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NFL Free Agency 2021: Le récap

Nous sommes le 8 février à 6 heures du matin, heure française, à Tampa Bay. Les Bucaneers viennent de remporter le Super Bowl 55 dans leur propre stade. Pendant que Tom Brady pense à tous les cocktails qu’il va pouvoir enchaîner, Patrick Mahomes regarde d’un air médusé la ligne offensive qui l’a lâché au pire moment. Dans tout le reste des Etats-Unis, 30 front offices sont déjà au travail pour préparer l’intersaison à venir. Ils ont 6 mois pour amener leur équipe sur le terrain que les Chiefs et les Buccaneers viennent de laisser. Une période de free agency pour faire signer les meilleurs joueurs en fin de contrat, puis la Draft le 29 avril, sont leur meilleures munitions pour faire passer un cap à leur roster. 2 mois plus tard, la FA 2021 semble avoir rendu un début de verdict. Pour l’analyser, 5 signatures que j’ai aimé et 5 que je n’approuve pas.

J’ai aimé

John Brown, WR, Raiders

L’intersaison des Raiders est pour le moins chaotique. Entre soustractions à foison et additions douteuses, l’équation est bancale. Il n’est pourtant pas difficile de séparer le bon grain du mauvais et de trouver des bonnes idées dans ce joyeux bazar. Si Yannick Ngakoue a très bien entamé l’intersaison de Las Vegas, c’est John Brown qui obtient la palme pour moi. Après avoir vu Nelson Agholor partir de l’autre côté des Etats-Unis (on y reviendra), les Raiders récupèrent un joueur plus âgé, plus sujet au blessures, mais clairement meilleur et au tiers du prix. 

Brown est titulaire indiscutable dans la All-Underrated Team de la NFL. C’est une menace profonde dévastatrice et un joueur très compliqué à défendre, surtout en option complémentaire. Il suffit de regarder la saison de Josh Allen pour s’en rendre compte. Dans un exercice 2020 qui commençait et s’est fini sur des bases MVP, Allen a connu une période de trou qui a éteint ses espoirs de trophée. Devinez avec quelle absence cette période de flottement coïncide? 

John Brown arrive à Sin City dans un système qui favorise son style de jeu et à moindre coût. Une très bonne pioche pour Mike Mayock.

John Johnson, S, Browns

Dans une classe de Safeties très fournie, John Johnson était peut-être le nom le plus tentant,surtout après les Franchise Tag de Marcus Williams, Justin Simmons (ensuite prolongé) et Marcus Maye. Et c’est pourtant à un prix très raisonnable que les Browns ont obtenu la signature de l’ancienne star des Rams. 

Safety polyvalent, Johnson a été performant dès sa saison rookie et n’a jamais déçu depuis. Très sous-coté, le couteau suisse arrive à Cleveland et vient immédiatement booster une secondary qui a énormément souffert la saison dernière. Avec les potentiels premier pas de Grant Delpit en NFL, les Browns pourraient très rapidement inverser la tendance et passer d’une des pires défenses contre la passe à l’une des meilleures. 

Jonnu Smith & Hunter Henry, TE, Patriots

Après avoir déçu pendant l’exercice 2020, l’attaque des Patriots était le gros chantier de cette intersaison dans le Massachusetts. Si le jeu de passe n’a jamais décollé, le jeu de course avait su mettre à profit les talents de Cam Newton. Une fois ce dernier re-signé, pourquoi ne pas construire une vraie armada pour lui? En plus d’une vraie aide chez les WR, les Patriots étaient en quête de talent au poste de TE, afin de libérer le playbook de Josh McDaniels. 

Aucune surprise, donc, lorsque Jonnu Smith a été annoncé dès le début de la période des transferts. Le TE des Titans sort de deux saisons abouties dans lesquelles il a montré son talent de receveur, de bloqueur et sa capacité à gratter les yards après réception. Difficile, à ce moment, de ne pas le voir comme une pierre angulaire de l’attaque des Pats. La surprise est venue quelques jours plus tard lorsque l’annonce de la signature de Hunter Henry a suivi. 

Non contents de s’offrir deux TE pour booster le rendement de leur attaque, Bellichick et sa bande ont sorti le chéquier pour attirer les deux meilleurs que cette FA pouvait offrir. Après Smith, New England accueille un autre TE complet et athlétique, meilleur bloqueur et peut-être plus traditionnel dans son jeu. Il a fallu environ 30min avant que les premières comparaisons avec le duo Gronkowski-Hernandez surgissent. 

Et en même temps, comment ne pas se tourner vers Josh McDaniels et se rappeler de la dernière fois qu’il a eu deux TE du niveau de ceux qu’il vient d’acquérir? Au travers de ces deux signatures, c’est l’identité profonde de l’attaque des Patriots qui est bouleversée. Si le style ne changera probablement pas, les possibilités offertes par ce nouveau triangle Newton-Henry-Smith font saliver. 

Corey Linsley, C, Chargers

Il est souvent dit que la Free Agency est faite pour combler les besoins, et que la draft sert à repêcher des joueurs avant tout pour leur talent. Dans le cas des Chargers, lorsqu’une équipe arrive à l’intersaison avec des moyens financiers, il convenait de les dépenser sur le plus gros besoin identifié au sein du collectif: protéger le très prometteur Justin Herbert. Offrir une meilleure poche et un jeu de course plus performant au jeune QB était la case principale à cocher, quel qu’en soit le prix. L’addition, bien qu’onéreuse, du meilleur C de cette FA constitue un excellent départ pour la franchise de Los Angeles. Linsley est excellent en pass pro et c’est un très bon leader vocal qui remplit parfaitement son rôle de coordination des responsabilités au sein de la ligne.

En NFL, le Centre est le capitaine de la ligne offensive. En plus de ses fonctions de snap et de protection, il est celui qui coordonne tous les membres de la ligne. Quitte à dépenser sur la ligne, c’est intelligent de la part des Chargers d’y ajouter un commandant pour améliorer non pas une, mais 5 positions à la fois. Oui, Corey Linsley coûtera cher aux Chargers. Il risque aussi de pleinement justifier les chiffres sur sa fiche de paye.

Anthony Harris, S, Eagles

D’une manière plus générale, je suis impressionné par l’intersaison des Eagles. Arriver à assainir la marge salariale, empocher des choix à la draft et préparer au mieux la reconstruction avec Jalen Hurts est une très bonne manière de gérer son roster selon moi. Malheureusement avec un cap space négatif comme celui des Eagles, difficile de les imaginer attirer de gros noms en FA. Quelle belle surprise, donc, de les voir signer Anthony Harris pour un deal de 1 ans et 5 millions de dollars. Ajouter un Free Safety de la qualité de Harris est une excellente opération pour une équipe qui en avait grandement besoin pour solidifier sa défense aérienne.

On ne peut pas dire que le poste de S était une force à Philadelphie cette année, aussi ajouter un joueur de la qualité de Harris à un poste aussi important et pour un coût aussi dérisoire ressemble à du vol pur et simple. On voyait en lui l’un des joueurs les plus convoités de cette cuvée de Free Agent, et voilà que les Eagles le signent en catimini pour une bouchée de pain. Seul bémol, on en vient presque à regretter que le deal ne soit que sur une saison.

Ajouter de la qualité, remplir un besoin criant, le tout à moindre coût, ça fait beaucoup de bons points en une seule signature. 2021 est décidément une année unique et les Eagles ont su en profiter pour donner une grosse amélioration à leur secondary.

Je n’ai pas aimé

Kenyan Drake, RB, Raiders

Bon. Inutile de gamberger, c’est très mauvais. L’intersaison des Raiders, malgré quelques bonnes idées (voir plus haut), est une énorme déception. La faute, notamment, à certaines additions dont je cherche encore l’utilité. En tête de liste, la signature de Kenyan Drake pour 2 ans et 11M. Pour une équipe qui s’est séparée de beaucoup de vétérans afin de libérer de l’espace salariale, en dépenser autant sur un RB de complément est incompréhensible. Peut-être que sur le terrain, Drake donnera satisfaction à son coach. Il n’empêche, en termes de processus et de projet collectif: c’est catastrophique. Concrètement, qu’est-ce que Drake apporte aux Raiders qu’ils n’avaient déjà avec le groupe Jacobs/Richard/Riddick? Très peu. 

Avec un salaire de 5M/an, les Raiders auraient aisément pu ajouter de gros renforts en défense où les besoins ne sont toujours pas comblés. Que ce soit en FS (Anthony Harris, Ricardo Allen, Damontae Kazee) ou en EDGE (Carlos Dunlap, Melvin Ingram, Justin Houston), les options ne manquaient pas pour boucher les trous de ce roster. Au lieu de ça, Jon Gruden fait le choix d’ajouter un joueur qu’il semble apprécier mais dont l’impact risque d’être très restreint.

Andy Dalton, QB, Bears

Ryan Pace a encore dégainé. Après avoir tenté d’appâter Russell Wilson à Chicago, le General Manager des Bears se rabat finalement sur le Red Rifle. Que du bonheur en perspective. A peine délestés de Mitchell Trubiski, les Bears continuent leur chasse au QB titulaire. Ou plutôt, leur brassage d’air. L’expérience de l’année dernière qui leur a permis d’aller chercher Nick Foles est donc cochée comme un fiasco au bout d’un an. Vraiment, les bras m’en tombent. Donner un 4ème tour de draft pour prendre en charge le salaire énorme d’un QB qui n’était plus titulaire chez… les Jaguars. Sur le papier, impossible de voir où ça aurait pu coincer.

Bref, dans le football US il faut savoir assumer ses erreurs rapidement et c’est une bonne nouvelle que le Front Office l’ait fait. Il semble donc que l’idée leur soit venue d’offrir un package “irrefusable” pour aller sortir Russell Wilson de Seattle et entamer un nouveau cycle autour de Mr Unlimited. Sauf que le package irrefusable a été… roulement de tambour… refusé. Pas grave, il y a un plan B. Et voilà que quelques jours plus tard, tagada tagada voilà le Dalton!

Pour être clair, ceci n’est aucunement un paragraphe ayant pour but de dénigrer Andy Dalton. C’est un bon QB qui a su se faire une carrière très respectable après avoir été sélectionné au 2e tour en 2011. Malheureusement, il a 33 ans et sort d’une saison statistiquement mauvaise alors qu’il était entouré d’un supporting cast 5 étoiles à Dallas. Son environnement de travail sera clairement moins bon à Chicago, difficile donc d’imaginer l’attaque des Bears reprendre de l’allant.

Comment, donc, valider la décision des décisionnaires dans l’Illinois? Que ce soit sur le court, moyen ou long terme, la situation est plus propice aux incertitudes qu’à l’enthousiasme.

Leonard Floyd, LB, Rams

Il y a les mauvaises décisions, et il y a les décisions qu’on ne comprend même pas. Apprendre de ses erreurs, ce n’est pas toujours facile pour les General Managers en NFL, et c’est compréhensible, au fond. Retenir les leçons des erreurs de ses concurrents devrait, par contre, être plus facile. 

Il y a un an, les Rams voyaient partir Dante Fowler vers Atlanta. Fort d’un exercice 2019 dans lequel il avait produit 11,5 sacks à Los Angeles, le pass rusher des Rams avait troqué son uniforme pour celui des Falcons moyennant quelques 45M de dollars sur 3 ans. A l’époque, les analystes NFL comme Pro Football Focus alertait sur les stats de Fowler: ses 11,5 sacks et ses nombreuses pressions sur le QB adverse venaient en réalité d’un environnement très propice. Travailler à côté d’Aaron Donald (AKA le joueur le plus craint par les OL de la ligue) ça offre beaucoup de situations favorables à remplir la ligne de statistiques. Un an plus tard et séparé de son compère habituel, Fowler n’a empilé que 3 sacks en 2020, confirmant ainsi les limites qu’on lui attendait lorsque l’attention se tourne sur lui.

Pendant ce temps, les Rams avaient trouvé son remplaçant en allant chercher Leonard Floyd, fraîchement coupé par les Bears, sur un contrat d’un an. Floyd profita, à la surprise de personne, de sa meilleure saison statistique avec 10,5 sacks à Los Angeles.

Ce que cela a surtout démontré, c’est que lorsqu’on a Aaron Donald et ses trois titres de DPOY, c’est assez facile de faire briller les autres joueurs de ligne. Une fois cette vérité intégrée, la priorité doit donc être de trouver des compagnons d’armes à moindre coût pour épauler la superstar de Los Angeles. Pas de re-signer l’un d’entre eux pour une moyenne de 16M de dollars par an. 

Les Rams sont toujours des saltimbanques du salary cap et continuent, année après année, de sortir des gros contrats alors qu’ils semblent dans le rouge financièrement. Ça ne nous étonne même plus. Mais tant qu’à faire, donner plus d’argent à Leonard Floyd que Yannick Ngakoue, par exemple, est assez dur à justifier. 

Ronald Darby, CB, Broncos

Trouver 5 signatures qui m’ont vraiment déplu s’est avéré plus difficile que je ne le pensais au départ. Pour les deux dernières, on pensera donc plutôt à des signatures que je trouve risquées en considération du joueur et du salaire qui lui sera proposé. Le cas de Ronald Darby me semble approprié. Au premier abord, 30M de dollars sur 3 ans pour un CB de 27 ans au sortir d’une excellente saison à Washington est tout à fait justifiable. Il s’avère également que Darby a montré chez l’Équipe de Football qu’un schéma en zone type Cover 2 lui allait comme un gant. Parfait pour les Broncos qui, sous Vic Fangio, sont un des bastions de ce type de défense. 

Oui mais. Si Darby sort d’une très bonne saison et a en général montré de belles choses au cours de sa carrière, il a aussi souffert de blessures à répétition. 8 matches en 2017, 9 matches en 2018 et 11 en 2019. Sa saison 2019, terminée prématurément à la suite d’ une blessure à la cuisse, avait commencé sur des bases catastrophiques et reste la pire de sa carrière. Si le nouveau Bronco est revenu à son meilleur niveau en 2020 derrière l’incroyable front 7 de Washington, la priorité pour lui sera de garder ce standard tout en restant opérationnel. A ce prix-là, il s’agit d’un gros risque pour les Broncos qui auront besoin d’un peu d’aide du destin pour justifier cet investissement. 

Nelson Agholor, WR, Patriots

L’intersaison des Patriots se révèle jusqu’ici la plus intéressante de toutes. Armés de moyens financiers qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir, la bande à Bill a sorti l’artillerie lourde. Et qu’importe s’il faut dépenser 138 millions de dollars en 24 heures, quand on aime on ne compte pas. Et quand on veut montrer à Cam Newton qu’on l’aime, il ne faut pas lésiner sur les moyens pour lui offrir de vrais receveurs. Une vraie menace en profondeur par exemple? Toujours utile quand le QB des Pats possède un canon à en faire rougir l’Etoile de la Mort. Dans ce cas, pourquoi ne pas tenter le revenant Nelson Agholor dont la cote a beaucoup grimpé depuis sa grosse saison à Las Vegas? Tout est réuni pour avoir une potentielle bonne affaire! 

Oui mais pour faire une bonne affaire, il faut payer un prix raisonnable. Ce qui ne correspond pas, selon moi, à un contrat de 26M sur 2 ans. Même si c’est un contrat qui reste court (donc un investissement relatif), le salaire de 13M se place parmi les plus hauts de cette classe de WR en free agency. C’est autant que Corey Davis et plus que Juju Smith-Schuster, Will Fuller, TY Hilton ou encore Marvin Jones. La question n’est pas tant de comparer les receveurs entre eux, surtout que la potentielle intégration dans le schéma de New England est le plus important. Mais si on juge le parcours très mitigé d’Agholor sur ses 4 premières saisons à Philadelphie, entre blessures et mains très hasardeuses, les Patriots auraient pu s’asseoir à la table des négociations en proposant des émoluments beaucoup plus bas. Oui, Bill Bellichick avait de toutes manières beaucoup d’argent à dépenser, mais cet investissement s’apparente à un vrai risque.

Comme la draft, la free agency n’est qu’un jeu de spéculations qui finira par s’incliner devant la réalité du terrain. Cependant, l’intersaison est le seul moment où les fans peuvent entrevoir les volontés de leurs décisionnaires. Si les conférences de presses ne sont que langue de bois et phrases évasives, les choix que devront assumer les General Managers sont les cartes qu’ils révèlent aux yeux du grand public et qui permettent de mieux comprendre leur projet à court et long terme. C’est donc de loin le meilleur élément de lecture à notre disposition. La parole est maintenant aux coaches pour transformer ces idées en bonne décisions.

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