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Alexander Zverev, à l’heure de briller

Citi Open Tennis 2017

Depuis 1996, l’Allemagne se cherche un vainqueur de Grand Chelem sur le circuit masculin. Si Steffi Graf et Angélique Kerber ont pu brandir haut la bannière noir-rouge-or, les hommes cherchent toujours un successeur à Boris Becker. Cet héritier sera-t-il Alexander Zverev ? Figure de proue du tennis mondial depuis quelques bonnes années maintenant, le fougueux joueur à la crinière blonde peine à franchir un pas dans les tournois majeurs. Toutefois, il semble aujourd’hui en meilleure posture que jamais. Au lendemain de son succès à Acapulco, « Sascha » peut-il continuer sur sa lancée et réaliser la meilleure saison de sa carrière ?

Quel mystérieux joueur est Alexander Zverev. Capable du meilleur, le natif d’Hambourg a souvent su trouver le moyen de faire le pire. Jeune prodige, projeté très tôt sur le devant de la scène, Zverev a tout pour être la rock star du circuit. Longs cheveux, sourire ravageur, talent indéniable… Nombre de joueurs rêveraient de posséder pareil bagage. Entamant sa septième année professionnelle, le joueur de 23 ans a montré qu’il était l’un des plus forts de sa génération : c’est désormais l’heure de briller.

A la différence des autres cracks de sa génération, Alexander Zverev a déjà connu des succès en Masters 1000. Ces prochains jours, il essaiera d’accrocher le quatrième titre de cette catégorie à son palmarès. Membre du Top Ten mondial depuis 2017, il est un joueur installé dans le haut de la hiérarchie mondiale. Son jeu, basé sur un service très puissant et des attaques en fond de court, met en déroute bon nombre de joueurs lorsqu’il est dans de bonnes dispositions. A Acapulco la semaine passée, il a pu démontrer tout son talent. Tombeur en deux manches de Stefanos Tsitsipas en finale, l’Allemand a conclu de la meilleure des manières une sacrée semaine de tennis. Ne concédant pas la moindre manche en quatre matchs, il renoue avec la confiance, quelques semaines après sa défaite en quart à Melbourne (vs Djokovic), et son élimination précoce au tournoi de Rotterdam (vs Bublik). De retour sur le devant de la scène à l’aube du Masters de Miami, Alexander Zverev confirme qu’il est aujourd’hui un solide membre du Top 10 mondial.

Le nouveau gringo fera-t-il main basse sur l’Amérique toute entière? (Photo : ALFREDO ESTRELLA / AFP)

Les attentes autour d’Alexander Zverev ont toujours été élevées depuis son arrivée sur le circuit professionnel. La faute à un parcours éminemment brillant lors de ses jeunes années. Numéro 1 mondial chez les jeunes, Zverev se distinguent en accédant aux finales de Roland-Garros et de l’Open d’Australie. Il perd la première mais triomphe lors de la deuxième. Dès lors, on attend de lui qu’il réitère chez les pros. Révélation de l’année 2015, Sascha glane ses premières victoires de prestiges à 17 ans, ainsi que quelques Challengers. S’en suivent 14 titres ATP jusqu’à aujourd’hui, dont le dernier en date la semaine passée, à Acapulco. Ses plus beaux succès sont évidemment ses trois victoires en Masters 1000. Cette catégorie ne lui fait pas peur. Vainqueur à Rome et à Montréal en 2017, puis à Madrid en 2018, Zverev confirme cette même année en remportant les ATP Finals à Londres. Ces quatre titres ne sont pas obtenus face à n’importe qui : à ces occasions, il bat respectivement Novak Djokovic, Roger Federer, Dominic Thiem, puis une seconde fois le Serbe. Alors pourquoi Zverev aurait-il à craindre l’adversité ?

Derrière les raquettes brisées, un mental fissuré

Le premier adversaire d’Alexander Zevrev, c’est lui-même. La phrase est facile, et déjà entendue. Toutefois elle est bien souvent vérifiée, encore plus dans un sport individuel comme le tennis. En proie aux doutes, aux affaires extra-sportives, à la starification, Alexander Zverev a perdu les pédales par le passé. Il est connu pour être un joueur extraverti, souvent sympathique, jouant avec les supporters. La meilleure illustration est cet échange avec un fan lors de la Hopman Cup en 2017, alors qu’il rencontrait Roger Federer. Un membre de le foule australienne lui lance « Donne nous un autre tie-break » alors que Zverev court après le score. « Que crois-tu que j’essaye de faire ? » lui répond alors le jeune Allemand, provoquant la réaction de la foule, et un sourire à peine dissimulé de Roger. Cette apparente décontraction témoigne en réalité d’une concentration vacillante. Nombre de fois, l’Allemand a laissé passer des matchs qu’il semblait tenir, fracassant des dizaines de raquettes sur les courts du monde entier.

Si Alexander Zverev a connu une période de creux, il l’explique lui-même : « Je suis un jeune homme qui essaie de construire sa marque. Cela prend du temps et de l’énergie. Je dois faire face à beaucoup de choses, comme les avocats. Je dois tout faire car je n’ai personne pour ça. Je dois gérer mes mails, répondre à telle personne, passer des appels puis aller m’entraîner. Je suis très jeune et je dois apprendre à le gérer. » (Source : Puntodebreak, via WeLoveTennis). Pleinement focalisé sur le tennis, Alexander Zverev a prouvé qu’il était capable de rivaliser avec les meilleurs et même qu’il était en avance sur ses camarades de la NextGen. Connaissez-vous beaucoup de joueurs qui ont un bilan positif face à Roger Federer ? Lui oui : 4 victoires pour 3 défaites. Alors pourquoi n’a-t-il toujours pas triomphé en Grand Chelem ? La faute au Big Three ? Oui d’accord. Mais avec le succès de Dominic Thiem à l’US Open l’an dernier, l’excuse ne tient plus. C’est d’ailleurs face à Zverev que l’Autrichien triompha en finale. Après avoir empoché les deux premières manches, l’Allemand s’écroule. Comme une impression de déjà-vu. Thiem s’impose 2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 7-6. Une désillusion qui ne demande que réparation.

A quand la prise de pouvoir ?

Une fois ce portrait dressé, demeure une question. Quand donc Alexander Zverev décrochera-t-il son premier titre du Grand Chelem ? A court-terme, bien ambitieux celui qui parierait sur un succès majeur en 2021. Il reste trois tournois rois à disputer cette année. Après son élimination en quart de finale à Melbourne, Zverev se doit de faire mieux. Mais il a toujours eu du mal quand venaient les plus grandes échéances. Malgré ses succès en Masters 1000, face aux plus gros monstres de la planète tennis, il peine encore à se défaire des adversaires les plus abordables. En 2020, il fait une demi-finale à Melbourne et une finale à l’US Open, toutes deux perdues face à Dominic Thiem. Mais à part ça… Il n’a jamais fait mieux qu’un quart à Roland-Garros, pas plus qu’un 1/8ème à Wimbledon. Cette année, il devra réaliser des quinzaines parfaites pour surpasser un Novak Djokovic toujours affamé, et qui se concentre sur ces tournois du Grand Chelem, un Rafael Nadal toujours maître incontesté à Paris, et des concurrents plus que crédibles parmi sa génération : Tsitsipas, Thiem, Medvedev, Rublev… Tous ont l’ambition d’accrocher ces coupes légendaires à leurs palmarès.

L’irrégularité d’Alexander Zverev est son principal défaut. D’un point de vue tennistique, il n’a que peu de défauts – on ne parvient pas à se maintenir dans le Top Ten par hasard – et semble progresser sur le plan mental. De plus, Alexander doit porter sur ses épaules tous les espoirs d’un pays. A l’image d’un Thiem, avec l’Autriche, ou du Grec Stefanos Tsitsipas, il est le grand espoir de sa nation. Demi-finaliste de l’ATP Cup avec son compère Jan-Lennard Struff, Alexander Zverev doit mener, seul, son pays vers les sommets du tennis mondial. Epaulé par son grand frère, Mischa Zverev, et son entraîneur David Ferrer, le grand droitier allemand a toutes les clés en main pour prendre la route du succès. Et si son quinzième titre ATP était encore un Masters 1000, celui de Miami, il faudra alors continuer de progresser pour aller décrocher un trophée encore plus beau. Pour cela, plus le droit à l’hésitation : une nouvelle génération frappe déjà aux grandes portes du tennis mondial.

(Photo de couverture : Keith Allison – Alexander Zverev à Washington en 2017, via Wikipédia)

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