Omnisport Rugby

Les talents de Pro D2, club par club (4/4)

Dans l’ombre du Top 14, terreau fertile de jeunes pépites auxquelles nous avons consacré une série d’articles, la Pro D2 s’impose comme un championnat dont le niveau moyen ne cesse de s’élever, grâce à la présence de techniciens de plus en plus compétents et d’un savant mélange de jeunesse et d’expérience. Nous allons nous attarder sur certains des talents de cette division et, après avoir arpenté le sud de la France puis ses massifs montagneux, nous nous dirigeons à présent vers le nord, où le rugby professionnel est de plus en plus présent. (image : Mickaël Tavernier)

Étapes précédentes :
Valence-Romans, Grenoble, Oyonnax et Aurillac
Carcassonne, Perpignan, Béziers et Provence Rugby
Biarritz, Mont-de-Marsan, Montauban et Colomiers

SA XV : Iban Etcheverry, paré au décollage

À 22 ans, Iban Etcheverry a déjà un CV bien rempli. Originaire de Mouguerre, le Basque est depuis longtemps un espoir du rugby français. Membre du pôle espoirs de Bayonne puis du pôle France, il remporte plusieurs compétitions avec les équipes de France de jeunes (Tournois à 7 de Dubaï en 2015 et 2016 avec la sélection U18, championnat d’Europe U18 en 2016, Tournoi des VI Nations et championnat du monde U20 en 2018) à l’époque où il évolue à l’Union Bordeaux-Bègles. Barré par la concurrence, il est prêté pour la saison 2018/19 à Colomiers, où il trouve un temps de jeu régulier mais n’est pas conservé en fin de saison.

image : SAXV_Charente

Toujours son contrat avec l’UBB, il est alors libéré par son club pour s’engager avec Soyaux-Angoulême. Après un premier exercice complet en Charente (19 titularisations en autant de matchs sur l’aile gauche, cinq essais), Etcheverry est cette fois contrarié par les blessures et commence à peine à repointer le bout de son nez. Englués en bas de tableau, les Angoumoisins auront bien besoin du talent de leur ailier pour aller décrocher le maintien. Recruté par Adrien Buononato, l’électrique finisseur (1,78 m, 83 kg) devrait, s’il est débarrassé de ses pépins physiques, se voir confier des responsabilités offensives par le nouveau manager Vincent Etcheto.

Nevers : Luka Plataret, ministre de la défense

Casque vissé sur la tête, il plaque et se relève inlassablement. Luka Plataret, 21 ans, a lancé sa carrière à Nevers. Fils de Xavier Plataret, ancien deuxième ligne passé par La Voulte, Narbonne et Aubenas Vals, Luka a grandi en Ardèche dans la commune de Privas, avant de rejoindre à quinze ans le centre de formation de Montpellier. Dans la Nièvre depuis 2019, le flanker a réussi à accrocher le bon wagon. Doté d’un morphotype peu commun pour son poste (1,84 m et 99 kg), Plataret ne peut pas être aérien comme Julien Bonnaire en touche ni compact comme Steffon Armitage dans la zone plaqueur-plaqué. Alors, s’il travaille ces secteurs de jeu avec le staff nivernais, il sait sur quel point fort s’appuyer. Plaqueur infatigable, Luka Plataret distribue les tampons avec une régularité de métronome. L’Ardéchois est en passe de devenir incontournable.

Toutefois, il sait à quel point le rugby moderne est exigeant. Son courage et sa science du plaquage ne suffiront pas à faire de lui une référence alors le troisième ligne s’applique à élargir sa palette. Auteur de progrès comme gratteur, porteur de balle et passeur, il lui reste beaucoup de travail à accomplir mais peut compter sur sa volonté de fer. De son paternel, il a hérité une exigence forte envers lui-même. Conscient de ses limites, Plataret met un point d’honneur à ne jamais faillir dans l’engagement. Auteur d’un essai dans une défaite contre Vannes (22-35) en octobre dernier, celui que le MHR envisageait de basculer au centre est loin d’être maladroit. Reconnu pour ses qualités défensives, il compte bien prouver qu’il est un rugbyman complet. Mal embarqué dans la course aux phases finales, l’USON et Luka Plataret n’abandonneront pas. Nevers give up.

Vannes : Grégoire Bazin, un destin à la Dylan Cretin ?

De la Fédérale 1 à la première place de Pro D2 en cinq ans, le RC Vannes – premier club breton à accéder au statut professionnel – a connu une ascension fulgurante. C’est dû à un recrutement astucieux et à une politique de formation qui commence à porter ses fruits. Si Nolann Le Garrec a préféré rejoindre le Racing (retrouvez son entretien ici), plusieurs Bretons font leur trou au RCV à l’image des troisièmes lignes Wandrille Picaut et Grégoire Bazin. Celui-ci, en un an et demi et 15 matchs de Pro D2 disputés (12 démarrés) a montré des aptitudes inhérentes au poste d’openside flanker (n°7). Le profil de coureur-sauteur de Grégoire Bazin s’inscrit parfaitement dans le projet de jeu vannetais. Sa vitesse de pointe et son endurance lui permettent d’effectuer un grand nombre de sprints et de courses longues et d’amener du danger par du jeu sans ballon.

image : Damien Kilani | DPPI Media

Se proposant énormément sur les extérieurs, le Nantais se distingue par sa capacité à faire vivre le ballon après lui pour permettre la continuité du jeu. Surtout, Bazin est maître dans les airs. Son gabarit relativement léger (1,93 m pour 98 kg) s’avère redoutable en touche, notamment sur les lancers adverses, et il est la solution préférentielle pour un lift sur les réceptions de coups d’envoi. Arrivé au rugby à quatorze ans après avoir pratiqué le football et le tennis, tout a été très vite pour Grégoire Bazin. Intégrant le RC Vannes dès sa deuxième année de Crabos, il fut membre du Pôle France et international U20. Profitant de l’absence du taulier Hugh Chalmers pour faire ses premières feuilles de match à l’automne 2019, il peine depuis à enchaîner, la faute à des protocoles commotion et des soucis à une cheville. Gageons que tout cela soit derrière lui à présent.

Rouen : Paul Surano, arme de finition massive

Renard des surfaces. Voilà comment sont appelés, dans le football, les attaquants opportunistes, toujours à l’affût d’un ballon qui traîne aux abords de la surface pour punir leur adversaire. Transposée au ballon ovale, cette définition irait comme un gant à Paul Surano. Le trois-quarts aile de Rouen, en 17 matchs cette saison, a déjà franchi l’en-but à huit reprises. Et, comme dans le football, c’est au Havre, cité portuaire de Normandie, que le rugby est apparu en France à la fin du XIXe siècle. C’est de cette ville qu’est originaire Paul Surano. S’il chausse d’abord les crampons, dès ses six ans, au Havre Rugby Club, il évolue ensuite au Rugby Club du Port du Havre, pendant qu’il est en sport-étude à Honfleur.

image : paris-normandie

Meilleur marqueur de Pro D2 à égalité avec Melvyn Jaminet et Ange Capuozzo, que l’on vous a tous deux présentés dernièrement, Surano est un véritable chasseur d’essais. Son entraîneur Richard Hill ose dire « un braconnier ». Bien loin de ses racines espagnoles, l’énergique ailier (1,80 m, 82 kg) s’épanouit au sein d’un club encore très jeune dans le rugby professionnel. Culturel voire folklorique dans le sud-ouest, le rugby est devenu marginal en terres normandes, où peu de jeunes joueurs éclosent encore. Néanmoins, on se souvient qu’il y a encore deux saisons, Gabin Villière occupait une aile du Rouen Normandie Rugby. Peut-on imaginer Paul Surano suivre la même trajectoire que son prédécesseur ? Patience. Mais l’élégance et l’enthousiasme du jeune homme peuvent lui permettre de viser haut.

C’est la fin de cette série sur les talents de Pro D2. On espère qu’elle vous aura permis de découvrir certains joueurs, jeunes prometteurs ou vieux briscards, de vous intéresser à certaines équipes, anciennes gloires du rugby français ou nouveaux venus aux dents longues, et surtout de regarder ce championnat aussi plaisant que passionnant.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :