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Skicross – Jade Grillet-Aubert : « Je me suis fait tellement plaisir que j’ai retrouvé la confiance et décidé de rester »

Auteure d’une première saison convaincante en Coupe du Monde, ponctuée du trophée de Rookie of the Year, la pépite de Châtel, Jade Grillet-Aubert revient avec nous sur son parcours atypique. Du plus haut niveau en alpin, jusqu’au podium en skicross, en passant par la décision de changer de discipline, découvrez la sensation tricolore de cette année 2021.

Si tu devais te présenter pour les gens qui ne te connaissent pas ?

« Je m’appelle Jade Grillet-Aubert, j’ai 23 ans, je suis originaire de Châtel et j’habite désormais à Morzine. J’ai fait la plupart de ma carrière en ski alpin, et j’ai changé de discipline il y a maintenant deux ans pour le skicross ! »

Après des Fis, et des Coupes d’Europe, tu as même atteint la Coupe du Monde fin 2018 en alpin sur le géant de Courchevel, quel souvenir tu en gardes ?

« C’était juste dingue ! Toute ma carrière je l’avais faite pour l’alpin, avec des rêves et des objectifs, alors avoir enfin ma place pour aller prouver des choses en Coupe du Monde c’était juste énorme. J’ai réussi à ne pas me mettre trop de pression pour kiffer le moment parmi tous ces grands noms et découvrir l’envers du décor ! »

A quel moment s’est fait le déclic dans ta tête de changer de discipline, par quoi a-t-il été motivé ?

« Cela faisait deux ans que j’étais dans l’équipe de France de Coupe d’Europe, et ces deux années là se sont très mal passées ! Du point de vue des résultats la première année était bonne, mais déjà au niveau de l’ambiance, de l’encadrement et de la pression c’était très compliqué. Et la deuxième année c’était encore pire, les résultats ne suivaient plus, sûrement parce que j’allais beaucoup trop mal. A la fin de cette deuxième saison avec l’équipe je n’étais pas loin de la dépression, je pleurais tous les jours et ça ne pouvait plus continuer. Même si mes rêves étaient d’aller jouer devant en Coupe du Monde, j’avais l’impression que même l’or olympique en alpin ne compenserait pas tout le mal être que je pouvais avoir dans cette équipe et dans cet environnement ».

Jade au départ du géant de Coupe du Monde de Courchevel le 21 décembre 2018

« A la fin de cette saison je n’étais pas décidé à arrêter, mais j’ai décidé d’aller faire des tests dans d’autres structures, comme le Comité Mont-Blanc, Orsatus, et parmi ces choix m’est venue l’idée du skicross. Mais je me disais le skicross ça va vite, il y a des sauts, et je n’ai plus confiance en moi et je n’arrive même plus à engager en géant. Alors peut-être parce que je déteste faire comme tout le monde et que je connaissais Thomas Frey (entraîneur de l’équipe de France de skicross), je lui ai demandé si je pouvais tester, et il était super content ! Il m’a invité à un stage en juin 2019 ou on n’a fait que des starts et du slalom, moi qui détestais ça (rires) ! Et finalement, même faire des éducatifs en slalom j’ai adoré, tout allait bien avec eux, l’ambiance était géniale. Je ne savais pas si j’allais percer, mais rien qu’en thérapie pour m’en sortir et retrouver du plaisir sur les skis il fallait que je tente le pari du skicross ».

« J’ai donc commencé par la Coupe d’Europe, qui est gérée par le Comité de Savoie, l’ambiance était tout aussi bonne, et j’ai pris cette première année comme elle venait sans me poser de questions. Finalement j’ai fait une bonne première saison (avec une victoire à Reiteralm), mais le chef de mon groupe ne voulait pas m’envoyer tout de suite en Coupe du Monde pour pas me griller, alors que c’était l’objectif que je m’étais fixé, et j’avais prévu d’arrêter si je n’y parvenais pas. Mais je me suis fait tellement plaisir, j’ai retrouvé de la confiance et donc décidé de rester. Un choix payant parce que j’ai fait uniquement la prép’ été/automne avec le groupe Coupe d’Europe, après j’ai eu un jour avec ceux de la Coupe du Monde ou j’ai enchainé les bons runs, et finalement après l’annulation des Coupes d’Europe avec la Covid, ils m’ont pris avec les A pour que je courre ! »   

Au moment de ton changement de discipline, tu n’as eu qu’un seul été pour te préparer, sur quoi as-tu mis l’accent ?

« En alpin j’étais encadrée et je n’aimais pas qu’on fasse les choses à ma place ! J’avais vraiment à cœur de m’en occuper moi-même, avec mon copain, afin d’avoir la main mise. Evidemment j’y suis allé à tâtons car je ne connaissais pas bien mais j’ai été conseillée. J’ai beaucoup travaillé sur les départs « poignets », qui sont bien différents de ceux qu’on a en alpin, mais le travail est assez équilibré entre le haut et le bas du corps. J’ai également fait beaucoup d’exercices de mobilité de hanche pour bien amortir les modules et gagner en réactivité ».

Le travail sur la mobilité de hanche et les départs poignets

La technique pure est-elle primordiale ou d’autres facteurs comme l’engagement et la stratégie peuvent compenser ?

« Alors c’est intéressant parce que j’ai un peu testé les deux cette saison ! A Val Thorens j’étais vraiment dans le jeu avec mes adversaires à vouloir les dépasser, m’amuser dans le parcours et c’était beaucoup de feeling, et ça a bien marché (2e et 4e). Ensuite j’ai commencé à cogiter en voulant mettre en place de la technique et ça a moins bien fonctionné… Cette saison on a eu beaucoup de courses ou il fallait être extrêmement précis sur les modules, et mon manque d’expérience m’aura coûté un peu cher car cela ne fait pas tout de savoir tailler des courbes (rires) ». 

Même si la saison dernière n’a pas pu aller à son terme, quel bilan as tu pu en tirer ? Sur quels axes majeurs devais tu encore progresser ?

« Clairement les sauts ! En 2019 je me lançais dans le parcours et espérant que j’arrive sur mes deux pieds en bas ! Le travail sur les modules restait très important également. J’ai eu la chance de pouvoir réaliser de bons starts assez rapidement ce qui m’a bien aidé. Et surtout, mais ça s’est finalement fait assez naturellement, les dépassements ! Toute ma première année en Coupe d’Europe, si je partais devant c’était tant mieux mais s’il fallait que je dépasse je n’y arrivais pas. De toute la saison j’ai dû faire un dépassement, donc c’était un peu limite (rires). La stratégie rentre vraiment en compte pour savoir à quel moment attaquer, c’est difficile de le travailler c’est surtout du feeling ! »

La technique de saut et la science du dépassement acquis cette saison

Tu as donc rejoint le groupe Coupe du Monde pour cette saison 2020/2021, une saison qui débutait à Arosa sur un format sprint, est-ce que tu peux expliquer ce qui le caractérise ?

« C’était assez particulier, déjà cela avait lieu en nocturne et c’était vraiment super court ! Je ne suis pas sûr que les athlètes soient complètement emballés parce qu’on a un tracé qui cette année ne permettait quasiment pas les dépassements, avec un seul saut au milieu, et c’est moins sympa qu’un parcours ou on peut se bagarrer tout le long de la course ! »

Ensuite tu réalises un week-end exceptionnel à Val Thorens ou tu rejoins la grande finale lors des deux courses, comment l’as tu vécu ?

« Sur le moment, et en me revoyant sur les images c’est comme s’il ne s’était rien passé, je pense que c’était beaucoup trop pour moi d’un coup et je ne réalisais pas. J’ai galéré toute ma carrière pour ressentir ce genre de chose et là c’était arrivé ! J’étais d’un stoïque abominable sur le podium (rires), mais c’était juste dingue ! A Arosa je me sentais super en forme et je n’ai pas su concrétiser, je suis donc arrivé à Val Tho’ dans le doute, presque en sous-confiance, en me demandant si j’avais vraiment les qualités. Et finalement je me suis prouvé à moi-même que c’était possible, et que la suite pouvait être folle si je continuais à bien bosser ! »

Premier podium en Coupe du Monde pour Jade à Val Thorens

Après ça tu vas être assez régulière autour du top 10, c’était un objectif de garder un certain cap tout au long de la saison ?

« Au début de la saison mon objectif était simplement de prendre des qualifs’ (dans les 16 premières), mais mon podium et mes deux finales à Val Thorens ont forcément changé un peu les ambitions. Je me suis rendu compte que je voulais bien plus, donc se contenter de top 10 était un peu décevant et frustrant. Mais avec le recul les objectifs sont largement remplis, j’ai beaucoup appris sur chaque module de chaque course que je découvrais pour la première fois. Et si on m’avait dit que j’en serai là à la fin de cette saison, j’aurai signé de suite ! »

Tu as participé à tes premiers mondiaux en skicross ou tu as pris la 12e place, on t’a senti un peu déçue mais c’est une grande expérience de prise pour la suite ?

« Quand j’ai appris que j’étais sélectionné j’étais folle ! C’était encore impensable avant le début de saison alors j’ai pris une énorme expérience. Il m’en a sans doute manqué un peu sur une piste très technique, j’avais forcément envie de faire mieux mais ça n’a fait qu’augmenter l’envie et l’ambition pour l’année prochaine avec les Jeux Olympiques ».

Tu finis la saison à la 9e place, avec le trophée de Rookie of the Year, un trophée qui récompense une saison ultra positive ?

« Le trophée est magnifique, il est énorme, c’est vraiment trop la classe et je suis très reconnaissante qu’on me l’ait attribué. Ça me fait réaliser que j’ai fait une très belle saison, largement satisfaisante, et ça récompense tout le travail que j’ai effectué. Je m’en rappellerai pendant un moment ! »

Jade avec son trophée de Rookie of the Year

Quel est le programme des prochains jours et des prochains mois ?

« Je pars demain pour un événement organisé par RedBull, ils ont dû nous préparer un parcours de folie pour faire le show donc pour mon expérience ça va encore être géniale ! Je suis trop contente d’avoir été invitée ! Ensuite on va pouvoir souffler un peu avant de reprendre la prep’ physique. J’espère qu’on va pouvoir faire des tests de skis pour essayer d’autres choses, de nouveaux modèles, et on devrait reprendre les stages en juin. Après ça, une nouvelle coupure de prép’ physique avant de reprendre les skis à l’automne jusqu’au début de la saison. Même si je mettrai un point d’honneur à me qualifier pour le JO et arriver prête à être médaillable, ma saison entière sera très importante ! »  

Traduction même de la persévérance et de la force de caractère, Jade Grillet-Aubert a totalement réussi son pari de changer de discipline. Après une année d’apprentissage, les objectifs vont naturellement grandir au fil des courses, pour notre plus grand bonheur. Dans cette discipline qui a toujours bien réussi aux français(es), la relève est parfaitement assurée pour nous offrir de belles émotions ces prochaines saisons.

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