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Héctor Scarone, « El Mago » de Montevideo

Ce 4 avril, nous commémorons la mort d’un immense joueur, légende du football uruguayen et considéré par ses contemporains comme l’un des meilleurs joueurs de la planète pré seconde guerre mondiale : « Le Magicien » Héctor Scarone. Mort le 4 avril 1967, cet attaquant de poche (1,69m) a fait souffrir de très nombreuses défenses durant sa (très) longue carrière entamée à l’âge de 18 ans et achevée à l’âge de 41 ans. Portrait !

Héctor-Carlos, une fratrie prolifique

Fils d’une famille d’immigrée italienne, Héctor Scarone nait le 26 novembre 1898 à Montevideo. Très jeune, il se dirige naturellement vers le ballon rond et est notamment ébloui par les exploits de son grand frère (de 10 ans son ainé), Carlos. Attaquant de pointe, ce dernier rejoint le Nacional, club de Montevideo, en 1914 après une saison à Boca Juniors. Buteur hors pair, Carlos Scarone devient rapidement un joueur majeur du club de la capitale. De son côté, le jeune Héctor fait ses classes dans un autre club de la capitale jouant en troisième division uruguayenne.

Carlos Scarone avec le maillot du Nacional sur les épaules.

1916 marque le début d’un duo particulièrement prolifique. En effet, Héctor rejoint son frère Carlos sur le front de l’attaque du Nacional et le plus jeune des deux frères devient très vite la nouvelle coqueluche des supporters. Sa vision de jeu hors du commun ainsi que ses qualités de buteurs font chavirer le coeur des fans du club de Montevideo. Sa complicité naturelle avec son frère ainé fait des ravages et le Nacional devient une nouvelle fois champion d’Uruguay avec 22 points d’avance sur son dauphin, Héctor Scarone marque d’ailleurs le but du titre face au Dublin FC. Les titres ne s’arrêtent pas là, puisque la même année les coéquipiers de Carlos et Héctor Scarone remportent également la « Copa Aldao » et la « Copa de Honor Cusenier », deux compétitions prémices de la Copa Libertadores, réunissant les meilleurs clubs uruguayens et argentins. Le cadet de la fratrie se distingue en inscrivant un but dans chacune des deux finales et marque ainsi déjà l’histoire de son club. Un club dans lequel il marquera au total 294 buts en 390 matchs.

Photo officiel du Nacional en 1917. Héctor est le deuxième en bas en partant de la gauche, Carlos est le quatrième en bas en partant de la gauche.

Cette complicité va s’étendre à l’équipe nationale puisqu’en 1917 Héctor intègre les rangs de la « Celeste », huit ans après son frère. Cette année-là, la Copa America – à l’époque, appelée championnat sud-américain – organise sa seconde édition à Montevideo. Déjà vainqueur l’année précédente, l’Uruguay fait évidemment figure de favorite.

Héctor Scarone profite donc de ce tournoi pour se montrer. Il inscrit le premier but d’une longue liste en équipe nationale face au Brésil (victoire 4-0) après être resté muet face au Chili quelques jours auparavant. Lors du dernier match de ce mini championnat regroupant quatre nations (Uruguay, Brésil, Chili, Argentine), la Celeste et l’Albiceleste se retrouvent pour ce qui fera office de finale. L’Uruguay s’impose une nouvelle fois (1-0) grâce à un but inscrit par… Héctor Scarone, il ne pouvait en être autrement. Le jeune attaquant de 19 ans devient alors une véritable vedette dans son pays. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter…

Un palmarès exceptionnel

Les années 20 vont définitivement faire basculer l’attaquant de Montevideo dans la légende. Avec son club du Nacional d’abord, où Scarone va enchaîner les titres de champion (1917, 1919, 1920, 1922, 1923, 1924) et va enquiller les buts comme personne avant lui. Avec son équipe nationale ensuite, où « El Mago » va être le fer de lance d’une génération que rien n’arrêtera. Entre 1917 et 1930, l’Uruguay va engranger pas moins de sept titres internationaux majeurs dont quatre Copa America (1917, 1923, 1924 et 1926), deux titres olympiques (1924 et 1928) et un titre mondial lors de la première Coupe du Monde organisé par la FIFA, en 1930.

Voici la photo officiel de la première équipe championne du monde de la FIFA, en 1930, avec un Héctor Scarone désormais vieux briscard d’une jeune sélection uruguayenne (deuxième en bas en partant de la gauche). (Source : Wikipedia)

Ce mondial 1930 est d’ailleurs peut être le point culminant d’une carrière exceptionnelle marquée par le succès et les trophées. En effet, alors âgé de 31 ans, Scarone est le joueur le plus expérimenté de sa sélection. Pour ce nouveau tournoi, les deux meilleures nations au monde (l’Uruguay et l’Argentine) se retrouvent encore une fois en finale après s’être facilement débarrassés de leurs adversaires (USA et Yougoslavie) sur le score de 6-1 en demi-finale.

Auteur d’un seul but durant cette Coupe du Monde (en phase de poule face à la Roumanie), Scarone se mue en passeur lors de la finale. Mené deux buts à un à la pause, la Celeste parvient à renverser la vapeur en seconde mi-temps grâce notamment à deux passes décisives de son « magicien », d’abord pour Pedro Cea puis pour Santos Iriarte. L’Uruguay s’impose finalement quatre buts à deux et remporte la première Coupe du Monde de l’histoire. Scarone en profite pour mettre un terme à sa carrière internationale sur cet énième succès.

En 52 sélections, l’attaquant virevoltant et insaisissable aura inscrit la bagatelle de 31 buts (dont 22 lors de tournoi majeur). Un record qui tiendra plus de 80 ans (!) et qui ne sera battu qu’en 2011 par Diego Forlan.

Rendez-vous manqué avec l’Europe

Malgré tous ses succès sur le continent sud-américain, un tout petit point noir vient noircir le tableau : son histoire compliquée avec le « vieux continent ». Pourtant, tout avait commencé sous les meilleurs hospices lorsqu’en 1925 son club du Nacional décide d’organiser une tournée de matchs en Europe. Au programme 38 oppositions face aux meilleurs clubs européens.

La tournée est une franche réussite pour le club sud-américain, mais aussi pour Scarone. En effet, les « Bolsos » remportent 26 des 38 rencontres et inscrivent 130 buts dont 26 pour le seul Héctor Scarone (en autant de matchs). Ses performances impressionnent les plus grands clubs européens et « El Mago » devient de facto LE joueur à attirer.

« Je devais revenir ici, dans mon club du Nacional »

Héctor Scarone

En 1926, le FC Barcelone « empoche » la mise et parvient à faire signer l’attaquant uruguayen. On peut aisément affirmer qu’à l’époque il s’agit de la première star sud-américaine à jouer en Europe. Malheureusement pour le club catalan, l’idylle sera de courte durée et après seulement 18 matchs joués (9 buts inscrits) et une Coupe du Roi remportée, l’attaquant originaire de Montevideo décide de rentrer au pays malgré un contrat pharaonique de 30 000 pesos/an pendant cinq ans sur la table. La raison ? Sa sélection nationale. En effet, il faut savoir qu’à l’époque, la professionnalisation du football était interdite en Uruguay et de fait ce contrat l’aurait empêché de rejouer dans et pour son propre pays. En 1927, Scarone revient dans son club de toujours, ce qui lui vaudra de déclarer ceci à Marca : « Je pensais à l’Uruguay, les Jeux Olympiques de 1928 allaient bientôt arriver et je devais revenir ici dans mon club du Nacional. » Un événement de plus à rajouter au mythe entourant Héctor Scarone.

« Pour moi Héctor Scarone était le meilleur de tous. »

Giuseppe Meazza

Pour autant, ce dernier garde en tête l’idée de réussir en Europe. C’est pourquoi après avoir pris sa retraite internationale et alors que le professionnalisme gagne l’Uruguay, il décide de revenir en Europe et plus précisément sur les terres de ces ancêtres, en Italie. En 1931, il rejoint donc l’Inter Milan et côtoie notamment un certain Giuseppe Meazza, ce dernier dira d’ailleurs de lui : « Honnêtement, j’ai fait face à de nombreux joueurs dans ma carrière, mais pour moi Héctor Scarone était le meilleur de tous. » Un an plus tard l’Uruguayen rejoint Palerme pour deux saisons avant de retourner une nouvelle fois chez lui en Uruguay. Malgré des statistiques moins élevées qu’en Amérique du Sud et aucun trophée remporté, le public italien est subjugué par les prouesses de cet attaquant au centre de gravité très bas.

Héctor Scarone sous les couleurs de l’Inter (deuxième en haut, en partant de la gauche) au côté de Giuseppe Meazza (à la gauche de Scarone). (Source : Inter.it)

Après une dernière pige avec le Nacional (et un dernier titre de champion en 1934), Scarone prend sa retraite en 1939 et se tourne vers une carrière d’entraîneur. Après la seconde guerre mondiale, il dirige notamment le club colombien des Millonarios où il rencontre un jeune prodige argentin prénommé Alfredo Di Stefano, puis dirige le grand Real Madrid entre 1951 et 1952 avant de prendre les rênes de son Nacional entre 1953 et 1954. Il décède chez lui, à Montevideo, le 4 avril 1967.

Attaquant génial et prolifique, Héctor Scarone aura marqué l’Histoire de son pays en étant le leader de la première équipe championne du monde de football. Mais, avant d’être un formidable attaquant, « El Mago » était surtout un vrai amoureux de son pays et de sa ville natale, Montevideo !

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