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Conor McGregor ou la difficulté d’être et avoir été

Le cirque concernant l’éventuelle annulation du troisième combat entre Dustin Poirier et Conor McGregor vient donc, avec l’officialisation dudit combat par Dana White, de connaître épilogue tout sauf surprenant. Vaine agitation qui, une fois de plus, pousse à s’interroger sur l’actuel état d’esprit de l’irlandais ainsi que la perspective dans laquelle il va aborder le chapitre final de cette trilogie.

On avait quitté le Notorious brisé, allongé contre le grillage d’une cage d’Abu Dhabi, venant de subir la loi de son adversaire d’un soir. Pour la première fois, il semblait redevenir humain, simple combattant battu par plus fort que lui et forcé de reconnaître la supériorité d’autrui – lui qui avait, jusqu’ici, toujours mis ses défaites sur le compte de circonstances extérieures (qu’il s’agisse d’une préparation bâclée, d’une maladie, d’une blessure ou du fait de devoir performer dans une catégorie de poids qui n’était pas la sienne).

Il ne se cherchait ainsi plus d’excuse et ne demandait alors qu’une chose : un rematch immédiat face à ce même Poirier qui venait d’égaliser les compteurs. Laissant transparaître une nouvelle attitude : plus humble, plus mature, plus réfléchie, loin des navrants écarts qui, ces dernières années, ont régulièrement jalonné son parcours. Si ce n’est que, patatras, le drama de ces derniers jours est venu bousculer cette image d’un Conor assagi et désormais concentré sur ses objectifs. Poussant à nouveau à, inévitablement, se demander à quel point les discours de ces derniers mois étaient sincères. Ainsi que s’interroger sur sa situation en tant ou non que combattant d’élite.

Car parmi les enseignements concernant sa défaite de l’UFC 257, on avait notamment pu constater un ring rust patent. McGregor avait eu beau affirmer qu’il était dans la meilleure forme de sa carrière, l’objectivité oblige à constater que, depuis l’exhibition avec Mayweather (en aout 2017), il n’a combattu que trois fois – dont les quarante secondes contre Cerrone, l’année dernière. Ainsi, et même s’il se sentait physiquement au point, l’absence de cage (comme on parle d’absence de ring pour un boxeur), à tel niveau, ne pardonne pas. Surtout pour un combattant tel que lui, dont les principaux atouts sont le timing et l’explosivité. Contre Poirier, il était apparu étrangement statique, lourds sur ses appuis et incapable de produire les fulgurants enchaînements qui ont fait sa gloire. Non qu’il ne voit pas les ouvertures mais il ne parvient, par contre, plus à les exploiter (ou trop peu souvent pour que ce soit efficace). Rien ne remplace la pratique et de pratique, ces dernières années, il y a bien trop peu eu. Les publications de ses réseaux sociaux (qui le montrent fort occupé à faire la fête en permanence) ne laissant en rien penser qu’il a décidé d’y changer quoique ce soit, en tous cas dans l’immédiat.

On peut ensuite évoquer l’âge. Il n’a que 32 ans, ce qui reste bas pour un adulte lambda mais déjà fort haut pour un fighter professionnel – surtout qui affiche longévité telle que la sienne. D’autant qu’outre l’usure, son style s’appuie sur des compétences (vitesse, timing, explosivité) qui sont l’apanage des athlètes jeunes. Qualités qui sont les premières à décliner – et plus encore, donc, si elles ne sont pas entretenues au cours d’oppositions régulières. Peut-être est-il ainsi, désormais, juste incapable (pour des raisons purement physiques) de reproduire le style qui l’a mené au sommet. Étant, alors, permis de se demander à quel point lui et sa team n’avaient pas quelque peu sous-estimé Poirier. Arrivant dans la cage, pourrait-on penser, sans autre plan que celui d’effectuer un combat de pur stand-up. Envisageant que sa puissance suffirait à faire vaciller l’adversaire. On dirait qu’il n’avait en rien prévu takedowns, low-kicks ou, pire encore, que l’américain puisse survivre à sa frappe. Apparaissant comme démuni dès lors que ce dernier, laissant passer l’orage, avait varié sa panoplie et entamé sa marche en avant. Un manque d’adaptation qui flirte avec la faute professionnelle et laisse penser que son entraineur de toujours, John Kavanagh, n’est plus forcément l’homme de la situation. Si tant est que Conor l’écoute…

Enfin, point souvent évoqué, y compris par quelques-uns de ses plus ardents défenseurs : on peut se demander si le combattant McGregor a encore en lui la moindre niaque. Le parallèle avec Rocky 3 (cité par Dana White lui-même) est ainsi plus d’une fois revenu dans les conversations et force est de constater qu’il est tentant. L’irlandais n’a, peut-être, tout simplement plus la dalle. Lui qui s’affiche en tant que multi-millionnaire, père de famille, businessman accompli et dont on peut se demander si il a encore envie de se faire mal à l’entraînement. Non que les statuts de (nouveau) riche et d’affamé soient forcément contradictoires – il n’est qu’à étudier les carrières du grand Marvin Hagler ou, plus récemment, de Floyd Mayweather pour en avoir de parfaits exemples. Mais tout le monde n’affiche pas même dévotion quasi-monastique envers sa discipline. Aucun mal à ça mais si c’est le cas, il va devenir compliqué pour lui de continuer à évoluer au sein de la fosse aux requins que constitue sa division…

Au-delà de ça, la principale leçon de l’affrontement de janvier fut, peut-être, que Poirier a, pour la première fois, fait apparaître l’irlandais comme un combattant « normal », loin de la personnalité d’exception qui avait su captiver les foules lors de son ascension. Quelqu’un qui, désormais privé de ses meilleures armes et englué dans une coupable complaisance (peut-être entretenue par son entourage) concernant son niveau réel, se voit bien meilleur qu’il n’est. Réduit, pour appâter les foules, à alors rejouer son éternelle même partition, désormais rayée, du bad boy irrespectueux – ses déplorables échanges et tweets de ces dernières quarante-huit heures en constituant parfaits exemples. Le plus préoccupant étant de penser que Poirier (de par son style, son passif, son mental parfois friable) constitue, sans doute, pour lui le matchup le plus favorable parmi les ténors des Légers . Ayant, aujourd’hui, du mal à l’imaginer contre un sorcier du sol comme Oliveira ou un destructeur comme Gaethje. Comme s’il lui manquait maintenant quelque chose pour rivaliser avec les meilleurs, que son temps était passé et qu’il n’avait pas su évoluer avec le game, engoncé dans une version périmée de lui-même…

Alors nul doute qu’il va se passer encore bien des choses d’ici le 10 juillet. Que McGregor va encore beaucoup parler et, le plus souvent, pas de manière constructive. Qu’il va, à nouveau, affirmer qu’il arrive dans la meilleure forme de sa vie pour reprendre sa marche en avant et récupérer une ceinture qu’il considère comme sienne. Ça, c’est pour les caméras. Ce qu’on aimerait savoir, c’est ce qu’il pense vraiment. S’il croit réellement qu’il a de quoi reconquérir les sommets ou sait qu’il a commencé à irrémédiablement descendre la colline. S’il a encore en lui la moindre envie ou s’il ne performe désormais plus que pour la bourse. Si brûle toujours un soupçon de feu intérieur ou s’il n’est plus que coquille vide. Rien n’étant plus fascinant à observer que la lutte d’un homme avec sa part d’ombre, à lui de montrer s’il a encore ressource pour émerger de son chaos ou s’il est voué à définitivement s’y perdre. L’intrigue s’annonce passionnante.

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