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Jamie Dobie : un air d’Antoine Dupont en Écosse

Au cours du Tournoi des VI Nations 2021, les spectateurs ont pu observer une équipe d’Écosse joueuse, enivrante, sans complexe. Ce panache dans le jeu a conquis beaucoup de cœurs, mais a eu du mal à conquérir plus que deux victoires pour le moment (malgré un match historique contre leurs homologues anglais). Si les figures de proue de ce XV du Chardon se sont montrées à leur avantage (Stuart Hogg, Finn Russell, Hamish Watson…), un poste a commencé à attiser les critiques, celui de demi-de-mêlée. Ali Price n’a pas été au diapason pour son équipe. Pourtant, aux yeux de beaucoup d’observateurs, il était le successeur logique de Greg Laidlaw. Aujourd’hui, c’est un peu moins vrai, avec notamment, Scott Steele qui réalise des sorties maîtrisées, mais surtout avec une pépite dont le nom revient dans toutes les bouches : Jamie Dobie. Talent, fougue, vitesse… Le mix est détonnant et nous rappelle sans trop se tromper, à son âge, un neuf français devenu star, Antoine Dupont. Affaire à suivre.

crédit photo : Glasgow Warriors

Introduction en mêlée :

Le début de carrière de Jamie Dobie peut être placé dans le dictionnaire, à la fois devant maturité mais aussi devant précocité. Ce savant mélange lui a permis aujourd’hui, alors qu’il n’a encore que 19 ans, d’être un joueur professionnel de rugby dans l’un des plus gros clubs de son pays, les Glasgow Warriors. Mais aussi de toquer à la grande sélection nationale avec une première convocation dans le groupe écossais pour préparer le tournoi des VI Nations 2021. Avant d’en arriver là tout de même, il est bon de se plonger dans le passé, pour savoir d’où la pépite du Chardon vient-elle.

Jamie Dobie est né le 7 juin 2001 dans les Highlands, précisément à Inverness, la « capitale » du Nord de l’Écosse. Et il commence le rugby dans sa ville dans la catégorie mini, en soit aux alentours de ses 11 ans. Il suit ensuite un parcours rugbystique « classique » pour les jeunes Écossais. Chez les Britanniques, les écoles, collèges et lycées ont tous des équipes de sports et donc en plus de servir de passerelle éducative, elles servent aussi de passerelles sportives. Jamie Dobie fait donc ses valises pour la prestigieuse Merchiston Castle School dans la banlieue d’Édimbourg. Le jeune demi-de-mêlée, fixé au poste, fait ses classes sans mal dans cette école de garçons. Avec l’équipe de rugby il brille, individuellement et collectivement. Lors de sa dernière année, il remporte la U18 Scottish Schools Cup, plus haut trophée pour une équipe lycéenne en Écosse. Lors de la finale de cette compétition il est d’ailleurs élu meilleur joueur du match, lui qui a amené son équipe vers le titre en tant que Capitaine.

Jamie Dobie sous le maillot de Merchiston (crédit photo : GH-Media)

« On savait qu’on avait une bonne équipe cette année, mais ça ne mène à rien si on ne joue pas et qu’on ne performe pas sur le terrain. Avant notre parcours lors de la Scottish Cup, on savait très bien l’objectif que l’on voulait atteindre, et on y est arrivé même sous pression. »

Jamie Dobie pour GH-Media

Départ au ras :

Évidemment, les performances de Jamie Dobie avec son école se sont faites remarquer par les différents sélectionneurs des équipes nationales jeunes. Le numéro 9 est un des fers de lance de sa génération si bien qu’il devient même aussi capitaine de la sélection U18 écossaise. Ses prestations en 2018 avec sa sélection, notamment au Six Nations Rugby Festival au Pays de Galles où il participe à toutes les victoires de son équipe, émerveillent et surtout intriguent tous les recruteurs de la planète rugby qui ne tardent pas à le mettre en haut de leurs tablettes.

L’Écosse a un système différent de la France pour ce qui est de l’accompagnement des jeunes vers les équipes professionnelles. Les jeunes talents écossais passent par la Scottish Rugby Academy, une structure qui fait ce lien entre école de rugby et monde professionnel. Le dispositif est simple, il existe 3 paliers dans l’académie qui permettent la transition. Le premier niveau est la détection des jeunes, le deuxième niveau est leur développement par le biais de stage et le niveau 3 est un contrat de rugbyman professionnel payé par l’Académie avec un placement dans les équipes du pays. Naturellement, Jamie Dobie, a participé à ce programme au vu de ses qualités. Cependant, il ne fait définitivement pas les choses comme les autres. Trop fort, trop vite, Dobie n’a pas eu le luxe d’atteindre le palier 3, signant à 17 ans, encore au lycée, un contrat de rugby professionnel avec le club des Glasgow Warriors.

Jamie Dobie lors du match Glasgow Warriors vs Zebre Warriors comptant pour le Pro14 (©INPHO/Craig Watson)

Glasgow n’était pas la seule équipe à s’intéresser à la jeune pépite. Beaucoup de clubs de Premiership étaient prêt à s’arracher les services du fougueux numéro 9. Jamie Dobie a préféré poursuivre son développement sur ses terres. « Je suis très heureux de faire ce pas dans ma carrière et de rejoindre les Glasgow Warriors […] C’est une vraie opportunité pour moi d’apprendre et de me développer parmi quelques-uns des meilleurs joueurs du pays et aussi d’apporter mon jeu dans un nouvel environnement » déclarait-il à glasgowwarriors.org à sa signature. Cette signature fait de lui le premier joueur du nouveau millénaire à signer avec les Warriors, mais aussi le premier joueur que Glasgow a signé directement depuis le lycée et enfin le premier joueur de l’Académie a signé un contrat professionnel sans passer par le 3ème palier. Précocité disions-nous au début de cette tribune ?

« Ce n’est pas commun pour un joueur d’être signé directement depuis le lycée, mais Jamie est l’un des jeunes talents les plus excitants dans tout le pays et nous pensons qu’il est prêt à prospérer dans un environnement professionnel. C’est un garçon impressionnant et il a le potentiel pour devenir un demi-de-mêlée complet »

Dave Rennie (ancien entraîneur de Glasgow) à propos de Jamie Dobie.

Cadrage débordement :

Glasgow a donc récupéré un crack, une pépite, une future star, appelez cela comme bon vous semble. Jamie Dobie est un phénomène de talent et de maturité. A tout juste 19 ans aujourd’hui, il a déjà réussi à gagner un temps de jeu conséquent en deux ans à Glasgow. La plupart du temps remplaçant en 2019/2020, il comptabilise 8 feuilles de matchs sur la période. Sa seule titularisation intervient contre les Dragons à domicile où il se met encore une fois en évidence, réalisant une performance majeure en étant homme du match dans la victoire de son équipe et recevant une standing ovation à sa sortie à la 70ème.

En 2020/2021, Dobie est toujours le plus souvent remplaçant. Il faut dire qu’il y a fort à faire avec les tauliers Ali Price et George Horne. Mais il grappille un peu plus de temps de jeu, participant à 12 matchs dont 4 comme titulaires. Encore une fois, l’échantillon est faible, mais il est de qualité. Jamie Dobie performe dans ce rôle d’impact player, avec ses appuis électriques et sa capacité d’accélération fatale. Il est même remarqué par Gregor Townsend qui pour la première fois, l’appelle dans le groupe pour préparer plusieurs matchs du tournoi des VI Nations, sans pour autant participer à ces rencontres.

Les mensurations de Jamie Dobie sont « classiques » pour un numéro 9, il fait 1m77 pour 81kg, mais présente un profil longiligne. Il n’est pas un neuf râblais et compact. Il profite aussi de grands compas qu’il peut allonger pour des courses effrénées dont il a le secret. En effet, ses qualités de vitesse et d’accélération font souvent mouche dans le jeu, lui qui prend un malin plaisir à partir au bord des rucks sitôt que l’occasion se présente. S’il vous faut aussi un autre exemple de sa vitesse, lors du tournoi U18 VI Nations 2019, Jamie Dobie s’est offert le luxe de rattraper à la course un certain… Louis Rees-Zammit pour sauver un essai qui semblait tout fait.

Mais ce n’est pas tout, plus que ses aptitudes physiques hors-norme, Dobie présente des qualités techniques évidentes pour son poste. On lui trouve notamment une bonne passe que ce soit à gauche ou à droite, un soutien au porteur intelligent et surtout le jeune demi-de-mêlée colle efficacement au ballon dictant le rythme des phases offensives. En défense, le joueur est aussi plutôt bon avec envie et technique au rendez-vous au plaquage. Pour Antoine Vauthey (@A_Vauthey, créateur et rédacteur du blog pro14fr.com) « Dans son jeu il est très similaire à un George Horne. Très bonnes courses de soutien, très vif, très porteur de balle avec des départs au près. Il peut encore s’améliorer sur ses box kicks et sa capacité à s’adapter en fonction de l’adversaire et de la physionomie du match. Mais ça viendra avec le temps et l’expérience. ».

« Il est clairement l’avenir au poste en Écosse. Avec Ross Thompson à l’ouverture, Glasgow tient certainement la future charnière du XV du Chardon pour 2027 »

Antoine Vauthey

On retrouve à s’y méprendre des connotations Dupontesque chez Jamie Dobie. Au même âge, les deux joueurs avaient déjà ce petit truc en plus sur un terrain. Ce grain de folie qui peut vous renverser un match. Dans le style de jeu, on retrouve aussi des consonances évidentes entre les deux numéros neufs (soutien au porteur, appuis vifs, départs toniques…). Et enfin l’un comme l’autre ont battu des records de précocité. Si Jamie Dobie poursuit sa carrière dans la même direction que le demi-de-mêlée français, alors à n’en pas douter, l’Écosse tient peut-être la future star de son XV national.

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