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Pierre-Louis Barassi danse avec le LOU

Élu révélation de la saison 2018/2019 en Top 14, Pierre-Louis Barassi ne cesse de progresser. Il est actuellement un des meilleurs centres du championnat. Le LOU rugby devra s’appuyer sur lui durant cette fin de saison, pour espérer accrocher le meilleur résultat possible. Déjà sélectionné à deux reprises avec le XV de France, le second centre lyonnais peut légitimement ambitionner de porter à nouveau le maillot bleu, même si la concurrence au poste est rude.

De Narbonne à Narbonne : l’émergence d’un talent

Originaire de Sélestat en Alsace, Pierre-Louis Barassi déménage à Narbonne alors qu’il n’a que 5 ans. Dès l’année suivante il rejoint le club phare de la ville, le RCNM (actuel RCN). Bercé par les exploits de Julien Candelon et Cédric Rosalen au Parc des Sports et de l’Amitié, il ne pourra que constater les dégâts en 2007, comme tous les supporters, lors de la descente du club en Pro D2. En orange et noir Barassi est déjà remarqué et remarquable, en 2015 il remporte le Tournoi à 7 de Dubaï avec l’équipe de France 7’s de moins de 18 ans.

Le tout jeune Pierre-Louis Barassi sous les couleurs de Narbonne à droite de l’image.

Après un titre de champion d’Europe U18 en 2016 avec l’équipe de France, il décide de quitter Narbonne pour rejoindre le LOU. A Lyon, le second centre va poursuivre sa progression au point d’être appelé de nouveau en équipe de France en 2018, pour participer au championnat du monde des moins de 20 ans.

Un championnat à domicile pour PLB, qui se sent d’autant plus à la maison puisque le camp de base des Bleus est situé à Narbonne. Comme un symbole, c’est dans cette ville audoise que Barassi et ses copains Ntamack, Carbonel, Bamba, Woki et autres vont se révéler aux yeux du grand public. Après deux premiers matchs poussifs face à l’Irlande et la Géorgie, les Bleuets vont dérouler lors du dernier match de poule à Narbonne face à l’Afrique du Sud. Grâce à une première mi-temps incroyable durant laquelle le centre du LOU y va de son essai, les Bleuets vont ensuite pouvoir gérer leur avance en seconde période pour s’imposer 46-29. Pierre-Louis Barassi revient sur cette journée si spéciale, qui a marqué sa jeune carrière.

Un joueur issu d’une génération dorée

Cette victoire face à l’Afrique du Sud avait permis aux Bleuets de se qualifier directement pour les demi-finales. A Aimé-Giral, les jeunes Français s’imposaient 16-7 face aux Baby Blacks en demie, grâce à une mêlée dévastatrice et un essai de Romain Ntamack. Pour conclure ce championnat du monde U20 à Béziers, les coéquipiers de Barassi avaient rendez-vous avec l’Angleterre en finale. Deux essais de Woki et Séguret, mais surtout la botte de Carbonel avaient offert le titre de champion du monde aux joueurs de Sébastien Piqueronies.

Depuis ce titre, les jeunes Français ont pu démontrer que ce n’était pas un feu de paille. Un an plus tard, certains participaient déjà à la Coupe du monde 2019 au Japon avec la grande équipe de France. C’était le cas de Demba Bamba, Romain Ntamack et de Pierre-Louis Barassi qui avait profité de la blessure de Wesley Fofana pour connaître sa première sélection face aux Tonga. Depuis, d’autres Bleuets ont eu la chance de porter le maillot brodé du coq comme Arthur Vincent, Cameron Woki, Hassane Kolingar, Killian Geraci ou encore Louis Carbonel. Cette génération est composée de talents précoces capables de performer au très haut-niveau dès le plus jeune âge.

Contourner plutôt que percuter

Malgré son mètre 88, Pierre-Louis Barassi n’est pas un joueur très dense, il ne pèse que 91 kilos. Dans le rugby actuel il est une sorte d’exception au vu de son rapport taille/poids. A titre de comparaison Apisai Naqalevu qui joue au même poste à Clermont, mesure seulement 1m84 mais pèse 20 kilos de plus que le centre lyonnais. Cela ne le perturbe pas PLB, puisque c’est un joueur qui va privilégier l’évitement à du jeu plus frontal. Si sa vitesse et ses appuis sont un véritable atout pour se mettre en évidence, Barassi est aussi capable de se montrer puissant quand il n’a pas d’autre alternative, la preuve ci-dessous où il passe en force entre Julien Bardy et Jan Serfontein.

Barassi fait parler les appuis pour éliminer l’arrière montpelliérain et conclure, le tout lors d’un match de phase finale en 2019.

Sur cet essai on peut admirer toute la palette offensive de celui que l’on surnomme « Jean-Louis ». Passer entre deux défenseurs en puissance, faire parler sa pointe de vitesse pour distancer les adversaires, et privilégier l’évitement quand il s’agit d’éliminer le dernier défenseur. Barassi est aussi un opportuniste, sa vision du jeu lui permet de se trouver souvent au bon endroit au bon moment pour intercepter ou jouer les ballons de contre-attaque. Mais il n’est pas seulement un finisseur, il sait aussi se montrer altruiste quand c’est nécessaire, et privilégiera toujours le choix qui permettra de continuer à faire vivre le ballon et avancer.

Une activité débordante

Pour combler un petit manque de densité physique par rapport aux autres centres du championnat, le joueur du LOU fait toujours preuve de rage et de détermination. Il se rend disponible pour ses coéquipiers. Selon le graphique de l’arbitre-statisticien David Reboursière, Barassi est un des meilleurs défenseurs à son poste en terme de plaquages réalisés, il fait également partie de ceux qui loupent très peu de plaquages. D’après les chiffres de Stats Perform, le second centre effectue 6,5 plaquages par match de moyenne, pour 0,7 manqué. En comparaison Lepani Botia réalise 4,5 plaquages par match et en loupe 1,5 en moyenne.

L’indice de performance de Barassi en comparaison avec les autres centres du championnat
(source : @DavidReboursie1 sur twitter)

Ce graphique nous permet également de mettre d’autant plus en évidence la disponibilité du joueur. Il fait partie des trois-quarts centres qui viennent participer au plus grand nombre de rucks en championnat. Contrairement à la majorité des centres en Top 14, Barassi ne va pas chercher à casser un maximum de plaquages et à distribuer les offloads. Comme expliqué auparavant il va plutôt favoriser l’évitement à l’affrontement direct. Pourtant, il est peut-être, le second centre le plus complet du championnat français, de par sa vitesse, ses appuis, son explosivité, sa disponibilité, sa vision de jeu et sa défense.

Pierre et le LOU

Pierre-Louis Barassi est parfaitement utilisé par son coach au LOU Pierre Mignoni et peut exploiter au mieux ses qualités dans la ligne d’attaque lyonnaise, quand l’effectif est au complet. Dans un schéma de jeu idéal, la charnière préférentielle Couilloud-Wisniewski à l’animation, peut s’appuyer sur Charlie Ngatai pour fixer un maximum de joueurs au milieu du terrain. Barassi peut ensuite en profiter pour prendre les intervalles ou servir les joueurs du triangle arrière, Mignot, Nakaitaci, Tuisova, Arnold ou Laporte dans les couloirs.

La superbe passe décisive de Barassi à destination de Tuisova lors de la dernière journée de Top 14 face à Toulon, après une fixation de… Jean-Marc Doussain dans l’axe du terrain.

En ce qui concerne le jeu au pied, le numéro 13 de Lyon n’est pas maladroit dans cet exercice, mais cette tâche est plutôt réservée à sa charnière, ou à son compère au centre Charlie Ngatai qui est capable d’aller chercher plus de longueur. Pierre Mignoni aura besoin de tous ses atouts derrière, et notamment de Pierre-Louis Barassi pour cette fin de saison en Top 14, afin de défendre au mieux la place de barragiste des Lyonnais. Le LOU rugby recevra Clermont, Brive et Agen à Gerland, et devra se déplacer au Stade Français à Castres et à La Rochelle dès samedi, lors des six dernières journées du championnat.

Passer du LOU au Coq

Pierre-Louis Barassi a joué à deux reprises avec le XV de France, face aux Tonga lors de la Coupe du monde 2019, et face à l’Angleterre à l’occasion de la finale de l’Autumn Nations Cup en décembre dernier. Lors de ces deux rencontres, le second centre est entré en cours de jeu, et a connu des fins de match sous tension. Les Bleus s’étaient imposés dans la douleur 23-21 face aux Tonga, et ils s’étaient inclinés 22-19 face au XV de la Rose en prolongations. Pour l’instant le joueur du LOU n’a donc jamais été la première option des sélectionneurs. Il faut dire que sa progression a été quelque peu contrariée par une fracture de la pommette la saison dernière, puis par le confinement. Cette saison c’est le Covid qui est venu perturbé les plans de Barassi, qui aurait pu sans ce virus, postuler pour France-Italie durant l’Autumn Nations Cup.

Pierre-Louis Barassi à la lutte avec Henry Slade lors de la dernière finale d’Autumn Nations Cup. (Photo by Adrian DENNIS / AFP)

Il sera difficile pour le centre lyonnais de se faire une place dans le groupe France. Virimi Vakatawa semble installé au poste de second centre, et Arthur Vincent polyvalent 12-13 est un excellent remplaçant. Barassi a un profil bien différent des autres centres français, et notamment de Vakatawa son concurrent direct. Mais si le centre du LOU continue à progresser dans tous les domaines de jeu, tout en restant régulier dans ses performances, il pourrait rêver de se faire une place chez les Bleus pour aller gagner un nouveau titre mondial en France, chez les grands cette fois-ci, en 2023.

Pour l’instant, l’objectif principal de Pierre-Louis Barassi est de participer aux phases finales en fin de saison avec le LOU. Sous contrat jusqu’en 2022 avec son club, il fait désormais partie des meilleurs trois-quarts centres du Top 14. Il pourrait être à bientôt 23 ans, une alternative crédible à Virimi Vakatawa en équipe de France si le Racingman continue à connaître des blessures récurrentes.

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