Cyclisme Omnisport

Daniel Arroyave, Colombien sauce flahute ?

Nouveau coureur fraîchement débarqué sur le World Tour dans les rangs de la formation EF Education Nippo, Daniel Arroyave vient grossir un contingent de coureurs colombiens déjà bien fourni. Champion de Colombie U23, il donne ainsi cette année ses premiers coups de pédale au plus haut niveau mondial. Les cafeteros souvent reconnus bons grimpeurs et coureurs brillant sur les cimes des grands tours, Arroyave présente des caractéristiques – et des rêves – qui le rendent atypiques. Penchons-nous sur ce jeune coureur au profil singulier.

AUX ORIGINES, EN COLOMBIE

Daniel Arroyave est donc originaire de Colombie. Dans cette nation qui vit le vélo avec presque autant de passion que le football, et qui adore ses champions – de plus en plus nombreux – comme des Dieux, il a pu cultiver son propre amour pour la discipline. Une passion sincère. Et l’énergie d’un homme tout entière vers la réalisation de son rêve.

Images du Tour de Colombie – La passion pour ce sport s’y vit avec la même ardeur que dans les stades de football. (Source : Le Télégramme)

Tout commence à Yarumal, dans le département d’Antioquia. Pas tout à fait en fait. Daniel est né à Medellín, à un peu moins de trois heures de route de Yarumal. Mais l’existence de Daniel commence par des événements difficiles. Comme il l’apprendra plus tard, il n’était « pas un bébé désiré » par sa mère, qui n’en assumera pas la maternité et le confiera dès la naissance à sa sœur, Eugenia. C’est cette dernière qui l’élèvera et lui donnera l’amour et le cadre nécessaires au développement d’un enfant. Et à la construction d’un homme. Son père quant à lui, a préféré déserté. Il ne l’a jamais connu. Un début de vie douloureux. Un chemin semé d’embuches. La genèse d’une passion pour les parcours difficiles et cahoteux, peut-être.

Yarumal, ville d’un peu plus de 31000 habitants, Antioquia, Colombie – Ville d’origine de Daniel Arroyave. (Source : Telegraph)

Pas issu d’une famille fortunée, son premier vélo il a pu se l’offrir via la vente de tickets pour une tombola locale. 20,000 pesos le ticket (un peu moins de 5 euros) pour gagner le gros lot, d’une valeur de 3 millions de pesos (légèrement plus de 700 euros). Le petit Daniel a installé son point de vente du côté du salon de coiffure de sa cousine (considérée comme sa sœur, donc) et a récolté 15 millions de pesos (environ 3500 euros) avec lesquels il s’offrira sa première monture. Nourrissant, comme tout enfant qui se respecte, l’espoir secret qu’elle puisse le hisser vers les plus hauts sommets.

À LA POURSUITE DE SES RÊVES

Le petit Daniel est donc désormais armé pour organiser sa conquête des bitumes de Colombie et – qui sait ? – du monde entier. Résidant du département d’Antioquia, on peut même considérer qu’il est à cet égard idéalement placé. La province en question s’impose en effet comme la Mecque du vélo colombien. « The place to be » pour nourrir ses rêves de cycliste. C’est là-bas en effet que Mauricio Ardila – ancien coureur pro, passé par la Rabo – a installé son centre, son camp de base disponible pour les meilleurs sportifs et les meilleurs jeunes du pays, comme un jalon posé sur le chemin vers les rangs professionnels et, tout au bout, le World Tour.

Mauricio Ardila est lui-aussi un gamin de Yarumal. Il est d’ailleurs ami avec Arroyave qui le considère également comme un mentor. « De Mauricio Ardila, j’apprends beaucoup, c’est une personne très simple et il n’attend rien en retour. Il me raconte tout le temps des histoires sur sa carrière professionnelle et il me donne des conseils sur ce qui est bien, et ce qu’il faut faire pour réussir dans le cyclisme » déclare-t-il dans une interview pour le site RevistaMundoCiclistico. C’est du côté de Santa Elena, au Sud-Est de Medellín, qu’il a créé son centre – un espace et un lieu à disposition des cyclistes, comme un refuge pour sportifs au beau milieu de la nature et des reliefs colombiens. Lieu qui au fil des ans accueilli du beau monde avec des noms comme Rigoberto Uran, Esteban Chaves ou encore Egan Bernal.

Tout ça pour dire que Arroyave est bien placé – depuis sa base arrière – et bien entouré pour planifier son ascension et réaliser ses rêves de grandeur. Côté routes, on le voit ainsi passer les étapes petit à petit dans des épreuves locales, jusqu’à conquérir la Vuelta del Porvenir – course référencées au pays. Un acte important réalisé sous le maillot de l’équipe continentale Orgullo Paisa (Medellín). On commence à le voir. À parler de lui. En 2019 aux championnats nationaux espoirs du CLM – exercice qu’il adore, on le verra – il se classe 5ème après une belle prestation. Depuis transféré du côté de l’incubateur de talents d’Astana, le vainqueur Harold Tejada – aussi gagnant sur route cette année-là – prophétise à l’arrivée : « tu vas aller loin, continue comme ça ! ».

Daniel Arroyave, en train de s’échauffer avant de s’élancer dans l’un de ses exercices de prédilection : le contre-la-montre individuel.

Arroyave, bien décidé à suivre ces conseils, se dirige alors vers la formation roumaine Team Novak, afin de courir en Europe et gagner en expérience. Il n’y reste pas longtemps, mais court toutefois sur le Sibiu Tour (Roumanie), le Tour de Hongrie et le Tour de Serbie. Après sept mois, il gagne les rangs de la formation UAE Team Colombia, récemment créée. Structure espoirs à capitaux émiratis, financée par les principaux actionnaires de la Team UAE Emirates, l’équipe a pour objectif de soutenir le cyclisme colombien et de développer les jeunes coureurs locaux sur des courses nationales et internationales – avec évidemment l’espoir d’un retour sur investissement ensuite via leur passage au plus haut niveau.

Malgré les perturbations dues à la pandémie COVID, Daniel Arroyave aura le temps de remporter sous ce maillot le championnat national U23 sur route en février 2020. Ses résultats et la promotion qu’en font les scouts et experts du pays, Ardila en tête, finissent ainsi de convaincre les équipes pros. Un moment en pourparlers avec Astana, où court Tejada, c’est finalement du côté de la EF Education-Nippo que le Colombien posera ses bagages. C’est fait, il a gagné le droit de tenter sa chance en World Tour.

Daniel Arroyave, champion de Colombie U23 en février 2020.

PRISE DE MARQUES ET AMBITIONS

En regagnant l’équipe étasunienne, Arroyave rejoint une structure stable et un environnement international et cosmopolite qui pourront aider son développement. Surtout, son intégration sera facilitée par la présence de compatriotes tels que Sergio Higuita et, surtout, Rigoberto Uran. Ce dernier, adoré et très influent au pays, agit en qualité de chaperon pour nombre de jeunes pousses colombiennes, œuvrant – au-delà de ses ambitions personnelles – pour la croissance du cyclisme colombien. Un bon appui pour lancer sa carrière. Par ailleurs, Diego Camargo, autre rookie colombien, arrive lui-aussi chez EF Education-Nippo. Outre les Colombiens, la formation compte enfin dans ses rangs l’Équatorien Jonathan Caicedo avec lequel il habite du côté de Gijon, en Espagne.

Source : IG EF Education Nippo

Sur les routes ibériques, le jeune coureur a pu commencer à s’entraîner sous ses nouvelles couleurs en appliquant les programmes d’entraînement qui lui sont transmis par un certain Michele Bartoli. Comme le fait Rigoberto Uran. Ça peut aider. Une bonne base pour poser les conditions de succès futurs. On ne saurait que trop l’inviter à suivre les conseils d’un coureur qui fut en son temps – entre autres faits de gloire – double vainqueur à Liège et en Lombardie. Et eut le privilège aussi de lever les bras sur … le Tour des Flandres.

Une course qui ne laisse pas le jeune Daniel indifférent. Elle lui fait de l’œil. Essaie de l’attirer dans ses filets. C’est là l’un des autres éléments qui intéressent, voire qui intriguent, avec Arroyave. Il lorgne avec envie sur ces pavés. Ces chemins de souffrance. Elles ne sont pas les seules, mais ces courses le fascinent et exercent une attraction sur irrésistible sur son imaginaire propre. On pourrait trouver cela presque curieux, tant nous sommes habitués au coureur colombien grimpeur de grands tours. Arroyave, très ambitieux, ne ferme bien-sûr aucune porte et rêve comme tout le monde de courir le Tour. Mais, sur la base de ses qualités intrinsèques, il penche volontiers du côté des courses d’un jour.

Daniel Arroyave sous son nouveau maillot EF Education-Nippo. (Source : colombia.as.com)

Parmi elles, les courses pavées – Roubaix et Tour des Flandres pour citer les deux monuments du genre – sont probablement celles qui l’enthousiasment le plus. Comme un Juan Antonio Flecha autrefois, Ibère échoué sur les pavés flahutes, on pourrait donc voir un autre hispanophone prendre le relais et venir casser les codes. Perspective enthousiasmante. Quand on voit la folie colorée qui accompagne les exploits colombiens dans les grands cols, on aimerait particulièrement voir cette vague jaune-rouge-bleue déferler et venir s’user la voix sur le bord des routes cahoteuses des enfers du Nord.

Daniel Arroyave jetterait également volontiers son dévolu sur d’autres grandes courses cyclistes du calendrier World Tour, monuments installés ou en devenir. Dans ce sens, il déclare : « j’aspire à être un coureur tout-terrain qui peut tout disputer […] j’aimerais gagner un Milan-San-Remo et j’adore les Strade Bianche. Ça a l’air d’être une course très dure mais ces classiques me plaisent ».

Autre exercice qu’il adore : le contre-la-montre. Il a des prédispositions et un amour certain pour la discipline. En 2018, il expliquait déjà être un coureur passe-partout, tout en confessant penser que « ce qui [lui] convient le mieux, c’est le contre-la-montre individuel ». Il allait même encore plus loin. Quand on lui demandait quelle course il choisirait s’il ne pouvait en gagner qu’une, il répondait : « être champion du monde contre-la-montre ! C’est mon grand rêve et mon objectif depuis que j’ai commencé le cyclisme ». Comme pour consolider ce profil rouleur et puissant. Atypique jusqu’au bout.

Le jeune Colombien n’aura en tout cas pas traîné pour faire sa place dans le groupe pro EF Education-Nippo. Si les directeurs sportifs ont pour habitude d’y aller progressivement, alignant d’abord les jeunes coureurs sur des épreuves de seconde zone pour les laisser faire leurs armes, ce n’est pas le cas pour Arroyave. Le benjamin de la formation a été envoyé au front. Directement dans le grand bain. Sans transition. Sans sas de décompression entre catégories jeunes et World Tour. Il a ainsi débuté sur le Tour UAE. Actionne ses pédaliers en ce moment-même sur Paris-Nice. Et prendra bientôt le départ de ces courses à pavés qui lui sont si chères. Pas de temps à perdre. Plan de maturation accélérée. Et l’occasion parfaite pour acquérir l’expérience nécessaire à la réalisation de ses rêves. Vite, la suite !

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