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EURO 2020 : Zurich, symbole de la relation Suisse au football

Pour ce premier épisode de cette série consacrée à la culture foot des 24 pays qualifiés pour l’Euro, le parti pris de choisir nos voisins Suisse reste logique. Tout d’abord parce qu’elle est dans le groupe A, mais aussi puisqu’elle reste un pays proche mais restant assez mystérieux sur son rapport au ballon rond. Une relation changeante, tantôt passionnée, tantôt désintéressée. Exemplification de cette ambivalence en zoomant sur la capitale économique, Zurich.

Le site officiel touristique de la ville Suisse en fait l’un des lieux à visiter : le Musée du football mondial de la FIFA. Comment l’histoire d’un sport si populaire en Afrique, implanté depuis un siècle en Amérique du Sud et né en Grande-Bretagne peut-elle se situer en Suisse ? Tout simplement parce que depuis 1932, Zurich est aussi la ville du siège de la FIFA. L’institution la plus importante de ce sport, dans un pays et dans une ville qui, pourtant, ne transpire pas le foot. Encore une fois, une (petite) incohérence.

Centre financier plutôt que centre au premier poteau

Dans la région alémanique de Suisse, Zurich est la ville majeure, en étant un centre économique important, ou les banques régissent l’économie locale. C’est pour ces raisons que la FIFA s’est d’ailleurs installée dans la ville la plus peuplée de Suisse. Originellement située à Paris, elle déménage en 1932 en raison de problèmes financiers dus – entre autres- au crash boursier de 1929. Depuis, l’organisation mondiale siège toujours dans le canton Zurichois.

Le siège de la FIFA. (Crédits : La Gazette du Fennec)

Si l’on reste sur le versant histoire de la relation Zurich-Football, intéressons-nous aux clubs. D’une part, le FC Zurich, fusion de plusieurs clubs à la fin du XIXe siècle par Hans Gamper, plus connu sous le nom de Joan Gamper (qui cocréera plus tard le FC Barcelone aux couleurs du … FC Bâle, son club préféré). 12 titres de champion, soit 15 de moins que ses voisins du Grasshopper (27 titres). Un nom anglais pour un club créé par un étudiant Anglais, ce qui était courant en Suisse à la fin du XIXe (les Young Boys sont un autre exemple.) Premier champion de l’histoire, les Sauterelles sont le club Suisse le plus titré du championnat. Par ce biais, en ayant 27 + 12 titres nationaux, Zurich détient 39 des 122 championnats distribués depuis sa création. Et même 40 si l’on ajoute celui remporté par l’Anglo-American Club Zurich en 1899. Tout simplement la ville la plus titrée du pays.

Vivier et équipe nationale

Le 26 Novembre dernier, la mairie zurichoise a dévoilé une plaque commémorative en l’honneur de Kobi Kuhn. Sélectionneur de la Nati de 2001 à 2008, la ville a décidé de lui rendre hommage en appliquant une plaque en forme de ballon, doré, sur la maison où il a grandi. Manière de montrer sa fierté certes, mais aussi de créer du lien entre le football et la population. Parce que la ville est fière de ceux qui la rendent grande : sur le dernier rassemblement de l’équipe nationale, 4 joueurs étaient nés au sein de la cité alémanique. Une relation Zurich – équipe nationale qui se voit aussi sur la ville de naissance d’Heinz Hermann. L’ange blond est détenteur du nombre de sélections avec la Nati, 3 fois champion de Suisse avec le Grasshopper.

Heinz Hermann. (Crédits : Pinterest)

Mais si la Nati est souvent abreuvée de joueurs nés ou formés à Zurich, la ville reste divisée entre ses deux clubs. Avec, notamment, leur identités opposées : le FC Zurich est le club des ouvriers, situé dans les quartiers populaires, politiquement de gauche, quand les supporters du Grasshopper est politiquement de droite, situé dans les quartiers riches. Pourtant, ces différences tendent à s’estomper. La faute à un éloignement progressif du football, par les classes populaires comme par les acteurs économiques.

Désuétude et désamour

Mais ces dernières années, la ville semble se détacher de ses clubs. Le Grasshopper, historique parmi les historiques, est descendue en D2 Suisse. Le FC Zurich joue le maintien depuis quelques saisons. Lors de sa dernière saison en D1, le Grasshopper avait la deuxième pire affluence du championnat (5.639 spectateurs), alors qu’il tournait à plus de 7000 4 ans plus tôt. Une perte de puissance en partie due au retrait des entreprises privées locales du sponsoring du club. Les banques, prises dans une forme de mondialisation et d’un monde ultra connecté, se sont détachées de son investissement local. Un intérêt modéré pour le foot qui ne se limite pas aux banques : « Cet intérêt modéré pour le football, c’est un diagnostic qu’on peut faire pour l’ensemble de la Suisse, oui. Les équipes de première division peinent à remplir leur stade, d’ailleurs » témoignait pour So Foot Grégory Quin, co-auteur du livre Football suisse : des pionniers aux professionnels.

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Dans le même article, SoFoot soulève la question du stade : voté par les Zurichois en 2018, un stade ultra moderne, le Crédit Suisse Arena, verra le jour en 2022. Il sera financé par le rendement économique de deux tours d’habitations construites à cotés. Mais le stade arrive peut être 15 ans trop tard : en 2003, puis en 2013, deux projets avaient échoué. Le premier, privé, était tombé à l’eau en raison de trop importantes obligations administratives. En 2013, les Zurichois avaient tout simplement rejeté le projet. Alors même que le Grasshopper squatte le stade de son voisin depuis 2008… Un stade qui, d’ailleurs, est assez décrié en raison de la piste d’athlétisme, qui éloigne les supporters de leurs joueurs.

S’il y a aussi une force de Zurich, qui se retranscrit au travers de ses équipes, c’est aussi la force de l’immigration. Dans une ville aussi peuplée, les populations immigrées peuvent s’y installer, grandir, et dans le cas du foot, fournir un nouveau vivier de joueurs. Encore une fois, Zurich est réellement un zoom à petite échelle du ballon rond en Suisse. L’on retrouve une population passionnée, puis éloignée, l’importance de l’identité locale de ses clubs, et le réseau économique, banquier, immensément important dans le pays de la Nati.

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