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Tennis américain: une génération pleine de promesses

Agassi, Sempras, Chang, Lendl, McEnroe, Roddick… la liste est longue quand il s’agit de lister les légendes du tennis américain. Malgré le gigantesque palmarès des champions du pays de l’Oncle Sam, un constat interroge : aucun Américain n’a pas remporté de Grand Chelem depuis le sacre d’Andy Roddick à l’US Open 2003. Ces dernières années, John Isner a longtemps été un des seuls à performer sur les tournois majeurs du circuit, notamment en 2018 où il atteint le dernier carré de Wimbledon et se hisse au 8 ème rang mondial. Mais à 35 ans et malgré sa volonté de continuer à jouer au plus haut niveau, le géant de Greensboro attend désormais d’être épaulé par une génération de jeunes joueurs qui semble prête à exploser. Car on retrouve tout de même dix Américains dans le top 100 mondial : on vous présente les plus prometteurs d’entre eux.

Andy Roddick, dernier Américain à avoir soulevé un des quatre trophées du Grand Chelem (Source: Tennis Forecast)

Taylor Fritz : le successeur désigné

A 23 ans, c’est bien à lui que le costume de leader de la nouvelle génération américaine semble promis. C’est en 2016 que le Californien d’origine se révèle aux yeux du grand public en atteignant la finale du tournoi 250 de Memphis, marchant dans les traces de l’illustre Michael Chang en devenant à 18 ans le plus jeune Américain en finale d’un tournoi ATP depuis ce dernier. Très vite, le vainqueur de l’Us Open junior en 2015 engrange de l’expérience sur le court, en signant quelques jolis coups d’éclats comme à Indian Wells en 2017 où il vient à bout du numéro 7 mondial de l’époque, Marin Cilic. En affichant une certaine régularité dans ses performances au fil des saisons, Taylor Fritz est désormais confortablement installé à la 32 ème place mondiale. Ses points forts sont désormais bien connus : un service puissant et une couverture du filet efficace du haut de ses 1m93, ainsi qu’un coup droit qui lui permet de prendre le jeu à son compte dans des échanges disputés. Tout cela en fait un joueur redoutable notamment sur gazon, surface sur laquelle il remporte d’ailleurs son seul titre pour le moment, à Eastbourne en ATP 250. Dernières performances en date ? Un troisième tour à l’Open d’Australie où il accroche un Djokovic certes diminué en 5 sets, puis un parcours très convaincant en Mars à Doha où il se hissa jusqu’en demi-finales, en battant des joueurs comme Goffin ou Shapovalov. Le garçon fait aussi preuve de beaucoup de maturité malgré son âge et sait ce qu’il veut et s’en donne les moyens : ses proches soulignent souvent son professionnalisme et la volonté de toujours chercher à se perfectionner. S’il garde cette ambition tout en travaillant sur certains aspects, notamment l’agressivité sur le court en prenant plus d’initiatives et en améliorant ses phases défensives, nul doute qu’il sera en mesure d’intégrer le top 15-20 sur un court terme.

Taylor Fritz a toutes les armes en main pour devenir le cador du tennis américain (Source: La Croix)

Frances Tiafoe, entre ombre et lumière

29 ème mondial. Voici le classement du natif du Maryland fin 2019. Depuis : une mauvaise passe terrible en terme de résultats pour le jeune américain, qui s’est vu chuter au classement ATP. Il faut dire que tout est allé très vite pour Tiafoe. Le jeune prodige est propulsé sur le devant de la scène à seulement 19 ans, après avoir remporté quelques Challengers et passé des premiers tours en Grand Chelem. Il fait sensation en août 2017 lors du Masters de Cincinatti où il bat son premier top 10, l’Allemand Alexander Zverev en l’occurrence. Tout s’accélère alors pour le joueur, qui voit sa côte grimper sur le circuit en plus de nombreuses sollicitations. Rapide, puissant et très mobile, Tiafoe est un véritable athlète sur le court. Un showman aussi, de par son attitude extravertie et ses fameuses célébrations qu’on a pu apercevoir à l’Open d’Australie 2019 par exemple. Possédant donc un vrai tempérament, il devient vite une figure de proue des derniers tournois NextGen aux côté de Sinner, DeMinaur, Humbert ou Tsitsipas entre autres. Tout ces éléments ont fait que le contrecoup a été dur à encaisser pour ce jeune joueur. Propulsé très vite dans le top 30 mondial, l’enchaînement de contre-performances entre 2019 et 2020 a eu de vraies conséquences sur sa motivation quotidienne à franchir un cap. Et pourtant sa marge de progression est énorme, et il est clair que si son mental, par le biais de ses sautes d’humeur, peut-être sa grande faiblesse ; il peut aussi être sa grande force. Car il ne faut pas oublier que le spécimen est capable de bousculer n’importe qui, que ce soit Federer qu’il embarque en 5 sets au 1er tour de l’Us Open 2017, comme plus récemment à l’Open d’Australie où il a fait plus qu’inquiéter Novak Djokovic au troisième tour. En somme, Tiafoe a toutes les armes physiques et tennistiques pour s’imposer parmi le gratin du tennis. Tout l’enjeu pour lui est d’arriver à canaliser son énergie en la mettant service de son développement en tant que joueur. Car il le sait très bien, il peut être capable du meilleur comme du pire et dès qu’il arrivera à trouver ce point d’équilibre, nul doute qu’on entendra de nouveau parler de lui.

« La pandémie a probablement été la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma carrière. J’étais dans une mauvaise période avant la pandémie. Je suis motivé et prêt à faire de grandes choses en 2021. Je suis jeune, mais je me sens comme un vétéran. « 

Frances Tiafoe durant un entretien accordé au site de l’ATP
Le mental, élément clé dans les performances de Tiafoe (Source: Eurosport)

Sebastian Korda, la dernière trouvaille

S’il y a bien un joueur qui monte de l’autre côté de l’Atlantique, c’est bien lui. Son nom n’est sûrement pas étranger pour certains d’ entre vous. En effet, son père n’est autre que le tchèque Petr Korda, ex deuxième mondial et vainqueur de l’Open d’Australie 1998. Mais qu’on ne s’y trompe pas, celui qui a fraîchement intégré le top 100 mondial (87ème, son meilleur classement à l’heure où on se parle) semble bien décidé à écrire sa propre histoire, car il est très clairement LE joueur qui monte ces derniers temps. Après ses années juniors où il fut numéro un mondial et une année 2020 où il arrive plusieurs fois en finale de Challengers, l’éclosion survient en octobre dernier porte d’Auteuil : après s’être qualifié pour le tableau principal aux dépens d’un certain Aslan Karatzev, la jeune pépite se hisse jusqu’en huitièmes de finale pour sa deuxième participation à un Grand Chelem. Lui réfute l’idée mais ce parcours a sûrement agi comme un déclic dans la tête de ce monstre de précocité. Depuis Roland, Korda a participé à 8 tournois : 2 victoires en Challengers à Quimper et Ecktental, des premiers tours victorieux dans des tournois aussi relevés que Montpellier et Acapulco et surtout une finale en ATP 500 à Delray Beach, où il bat notamment John Isner. Tout un symbole ? A 20 ans Korda semble avoir la tête sur les épaules, lui qui découvre à peine le circuit ATP. Conscient de son talent, le jeune joueur affiche aussi une vraie maturité, primordiale pour rester concentré sur l’essentiel : « C’est super important pour moi de jouer ces matchs, de grandir dans mon corps et de me construire à la fois sur le plan tennistique et physique », disait-il après son fabuleux parcours à Delray Beach. Il sait où il veut aller et s’entoure en conséquence, comme en atteste les deux semaines qu’il a passé en début d’année pour s’adjuger les conseils d’un certain André Agassi. C’est en enchaînant les tournois et les matchs que Sebastian Korda pourra pleinement développer sa palette, pour peut-être un jour marcher dans les pas de l’illustre octuple vainqueur du Grand Chelem.

Le jeune américain est aussi un fan incontestable de Rafa (Source: l’Equipe)

Derrière les trois prodiges, des besogneux

Que ce soit Taylor Fritz, Frances Tiafoe ou Sebastian Korda, ces trois joueurs ont clairement le potentiel pour viser très haut et intégrer un jour le top 15 mondial. Derrière ces têtes d’affiche, on retrouve au sein du contingent américain des joueurs dont on entend pas forcément parler mais qui progressent à leur rythme, en engrangeant de la confiance sur le circuit. Certains n’ont pas encore gagné de tournoi ATP mais se montrent régulier dans leurs performances à l’image de Tommy Paul, 23 ans et 53 ème mondial. Mackenzie McDonald (qui revient de loin à cause de nombreuses opérations au dos) fait aussi parti de ce style de joueur mobile et consistant dans l’échange, lui qui a déjà atteint les huitièmes de finale à Wimbledon et plus récemment à Melbourne. D’autres ont un style de jeu bien particulier comme Reilly Opelka et ses 2m11, déjà vainqueur à Delray Beach et New Island , classé 41 ème mondial.

Comparé à Federer par Daniil Medvedev, Mackenzie McDonald a réalisé un parcours très solide à Melbourne cette saison. (Source: 360 Sport)

Les Etats-Unis, malgré ses 30 millions de licenciés, ont connu un vrai déclin sur la scène du tennis mondial à partir du milieu des années 2000. Aujourd’hui, une nouvelle vague de talents émerge outre-Atlantique et l’avenir s’annonce plutôt radieux. Est-ce que parmi ces joueurs se trouve le nouvel Agassi ? L’avenir nous le dira. Mais cette nouvelle génération possède bon nombre de qualités pour se faire une place tout en haut, et c’est désormais à eux de prendre le relais d’un John Isner qui a longtemps été l’arbre cachant la forêt. Si une sorte d’osmose se créée entre ces jeunes joueurs, ont peu aussi imaginer revoir briller l’équipe américaine en ATP Cup ou en Coupe Davis, compétition que le pays n’a plus gagné depuis 2007.

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