Autres championnats Europa League Foot

Europa League : Comment Gerrard a rendu les Gers invincibles ?

Les huitièmes de finale de l’Europa League nous offrent une rencontre inattendue entre le Slavia Prague et les Glasgow Rangers. Cette opposition entre deux formations en forme et qui vont de l’avant, devrait nous offrir une rencontre ouverte avec des buts de chaque côté, les Rangers étant restés muets offensivement sur 1 seul match, et le Slavia sur seulement 2 rencontres. Les Ecossais réalisent une saison exceptionnelle qui vient d’être ponctuée par un titre de champion d’Ecosse, attendu depuis 2011. Un succès qui porte la marque d’un homme en particulier : Steven Gerrard

Auteur d’un parcours quasi-parfait au niveau national avec 28 victoires et 4 nuls, les hommes de Steven Gerrard comptent 20 points d’avance sur leur grand rival, le Celtic, qui ne peut plus les rattraper. 10 ans après le dernier titre de champion, 9 ans la chute en 4ème division (entrainant l’hégémonie du Celtic), ce trophée récompense une saison en toute point remarquable pour la meilleure attaque (77 réalisations) et la meilleure défense (9 buts encaissés) du pays. Invaincus après 32 journées (28 victoires, 4 nuls), les hommes de Steven Gerrard, qui vit sa troisième saison sur le banc écossais, pratiquent un football attractif porté sur l’offensive, avec 2,4 buts par match de moyenne.

Légende d’Anfield, dieu à Glasgow

Parce que si les Rangers jouent leur meilleure saison depuis très longtemps, on oublie presque que l’ambiance autour d’Ibrox était mauvaise il y a peu. Après quatre années au purgatoire, les Rangers sont remontés en 2016, mais ce succès a été éclipsé par la grande domination des rivaux du Celtic. De plus, la situation financière était mauvaise et l’instabilité, chronique. Les entraîneurs ne restaient pas longtemps et les perspectives sur le long terme peu enthousiastes pour un club qui n’a que la victoire dans son ADN. Entre 2016 et 2018, les Rangers ont perdu le Old Firm sur des scores sans appel : 1-5, 1-5, 0-4 et 0-5. En avril 2018, certains fans ont exprimé leur colère, masqués, ils ont bloqué l’entrée du terrain d’entraînement des Rangers et ont accroché une banderole : «Nous méritons mieux». Deux semaines plus tard, ils ont obtenu gain de cause : Le novice, Steven Gerrard, arrive sur le banc.

Steven Gerrard, le jour de son intronisation aux Rangers (source : google image)

L’arrivée de la légende des Reds attire les lumières du monde entier sur les Gers, mais pose également question. Armé de sa seule expérience avec les U19 de Liverpool, Gerrard saura t-il s’adapté au contexte très exigeant des Rangers ? Pour sa première saison sur le banc, l’ancien numéro 8 de Liverpool mène son équipe à la deuxième place du classement avec 78 points. L’année suivante, en 2019-20, il termine de nouveau sur la deuxième marche du podium mais les progrès sont là. Les Gers ont inquiété le Celtic jusqu’à quelques journée de la finet ils ont atteint les 1/8es de finale de la C3. Plus que par les résultat, Gerrard impressionne par son adaptation au football écossais, au respect dont il fait preuve pour celui-ci. Il a bricolé une équipe à la hauteur de son image: sérieuse, professionnelle et disciplinée. La pause forcée avec la crise du Coronavirus a contribué au succès de cette saison. Pendant cinq mois, Gerrard et ses hommes ont pu travailler plus longtemps et plus intensément que d’ordinaire, gagnant ainsi la force mentale qui leur avait fait défaut les années précédentes. Preuve en est, sa troupe a battu un record vieux de 114 ans en restant sans encaissé de but dans les sept premiers matchs de championnat. Gerrard a surtout réussi à changer l’attitude de tous ceux qui travaillent pour le Rangers FC, pour un club qui ne se considère pas à tort comme une institution.

Steven Gerrard FC

Pour l’attiré, on lui a laissé carte blanche sur le marché des transferts. Stevie G a eu le temps de créer peu à peu une équipe aussi affamée que fiable. Beaucoup de ses joueurs ont déjà de l’expérience et voulaient absolument aller aux Rangers pour pouvoir pour l’un des footballeurs britanniques les plus populaires de tous les temps. Et il semble les rendre meilleurs. Le Finlandais Glen Kamara, passé par l’académie des jeunes d’Arsenal, est venu de Dundee pour seulement 50 000 livres et est maintenant dans les petits papiers de la Juventus. En trois ans au club, Gerrard a dépensé près de 35 millions d’euros, une somme colossale pour le championnat écossais. Le complexe d’entraînement du club a été reconstruit, il a élargi le réseau des scouts des Rangers et a ajouté du personnel de club.

L’attaquant Suisse Cédric Itten, une des bonnes pioches de Steven Gerrard à l’été 2020 (source : google image)

Les frais de personnel – pour les joueurs et les employés – sont d’ailleurs passés de 24 à 43 millions de livres en seulement deux ans, et le dernier bilan annuel des Rangers publié fait état d’une perte de près de 16 millions d’euros. Les recettes de l’Europa League sont dans ce contexte, salvatrices, car ces investissements ont été en grande partie financés par des prêts bon marché et des obligations auprès de supporters riches. La qualification pour la Ligue des Champions via le titre de champion, est donc particulièrement appréciée, mais il faut s’attendre aux ventes de plusieurs valeurs marchandes à l’été comme Tavernier ou Kamara. « Je suis parfaitement conscient de la situation du club et bien sûr, je comprends qu’un jour, nous devrons perdre quelqu’un », a d’ailleurs récemment déclaré Gerrard.

Un manager hors-pair

En tant qu’équipe, ces joueurs ont une identité, comme les entraîneurs modernes aiment à le dire. La meilleure façon de la résumer est un travail de course contre le ballon et une attaque vigoureuse, dans laquelle les défenseurs latéraux, positionnés haut, jouent un rôle important. Les joueurs de Gerrard perdent rarement le ballon et jamais leur intensité. L’entraineur adjoint, Michael Beale, considéré comme un génie de la tactique et qui a travaillé comme Gerrard à l’Académie de Liverpool, est particulièrement important dans l’organigramme et dans cette volonté. « Il m’implique dans tout, des transferts à la question de savoir ce que nous devrions changer sur le terrain d’entraînement et ce que je pense de la préparation du match », résumé Beal.

Faire confiance à ses hommes, c’est l’une des clés du management de Gerrard. Son capitaine James Tavernier (29 ans, 11 buts cette saison en championnat et 10 passes décisives) est l’exemple le plus concret : « Ce qui est bien pour moi, c’est que Tav fait son boulot aux deux extrémités du terrain », se félicite Gerrard. « C’est un défenseur de combat, il joue de manière agressive et bloque les flancs » : 35 tacles et 15 interceptions en décembre. Autour de Tavernier, un savant mélange d’expérience – Steve Davis (36 ans) et Allan McGregor (39 ans), deux joueurs ayant disputé la finale de Coupe UEFA 2008, Jermaine Defoe (38 ans) – de revanchards – Connor Goldson (28 ans, central indéboulonnable), Kemar Roofe (28 ans et 10 buts) – et de jeunes talents – Alfredo Morelos (24 ans, 10 réalisations), Joe Aribo (24 ans, 9 dribbles/90 et 2,62 passes clés/match), Ryan Kent (24 ans, 8 buts et 9 passes). Le tout donnant une équipe qui réalise un quasi-sans-faute sur la scène nationale, la seule ombre au tableau étant une élimination en quart de finale de Coupe de la Ligue. En Europa League, les Rangers sont également invaincus et ont remporté leur groupe du 1er tour devant le Benfica. En seizième de finale, le club écossais s’est débarrassé du Royal Anvers dans une double confrontation riche en buts (3-4 et 5-2 en faveur des Ecossais).

L’influence de Jürgen Klopp

Car ce qui caractérise le style Gerrard, c’est aussi d’avoir créer une machine offensive implacable. Sur ses deux premières saison, ils ont souvent eu du mal à briser des blocs défensifs très bas et compact et ont toujours éprouver des difficultés sur la période janvier-février par manque de profondeur. Cette saison, l’évolution est telle que la baisse de régime d’Alfredo Morelos, stratosphérique entre juillet 2018 et février 2020 (59 buts), se remarque à peine. L’avant-centre colombien, qui inscrivait 26% des pions de son équipe la saison dernière, n’en marque plus que 11% depuis l’été (10 buts en 24 rencontres). Un problème ? Non, car les Rangers marquent davantage (2,4 buts par match) et par d’autres têtes. Quatre joueurs (Morelos, Roofe, Kent, Tavernier) ont déjà marqué huit fois ou plus et quatre ont délivré au moins 7 passes décisives (Tavernier, Hagi, Kent, Barisic : les éléments extérieurs). Efficace offensivement, cette l’équipe l’est également en défense : 9 buts encaissés seulement, une moyenne de 4,6 tirs concédés par match. La raison, une équipe qui prive son adversaire de ballon (67 % de possession) et qui positionne son bloc très haut sur le terrain pour exercer un gegenpressing instantané.

Les principes tactiques de Steven Gerrard, résumés par le Youtuber « baraque à foot » (source : Youtube)

Ces Rangers commencent à ressembler à une équipe qui trouve plus de solutions et devient plus imprévisible contre le bloc bas. Cela est dû à un accent important sur la construction de leur formation, aussi flexible et fluide que possible pour rendre leurs joueurs stars (Morelos, Hagi, Kent) plus difficiles à marquer afin de créer de plus grands espaces dans les zones d’attaque. Les apports d’Aribo (56% de dribbles réussis et capacité de création près de la surface) et Kent (ailier capable de prendre la profondeur et de venir dans les demi-espaces pour créer du surnombre) sont la clé du succès des Rangers. Les ajouts de Roofe (près de 3 interceptions par match) et Itten (Plus de 5 duels aériens gagnés par match) durant l’été semblent être dans la lignée des bonnes pioches des saisons précédentes et apportent des profils différents et complémentaires de Morelos. Le banc a également joué son rôle, Jon McLaughlin a été dans le but durant la blessure d’Allan McGregor et Leon Balogun, qui est arrivé libre de Wigan, est venu aux côtés de Connor Goldson, alternant avec Helander. Au lieu de jouer avec deux ailiers naturels, Gerrard a décidé que les deux joueurs larges dans les trois premiers agiraient comme numéro 10 pour pénétrer les demi-espaces entre la défense et le milieu de terrain.

Au club, tout le monde est très conscient de la valeur ajoutée qu’à apporté Gerrard aux Rangers, à tous les niveaux. Et tout le monde connait les rumeurs selon lesquelles l’Anglais n’est présent qu’à Glasgow que pour remplacer un jour Jürgen Klopp au FC Liverpool. Toutefois, Stevie G semble déterminer à continuer, «J’en veux plus. J’ai faim et j’espère que mes joueurs partagent ce sentiment. Cette équipe est revenue de l’enfer depuis 10 ans. On ne veut pas s’arrêter là. Nous devons continuer à aller de l’avant et améliorer les choses. On va le faire». Un autre objectif se dessine déjà, les 8es de finale de Ligue Europa, face au Slavia Prague. Une compétition durant laquelle les Rangers ont prouvé qu’ils pouvaient exporter leur style résolument offensif, avec 22 buts inscrits depuis le début de la phase de poules, soit 2,75 réalisations par match. De quoi ramener les Rangers aux sommets de l’Europe ?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :