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Vinícius Júnior, qui est le joueur qui a mis Liverpool à ses pieds ?

« Vini, Vidi, Vici », titrait AS, au lendemain de la victoire du Real Madrid sur Liverpool. Sur la Une, le Brésilien apparaît les deux poings serrés, à genoux. Pourtant, c’est bien Liverpool qui en a mis un au sol ce soir-là. Le jeune joueur de 20 ans a encore du mal à confirmer lorsqu’il porte la tunique blanche sur ses épaules, mais ce match prouve qu’il a les moyens pour devenir l’un des meilleurs à son poste. 

Une de AS au lendemain de la victoire du Real Madrid, 3-1 face à Liverpool (Crédit : AS).

L’effort financier de ses paternels

Sa relation avec le ballon commence très jeune, dans les rues des quartiers pauvres de Rio de Janeiro, au Brésil. Sur la table familiale, la nourriture manque parfois. Souvent. Son père, informaticien, arrive tout de même à subvenir aux besoins de ses trois enfants. Vinícius, de son côté, se prend d’amour pour le football, pour la Seleção, pour Robinho. Et le football le lui rend bien. « Je voyais quelque chose de merveilleux dans mon fils quand il touchait le ballon, quand il driblait encore en encore. Il était né pour ça » avouait son paternel. Bien qu’en difficulté financière, il trouve des solutions pour lui permettre de tenter sa chance. Il l’emmène à l’école de football de l’Escolinha Fla São Gonçalo. 

« Son père est venu nous voir quand il avait 5 ans, et à partir de ce moment, il montrait des capacités supérieures aux autres jeunes de son âge. Ça a toujours été un garçon tranquille, silencieux, qui ne causait aucun problème, mais toujours au-dessus de la moyenne. » 

Cacau, son entraîneur à l’Escolinha Fla São Gonçalo

Nous sommes en 2005. Il a 5 ans. Pendant deux ans, il effectue la trentaine de kilomètres qui sépare son domicile de l’école. Il évolue ici pendant cinq ans, échouant à chaque fois les tests d’entrée pour Flamengo. Pourtant, son entraîneur est dithyrambique à son sujet, et ce dès le début : « Il était techniquement plus fort que les gars de son âge et j’ai décidé de le surclasser pour le mettre dans des situations plus difficiles. »

Vinícius en mord pour Flamengo (Crédit : ViniciusOficial)

« Jouer au football et être heureux » 

En 2010, le joueur aux « dribbles mortels » selon son ancien coach, entre finalement à Flamengo. Comme défenseur. Une consécration pour lui. Pour autant, il doit faire des sacrifices encore plus importants. De quinze minutes qui le séparaient de l’école de football, il est maintenant à quelque 70 km de son club« Sa mère l’accompagnait à la moitié du chemin et attendait plus de quatre heures qu’il revienne. Son père était allé travailler à Sao Paulo pour permettre à sa famille de s’en sortir » se souvient Cacau. Il devait prendre deux bus pour s’y rendre. Le trajet lui coûtait 20 reales (6 euros), une fortune pour la famille. Il finit par déménager chez son oncle pour diviser par deux le nombre de kilomètres effectués quasi-quotidiennement. 

Avec les U11 de Flamengo, il débute par la Rio Bonito Cup. Son talent, sa capacité à contourner les adversaires et sa puissance ne passent pas inaperçus, si bien qu’il sera recyclé, plus tard, en milieu de terrain offensif. Dans son dos, le numéro 8. C’est tout sauf un hasard. Eduardo Júnior lui voit des similitudes avec Adílio (légende du club ayant disputé 615 matchs entre 1976 et 1987). « Il ressemblait à Adílio, physiquement, mais également dans sa capacité à dribbler » explique, encore aujourd’hui, son ancien coach. « Un peu plus tard, en apprenant à mieux le connaître, nous avons vu que le garçon était un joueur beaucoup plus rapide ». 

Gilmar (un autre formateur de Vini) m’a dit qu’il faisait beaucoup de gri-gri. J’ai toujours encouragé cela, pour qu’il se sente libre de développer ses compétences balles au pied et ses dribbles. Et j’aimais aussi redescendre sur les côtés, surtout à gauche. Nous avons ces caractéristiques en commun. 

Adílio à propos de Vinícius Júnior

Bien que son quotidien ne soit pas du plus facile, ses années jeunesses seront couronnées de succès. En 2015, il soulève la Copa Votorantim, l’un des principaux tournois de football des moins de 15 ans du pays. Il offre le titre de la Ligue de l’État de Rio de Janeiro alors qu’il évolue avec les U17 du club. Il sera également l’un des meilleurs joueurs de la coupe de la jeunesse de Sāo Paulo, la plus grande compétition de football des moins de 20 ans. Les géants d’Europe, dont le FC Barcelone, commencent à s’intéresser au jeune brésilien. 

Vinícius aux coté de Robinho (Crédit : Buda Mendes)

« Mon rêve s’est réalisé »

Cacau le sait, « son rêve a toujours été de jouer avec la sélection et en Europe ». Pourtant, c’est avec Flamengo qu’il signe son premier contrat professionnel. À 16 ans, l’âge minimum pour ce faire. Le club a un objectif : le protéger des mastodontes d’outre-Atlantique. Sa clause : 30 millions d’euros. Déjà. 

Le 13 mai 2017, il porte pour la première fois le maillot rouge et noir avec l’équipe A. Il joue seulement 8 minutes, mais suffisamment pour taper dans l’œil de son idole, qui joue dans l’équipe adverse, et qui vient le voir après le match. Robinho lui demande son maillot. « Mon rêve s’est réalisé » dira Vinícius. Il ne faudra que deux jours au club pour prolonger son contrat et faire passer sa clause de 30 à 45 millions d’euros. Il a 16 ans. 

Pas de quoi refroidir les Merengue qui signent le joueur, en mai 2017, soit huit jours après la prolongation de son contrat. Il porte encore des bagues sur ses dents et déjà les espoirs de l’attaque du Real Madrid sur ses épaules. Il ne deviendra officiellement Madrilène qu’en juillet 2018, le temps pour lui de souffler ses 18 bougies. 

Les deux premiers buts de Vinícius avec Flamengo, le 19 août 2017.

« Real papito » 

Pourtant, Vinícius aurait très bien pu signer pour le FC Barcelone. Outre les deux clubs espagnols, Manchester City et le PSG s’étaient également positionnés. Mais Vinícius voulait l’Espagne. À l’heure de prendre une décision, il envoie ce message à son agent : « vamos pro maior do mundo. Real papito ». Un message explicite : « On va pour le meilleur club du monde. Le Real mon pote ». 

Capture d’écran de ses messages à son agent.

La signature pour le Real passé, Vini doit continuer de se concentrer sur Flamengo. En un an, il se fait peu à peu une place dans l’effectif grâce à sa vitesse, sa vision de jeu et sa qualité face au but. Il devient l’un des leaders de cette équipe. Preuve en est avec ses débuts en Copa Libertadores. Le 15 mars 2018, Flamengo est mené 1-0 sur la pelouse d’Emelec. À la 67e minute de jeu, Vinícius rentre sur la pelouse, marque par deux fois et offre les trois points à son équipe. Il devient le plus jeune buteur du club dans cette compétition et le plus jeune Brésilien à inscrire un doublé en Libertadores

Sa performance XXL en Libertadores face Emelec, le 15 mars 2018.

Après 68 matchs, 14 buts et 4 passes décisives, Vinícius quitte son club de toujours. Direction l’Europe et le gratin du football mondial. Reinaldo Rueda, son coach le juge « prêt ». À la Cadena SER, il expliquait, en septembre 2018 que « malgré son transfert, il n’a rien changé. ll a une grande condition technique, de la puissance physique et une grande vocation pour le but qui va aller plus loin. Il va mûrir, c’est sûr ».

« J’espère tout de même que l’on pourra se rencontrer un jour » 

Quelques jours avant son arrivée dans la capitale espagnole, Zinédine Zidane décide de quitter son poste d’entraîneur. Une décision qui affecte Vinícius qui « avai[t] très envie de jouer sous [ses] ordres. Mais malheureusement, ça ne va pas être possible »

Ses débuts avec le Real Madrid sont compliqués, mais rien d’étonnant, ni d’alarmant pour un joueur de 18 ans fraîchement débarqué d’Amérique du Sud. Après quelques matchs en castilla, il rejoint l’équipe A, mais joue à peine plus d’une heure sur l’ensemble des 28 matchs auxquels il prend part en 2018/2019. En revanche, son rendement sur le terrain est prometteur : 5 buts et 12 passes décisives en Liga, Copa del Rey, Champions League et Mondial des clubs. Une rupture des ligaments du genou le prive d’une possible fin de saison intéressante. Il devient malgré tout le premier joueur né après le 1er janvier 2000 à disputer un match officiel avec le Real Madrid.

Mais la déception de voir ZZ quitter son poste d’entraîneur se révèle aussi grande que la joie procurée par son retour. Le 11 mars 2019, l’entraîneur français revient sur le banc, pour la plus grande satisfaction du jeune brésilien. « J’espère tout de même que l’on pourra se rencontrer un jour pour qu’il puisse me donner des conseils pour m’améliorer en tant que joueur » disait-il quelques mois plus tôt. 

Le mercato estival 2019 voit l’arrivée de plusieurs joueurs offensifs dans l’effectif (Hazard, Take Kubo, Rodrygo), mettant la pression sur les épaules de Vinícius. Là encore, son début de saison est en dents de scie. Il le sait. Les sifflets commencent à descendre des tribunes. Il reconnaît qu’un seul but pourrait le faire basculer du bon côté de la montagne. Mais ce but ne vient pas. 

Jusqu’au 25 septembre, face à Osasuna. D’une superbe frappe enroulée, Vinícius marque son premier but de la saison et le premier début sa blessure. Un but d’une telle importance pour lui qu’il fond en larmes sur le terrain. 

Vinícius fond en larmes après son but face à Osasuna, le 25 septembre 2019.

Si, aujourd’hui encore, il pêche dans la finition, il peut jouir d’une totale confiance du coach français en son talent. Cette saison, il n’a raté que trois matchs (dont un à cause d’un virus). Souvent utilisé en tant qu’ailier gauche, sa qualité de dribble lui permettra de s’inscrire un peu plus dans l’effectif madrilène. Il fait tout pour, en tout cas. Cette saison, il multiplierait les heures supplémentaires, avec Rodrygo, pour améliorer sa prise de décision. Des séances hebdomadaires de «decision making» et de finition avec Zidane comme professeur particulier.  Le match aller contre Liverpool est une palette de ce qu’est capable Vinícius. Car ne l’oublions pas, Vinícius n’a que 20 ans. 

« J’étais impressionné, mais pas surpris. Tout le monde sait pourquoi Madrid l’a signé. Des plans pour le contrer ? Sur le premier but, il n’y en avait pas ? Mais on doit l’empêcher de toucher les ballons » disait Jürgen Klopp après la rencontre. Ce soir, ce mercredi 14 avril 2021, il a de nouveau l’occasion de montrer à toute l’Europe qu’il faudra compter sur lui pour la décennie qui vient. Car Vini vient de tout en bas, mais compte aller tutoyer les sommets. 

(Crédit photo de couverture : GABRIEL BOUYS / AFP)

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