A l'affiche Omnisport Rugby

Luc Brocas : « J’espère qu’on sera de la partie en 2023 »

Âgé de 19 ans, Luc Brocas trois-quart-centre du RC Narbonnais est devenu international russe récemment. Ce jeune joueur prometteur passé par le rugby à XIII, s’est confié aux journalistes du CCS. Coupe du monde 2023, Pro D2, ou encore retour à XIII, il nous fait part de ses ambitions pour la suite de sa carrière.

Bonjour Luc, pouvez-vous nous présenter votre parcours pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

LB : « J’ai commencé le rugby assez jeune, à l’âge de quatre ans à Lombez-Samatan dans le Gers. A treize ans j’ai dû déménager dans l’Aude à Lézignan-Corbières. Qui dit Lézignan, dit rugby à XIII, je me suis donc lancé à XIII avec le FCL et ça a plutôt bien marché. Grâce à mes performances, j’ai connu l’équipe de France, en U16 puis en U19. L’an passé j’ai eu la chance de jouer quelques matchs avec l’équipe première de Lézignan en Élite 1 (ndlr : première division française de rugby à XIII). Malheureusement, comme beaucoup, j’ai été coupé dans mon élan par le Covid. J’avais plusieurs propositions pour rester à XIII, mais j’ai décidé que c’était le bon moment pour retourner à XV, donc j’ai signé à Narbonne. Et finalement, en début de saison j’ai été appelé par l’équipe nationale de Russie en stage, et depuis je suis rappelé régulièrement. »

Comment s’est passée votre adaptation lors de votre passage du rugby à XIII au rugby à XV ?

LB : « La première fois, quand j’étais plus jeune la transition s’est faite assez facilement. J’ai rapidement pu me fondre dans la masse avec les treizistes. Mais cette année c’était plus compliqué de revenir à XV. Ce sont deux sports et deux styles de jeu très différents. Je joue second centre désormais, et là où je galère le plus c’est avec ma passe mauvais côté. C’est important parce qu’au centre j’ai pas beaucoup de ballons mais je dois les bonifier, contrairement à XIII où je jouais devant et j’avais une plus grande marge de manœuvre. Rien n’est acquis pour l’instant, mais petit à petit ça va venir. »

Luc Brocas, ballon en main sous les couleurs du FCL XIII face à Avignon. (Crédit photo : @photographiemm)

« Les deux disciplines se complètent, il y a du bon à piocher dans le XIII et dans le XV. »

Quelles sont les qualités acquises lors de votre passage à XIII, qui vous serve désormais en tant que quinziste ?

LB : « Avec le rugby à XIII, j’ai appris à avoir des bonnes courses, à repérer les intervalles, et j’ai pris en puissance également. Au niveau du tempo c’est très rythmé, il faut rester lucide après avoir fourni de nombreux efforts. Concernant la défense, c’est mitigé parce que j’ai appris à être dur sur l’homme, mais j’avais pris l’habitude de défendre un petit peu haut. J’ai fait un passage express à Leucate en tutorat en début de saison, et j’ai beaucoup été sanctionné pour plaquages dangereux, jusqu’à prendre un carton rouge. Mais globalement les deux disciplines se complètent, il y a du bon à piocher dans le XIII et dans le XV. »

Vous sentez que vous pouvez encore progresser ou transformer votre style de jeu ? Vous pourriez tenter votre chance dans le rugby à 7 ?

LB : « Quand je suis arrivé à Narbonne, le coach m’a fixé directement au poste de second centre. Après ça ne me dérangerait pas de basculer un jour premier centre ou à l’aile, voire même au poste d’arrière, c’est intéressant et important d’être polyvalent. Je n’ai juste pas envie de jouer devant, les mêlées et les rucks ne sont pas faits pour moi encore. Pour ce qui est du sevens, pourquoi pas, je ne me ferme aucune porte, si on me propose un jour d’essayer, ça me plairait de tenter le coup. »

Comment avez-vous fait pour devenir international russe ?

LB : « Ma mère est née en Russie, j’ai de la famille là-bas, et moi j’ai la double-nationalité depuis que je suis petit, donc je rentrais dans les critères de sélection. L’opportunité de devenir international s’est présentée grâce à une personne de mon entourage qui avait des contacts avec la fédération russe de rugby. Cette personne m’a poussé à envoyer une vidéo pour proposer mes services. C’est ce que j’ai fait, et ça m’a permis d’être appelé pour un premier stage en Turquie en novembre dernier, qui a malheureusement été écourté à cause du Covid. Mais c’est comme ça que l’aventure a commencé. »

Le projet convenait donc aux deux parties ?

LB : « Eux, ils sont à la recherche de joueurs d’origine russe qui jouent en Europe. Comme c’était mon cas et que je suis jeune, ils m’ont donné ma chance. J’imagine que dans leur tête j’ai une bonne marge de progression. En ce qui me concerne, c’est un honneur de pouvoir jouer pour la Russie, de chanter l’hymne russe tout en pratiquant ma passion, surtout par rapport à ma mère. Elle m’emmenait régulièrement là-bas quand j’étais petit et elle m’a toujours parlé russe pour que j’apprenne cette langue. Même par rapport à mon père c’est sympa parce que c’est lui qui m’a lancé dans le rugby à XV, donc c’est un joli clin d’œil également. »

Avez-vous l’impression d’être mis dans de bonnes conditions pour vous préparer au mieux ?

LB : « Au début j’étais un peu timide, j’étais le jeune français du groupe mais maintenant ça va mieux. J’ai noué quelques affinités avec certains et joueurs et je n’ai pas trop la barrière de la langue donc ça aide. Pour ce qui est des infrastructures, j’ai été agréablement surpris, après on change régulièrement de camp de base, par exemple en ce moment on est à Sotchi parce qu’il fait trop froid pour être du côté de Moscou. »

Luc Brocas au premier plan, en plein entraînement avec la Russie.

L’équipe nationale russe est-elle suivie par beaucoup de fans ?

LB : « Proportionnellement à la population russe, on peut dire que l’équipe n’est pas trop suivie. Mais la fédération fait un gros travail de communication, donc je pense que nous allons être de plus en plus médiatisés et suivis. Pour ma part, j’ai quelques fans russes qui réagissent à mes storys parfois quand je suis à l’entraînement avec la sélection. Ils ne sont pas nombreux, mais ça fait toujours plaisir. »

« Ce serait magnifique de pouvoir chanter l’hymne russe en France pour un match de Coupe du monde. »

Suiviez-vous les résultats de l’équipe russe ces dernières années, notamment lors de leur passage à la coupe du monde ?

LB : « Comme je suis russe, oui je m’étais intéressé à leurs parcours en Coupe du monde en 2011 et 2019. J’espère qu’on sera aussi de la partie en 2023, ce serait magnifique de pouvoir chanter l’hymne russe en France pour un match de Coupe du monde. De ce que je vois depuis les premiers stages, on progresse. On apprend à se connaître et des automatismes sont en train de se créer, donc je pense qu’on peut y croire. »

Justement, vous avez des échéances importantes à venir avec la Russie dans les prochains jours, quels sont les objectifs ?

LB : « Oui, on va affronter la Géorgie dans le cadre du Tournoi B, après avoir battu la Roumanie lors de notre premier match. Ça va être une grosse partie, un vrai test. Les Géorgiens sont les favoris de la compétition mais on espère pouvoir les accrocher. En remportant le Tournoi, ou en finissant second, on pourrait se qualifier directement pour la Coupe du monde 2023. L’autre alternative étant de finir troisième, pour participer à un tournoi de repêchage avec des équipes provenant d’autres continents. »

En ce qui concerne votre saison avec Narbonne, vous n’avez pas pu vous exprimer avec l’équipe fanion ?

LB : « Quand j’ai signé à Narbonne, ils m’ont proposé de faire l’intersaison avec l’équipe première. J’avais un peu de mal à m’adapter, la transition a été difficile notamment par rapport au plan de jeu. Alors je suis retourné avec les espoirs, là aussi ça a été un peu compliqué parce que c’est très différent de ce qu’il se fait dans le rugby à XIII, mais maintenant ça va mieux. Après on ne va pas se mentir, à Narbonne il y a déjà du beau monde au centre en première, avec des joueurs comme Saia Fekitoa ou David Smith par exemple. Il me reste encore pas mal de boulot avant de pouvoir prétendre pour une place en équipe une. »

Les enjeux sont importants tant pour les espoirs que pour l’équipe première en cette fin de saison, vous aurez votre mot à dire ?

LB : « Comme je viens de le dire, ça va être compliqué d’obtenir du temps de jeu avec la première qui joue la montée en Pro D2. Avec les espoirs j’espère avoir une carte à jouer, on va batailler jusqu’à la fin de la saison pour terminer en tête et accrocher un barrage qui permettrait de monter en élite. Ça risque de se jouer entre Béziers, Provence Rugby, Oyonnax et nous. »

Luc Brocas tente d’échapper au plaquage d’un Albigeois lors d’une rencontre avec les espoirs du RC Narbonnais.

En ce qui concerne votre avenir, quel est votre contrat, qu’est-ce que vous comptez faire dans les années à venir ?

LB : « Il va me rester un à faire à Narbonne, où je vais devoir donner le maximum pour faire mes preuves. Pouvoir goûter au Top 14 ou à la Pro D2 ce serait vraiment sympa, maintenant que j’ai tenté l’aventure à XV je vais devoir aller au bout des choses et donner tout ce que j’ai. Après je reconnais que le XIII est toujours dans un coin de ma tête, je continue à regarder des matchs de NRL et d’Elite 1. J’ai gardé de bons contacts dans ce sport que j’adore et qui m’a beaucoup apporté, donc mon cœur est partagé. Je n’ai pas fermé complètement la porte au rugby à XIII, et peut-être qu’un retour sera envisageable dans le futur. »

Merci Luc d’avoir pris le temps de nous répondre alors que vous êtes actuellement en Russie avec l’équipe nationale, on vous souhaite bonne chance pour la fin de saison.

LB : « Merci à vous ! »

Encore en phase d’apprentissage dans le rugby à XV, Luc Brocas se montre ambitieux et s’est fixé un objectif clair avec ses compatriotes russes, participer à la Coupe du monde 2023 en France. Les Ours pourraient prendre une sacrée option en l’emportant samedi prochain face à la Géorgie, équipe contre laquelle l’ancien treiziste a connu sa première cape en février dernier.

(1 commentaire)

  1. Bravo a Lucas Jacquet de mettre en lumière ce jeune espoir du RCN que je ne connaissez pas a cause d’une saison tronqué et autre . Courage Luc et progresse vite car nos deux
    trentenaire au centre de la cavalerie commence a vieillir , forcement il y aura du temps de jeu a récupérer ,bonne progression et j’espère a bientôt a Cassayet .

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :