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Jakob Fuglsang, le discret outsider

Depuis le début de saison, Jakob Fuglsang est revenu sur la pointe des pieds dans le peloton World Tour. Loin de la lumière durant sa préparation, il reste néanmoins prêt à jeter son dévolu sur son festin préféré, les ardennaises, premier gros objectif de sa saison. Focus sur l’évolution et les perspectives du solide Danois, un grand outsider pour cette campagne 2021.

Une trajectoire non linéaire

Jakob Fuglsang a commencé sa carrière professionnelle à la fin des années 2000. Très tôt, le Danois a obtenu des résultats très encourageants sur les classiques (4e Tour de Lombardie 2010, 4e Amstel Gold Race 2011). 

A son arrivée chez Astana, Fuglsang a réalisé une prometteuse septième place sur le Tour de France 2013, tandis que la star de l’équipe Vincenzo Nibali remportait le Giro et finissait second de la Vuelta. Dès lors, la progression personnelle de Fuglsang va en prendre un coup. La Danois va continuer à pouvoir exprimer au maximum son talent dans des courses d’un jour mais être contraint d’être équipier de luxe dans les grandes quêtes du champion italien.

Il se distingue notamment lors du Tour de France 2014 en jouant un rôle primordial lors de l’étape Ypres – Arenberg-Porte du Hainaut, permettant au Requin de Messine de prendre une confortable avance sur ses rivaux. Fuglsang fut également de la partie lors du succès de Nibali sur le Giro 2016. 

Coup de maître d’Astana sur les routes pavés du Tour de France 2014. (Photo : AP/BERNARD PAPON).

A côté des courses à étapes, le Danois ne va pas confirmer les belles dispositions prises au début de la décennie sur les courses d’un jour vallonnées. De 2012 à 2016, il participe à dix grandes classiques ardennaises et ne réalise mieux qu’une huitième place sur la Flèche Wallonne 2015.

Le déclic va se produire lors de la course en ligne des Jeux Olympiques 2016 de Rio. Le Danois va alors finir deuxième, étant seulement battu au sprint par Greg Van Avermaet. Une performance surprenante et rafraîchissante pour Fuglsang, qui va être le point de départ d’une seconde jeunesse pour le natif de Genève.

Départ de Nibali, plus de liberté

Avec le départ de Vincenzo Nibali du côté de la Bahrain-Merida en 2017, le Danois voit son statut progresser au sein de la formation kazakhe. Pour la première fois depuis 2013, il va aborder le Tour de France en tant que leader. Quelques semaines avant la Grande Boucle, Jakob Fuglsang remporte à la surprise général le Critérium du Dauphiné libéré devant des Richie Porte, Chris Froome, Alberto Contador ou encore Dan Martin. Sur le Tour de France et alors que son co-équipier Fabio Aru – qui n’a pas pu participer au Giro à cause d’une blessure – se révèle aux yeux des français, Fuglsang chute, se fracturant le coude et le poignet gauche. Fin de course pour le Danois.

L’une des révélations de l’année 2019… à 34 ans !

Après des résultats encourageants sur les ardennaises durant la saison 2018 (8e Amstel, LBL 10e), Jakob Fuglsang va éclabousser de son talent les classiques l’année suivante. Son duel avec Alaphilippe va marquer la planète cyclisme. Sur les Strade Bianche, le Français prend le dessus. Méfiant car moins rapide au sprint sur l’Amstel, son jeu du chat et de la souris avec Alaphilippe lui coûte une potentielle victoire, Van der Poel remportant la course après être revenu du diable vauvert.

Sur la Flèche-Wallonne, il échoue une nouvelle fois, étant dépassé par un seul coureur… Julian Alaphilippe. Il prend sa revanche quelques jours plus tard en remportant en solitaire Liège – Bastogne – Liège, son premier monument. Après une seconde victoire sur le Critérium du Dauphiné, il abandonne une nouvelle fois sur le Tour de France, se consolant par une victoire d’étape sur la Vuelta.

Et Fuglsang s’est définitivement trouvé…

Dans une année 2020 marquée (et un calendrier bouleversé) par la pandémie mondiale, la reprise de la saison de Jakob Fuglsang avait un parfum d’Italie. Après une cinquième place sur les Strade Bianche, il a triomphé sur un nouveau monument : le Tour de Lombardie. Sur les championnats du monde sur route, il a fait parti des meilleurs en terminant dans le petit groupe derrière Julian Alaphilippe. Sa déception reste le Tour d’Italie, où terminant sixième du classement général, il n’a jamais vraiment paru en mesure de triompher sur cette course de trois semaines. 

Jakob Fuglsang triomphant sur le Tour de Lombardie 2020. (Photo : ANDER GILLENEA).

Cette année a été riche en enseignement pour Jakob Fuglsang. En confirmant ses grandes dispositions sur les courses d’un jour alors qu’il a touché ses limites sur un grand tour, le Danois a certifié le fait que les classiques étaient le terrain et les types de courses qui correspondent le plus à ses qualités. A 36 ans, le temps est compté pour Fuglsang qui n’a plus que quelques années au plus haut niveau devant lui.

2021 : à fond sur les classiques !

Cette saison est très particulière pour toutes les grosses pointures du peloton. A cause du Covid, les Jeux Olympiques ont été décalés pour l’été 2021. Un doux graal que se verrait bien toucher du doigt Fuglsang. Mais avant de rêver de transformer l’argent en or, le Danois débute ce week-end un alléchant triptyque ardennais sur les routes néerlandaises de l’Amstel Gold Race. Le premier épisode des trois courses de la semaine où il espère triompher une nouvelle fois sur une grande classique du calendrier World Tour.

Mon premier grand rendez-vous sera lors des Classiques ardennaises, avec en préparation les courses italiennes du printemps. Ensuite, je partirai en camp d’entraînement en altitude avant d’aller sur le Tour de France pour me préparer pour les Jeux Olympiques, où j’espère transformer ma médaille d’argent obtenue à Rio en or

Jakob Fuglsang, propos relayés par cyclismactu.net

Jakob Fuglsang a commencé de manière plus discrète qu’à l’accoutumé sa saison. Habituellement, il triomphe sur le Tour d’Andalousie (vainqueur des éditions 2019 et 2020). En cette saison 2021, la course espagnole a été reporté au printemps à cause de la crise sanitaire.

Le Danois a donc choisi le Tour des Alpes Maritimes et du Var, terminant à une huitième place. Par la suite, il a réalisé un top 10 sur les Strade Bianche. Sur Tirreno-Adriatico et le Tour du Pays basque, Jakob Fuglsang n’a pas pesé dans le débat, sur des terrains propices à l’exploitation de son profil puncheur. Un choix de rester dans l’ombre ou l’indice d’une forme loin d’être optimale ?

Profiter de la force collective d’Astana

Sur la planète cyclisme, la Deceuninck-Quick Step fait office de référence en termes de maîtrise et de stratégie collective. Mais derrière la formation belge, Astana-Premier Tech s’est également imposé comme un monstre à plusieurs têtes pour aller chercher de grands succès. Après avoir longtemps fait des classements généraux des grands tours ses objectifs par le biais de Vincenzo Nibali, Mikel Landa, Fabio Aru ou encore Miguel Angel Lopez, la formation d’Alexandre Vinokourov maîtrise aujourd’hui à merveille les succès sur les courses d’un jour ou sur des étapes de grandes courses World Tour. 

Constitué de véritables chasseurs d’étapes, Astana sait harceler ses adversaires d’attaques tout en étant également capables de durcir la course. Ce fut le cas lors du dernier Tour du Pays basque où la force collectivement kazakh a permis à Alex Aranburu et Ion Izagirre de lever les bras sur des profils vallonnés. Sur le dernier Tour de Lombardie, la supériorité numérique de Vlasov et Fuglsang avait participé au triomphe du Danois.

Astana, l’un des meilleurs collectifs du World Tour. (Photo : Belga image)

Cette année encore, l’équipe Astana Premier Tech aura fière allure pour s’aventurer dans ce triptyque ardennais. Durant cette semaine, Jakob Fuglsang sera entouré d’une garde rapprochée composée d’Omar Fraile, Ion Izagirre, Alexey Lutsenko et du jeune Samuele Battistella. Des talents individuels qui devront être mis au service d’une cohésion et d’une intelligence collective pour permettre au Danois d’atteindre les sommets.

Depuis quelques années, la jeunesse emporte tout sur son passage sur la planète vélo. Pogacar, Bernal, Van Aert, Van der Poel, Hirschi. Beaucoup  de nouveaux visages sont très vite devenus les stars du cyclisme mondial. Néanmoins, des vaillants résistent à cette grande tendance. Et c’est le cas de Jakob Fuglsang qui a acquis ses plus beaux succès – passé la trentaine – durant ces dernières saisons. Venant du pays des vikings, le Danois arrive encore en 2021 en compagnie de ses soldats avec une mentalité conquérante afin de pouvoir planter le drapeau danois dans les diverses contrées du Bénélux. Prêt pour les grandes batailles. Victory or Valhalla !

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