis sa première participation en 2017.

Entre études et ski, Jules trace sa route vers son rêve de Jeux en Italie dans cinq ans. Avant cela, la route reste longue et reprend dès aujourd’hui à Malbun pour l’étape finale de la coupe d’Europe. Une dernière étape de compétition pour cette saison où nous lui souhaitons le plus de réussite possible.

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